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Viennent de paraître :

image de Quelques lettres à Lord Jim - Dominique Meens - editions Cynthia 3000
Quelques lettres à Lord Jim
de Dominique Meens
18 €. 202 pages.
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image d'Au pays du mufle - Laurent Tailhade - editions Cynthia 3000
Au pays du mufle
de Laurent Tailhade
20 €. 146 pages.
[ lire la présentation ]

Également disponibles :

Triling - Jean-René Lassalle - editions Cynthia 3000
Triling
de Jean-René Lassalle
9 €. Portefolio, 9 dépliants. [ lire la présentation ]


image du Moulin à parôles nostalgiques - Mickaël-Pierre - editions Cynthia 3000
Le Moulin à parôles nostalgiques
de Mickaël-Pierre
10 €. 80 pages.
[ lire la présentation ]

image d'Omajajari - Collectif - editions Cynthia 3000
Omajajari
Collectif
25 €. 338 pages.
[ lire la présentation ]


image de Carnets d'un basedowien - Jean-Marc Baillieu - editions Cynthia 3000
Carnets d'un basedowien
de Jean-Marc Baillieu
12 €. 92 pages.
[ lire la présentation ]

image de Troublant trou noir - Grégory Haleux - editions Cynthia 3000
Troublant trou noir
de Grégory Haleux
7 €. 65 pages.
[ lire la présentation ]

image de IL*** - Léo d'Arkaï - editions Cynthia 3000
IL***
de Léo d'Arkaï - suivi de
Pillard d’Arkaï, bandit des terres
, par Gilles Picq .
6 €. 60 pages.
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Etant donnes - editions Cynthia 3000
Étant Donnés
de Céline Brun-Picard
& Grégory Haleux
9 €. 104 pages.
[ lire la présentation ]

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Erotica, deuxieme exposition de la C.A.P.U.T. 
par Cynthia 3000, le 30th March 2011

 

Le vernissage de la deuxième exposition de la Collection de l’Art Populaire et de l’Underground Tacite aura lieu le 22 avril 2011, à partir de 18h30, chez Cynthia 3000 - 5, rue du Bauchet - 51470 Saint-Memmie.
Venez découvrir le versant érotique de la C.A.P.U.T. !
C’est l’occasion d’approcher le Nu sur divan d’Eugène Charpentier, la Sirène de Pat, les Trois Grâces et de découvrir une trentaine d’autres oeuvres.

Après le 22 avril et jusqu’au 22 juillet, les visites se font sur rendez-vous en nous contactant par téléphone au 09 52 49 79 81 ou par mail: cynthiatroismille@yahoo.fr.
 


Le travesti décoiffé (3) 
par Gregory Haleux, le 19th March 2011

 

à C.P.A.

 

un cerveau en commencement de siècle appelle
comme on parle la langue pâteuse
le revers des idées au travers des questions frontales
qui nous débordent en trompe-l’œil hors-champ
dans l’innommé : clôture littéraire, critique,
en recourant
ou pas, jamais autre chose qu’un ultime déboulonnage :
ce qu’il transcrirait, elle? l’a
récusé ou plus modestement figé
en mensonge de ces temps de pré-pensé ;
et l’invention qui s’en contente —
se contente d’une réduction et de techniques
d’épaississement — nonobstant le relégué vidé
à l’aube lactée, l’afflux
oblique, renâclant à la gestuelle,
désincruste le poète.


Connaissez-vous le supplice chinois de la goutte d’eau ? 
par Gregory Haleux, le 13th March 2011

 

Dans un article de 1923 que nous partagions ici il y a un peu plus d’un an, « Le livre et la réclame », Albert de Bersaucourt montrait, par des exemples variés, à quel point le marketing littéraire, en ces folles années, était avancé, et concluait en prévoyant le pire : « Le passé est riche d’enseignement, de suggestions de toutes sortes, et nous propose maintes améliorations. Veuillent donc les éditeurs ne pas reculer devant un nouvel effort et s’en inspirer. Les livres sont, paraît-il, à leur place, entre le rayon X et les pneumatiques Z. Que l’annonce, le prospectus, l’affiche les célèbrent donc à l’égal des rayons X et des pneumatiques Z, et d’une façon identique. C’est commencé ; il suffit de continuer. Et l’ombre de Vigny sourira. »

Le hasard nous a fait rencontrer une publicité littéraire de 1928 utilisant un procédé bien connu aujourd’hui et dont nous ne pensions pas qu’il existait déjà il y a plus de 80 ans, en tout cas pas dans le monde de l’édition… Il s’agit du teasing, ou aguichage.
Cette technique « consiste à fragmenter le message publicitaire dans l’espace temporel (en affichage, à la télévision). Sa finalité première est d’attirer l’attention par un effet de suspens articulé sur l’anonymat de l’annonceur. » (in Gilles Lugrin, Généricité et intertextualité dans le discours publicitaire de presse écrite, Peter Lang, 2006, p.27). Ainsi, une série de messages intrigants excite la curiosité du consommateur potentiel, le met dans une situation d’attente, jusqu’à la chute, le slogan final. L’exemple le plus connu est certainement la campagne d’Avenir « [Demain] j’enlève le haut ».

Cette stratégie commerciale est plus ancienne qu’on le croit. Il semblerait que la première campagne publicitaire du genre soit celle des cigarettes Camel en 1913. La compagnie de tabac A.J. Reynolds avait fait précéder le lancement officiel de ses cigarettes par une série d’affiches mystérieuses : « Les CHAMEAUX arrivent » puis « Demain, il y aura plus de CHAMEAUX dans cette ville que dans toute l’Asie et toute l’Afrique réunies » et enfin « Les cigarettes CAMEL sont arrivées ».

Mais venons-en à notre publicité littéraire. Notre premier étonnement est qu’elle paraît à une époque où, en France, même hors du monde éditorial, nous ne voyons pas de publicité de type teasing. Le premier exemple qui nous vient est celui de Garap, et il est daté de 1953 (si vous en connaissez d’antérieur, prévenez-nous). Second étonnement, le nombre d’étapes avant d’aboutir à la résolution du(des) mystère(s) : sept.
Du 23 au 29 mars 1928, sont parus, en page 2 du journal L’Intransigeant, ces messages :

 


23 mars 1928

 


24 mars 1928

 


25 mars 1928

 


26 mars 1928

 


27 mars 1928

 


28 mars 1928

 

Enfin, le 29 mars 1928, paraissait, comme promis, en page 3, cette ultime annonce :

 

 

On s’aperçoit que le premier message était particulièrement bien choisi : cette suite de questions insensées, revenant quotidiennement en même page, créant un suspense insoutenable, ne figure-t-elle pas elle-même le supplice de la goutte d’eau ?

L’Idole de chair, roman cosmopolite qu’il nous brûle de lire, est reparu en 1936 en deux tomes aux Editions Raoul Saillard.
René d’Ailly (1901-1976) a également écrit Insurgé mexicaine (Edition de Paris, 1929), Voluptés viennoises (Raoul Saillard, 1935) et, en collaboration avec Joseph-Louis Sanciaume, L’Aventure mexicaine (Editions méridionales, collection de la jeunesse, 1944). Il paraîtrait que René d’Ailly et Joseph-Louis Sanciaume, auteur prolifique de romans d’aventures et policiers, étaient la même personne

 

 


Je suis né le 7 mars 1936 
par Gregory Haleux, le 7th March 2011

 

Je suis né le 7.3.36. Combien de dizaines, de centaines de fois ai-je écrit cette phrase ? Je n’en sais rien. Je sais que j’ai commencé assez tôt, bien avant que le projet d’une autobiographie se forme. J’en ai fait la matière d’un mauvais roman intitulé J’avance masqué, et d’un récit tout aussi nul (qui n’était d’ailleurs que le précédent mal remanié) intitulé Gradus ad Parnassum.

On remarque d’abord qu’une telle phrase est complète, forme un tout. Il est difficile d’imaginer un texte qui commencerait ainsi :
Je suis né.
On peut par contre s’arrêter dès la date précisée.
Je suis né le 7 mars 1936. Point final. C’est ce que je fais depuis plusieurs mois. C’est aussi ce que je fais depuis 34 ans et demi, aujourd’hui !
En général on continue. C’est un beau début, qui appelle des précisions, beaucoup de précisions, toute une histoire. […]

(texte de Perec de 1970,
in Je suis né, Seuil, coll. La Librairie du XXe siècle,
 1990, pp. 9-14)

Aujourd’hui, 7 mars 2011, Georges Perec aurait 75 ans.
Souvenons-nous en partageant, par exemple, cet entretien avec Pierre Lartigue, paru dans L’Humanité du 2 octobre 1978 :

 

 

Et rappelons, au passage, que les éditions Joseph K. ont publié, en 2003, sous la direction de Dominique Bertelli et Mireille Ribière, deux volumes d’Entretiens et conférences de Georges Perec.


De Marc Décimo à Cynthia 3000 
par Cynthia 3000, le 2nd March 2011

 

Le 1er décembre 2006, nous étions au Xe Colloque des Invalides — « Querelles et invectives ». Le plaisir fut grand d’y rencontrer, entre autres, Marc Décimo. Nous profitâmes de l’occasion pour lui demander une dédicace de la première édition de son Jean-Pierre Brisset, Prince des Penseurs à l’intention de Cynthia 3000. [voir le premier livre dédicacé à Cynthia 3000]


Cynthia 3000 pas morte 
par Cynthia 3000, le 28th February 2011

Depuis quelques mois, Cynthia 3000 est bien silencieuse… Faut dire que la vie a de ces exigences…
Mais, le temps est venu de reparaître. D’abord pour vous assurer que les éditions existent toujours et que quelques publications sont prévues. Et que ce blog va à nouveau s’animer.
Cette fin d’hiver, c’est aussi pour nous la reprise des brocantes, ce qui signifie quelques découvertes pour la C.A.P.U.T. (Collection de l’Art Populaire et de l’Underground Tacite). La collection a déjà bien grandi puisque le nombre de ses oeuvres atteint presque 500 — vous pouvez en consulter la liste ici.

Pour fêter ce retour, voici quelques images de la première exposition de notre collection — Les Immatures qui eut lieu du 4 septembre au 20 octobre 2010 (ceux qui la visitèrent pourront fièrement dire à la postérité : « j’y étais ! »).

 





 

Nous préparons en ce moment notre deuxième exposition dont le vernissage devrait avoir lieu aux alentours de Pâques


Au poilu inconnu, poème de Charles Sanglier 
par Cynthia 3000, le 11th November 2010


Dessin paru dans L’Humanité du 11 novembre 1920

 

Et voici un poème de circonstance, tiré du recueil de Charles Sanglier, Poèmes irrespectueux (La Maison française d’art et d’édition, 1922).

 

AU POILU INCONNU

 

La sottise béate et le pharisaïsme
S’inclinent tour à tour devant ton monument,
Et tous tes visiteurs, pendant un court moment,
Maquillent de respect leur masque d’égoïsme.

Il en vient de partout : princes, croquants ou rois,
Même le gros Fatty ! Lorsqu’on débarque en France
C’est la mode à présent : on fait sa révérence
Au soldat inconnu comme on passe à l’octroi !

Ça coûte un peu moins cher de saluer tes restes
Que d’élever tes fils ou bien ceux des copains.
Au prix où sont, hélas ! la bidoche et le pain
Il vaut mieux s’acquitter par des mots et des gestes…

Or, c’est toi, matricule inconnu de chacun,
Le préposé d’office à nos reconnaissances.
La Gloire t’a choisi, tu dois obéissance :
Il fallait un héros, mais il n’en fallait qu’un.

Il fallait qu’un soldat restât près des Victoires,
De garde au feu sacré d’où sort l’esprit guerrier.
Mais ce long rabiot, tout seul, sous les lauriers
Pour l’accepter vivant, il fallait une poire.

Ce rôle revenait de droit au plus ancien,
Ce rôle de planton sourd à nos tintamarres :
On n’en a pas trouvé… car tous en avaient marre.
On choisit donc un mort, afin qu’il ne dit rien.

Et sur toi, pauvre vieux, s’abattit la corvée !…
Te voilà rengagé jusqu’au jour solennel
Où par le clairon d’or de l’archange éternel,
Ta longue faction sera enfin levée !…

Ils te visiteront, soldats, prêtres, civils ;
Tu verras défiler près de toi tous cortèges :
Sociétés de tir, orphéons ou collèges
Venus du Groënland, d’Auvergne ou du Brésil,

Parvenus orgueilleux, enrichis par la guerre,
Ligues de commerçants, patriotes rasoirs :
De leurs discours pompeux lâchant les arrosoirs
Ils magnifieront tous tes années de misère.

Ton sort sera, par eux, sacré le plus beau sort.
Ils diront tes vertus, loueront ton sacrifice,
Mais, en songeant tout bas à leurs beaux bénéfices
Ils penseront qu’il vaut bien mieux n’être pas mort.

Et toi tu te diras : « Les choses continuent !…
Puisque rien n’est changé, ne changera jamais,
Laissez-moi donc dormir et foutez-moi la paix !
Pourquoi m’avoir sorti de cette terre nue

Où je gisais là-bas, sous les vastes labours,
Tranquillement parmi le monceau des victimes,
Puisque demain la Guerre osera d’autres crimes,
Puisque votre bêtise est vivante toujours ? »


Le Carnaval de l’au-delà, par Laurent Tailhade 
par Cynthia 3000, le 21st August 2010


Eugène Thiébault, Henri Robin et son spectre, 1863.

 

Parmi les articles de Laurent Tailhade non repris en volume, nous découvrons celui-ci, paru dans Le Petit Niçois, le 14 janvier 1916 :

 

Le Carnaval de l’au-delà

 

« Se peut-il, en vérité, monsieur, que l’on soit manichéen ? » demande avec politesse, dans je ne sais quel dialogue de Voltaire, un précurseur du divin Jérôme Coignard.
« Se peut-il que l’on soit manichéen » ? Certes et, tout de même, cathare, hussite, iconomaque ou patarin. Paris fourmille d’anabaptistes. La province abonde en disciples de Jansénius et Joris-Karl Huysmans (qui fut, de son vivant, un surprenant imbécile par la grâce de Dieu), croyait dur comme fer aux prêtresses lucifériennes. Il faisait même, dans ses jours d’expansion, voir à ses intimes des poils arrachés à l’Esprit des Ténèbres… On cite des ferblantiers préadamites et des concierges qui, non contents de donner le cordon, prolongent au vingtième siècle les erreurs de Nestorius. Les Eglises en chambre foisonnent comme les hannetons au mois de mai. Le boudhiste du cinquième a pour voisin le raskolnik d’en face. et, quand M. Jules Bois, de la Scandinavie à l’Equateur, ne commivoyage plus, représentant la littérature française, il condense, résume et centralise chez soi les cultes mineurs, les dogmes itinérants, les mystères de troisième classe, et généralement tout le divin que les « five o’clock » ésotériques ont, depuis quelques ans, mis à la hauteur des pêcheresses très mûres.
Ce quidam, assis près de vous, dans le métro, assume à bon droit le nom d’epopte. Il reçoit directement l’influx, tantôt de l’erdgeist, tantôt du Paraclet. Car il est — sauf respect — camarade comme cochon, avec la Troisième Personne et les Puissances Elémentaires.
Cet autre, que vous bousculez près de l’ascenseur, vit dans la lumière du Troisième Appartement, comme un poisson dans l’eau. Tel employé du gaz entretient le double de Jeanne d’Arc ou l’esprit d’Ezechiel, habitués l’un à l’autre de sa chaise percée : item, de Spinoza, de Marc Aurèle, d’Offenbach, de Cora Pearl, d’Ossian et de Schopenhauer, qui préfèrent quant à eux, discourir dans la porte du buffet.
Il y a quinze ans, M. Fabre des Essarts, en religion Synésius, évêque de Monségur, primat des Gaules, pontife de la Gnose, vêtu d’andrinople et mitré de calicot, célébrait, avec beaucoup de dignité, au cinquième étage, les offices albigeois, comme à la belle époque des comtes Raymond, du roi en Peyre et de la vigoureuse Toulousaine qui « descluqua » [?] Montfort.
Depuis le culte du père Loyson, situé rue d’Arras, dans un rez-de-chaussée, au fond de la cour, à gauche, et faisant face au petit endroit, jamais religion excentrique ne fit paraître autant de dignité. Monsieur Henry Austruy, directeur de la Nouvelle Revue, garde souvenance, peut-être, des messes albigeoises, de la dalmatique et du surplis que jadis il revêtait […] de prendre part, en qualité de diacre ou d’acolyte, l’hérésie en chambre du vénérable Synésius. Nul ne portait, avec plus de sérieux qu’Henry Austruy, le harnais du carnaval mystique, toute galéjade ayant pour condiment essentiel une parfaite gravité.

Voilà, certes, de belles choses. Mais, direz-vous, pour accéder moi chétif, à la « science maudite », pour entrer dans le sanctuaire et prendre place à l’Orient, il me faudrait recommencer la vie et travailler comme un boeuf sur des choses ardues. « Ad augusta, per angusta ».  L’Art est long, le Temps est court. Et j’en suis encore, hélas ! en fait d’occultisme, à Mathieu de la Drôme. Ah ! bonne gens ! ne prenez cure de ces bagatelles. A part quelques faquins qui s’amusent à étudier, les adeptes font profession d’une aimable ignorance. Voltaire les eût qualifiés d’ « apédeutes ». Exception faite de quelques rares esprits tels Eliphas Lévy, Barlet, Guaita, Papus, quelques autres vivants, dont les noms viennent aux lèvres, telles aussi les aimables femmes, que Nice a faites siennes et dont le cénacle très amène, reste avant tout un salon, combien, parmi les mages, les prophètes, les théosophes contemporains savent lire couramment ou mettre l’orthographe ? Tel qui, le soir venu, apprend aux vieilles demoiselles, en mal de spiritisme, « un frisson nouveau », et des pamoisons inédites n’aurait pas la culture suffisante pour vendre au « Bon Marché », des gants ou des voilettes. Celle-ci rendrait, pour la bêtise, des points à un ténor ! Celui-là s’informe avec ingénuité, de ce que fut Jean Tritême. L’un insiste pour qu’on le présente à Paracelse ou tout au moins au baron Dupotet.
L’autre, pourvu de toupet sinon de jugeotte, palabre, touchant les visions de Ruysbroek et autres idiots mystiques. Il cite Maeterlinck, le Shakespeare de Gand, tout pêle-mêle avec les « Centuries de Nostradamus », le « Marteau des Sorcières », et tout ce qui s’en suit. Il « dissout et coagule ». Mais il prononce « ormoire », et fait en parlant, des cuirs susceptibles de chausser toute une armée.
Les vieilles biques, sous l’influence de la Lune, les demoiselles romanesques dont la jeunesse remonte au Septennant, les riches étrangères copieuses en roubles, en dollars et en mois de nourrice, demandent aux arrivistes du Plan-Astral quelques émotions fortes. Aux fantômes quels qu’ils soient, eoliens ou sataniques, elles préfèrent le plus massif des muletiers. Leur « professeur d’énergie », s’il prétend réussir, est tenu d’enseigner sous la courtine, de développer, en tête à tête, le mérite de sa vertu. A parler franc, l’état de mystagogue n’a d’intellectuel que la façade : le domino spiritualiste habille communément un robuste garçon, lequel deviendra, pour ces biques en amour, un secrétaire compliqué de masseur, un homme de compagnie, hélas ! dont la tâche nocturne comprend quelques besognes plus harassantes que l’évocation des esprits.

L’ignorance de la confrérie occulte prend quelque fois une tournure drôlatique.
Un jour, peu de temps avant la guerre, dans la salle de travail, à la Bibliothèque, un personnage m’aborde, comme je me levais, pour consulter le Brunet :
— Monsieur, je vous vois souvent ici. Permettez à un travailleur aussi, de vous demander une précision et, peut-être, un conseil.
— Monsieur, je vous écoute.
— Voilà. Dans un ouvrage cabalistique, je viens de lire ce que l’auteur nomme « La Vision d’Ezechiel ». Des os blanchis sur une plaine morte. Le silence. Le froid. Le néant. Soudain, un ouragan s’élève. La plaine reverdit. Les os morts se reforment en squelettes humains, bientôt revêtus de chair et vivifiés par la roua’h des Elhoïm. Pourriez-vous me dire où se trouve l’original de cette vision d’Ezechiel ?
— Mais dans le livre d’Ezechiel, n’en doutez pas un seul instant.
— Et le livre d’Ezechiel lui-même ?
— Dans la Bible, mon cher Monsieur. Vous en avez une traduction juive de Cahen, une autre huguenote d’Osterwald ; celle de Lemaître de Sacy est janseniste, celle de Ledrain, scientifique.
— Monsieur, vous possédez une érudition énorme.
— Ceci est un madrigal. Mais, érudit ou non, ce n’est pas en vous disant ceci que je vous baille le moindre gage de savoir. Cependant, puisque vous êtes embarrassé, je crois que la « Bible » de Sacy, à la portée du public, étanchera votre soif de connaître. Voici le casier G. Voici l’in-folio. Et, tenez ! lisez vous-même le chapitre VI. Vous y trouverez votre vision.
— Je suis confus de vos bontés. Pourrai-je, monsieur, connaître votre nom ?
— Laurent Tailhade, pour vous servir.
— Laurent Tailhade !!!! Le révolutionnaire !
— Révolutionnaire, je ne sais, mais fort à votre service, en tout cas.
Je remarquais, tandis qu’il me parlait, que le quidam, noir de peau, noir de cheveux et d’habit, l’était pareillement de crasse, qu’il avait l’ongle en deuil, la chemise obscure, le faux-col isabelle, posé directement sur la chair, l’allure minable et délibérée en même temps, comme il sied à un prophète qui couche dans les asiles de nuit.
— Quoi qu’il en soit, monsieur, je vous suis infiniment obligé. Pour moi, je viens des ducs de Montebello. Cependant ma famille m’a coupé les vivres ; c’est pourquoi je ne suis pas heureux. Je tiens, néanmoins, à reconnaître votre courtoisie. Avant une semaine, je vous enverrai un esprit.
— Voilà certes, une bonne idée, et vous m’en voyez tout à fait ravi. Un esprit ! Je compte, dès sa première visite, lui emprunter de l’argent ».
Depuis ce dialogue, je n’ai pas eu la moindre nouvelle de mon apprenti sorcier. Il ne m’aura pas trouvé sérieux.


Les Immatures, première exposition de la C.A.P.U.T. 
par Cynthia 3000, le 3rd August 2010

 

La première exposition de la C.A.P.U.T., Les Immatures, se tiendra chez Cynthia 3000 du 4 septembre au 20 octobre et présentera une trentaine d’oeuvres issues de la collection : représentations de l’enfance, oeuvres à la manière enfantine, oeuvres d’enfants.

Vernissage le 4 septembre à 18h30 avec lectures, récitations, chaises musicales, guignols, (caram)bar (bouteilles bienvenues), chez Cynthia 3000 - 5, rue du Bauchet - 51470 Saint-Memmie.

Puis visite sur rendez-vous jusqu’au 20 octobre (contactez-nous par téléphone au 09.52.49.79.81 ou par mail: cynthiatroismille@yahoo.fr).


Garage, nuit. 
par Cynthia 3000, le 7th July 2010

 

Cynthia 3000 sort progressivement des cartons et investit le garage.

 


Cynthia 3000 déménage 
par Cynthia 3000, le 4th June 2010


la C.A.P.U.T. attendant de nouveaux murs

 

Depuis quelques semaines, nos activités éditoriales et blogesques sont mises entre parenthèses : c’est que Cynthia 3000 déménage. Mais l’été devrait apporter quelques nouveautés…
Voici notre nouvelle adresse :

Cynthia 3000
5, rue du bauchet
51470 Saint-Memmie

Les suites d’un crime 
par Cynthia 3000, le 29th March 2010

 

Voici un nouvel enregistrement d’une séance musicale avec Ben, dit Nako, et Yann.
Une improvisation de près de trente minutes sur un même rythme programmé. Cela commence par le chant d’un poème de Paul Eluard, « Les suites d’un crime », tiré du recueil Cours naturel (1938), avant de dériver vers des ambiances différentes (voir notamment aux alentours de 8′30", 12′30", 17′30", et enfin à 22′ où commence l’hymne pop de l’été).

 

 

Musique : Yann, Ben, Grégory et Céline
Paroles : Paul Eluard
Voix : Grégory, Céline et Ben
Guitare : Yann
Basse, programmation : Ben

 

LES SUITES D’UN CRIME

 

Un revolver une mort d’or
Un coup en pleine tête et je le croyais mort
Il n’était qu’étourdi

All right cria-t-il ouvrez la fenêtre

Je n’ai rien à apprendre
De la germination ni de la fin
Les fruits de mon jardin sont perpétuels
Et immangeables

Les mots la commune mesure
Entre les hommes les mots la vie

A la demande d’une Américaine de Paris

Je vous parlerai du mensonge
Qui interroge

Il est toute douceur et permanent
Il a un museau de singe servile
Des oreilles de renard

Un cadavre sur le trottoir
Montre du doigt le policier
L’ennemi définitif
Derrière la vitre des aveux

Derrière des diamants qui brûlent.

 


Disputatio XXI : comment j’ai perdu mon temps avec les éditions Hapax 
par Gregory Haleux, le 15th March 2010

Le texte ci-dessous rend compte d’une expérience que j’ai vécue, comme auteur, avec les directeurs d’une revue et d’une petite maison d’édition. Nous en témoignons ici car elle nous semble édifiante.

J – 29 (09/02/2010) :
Publication, sur ce blog, de l’article « La poésie, en petits carrés mangée aux mythes – ou les fictions de la modernité ».

J – 28 (10/02/2010) :
Appel téléphonique de Sibor et Bora, responsables des éditions Hapax et amis, qui me disent avoir découvert mon article avec d’autant plus d’intérêt qu’il touche à un sujet auquel est consacrée en partie leur prochaine publication : la polémique qu’a suscité l’article de Jacques Roubaud paru dans le Monde diplomatique. Ils aimeraient intégrer mon article à leur livre, avec, parmi d’autres signatures qui forment l’ensemble aujourd’hui publié, les articles de Christian Prigent, Jacques Roubaud et Sébastien Smirou (qu’ils n’arriveront pas à avoir pour des raisons diverses). Ils me demandent de retravailler mon introduction qui, évoquant des circonstances liées au réseau social Facebook, risque, selon eux, d’être peu compréhensible par tout le monde. J’accepte. Je leur propose d’ajouter quelques développements à l’article, mais leur délai n’étant que de trois jours (et de notre côté, avec Cynthia 3000, nous sommes en pleine préparation d’un nouvel ouvrage), je précise que je n’en aurai peut-être pas le temps mais qu’ils peuvent compter, au moins, sur la version avec introduction modifiée.
Aussitôt cet appel, ils m’envoient par mail les textes déjà rassemblés pour ce projet.

J – 25 (13/02/2010) :
La veille de leur rendre mon article avec les changements demandés, n’ayant pu m’y mettre suffisamment à cause de nos propres éditions, je téléphone pour leur demander si, à tout hasard, le délai ne pourrait pas être prolongé. Mais pas de réponse ni rappel jusqu’à

J – 23 (15/02/2010) :
Sibor me donne jusqu’au 17/02. Tant mieux, je pourrai sans doute développer certains points. Je ne suis pas le dernier : ils attendent encore un autre article.

J – 22 (16/02/2010) :
Manquant de temps, j’envoie la version minimale promise, avec en note finale la liste des points, ébauches de réflexions, qui auraient pu être développés.
Ce même jour, Hapax m’envoie un ajout de François Vaucluse à son propre article. Il comprend une reprise de la plupart des citations que je donnais de Bernard Heidsieck et de Jean-Pierre Bobillot, dont il tire quelques réflexions. Certes ce ne sont que quelques citations, qui ne m’appartiennent pas, mais je les ai choisies en lisant les Notes convergentes d’Heidsieck et l’étude de Bobillot sur Heidsieck. On met beaucoup de soi dans le choix. Je signale aux éditeurs d’Hapax que la moindre des choses, de la part de Vaucluse, serait de mentionner d’où il tire ces extraits : non des livres, mais de mon article. Je propose qu’au pire, si Vaucluse ne peut/veut l’indiquer, il faudrait placer, dans Disputatio XXI, son article après le mien, afin que ce ne soient pas mes citations qui aient l’air redondantes par rapport à celles de Vaucluse. Je ne reçois aucune réponse.

J – 20 (18/02/2010) :
Les éditeurs d’Hapax m’ont relu et proposent ce qu’ils appellent des « réglages » : ils trouvent à présent que mon texte est « assez peu immédiatement compréhensible pour qui débarque » et que « sa tonalité et son genre tiennent davantage du billet d’humeur que de l’article ». Ils invoquent, pour Disputatio XXI, la prise de distance, parlent de « cesser les chamailleries pour aller vers la critique ». M’est alors proposé d’en rester à l’essentiel (?) et suggéré de retirer « les attaques les plus directes contre Prigent », qui nuiraient à la portée de ma réflexion. Car, finalement, mon article, sorti « du contexte « sur le vif » du net reste trop proche du post » (?).
Je leur réponds que « sans les textes de Smirou et Roubaud, évidemment, la compréhension est moins facile (mais on s’aperçoit, de toute façon, que pour beaucoup dont ceux qu’on pourrait croire les plus avertis elle ne l’est pas plus avec les textes) » et que s’ils n’ont pas l’autorisation de les reproduire, c’est à eux de présenter le contexte de cette polémique. J’ajoute :
« Je ne suis pas d’accord avec la différence que vous faites entre billet d’humeur et article. De quel genre relève le texte de Prigent, par exemple ?
Il est vexant que, finalement, malgré l’argumentation, la critique, l’interrogation, la mise en perspective, etc. de mon article – ceci dit sans grande prétention : on peut aller plus loin, évidemment, comme pour chacune des interventions, d’ailleurs –, vous n’y voyiez que
« billet d’humeur » et « chamailleries » […] Si c’est vraiment ça, cela était visible à la première lecture et alors vous auriez dû me proposer autre chose – ou rien – plutôt que de reprendre tel quel mon texte avec simple changement d’introduction…
Bref, faudrait savoir !
Et faudrait savoir aussi ce que voulez faire avec Disputatio… […] Car outre le mien, vous avez aussi demandé le texte de Quintane et de Prigent. Leur auriez-vous finalement aussi demandé, comme pour le mien, de revoir leur copie ?
Votre projet que je ne comprends plus trop m’apparaît maintenant singulièrement paradoxal : rendre compte de polémiques – en y ajoutant, et c’est très bien, des réflexions plus distanciées ou neutres, dans un certain retrait –, permettre qu’elles continuent, mais vouloir en gommer l’une de ces fortes caractéristiques : l’humeur, le rentre-dedans, les « attaques directes », etc.
Suis-je « à côté de la plaque » ?
Malgré votre dédit, j’ai du mal à ne pas y voir un désir d’ « arrondir les angles ». S’agit-il de faire un objet qui ait une « tonalité » d’ensemble ? Dans ce cas, pourquoi m’avoir demandé ? Pourquoi avoir voulu les articles de Prigent et Quintane qui auraient dénoté aussi ? Le problème n’est-il pas plutôt que de cette polémique « smiroubaldigente » il ne resterait plus que mon texte, faisant à votre ensemble courir le risque d’une prise de position  ? Quel objet lissé, loin des polémiques originelles, concevez-vous finalement ?
Quant au contexte « sur le vif », non seulement il y a des chances que dans la perspective d’une publication papier j’eusse écrit un texte sensiblement similaire (façon « post » ?), mais pourquoi « sorti du contexte » quand votre projet relevait aussi de la présentation de documents (de polémiques qui ont eu lieu sur le net) ? »

J – 19 (19/02/2010) :
Réponse d’Hapax :
Ils explicitent la différence qu’ils font entre billet d’humeur et article (le premier est « circonstanciel et animé », le second « dépasse l’anecdote pour se situer par rapport à l’histoire de la littérature ») et affirment que mon texte répond à une personne (sachant que j’avais entrepris sa rédaction suite à une discussion que j’avais eue, sur Facebook, avec Charles Pennequin) et que mes « attaques » peuvent « parasiter le propos ». Précisent que « les textes de Prigent […] et Quintane […] étaient à l’origine des polémiques et auraient été intégrés à l’ensemble en tant que documents témoins. Il n’y avait donc pas lieu de les réécrire, au contraire. », que Disputatio « n’est pas un projet polémiste » et que mes « attaques directes » sont « finalement les plus biaisées ». Enfin, à ma grande surprise, ils disent m’avoir, dès le départ, averti « d’un nécessaire remaniement du texte publié sur Cynthia 3000 ».

Ma réponse :
« Vous m’avez proposé de reprendre mon article (ou disiez-vous déjà « post » ? je ne crois pas) avec des modifications sur ce qui concernait, dans son introduction, Facebook et Pennequin. Il n’a été question de rien d’autre, et certainement pas de le réécrire. Je vous aurais alors dit non : pas envie, ce que j’ai fait me suffit, et pas le temps de m’y consacrer (d’autant plus avec vos délais de quelques jours).
Mon texte n’est pas qu’une réponse à Pennequin, qui n’est qu’un prétexte, ou un élément très secondaire. Si j’avais voulu ne répondre qu’à lui, je l’aurais fait en privé ou, à la rigueur, sur son
« mur » facebook. Croyez-vous que la lettre ouverte à Untel ne s’adresse qu’à Untel ? C’est ridicule. Et ça l’est d’autant plus si l’on considère vers quoi va mon texte dans sa seconde partie, loin de la réponse circonstanciée. Et ça l’est encore plus si on lit la version que je vous ai envoyée : il n’y a plus aucune mention de Pennequin ; le « lecteur qui débarque » sent-il que je m’adresse précisément à quelqu’un ? Cela m’étonnerait.
Mon article est circonstanciel (implication dans une polémique plus que réponse à Pennequin), animé (à la trappe les convenances ! surtout avec ce malotrou de Prigent), ET
bigre !, qu’en faire quand on est si systémique ? l’ignorer ? se situe par rapport à l’histoire de la littérature. Votre catégorisation binaire ne tient pas la route.
Vous me dites maintenant que le ton de l’article peut
« parasiter le propos », pourtant cela n’avait pas l’air de vous déranger quand on en parlait au téléphone… Et vous ne m’avez certainement pas demandé de corriger cela. Si vous m’aviez vraiment demandé de développer certains points, et que j’avais accepté, je l’aurais d’ailleurs fait sans rompre avec la tonalité qui vous gêne aujourd’hui.
Mais au fait, ces
« attaques directes », quelles sont-elles ? A part, si l’on veut, deux formulations fortes comme « à côté de la plaque », « se vautrer » toujours justifiées et l’ironie de la dernière phrase, quoi d’autre ? Et quoi de biaisé ?
La teneur du projet telle que je l’entendais au téléphone la semaine dernière était un ensemble critique ouvert à la forme polémique. Ce que montraient autant la volonté d’insérer les autres articles polémiques que votre intérêt pour mon texte.
Décidément je ne comprends pas ce changement entre la demande originelle que mon texte fasse partie de l’aventure et les bémols que vous mettez maintenant, renversement qui fait passer votre demande pour une commande.
»
Mon mail en croise un autre dans lequel Hapax me demande simplement : « Es-tu d’accord pour remanier ton texte en lui donnant une forme plus analytique ? »
Puis nouveau message de Sibor, précisant qu’ils ne remettent pas en cause la qualité de mon article, justifiant leur inconstance par manque de temps et concluant par une petit leçon d’éditeur, que j’ai depuis épinglée au-dessus de mon bureau : « Par ailleurs, j’en ai une petite expérience, il est fréquent et assez sain qu’un éditeur ose demander des corrections, des ajustements, des précisions, des coupes à ses auteurs, surtout dans le cas d’articles critiques. Il faut parfois écouter l’œil de l’éditeur, qui prend le temps de lire et d’apprécier ».
Aussi perplexe qu’agacé, je ne réponds pas.

J – 17 (21/02/2010) :
Retour d’Hapax : les éditeurs ont l’air de tenir à ma participation puisqu’ils renvoient mon article avec des suggestions de modifications, ajoutant « Si tu ne souhaites pas en tenir compte, libre à toi. »

J – 14 (24/02/2010) :
La plupart des suggestions de modifications portant sur des questions stylistiques ou lexicales, je décide de leur envoyer une version remaniée dans ce sens. Aussi, parce que, l’air de rien, je me suis impliqué pendant une dizaine de jours dans leur projet, au détriment d’activités importantes, et que cela m’ennuierait de l’avoir fait en vain. Cependant, je ne prends pas en compte les suggestions visant à adoucir quelques formules.

J – 10 (28/02/2010) :
Les éditions Hapax accusent bonne réception de la nouvelle version de mon article.
Les éditeurs communiquent autour de la publication à venir : le site Libr-critique annonce l’ouvrage, avec le sommaire, où mon nom apparaît.

J – 4 (06/03/2010) :
Les éditions Hapax me demandent, pour une bibliographie de fin d’ouvrage, les références des textes évoqués dans mon article, ainsi que ma bio-bibliographie.
Ils m’envoient aussi le bon à tirer, « pour ultime révision. »

J – 2 (08/03/2010) :
Le bon à tirer étant arrivé alors que nous fabriquions les exemplaires de notre dernier titre, j’ai un peu tardé à répondre.
Et puis les éditeurs d’Hapax n’ont pas pris en compte mon refus d’adoucir certaines formules. Il faudrait à nouveau s’expliquer là-dessus mais, basta !, finissons-en. Je propose tout de même encore quelques améliorations et un nouvel item à ma liste des réflexions qu’il serait intéressant de creuser.

J – 1 (09/03/2010) :
Hapax : « Nous prenons en compte tes corrections, et maintenons tes formules culottées. »

Jour J (10/03/2010) :
Publication, sur le site des éditions Hapax, de la version électronique de Disputatio XXI. Les éditeurs annoncent cette sortie par newsletter.
Je leur signale aussitôt un problème : en prenant en compte l’une de mes modifications, ils ont maintenu, dans le même paragraphe, l’ancienne version, ce qui crée une grosse répétition. Ils m’annoncent, dans les dix minutes, que c’est corrigé.
Je note aussi que, contrairement à ce qu’ils affirmaient la veille, ils n’ont pas maintenu mes « formules culottées »… Je n’en dis rien, tant pis.

J + 1 (11/03/2010) :
Le lendemain de la publication électronique, Fabrice Thumerel, participant au projet, annonce la publication de Disputatio XXI sur son espace Facebook et donne la liste des contributeurs : mon nom y est absent. Pensant à un oubli, je ne me formalise pas.

J + 2 (12/03/2010) :
Retournant sur le site d’Hapax, je remarque que, sur la page présentant le projet, mon nom est également absent. Surpris, je commence à parcourir Disputatio XXI et constate que j’ai disparu du sommaire, et mon texte de l’ensemble.
Je laisse un message sur leur espace Facebook : « Tiens, j’ai soudainement disparu du sommaire ?! » Message rapidement supprimé par les éditeurs, réédité par ma pomme, re-supprimé par les mêmes. Visiblement, ils ne veulent pas que ce problème soit soulevé en public…
Concomitamment, je leur adresse la même question par mail.

J + 3 (13/03/2010) :
Deux jours après mon éviction de Disputatio XXI, elle-même survenue le lendemain de sa parution électronique, je reçois une réponse, intitulée « Décision du comité de rédaction », qui m’annonce que « le comité de lecture a finalement décidé de ne pas publier ton texte dans Disputatio XXI. Une fois l’ensemble monté, il est apparu clairement que ton article entrait en contradiction avec notre projet : refléter la polémique tout en prenant du recul. Chose qui demande du temps (lequel t’a manqué) et du sang froid.
De toute façon, ton texte reste consultable sur Cynthia 3000 et Disputatio XXI y renvoie.
»

Dans la foulée, je leur expédie :
Quelques questions auxquelles j’aimerais que vous répondiez :
Quelles (nouvelles) personnes composent le comité de lecture pour Disputatio XXI ?
Comment expliquez-vous - éditorialement, éthiquement - que deux jours après publication électronique de Disputatio XXI avec mon texte, et annonce de sa sortie (entre autres par newsletter à diffusion forcément massive), une nouvelle version, privée de ma contribution (qui avait été demandée), remplace la précédente ?
« Une fois l’ensemble monté, il est apparu clairement… » : pourtant, le jour même de la première publication, c’est-à-dire après montage, vous preniez encore en compte des corrections que je vous soumettais. Est-ce à dire que vous avez publié un ensemble, et annoncé sa publication, sans le recul dont, d’autre part, vous vous réclamez ?
Comment expliquez-vous que mon texte, que vous dites en contradiction avec votre projet, ait pu pendant quasi un mois faire partie du projet - avec lecture, relecture, rerelecture, etc. et aménagements divers et concertés, jusqu’au BAT ? Comment se fait-il que la contradiction dont vous parlez n’ait pas été évidente avant publication ?
Comment justifiez-vous que je n’ai pas été prévenu du changement et que je m’en sois rendu compte tout seul ?
Comment se fait-il que votre réponse, que vous appelez « décision du comité de rédaction », à ma demande d’explication ne comporte aucune excuse ?
Pouvez-vous réaliser que le véritable temps manqué, perdu, c’est celui non négligeable alors que vous saviez que j’étais pris par d’autres affaires que vous m’avez pris, finalement pour rien ?
Où, à part dans le texte de Thumerel, est-il fait référence à mon texte, dont je ne vois aucune évocation ni dans le « Contexte » préliminaire ni dans la bibliographie ?
Quelle idée de l’édition, qui soit compatible avec de telles pratiques, vous faites-vous ?
Quelle idée de l’amitié, qui soit compatible avec de telles pratiques, vous faites-vous ?

Je m’aperçois que, dans leur précipitation, les éditeurs ont laissé quelques traces de ma présence dans leur projet :
– la page de Calaméo (site de partage qui leur permet de créer leurs livres électroniques) présentant l’ouvrage me nomme encore dans sa description.
– la bibliographie générale de fin d’ouvrage comprend encore les références de mon article disparu…

J + 4 (14/03/2010) :
Les réponses d’Hapax à mes questions n’ont aucun intérêt si ce n’est, par leur nature expéditive et leurs dérobades, ce qu’elles dénotent de foutage de gueule et d’hypocrisie. En effet, rien n’est expliqué du retrait de mon texte, après la mise en ligne de l’ensemble et l’annonce de sa parution ; rien sur le fait que je n’ai pas été prévenu ; rien sur l’absence d’excuses ; rien non plus d’une défense de l’édition qui intègrerait de telles pratiques ; quant à l’amitié, n’en parlons plus.
Au lieu de cela, m’est répondu :
– que le retrait aurait eu lieu plus tôt (le soir même de la mise en ligne) et que les lecteurs d’Hapax n’en auraient rien su (pourtant, j’imagine que je n’ai pas été le seul à cliquer sur le lien de leur newsletter) ;
– que c’était une décision difficile à prendre (j’ajoute : et à assumer, de toute évidence) ;
– que le fait que je m’en sois rendu compte deux jours plus tard « témoigne du manque d’intérêt que [je] porte à ce projet » (si je ne m’en suis pas rendu compte plus tôt, c’est que le lendemain de la publication, je suis allé lire d’autres contributions, et non la mienne, que je connaissais déjà) ;
– que je n’ai pas dû perdre beaucoup de temps puisque mes modifications à l’article initial sont minimes (est ignoré (intentionnellement ?) que j’avais proposé des développements et que si je n’ai pas eu le temps de les rédiger, j’y ai travaillé ; ne sont pas pris en compte tous les échanges décrits ci-dessus, prenants…).
Seule information intéressante de leurs réponses : le comité de lecture est composé « d’amis, d’écrivains et d’universitaires ». Je serais très curieux de savoir quelles personnes exactement composent ce « comité de lecture » et pourquoi il a surgi soudainement après bon à tirer et première mise en ligne, alors que je pensais n’avoir affaire qu’à Sibor et Bora. On peut tout imaginer des commentaires qui ont conduit les éditeurs à se rétracter…


La poésie, en petits carrés mangée aux mythes 
par Gregory Haleux, le 9th February 2010

… ou les fictions de la modernité

Une nouvelle technologie comme le réseau social, type Facebook, sera peut-être utilisée comme il y a 60 ans le magnétophone par des artistes soucieux d’extirper le poème de la page. On peut remarquer, déjà, que certains sont tentés de détourner le statut Facebook dans le sens de l’oeuvre. A tel point qu’une collection de livres est déjà lancée, proposant des recueils des meilleurs statuts. On en revient cependant encore au livre, ringardise aux yeux des avant-gardes.
Mais là n’est pas vraiment le sujet de l’article qui suit. J’y réagis à un statut posté par Charles Pennequin sur Facebook il y a une semaine. Il y admirait un article de Christian Prigent s’en prenant à deux autres articles, de Sébastien Smirou et de Jacques Roubaud. Comme j’affirmais que Prigent avait lu de traviole les articles incriminés et répondait à côté de la plaque, Pennequin me demanda quelle était cette plaque. C’est finalement ici que je lui réponds, parce qu’il me semble plus intéressant que le débat reste public.
Indiquons d’abord les articles en question :
« Obstination de la poésie », de Jacques Roubaud : paru en janvier dans le Monde diplomatique, il n’est malheureusement pas en ligne ; mais pour se faire une idée, on peut se reporter à ce qui en est dit ici, par exemple.
« Rénovation de la VP », de Sébastien Smirou ;
« Vroum-vroum et flip-flap », de Christian Prigent ;
« Les humeurs de M. Roubaud (et autres vrais poètes) », de Jean-Pierre Bobillot.

Charles, voici la Plaque :

Le premier contresens de Prigent – et il est d’emblée méprisant – est de créer à partir des deux articles de Roubaud et Smirou l’entité « Smiroubaud » ayant une pensée une. Aberration : les deux articles sont très différents. « On s’effraie un peu de la caricature », dit Prigent. Oui, en premier lieu de la sienne.
Ensuite, Prigent juge les discours de Smirou et Roubaud d’une « pauvreté théorique ». Rappelons la définition de Roubaud concluant son article :

« que la poésie a lieu dans une langue, se fait avec des mots ; sans mots pas de poésie ; qu’un poème doit être un objet artistique de langue à quatre dimensions, c’est-à-dire être composé à la fois pour une page, pour une voix, pour une oreille, et pour une vision intérieure. La poésie doit se lire et dire. »

 
Comme le dit justement Claude Vercey, on tend là au « plus petit commun multiple ». Et surtout, on a une théorie dont la richesse supporterait très bien la discussion.
Quant au contexte, il n’est pas ignoré : simplement, il n’est pas seulement celui de 50 ou 100 ans d’expérimentations diverses, mais celui de plusieurs siècles d’écriture, de lecture, aussi de théorie.

A côté de la plaque, Prigent, quand il prend pour « facilités polémiques qui cherchent à faire rire à bon compte » ce qui n’est qu’exemples judicieusement choisis de performances « n’incluant pas un seul mot » et pourtant présentées comme poésie. Ce passage de Roubaud illustre plus qu’il ne veut polémiquer. La réaction de Prigent est alors sidérante de méprise et de violence : « C’est le ton un peu beauf et l’argumentaire démagogique de tous les polémistes réactionnaires ». Et effarant de le voir se vautrer, réellement, lui, dans la moquerie : des poèmes de Roubaud, de certaines manières de dire la poésie, renvoi à la ringardise des Muses…
Prigent voit de la moquerie, or Roubaud dit : « Toutes ces productions sont honorables, parfois impressionnantes, rarement (ce qui n’a rien de surprenant), d’une très grande qualité artistique, mais pourquoi les baptiser « poésie » ? », or Smirou dit : « Personnellement, je ne serais pas gêné si ce détournement n’écrasait pas la « vp » elle-même ».
Le quiproquo a de quoi interroger. Particulièrement sur l’intouchabilité de la performance « poétique ».
Peut-être est-ce justement parce qu’elle est institutionnalisée ?

Car, autre plaque à côté de laquelle Prigent répond : ces deux articles sont d’abord un constat de la situation de la poésie aujourd’hui en France. Cette situation : d’un côté, on se fout de la poésie, car démodée, dépassée, invendable, on l’ignore dans les journaux, dans les librairies, dans les manifestations culturelles institutionnelles, … ; de l’autre, on offre une place importante, sous l’appellation de poésie, à des créations artistiques qui ont peu à voir (faire, dire) avec la poésie, ou qui ne sont pas que poésie, et qui très souvent sont moins poésie qu’autre chose (musique, happening, danse…). N’est pas récusée, comme le croit Prigent, ce qu’on a pu appeler « poésie sonore », sous-branche poétique récente. Mais que celle-ci et le reste de la production spectaculaire dite « poésie », dont « vroum-vroum », représentent seuls la poésie dans le champs culturel a de quoi gêner quand on sait que la poésie n’est pas que cela, n’est-ce pas ?

On a honte de paraphraser ce qui est pourtant si clairement argumenté au départ.

Prigent travestit encore quand il résume ainsi l’appréhension de la performance poétique par Smirou et Roubaud : « Je ne comprends pas (ces performances soi-disant poétiques), dit Smiroubaud, donc elles sont idiotes. Je ne les connais pas (j’ignore leur histoire, leurs variantes, leurs objectifs, leurs soubassements théoriques), donc elles n’existent pas. »
Où a-t-il lu ça ? Ils ne comprennent pas que ces performances soit dites poétiques au point d’incarner, seules, la poésie. Si ces performances sont évoquées, c’est surtout parce qu’elles sont un signe étrange, à interroger, dans un paysage où la poésie, sous ses autres formes plus historiques, écrites, est absente.
« Je ne les connais pas […], donc elles n’existent pas » : le renversement qu’opère là Prigent est singulièrement pervers. Car n’est-il pas évident que le développement de la poésie sonore s’est fait et se fait encore et de plus en plus sur une ignorance de l’écrit ? « La poésie écrite n’a plus lieu d’être » : c’est Bernard Heidsieck qui le dit.
Opinion personnelle : il y a des chances que la poésie sonore de demain soit de plus en plus faite par des absolus non-lecteurs. Nous n’en sommes pas loin.
Quand à l’histoire et aux théories de ces formes, dont Prigent croit qu’elles sont inconnues de Roubaud et Smirou, avouons que si elles peuvent être passionnantes, elles s’accompagnent aussi de toute la bêtise dont savent faire preuve les avant-gardes : théories fumeuses, exaltations naïves, ignorance, rejets débiles, guerres internes et externes bouffies d’orgueil, etc., à côté desquels ce que Prigent perçoit d’indigne dans les articles de Roubaud et Smirou n’est qu’une minuscule goutte (fictive, insistons).

Selon Prigent, crispés, Roubaud et Smirou veulent « assainir le territoire poétique et désinfecter ses frontières ». Plus que l’assainir, il s’agit de lui donner sens. Il est curieux de considérer que c’est justement la volonté d’assainir qui fit, il y a presque soixante ans – tout autour du lit de la poésie considérée endormie et mourante, dans son « drap-de-pages » et ses oripeaux de chagrin –, éclore les réanimatrices poésie sonore, poésie phonétique, poésie action, poésie directe, poésie vroum-vroum, poésie vivante, poésie debout… Et que cette volonté provenait essentiellement d’une vision bien subjective, limitée, méprisante, de la poésie d’alors.
Il suffit de parcourir les Notes convergentes – Interventions 1961-1995 (Al Dante, 2001) de Bernard Heidsieck pour s’en rendre compte :

–  « La poésie doit se hisser hors de la page. Se déraciner de ce terrain mort. »
–  « Si le poème se résout à ne plus se considérer enfin, lui-même, comme son propre but (ou le langage) s’il se résout à ne plus considérer sa texture seule comme sa fin unique, ou son souci exclusif, (optique qui lui permet en s’excluant du monde, toutes les auto-délectations byzantines), s’il consent à ne plus être l’objet seul de ses caresses et délectations, son propre et unique point de mire, indifférent à l’histoire, au monde ambiant, digne, superbe et dédaigneux, et à ne plus donc, dans sa quête d’absolu, déboucher inéluctablement sur les miasmes mordorés d’agonies certaines ou d’asphyxies blanches […] »
–  « Le poème, d’une part, passif jusqu’à présent, roupillait dans la page, c’est sûr, par ailleurs l’inflation des mots en avait limé jusqu’à l’écoeurement, leur sens, leur pouvoir explosif ou d’éveil. »
–  « Le papier – OH ! –, la page – AH ! –, le livre – MIAM –, l’imprimé, l’IM-PRI-MÉ – OH LA LA LA LA… ! – mais oui, mais oui : la poésie en a fait ses délices. Et qu’on se le dise ! Qu’on le reconnaisse ! (ses prouesses aussi… il est vrai !). Ah ! Comme elle se l’est… parfait, fignolé… son miroir, son dodo. Pour s’y mirer, y rêver, s’y nombriliser. OHHHH ! Ce nectar blanc – la page – où plonger, s’étendre, se délasser et faire la planche. OHHH ! Qui ne rêverait de cet édredon, plein de replis et de caches !
Et d’y aller alors, sans risque ni vergogne, de sa larme, de sa forfanterie, de ses plaintes, de ses jeux et de sa malice, de sa suffisance, de son autodélectation – qui à s’auto-piéger – de ses clins d’yeux aux lecteurs, indifférents ou las, agressifs ou provoquants, pour tout compte fait, par ironie ou logique, ne leur offrir, au terme du cycle et de sa trajectoire, que le reflet blanc d’une glace sans tain ou le trou noir d’une poésie cul-de-sac. D’une page blanche, donc, ou noire ! »
–  « Aussi, la ramassant, exsangue, dans ce climat, la peau sur les os, chétive et transparente, à l’agonie, était-il temps, grand temps, de lui faire un peu de bouche à bouche. De tenter de lui refourguer, la pauvre, un peu d’oxygène. Pour que se survive sa flamme, malgré tout. Ou à cause de tout. Sa notion, son idée. Ses rayons , tendres ou décapants. Et qu’active, elle fasse acte de présence. Ni plus ni moins. »
–  « L’imprimerie, en couchant le poème dans la page, quelqu’aient pu y être ses cabrioles, mouvements d’humeur, et manifestations de révolte, l’y avait rendu « passif » dans une position – vis-à-vis du lecteur recherché ou fui – d’attente. Jusqu’à l’y faire roupiller, parfois. Sans risque majeur. Sinon ceux, patents, par-delà soubresauts et fulgurances, soit de l’y dissoudre dans l’inflation jusqu’à y limer, gommer le sens et le son mêmes des mots, jusqu’à la nausée, soit de l’y enchaîner, à l’abri des regards, solitaire, dans un climat plombé de laboratoire. »
–  « La poésie fait peau neuve. Se désasphyxie. Se dévêt de ses moules surranés. A temps. Enfin. »

–  « Se déconnectant de la société, la poésie, si elle se distrayait de ses auto-tours et attrapes, finit par ennuyer. Le poème s’assoupissait dans la page. S’y enfonçait et s’y masturbait chaque jour davantage. Satisfait et ronronnant. Dans une indifférence ambiante quasi généralisée. Passif et dans l’attente d’un lecteur hypothétique qui, las de ce jeu de cache-cache, finit par s’en aller voir ailleurs.
Il fallait donc exhumer le poème de ce bourbier, le rendre actif, le secouer, le réveiller et le catapulter hors du lit. »
–  « Ce fut, par la même occasion, dans la volonté précise de ce face-à-face et de ce plongeon dans l’inconnu, celle d’en finir aussi avec les gérémiades ressassées sur l’inéluctable disparition, faute de lecteurs, de la poésie, sur la fatalité de sa marginalisation, de sa circulation en vase clos, parmi ses seuls officiants. »
–  « Pour une poésie, non plus juchée sur l’étagère, à distance, intouchable et somnolente, vouée à n’être que l’objet d’un culte iconique et nécrophage, et devant laquelle il reste de bon ton de s’incliner cérémonieusement - lorsque l’on vient à se souvenir d’elle… et de sa présence fantomatique par habitude ou sur ordre. »
–  « A se boursoufler, en effet, jusqu’à l’inflation, d’images et de métaphores, ou à s’enfoncer au plus profond de la page jusqu’à la laisser vierge - et les extrêmes se rejoignent - à se bucoliser poétiquement, outrageusement, ou à se nombriliser, elle faillit bien sombrer, disparaître. »  

Au final, cet activisme hygiénique aurait non seulement sorti la poésie de son grabat mais aussi lui aurait redonné un public, voire des lecteurs : « Et tel, qui jamais n’entrerait, pour la connaître et la lire, dans une librairie, se précipite maintenant, pour l’entendre et la voir, là où elle se donne, un peu partout et de plus en plus, à entendre et à voir. Et la redécouvrant alors, présente, en train de se vivre, face à lui, sans doute retrouvera-t-il, par ce biais, par ce passage obligé, le chemin même du livre et de sa lecture. Celui-ci et celle-là, métamorphosés, tant sur le papier que dans sa tête. »
Tant de cuistrerie effare.
Affirmons que si les qualificatifs « vraie » et « fausse », appliqués à la poésie par Smirou et qui énervent tant Prigent et Bobillot, ne sont pas employés par Heidsieck, l’idée y est : on ne peut douter que, pour lui, la « vraie poésie », c’est la poésie vivante, c’est-à-dire hors de la page, tandis que la poésie à l’agonie, c’est-à-dire qui se complait dans la page…
On dira que c’est Bernard Heidsieck qui parle et qu’on ne saurait mettre ses paroles à l’enseigne de toutes ces démarches scéniques des années 50-60.  Mais on trouverait facilement un discours similaire chez Henri Chopin, François Dufrêne, Arnaud Labelle-Rojoux, Jean-François Bory, Jean-Jacques Lebel, etc., et même encore chez Christian Prigent, on le voit. Les avant-gardes sont empreintes de ces rejets ineptes, il le faut pour occuper le terrain. Jean-Pierre Bobillot, en connaisseur de cette histoire, et en spécialiste de Bernard Heidsieck, aurait pu dire cela dans sa réponse chez Sitaudis, d’autant plus qu’il semble faire sien ce point de vue radical, considérant la page comme un « linceul protecteur, cet écrin de silence fasciné, cet écran de narcissisme mystifié, cet autel aux icônes d’un culte poussiéreux, ce repli à l’écart du monde, de sa rumeur, de ses fureurs » (Jean-Pierre Bobillot, Bernard Heidsieck poésie action, Jean-Michel Place, 1996, p.79).
Je précise – au cas où l’on serait tenté par des raccourcis caricaturaux et même si apparemment cela ne sert à rien de prévenir – que, soulignant cela, je ne dédaigne pas ce qu’ont pu produire d’artistique, et même, oui, de poétique, ces performers et qu’au contraire, j’admire un certain nombre des enregistrements qui en ont été faits.

Les articles de Roubaud et Smirou donnent l’occasion de remarquer que les avant-gardes ne sont pas à l’abri de sombrer dans l’institutionnel et l’hégémonie, au risque de subir à leur tour la parole de ce qui est mis en marge. Il est intéressant, à ce propos, de relire le constat que faisait Jean-Jacques Lebel de la situation de la poésie-action il y a seulement 25 ans :
« Hélas, les dispositifs de contrôle et les blocages administratifs inhérents à l’industrie culturelle, ont tendance à condamner l’innovation, et à pénaliser la différence, en tant que telles. Situation sans issue : d’un côté la dictature hégémonique du même – reproduction des modèles et des langages dominants, à l’infini – et de l’autre, les contre-cultures marginalisées sinon clandestines, hors-normes, mais aussi hors-circuit. […]
Ni les mass-media, ni l’université, ni les maisons de la culture, ni le Centre Pompidou, ni les administrations centrales ou régionales, ni les organismes de gestion ou de production n’ont un tant soit peu évolué, du moins en France. La culture dominante est toujours aussi uniformisante, conservatrice, fermée à tout ce qui diffère d’elle… fermée aux forces vives de la poésie et de l’art contemporain, mais aussi aux formes musicales, théâtrales, sociales, expérimentées en marge des institutions officielles. » (in Françoise Janicot, Poésie en action, édition LOQUES/NèPE, 1984, pp.9-10).
N’a-t-on pas là, à peu de choses près, le même constat que ceux de Roubaud et Smirou, mais inversé : car, 25 ans après, ces contre-cultures sont sur le devant de la scène – relayées, exposées, offertes, étudiées, achetées par l’industrie culturelle – tandis que la poésie écrite, non spectaculaire, est quasi-ignorée.

Je m’arrêterai là bien qu’il y ait encore beaucoup de choses à dire.

Mais me hantent ces phrases de Prigent :
« si le temple de la poésie est celui que décrit Smiroubaud, il n’est pas le mien.
Je ne verrais même que peu d’inconvénients à ce que le mette à bas la horde des infidèles de la "fausse poésie". »
Ce n’est pas un temple, mais une usine. Si Prigent voulait vraiment la démolir, il commencerait d’abord par brûler ses livres.

[edit : en lien avec cette polémique, voir mon article du 15 mars 2010 : Disputatio XXI : comment j’ai perdu mon temps avec les éditions Hapax]


Le livre et la réclame 
par Cynthia 3000, le 14th January 2010

A considérer les stratégies commerciales de certains éditeurs et auteurs, on peut s’interroger sur la pertinence de la célèbre formule, conçue pour être serinée jusqu’à la mort du livre : "le livre n’est pas un produit comme les autres". L’article ci-dessous, signé Albert de Bersaucourt et paru en juin 1923 dans la revue Les Marges, nous montre que le marketing littéraire était déjà bien avancé il y a plus de 80 ans et qu’étrangement il n’a pas beaucoup évolué, si ce n’est qu’il a sans doute réussi l’ultime amélioration que de Bersaucourt propose en conclusion.

 

LE LIVRE ET LA RÉCLAME

 

 

Il le faut constater, avec gaieté ou avec répugnance, avec ironie ou avec dédain, selon son humeur, la réclame littéraire augmente chaque jour et elle emprunte les moyens les plus variés, les ressources les plus inattendues. Vraiment, nos éditeurs sont d’habiles gens. C’est merveille d’observer comme ils sont fertiles en inventions, ingénieux à les renouveler, prompts à s’emparer de toutes les coïncidences opportunes et de toutes les circonstances favorables.
S’il vous plaît, occupons-nous d’abord des manchons, ou, si vous préférez, de ces bandes multicolores qui donnent aux nouveaux livres cet air si pimpant. A coup sûr, le texte du manchon exerce une grande influence sur la vente, selon qu’il éveille l’intérêt ou pique la curiosité du passant. Il s’agit donc de forcer d’abord l’attention de celui-ci et de le séduire. Comment ? Oh ! les moyens sont nombreux et leur multiplicité ne laisse pas d’être assez divertissante. Tel éditeur, brave homme et ennemi des complications, se borne à indiquer loyalement le sujet de l’ouvrage ou à le résumer d’une manière succincte. L’acheteur éventuel sait ce qu’on lui offre ; à lui de prendre ou de laisser. Mais, ai-je besoin de le dire, cette honnête et rigoureuse exactitude est fort rare, et le procédé apparaît à bon nombre par trop simpliste. On s’inspire plus volontiers du héros ou de l’héroïne du livre, d’un épisode ou du décor du roman, pour promettre, en termes vagues et magnifiques, d’ineffables joies au lecteur, joies qui lui sont garanties, au gré de son tempérament et de ses convoitises, libidineuses, honnêtes, dramatiques ou humoristiques. Le roman « audacieux », mais dont l’audace est légitime, nécessaire, parce que l’auteur a fait œuvre de « moraliste » et dénoncé les tares « de certains milieux », assurément indispensables à révéler, la polissonnerie imprimée dont on a soin de révéler, en un texte affriolant, qu’elle est très scabreuse et ne s’adresse pas aux jeunes filles, voisinent avec l’ouvrage qui peut, au contraire, « être mis entre toutes les mains », et qui affiche, lui aussi, des prétentions moralisatrices, mais d’autre sorte, ou avec le bouquin d’aventures, peuplé d’incidents et chargé de pathétique, lequel nous promet de vertigineux voyages, de surprenantes découvertes, d’inconcevables révélations, et, non loin, voici les bandes aux propos hilares où les éditeurs des représentants de la vieille gaieté française s’engagent à nous secouer d’un hygiénique fou rire, ou, au moins, à dissiper notre mélancolie. Les manchons, plus ou moins explicatifs, visent un public déterminé. Certains éditeurs adoptent une tactique différente. Ils préfèrent s’adresser à l’ensemble des lecteurs et négliger toute précision. Les points d’exclamation et d’interrogation, accompagnant de brèves et impératives formules, jouent alors un rôle considérable. Dans ce cas on nous certifie sur fond rouge, vert, orange, jaune ou violet qu’« il faut avoir lu ce livre » ; ou bien : « Ce livre apporte des révélations sensationnelles », ou bien : « Ce livre dévoile l’un des plus troublants mystères de notre époque », ou bien : « Il fallait du génie pour écrire ce livre. » Peste ! Et le moyen de n’être pas persuadé du premier coup ? Quelques francs pour découvrir un génie, voilà qui est donné.

 

 

Dans quelle mesure l’acheteur se laisse-t-il prendre à cette espèce de réclame que je qualifierai volontiers d’autoritaire, je l’ignore. En tout cas on la lui prodigue de même que l’on essaie d’agir sur lui par intimidation, en quelque sorte. Etant donnée, et tant de fois prouvée la docilité moutonnière du public, est-il rien de plus habile, par exemple, que de se borner à reproduire sur un manchon les appréciations flatteuses d’écrivains en renom à propos de l’ouvrage mis en vente. Il n’est pas besoin de commentaires. Les illustres signatures prouvent la valeur du livre, et l’acheteur, sur des garanties de cette autorité, prend, en effet, confiance. Autre formule très habile : « Les douze mille premiers lecteurs de (ici le nom d’un volume à succès précédemment paru dans la même collection) seront les douze mille lecteurs de ce livre ». Une collection qui a douze mille lecteurs déjà est assurément une collection excellente, s’empresse de décider le badaud, et il entre chez le libraire comme il achète tel produit, plutôt que tel autre, parce que d’incessantes annonces en révèlent la consommation fabuleuse. Quelques éditeurs psychologues, et plus psychologues qu’honnêtes, sachant fort bien l’espèce de fascination qu’exercent les gros tirages sur le public, n’hésitent pas à imprimer sur leurs manchons : « Prochainement, centième mille ». Ce chiffre prestigieux ne correspond à aucune réalité, et, parfois, trois mille exemplaires ne sont point encore vendus que le centième mille est annoncé, mais, songez donc, quel bon moyen de décider les tièdes et de forcer les récalcitrants !
Il va sans dire que les prix littéraires jouent également un grand rôle dans la rédaction du manchon. Quand on peut imprimer sur la bande Prix Goncourt, Prix de la Vie heureuse, Prix Balzac, Grand prix de l’Académie française, Grand prix du roman, il n’est besoin de nulle ressource d’imagination. Néanmoins, avec un peu de rouerie, les prix littéraires peuvent être bons à quelque chose, quand même on ne les aurait pas obtenus. Le jury vous a-t-il accordé plusieurs voix on signale les résultats des tours de scrutin et on proclame triomphalement une honorable défaite qui équivaut presque à la victoire. Et puis, mon Dieu, il y a d’autres moyens, pour un éditeur avisé, de tirer un excellent parti des prix littéraires, fussent-ils modestes. Exemple : « Ce livre, avons-nous lu sur un manchon, vient d’obtenir le prix que l’Académie française décerna en 1848 à Alfred de Musset ». Dès qu’il s’agit de réclame il ne faut craindre ni les comparaisons flatteuses ni les glorieux rapprochements. Avoir obtenu le même prix qu’Alfred de Musset n’est-ce pas, à peu de chose près, s’égaler à lui et pouvoir traiter de puissance à puissance ? Cette simple comparaison, c’est un rien ; encore importait-il d’y songer.

 

 

Au reste, si nous examinons maintenant les réclames parues dans les journaux et les périodiques de ces dernières années il nous sera facile de constater que les éditeurs ne redoutent pas davantage d’invoquer d’illustres mémoires, dans leurs annonces, à l’occasion des livres qu’ils vantent. Victor Hugo, Balzac, Flaubert, Stendhal, Mérimée, Alphonse Daudet, tous les maîtres sont égalés ou dépassés nous affirme-t-on dans les placards extraordinaires où ils figurent piètrement écrasés par les lourdes capitales du nom de l’auteur et du titre de son ouvrage. Les prix et distinctions littéraires, bien entendu, sont mentionnés dans les journaux non moins que sur les manchons, et un éditeur qui ne songeait pas du tout à nous divertir nous a cependant beaucoup amusés par le candide machiavélisme de ce texte. « Ni prix Goncourt, ni prix Vie heureuse, déclarait-il, mais un chef-d’œuvre », et l’éloge suivait abondant et persuasif. Ah ! qu’il y aurait un amusant chapitre à écrire touchant les réclames dithyrambiques qui nous sont prodiguées, sous forme d’échos, entre la louange d’une essence nouvelle et l’annonce des dîners au jazz-band du restaurant X… ! Poètes, dramaturges, romanciers, essayistes, voisinent, à vingt francs la ligne, ou davantage, avec le gargotier et le parfumeur. Leur gloire embaume l’irrésistible Tu m’auras et le parfum des crêpes succulentes du cuisinier Z…, ou bien elle s’égale, triomphante, soit à quinquina, soit à une crème de toilette. Comparez les annonces, je vous prie. Accompagnant les noms des produits et les titres des bouquins, les chiffres de vente sont seuls indiqués. Les chiffres n’ont-ils pas leur éloquence ? « Consommation : deux millions de bouteilles, trois cent mille pots de crème par an », déclarent les industriels. « Cinquantième mille, centième mille, cent-cinquantième mille, mille exemplaires par jours », affichent les éditeurs, de semaine en semaine, avec un laconisme impressionnant. Impressionne-t-il ? Les échos quotidiennement ou hebdomadairement répétés contribuent-ils à la vente du volume ? Je le crois. Le coup de massue régulièrement asséné des gros tirages augmentant sans cesse, l’éloge insidieux ou direct, maintes fois répété, agissent, d’une part, à force d’obsession, et, d’autre part, comme je le disais plus haut, grâce à l’intimidante énormité des chiffres. Qu’il veuille ou non s’en défendre, le public est pris, et, bon gré mal gré, intrigué à la longue, ayant retenu le nom de l’auteur et le titre de l’ouvrage, il le choisira presque machinalement quand il sera en appétit de lecture. Peu de gens éprouvent l’envie ou s’accordent le temps de parcourir un feuilleton de critique littéraire ou un compte rendu et se soucient d’une opinion autorisée, mais ils sont bien obligés de subir la réclame qui leur saute aux yeux. Du reste la preuve la meilleure de l’excellence de cette sorte de publicité, les collections de journaux nous la donnent. Les éditeurs ont fait appel aux journaux de tout temps, et l’on y voit se succéder de simples annonces, des énumérations de titres d’abord, puis des annonces illustrées, des reproductions de titres et de conditions de publication, des bois gravés donnant un fac-similé réduit de couvertures et de vignettes, des compositions spéciales. La réclame illustrée est rare aujourd’hui, mais on a soin de placer sous nos yeux, afin de solliciter notre attention, et sans doute, de provoquer notre sympathie, les visages expressifs de nos auteurs éternellement jeunes.

 

 

Une autre forme de la réclame littéraire est le prière d’insérer. Ce sera le regret de toute ma vie de n’avoir pas rassemblé une collection de prière d’insérer, de ces textes surprenants et savoureux que je me persuade glissés dans les volumes pour forcer l’hilarité des critiques condamnés à une maussade besogne et se les rendre ainsi favorables. En vérité, de même qu’un éditeur a jadis publié une anthologie des plus belles prières on devrait imprimer un recueil des plus belles prières d’insérer. Quel magnifique sottisier !
Quel monument de la suffisance, de la vanité et de la sottise de la gent écrivassière ! Un livre de ce genre serait tellement extraordinaire par ses excès et ses audaces qu’on lui dénierait, je le crains, son authenticité. Lorsque les auteurs et les éditeurs rédigent une prière d’insérer ils semblent, en effet, perdre toute mesure, toute retenue, toute pudeur, toute raison, tout contrôle sur eux-mêmes et prendre à tâche de se rendre grotesques. La louange s’enfle jusqu’à l’hyperbole, l’œuvre se hausse jusqu’au chef-d’œuvre, le talent devient génie, et chaque ligne de ces petits papiers multicolores décèle la bouffissure d’un effarant orgueil, la paisible certitude d’une insolente présomption. Sans doute la règle n’est pas générale et la prière d’insérer garde parfois le ton qu’il faut, mais, le plus souvent, elle atteint au superlatif. Les romanciers nous annoncent qu’ils ont recréé le monde et renouvelé l’humanité ; les conteurs déclarent, sans barguigner, qu’ils apportent des formules absolument neuves et originales et qu’ils traitent des sujets inédits ; les poètes se flattent d’avoir affranchi le lyrisme et prodigué l’oxygène de leur souffle généreux dans l’atmosphère nauséabonde de notre époque ; les historiens, eux, ont découvert des trésors, puisé à des sources inconnues, utilisé de prodigieux documents, et leurs travaux réduisent à néant toutes les publications antérieures sur le même sujet. Ainsi de suite. Bref, neuf fois sur dix, la prière d’insérer est inconvenante, ridicule, niaise, irritante, et, en outre, elle ne sert à rien, ou, pour mieux dire, elle nuit aux intérêts de l’écrivain et de son éditeur. Pourquoi ? Mais parce que le critique, pressé de travail et succombant sous l’avalanche de volumes que son courrier quotidien lui apporte, s’inspire de ces communiqués, plutôt que de lire l’ouvrage, et rédige son article avec force coupures, ratures, soudures et raccords, à moins qu’il ne se contente simplement, comme on le fait, par exemple, dans bon nombre de journaux de province, de reproduire la prière d’insérer sans nul commentaire. Le jour improbable où ce mode de publicité sera supprimé les auteurs n’auront, à mon sens, qu’à se féliciter, et doublement, s’ils songent à leur dignité vis-à-vis d’eux-mêmes et vis-à-vis de la critique.

 

 

Y songent-ils assez ? Non, ayons le courage d’en convenir. A la rigueur on peut excuser les procédés de réclame commerciale que j’ai signalés ; ils sont fâcheux, ils sont déplaisants, certes, ils sont même vils et déconsidèrent l’une des plus nobles professions, mais quoi, les nécessités de la vie moderne et les mœurs actuelles les expliquent et les excusent jusqu’à un certain point. Par contre, elles ne justifient en aucune manière la roublardise de ce poète dont on apercevait le dernier livre, sur la robe d’un mannequin assis, dans la vitrine d’un grand magasin de la rive droite. Et que penser de cet habile homme offrant ses œuvres à un relieur, – lequel les refusa – pour qu’il en fasse, réclame permanente, des types de bradel ou de maroquin sans cesse exposés à la devanture de la boutique. N’est-ce point encore d’un goût et d’un tact vraiment exquis de coller sur toutes ses lettres et tous ses envois postaux une étiquette reproduisant en miniature la couverture de son roman ? Nous avons vu cela et demeurons surpris de n’avoir pas aperçu la même étiquette dans les vespasiennes. D’autre part, dans tel caboulot dit artistique, l’annonce des ouvrages des habitués de l’endroit voisine avec les prix modestes d’un pseudo-champagne. Préférez-vous l’astuce d’un écrivain qui, désireux d’exciter le public, se hâta de donner une deuxième édition de son livre avant que le premier mille fut épuisé, mais qui, au lieu d’inscrire sur la couverture deuxième mille ou 2e mille, choisit des chiffres romains et fit imprimer IIe mille, en sorte que le public lut onzième mille. Appréciez-vous la superbe de ce trop adroit boniment : « M. X, contrairement à certaines informations, n’est candidat à aucun des prix littéraires de cette fin d’année. Il ajoute que, dans l’esprit des fondateurs, ces prix ont pour but de mettre en lumière un écrivain inconnu et une œuvre de valeur étouffée sous la masse de production livresque. Il estime n’être plus dans les conditions requises puisque le 22e mille de son premier livre (un titre) est sous presse, que le suivant (un titre) franchit le 18e mille, et qu’enfin celui qui vient de paraître (un titre) a un départ de 12.000 exemplaires. » Admirable, n’est-ce pas ? Vous plaît-il mieux d’apercevoir, au cinéma, les titres d’un volume à quoi succède le portrait de l’auteur, visage penché regard profond, soutenant d’une main soignée son front accablé ? Est-ce aussi fort élégant de placarder sur les murs et les palissades le seul titre de son livre, sans autre explication, afin d’attirer davantage la curiosité ? Est-ce bien noble de solliciter auprès des directeurs de certaines maisons la faveur grande d’être offert « en prime » ? Et que dire enfin du cabotinage de quelques écrivains faisant tirer par centaines et expédiant partout des cartes postales reproduisant leurs traits et publiant la liste de leurs œuvres ? Je m’arrête. N’allez pas croire qu’il me serait difficile de poursuivre et de multiplier les exemples, mais ceux-ci suffisent, et l’on éprouve un grand regret, voire quelque honte, d’être obligé de les signaler.

 

 

J’indiquerai, à présent, l’une des meilleures idées de nos éditeurs, l’une de leurs idées les plus fécondes et les plus productives puisqu’ils s’adressent à la vanité humaine et l’exploitent à plein rendement. Il s’agit des souscriptions offertes aux pullulants bibliophiles, de ces souscriptions particulièrement engageantes où l’on annonce aux abonnés éventuels qu’ils verront figurer leur nom, dûment imprimé, à l’intérieur du volume. « Exemplaire sur Hollande, sur Japon, sur Chine, tiré spécialement pour M.X. » Allez résister à cela ! Et l’on n’y résiste pas, je vous le certifie. Les demandes affluent. On s’engage sans hésiter à prendre tous les volumes sur grand papier de l’éditeur Y. Il n’est pas question de la notoriété de l’auteur, de la qualité ou de l’intérêt de l’ouvrage ; ce qui importe, ce sont les deux lignes prestigieuses : « Exemplaire numéro tant, réservé à M.Z. » ; ce qui compte, c’est le naïf orgueil de cette marque de possession. Loin de moi la pensée criminelle de dire du mal des bibliophiles. Néanmoins, sans être taxé de malveillance, on peut reconnaître que, depuis ces dernières années, il y a, parmi nos amateurs trop vite enrichis, nombre de sots. Or, l’une des manifestations invariables de la sottise alliée à la récente richesse consiste à prodiguer, à tout propos et hors de propos, noms et initiales sur les objets les plus divers. D’où le succès certain des souscriptions dont je parle. Et l’éditeur se frotte les mains d’avoir si aisément réuni sa phalange rémunératrice. Consultez les listes obtenues dans ces conditions. La literie, l’épicerie, la carrosserie, le beurre et la volaille, les autos et les bicyclettes, les toiles et tissus, y figurent en grand nombre sous des noms variés, et flambants d’or neuf ; les vrais bibliophiles, eux, n’y occupent qu’une place très modeste. Nos éditeurs auraient tort de triompher outre mesure. L’idée prolifique ne leur appartient pas. Elle est de Coquebert qui publiait, vers 1840, nombre d’ouvrages, en livraisons, consacrés aux provinces de France. Lorsqu’il imprima le texte relatif à la Touraine il annonça à grand vacarme que les noms de messieurs les souscripteurs, – il en avait réuni deux mille – « seraient imprimés dès la quatrième livraison sur les deuxième et troisième pages de la couverture provisoire ». Sans perdre une minute deux autres mille souscripteurs demandèrent de figurer, eux aussi, sur les deuxième et troisième pages de la couverture de la cinquième livraison. Malin Coquebert !

 

 

Quelle conclusion tirer de l’examen rapide, et d’ailleurs incomplet, auquel je viens de me livrer ? Celle-ci : auteurs et éditeurs, d’un commun accord, se servent de procédés de réclame que j’estime regrettables, que je crois nuisibles au bon renom des lettres et qui assimilent le métier d’écrivain à celui de n’importe quel marchand de n’importe quoi, mais ils s’en servent. Et bien ! puisqu’ils s’en servent, puisque le livre est article commercial, qu’ils soient logiques avec eux-mêmes et qu’ils aillent jusqu’au bout. Le passé est riche d’enseignement, de suggestions de toutes sortes, et nous propose maintes améliorations. Veuillent donc les éditeurs ne pas reculer devant un nouvel effort et s’en inspirer. Les livres sont, paraît-il, à leur place, entre le rayon X et les pneumatiques Z. Que l’annonce, le prospectus, l’affiche les célèbrent donc à l’égal des rayons X et des pneumatiques Z, et d’une façon identique. C’est commencé ; il suffit de continuer. Et l’ombre de Vigny sourira.

A. de Bersaucourt.

 

 


Le Symboliste exaspéré 
par Cynthia 3000, le 12th January 2010

Peu importe, lecteur, que tu ne comprennes point Éloi devenu tout à coup symboliste. Il n’a aucune sorte d’estime pour toi. Si tu lui dis : "Je ne comprends pas ! " ses mains se frottent d’elles-mêmes, et s’il lui arrive de se comprendre, il n’est plus fier.
C’est pourquoi il veut, infatigable, toujours aller à l’obscur, vers du plus obscur encore. Aveugle, il jetterait, la nuit, sur un tableau noir, les lettres retournées de mots sans suite.
Or, il surprend sa gentille amie en larmes.
- Oui, dit-elle, il faut que je t’ouvre mon cœur. J’ai trop de chagrin. Je lis tout ce que tu fais. Je le relis en cachette, mon petit Larousse sur mes genoux. Va, je travaille ; souvent ma tête éclate. Et je peine vainement. Impossible de traduire une ligne. Je suis donc bien bête ! J’en crierais ; je serais si heureuse de deviner quelquefois. Je t’aime tant !
Elle pleure comme une source pure.
Éloi lui baise les mains, et, presque vaincu, appuie son front sur l’épaule de son amie, mais pour le relever soudain, avec orgueil et défi.
Il mourra avant d’oublier cette minute où il faillit, à cause de sa gentille amie, perdre, d’un coup, tout le talent qu’il a de ne pas écrire en français.

Jules Renard, Le Mauvais livre, éd. L’Arbre vengeur, 2004.

Les textes rassemblés dans Le Mauvais livre ont été initialement publiés par Jules Renard dans L’Echo de Paris, La Nouvelle revue, La Revue blanche et Le Mercure de France, entre 1892 et 1896, puis intégrés à deux recueils, La Lanterne sourde, Coquecigrues (P. Ollendorff, 1906) et Le Vigneron et sa vigne (Mercure de France, 1901). On y suit avec beaucoup de plaisir le personnage d’Éloi, homme de plume, homme du monde, homme des champs.

LA JOLIE FEMME : Ce n’est pas un homme.
ÉLOI : C’est un homme de lettres.
TOUS : Homme de lettres ! homme de lettres ! homme de lettres !


Jean-Pierre Brisset, “à M. Victor Meunier, le 22 mai” 
par Gregory Haleux, le 10th January 2010

 [article publié initialement le 24 mars 2006 sur le blog Bartlebooth]


 

[…] que la bibliothèque de la ville où j’habitais […] la Grammaire logique (1883) de Jean-Pierre Brisset. En le consultant, […] dédicace de l’auteur ! […] notamment à l’Anthologie de l’humour noir d’André Breton, l’encyclopédie des fous littéraires d’André Blavier ([…] "Brisset, bien sûr, les domine tous, de très haut", […] les myth(étym)ologistes), la revue Analytica (cahiers de recherche du champ freudien) qui avait republié Le mystère de Dieu est accompli, quelques textes de Michel Foucault et le Jean-Pierre Brisset, prince des penseurs, de Marc Décimo, réédité depuis et considérablement augmenté.
[…] revoir ce livre et en photographier la dédicace.
[…] Jean-Pierre Brisset, Prince des Penseurs, inventeur, grammairien et prophète (Les Presses du Réel, 2001).
En 1883, Jean-Pierre Brisset n’a pour l’instant écrit qu’un précis d’art natatoire (1870), une méthode destinée aux Allemands voulant apprendre le français (1874) et la Grammaire logique (1878), une variante de son précédent travail, adapté aux locuteurs français. Alors qu’il achève la réécriture de la Grammaire logique, qu’il essaie de perfectionner depuis 1880, il a, en janvier 1883, la révélation que le latin n’a jamais vraiment existé et qu’il est plutôt « un langage artificiel », « une oeuvre d’hommes, un argot » qui « n’a eu absolument aucune influence sur la langue française ». Cette révélation est suivie, en février, d’une autre, plus insolite : les hommes et toutes les langues sont issus de la grenouille ! Brisset insère en toute hâte ces réflexions à la fin de son ouvrage, sous les titres « De la formation des langues latines et de la langue française en particulier », « Le latin est un langage artificiel », « Il n’y a pas eu de langues romanes » et « Révélations ».

[…] Offert respectueusement par l’auteur à M. Victor Meunier le 22 mai. […] Brisset, plutôt que d’attendre un an ou plus, n’a pas tardé à en envoyer un exemplaire à ce Victor Meunier, […] Dans le Nouveau Larousse illustré de 1900, […] :

MEUNIER (Amédée-Victor), publiciste français, né à Paris en 1817. Il débuta comme journaliste scientifique, dirigea le « Dictionnaire élémentaire d’histoire naturelle » (1842), puis la « Revue synthétique ». Il collabora à divers journaux politiques ; mais, à partir du coup d’Etat (1851), il se livra exclusivement à la vulgarisation scientifique ; il fonda l’Ami des sciences, puis la Presse des enfants, à la rédaction de laquelle Mme Victor Meunier prit une part active. On peut citer de lui : Jésus-Christ devant les conseils de guerre (1847), ouvrage mis à l’index et traduit en plusieurs langues ; l’Avenir des espèces (1886) ; Scènes et types du monde savant (1889) ; Sélection et perfectionnement animal (1895) – Mme Victor MEUNIER, née à Brighton (Angleterre), a traduit les premiers contes d’Edgar Poë et publié les Ruines d’un vieux manoir (1895), ainsi que divers romans et nouvelles.

Le titre Jésus-Christ devant les conseils de guerre […] airs d’écrits d’illuminés, […] période qui produisit nombre d’écrits d’individus exaltés par les théories de Charles Fourier, dans le genre de Jean Journet ([…] Philantropes, Sociologues & Casse-pieds). […] cercle fouriériste, la librairie phalanstérienne, mais il n’a rien, ou trop peu, de celui d’un fou littéraire. […] livres de vulgarisation zoologique, à caractère apparemment évolutionniste. […] Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF, […] bonne piste. En effet, ce Victor Meunier a également écrit Les Animaux à métamorphoses (1867) et Les Animaux d’autrefois (1874).

Dans Les Animaux à métamorphoses, l’auteur consacre une longue partie aux amphibiens. Le chapitre réservé aux crapauds et grenouilles s’attarde longuement sur les mythiques pluies où l’on verrait ces animaux tomber du ciel, sur des expériences consistant à enfermer crapauds et grenouilles dans du plâtre ou du grès ou a les faire geler, pour tester leur résistance, avant d’en venir aux phénomènes de la métamorphose.
Le chapitre suivant, consacré à la salamandre, se termine sur une anecdote […] une monstrueuse salamandre d’un mètre de long :

On peut, en raison de sa taille, la regarder comme un témoin attardé de ces antiques époques où les êtres vivants atteignaient si communément des dimensions gigantesques. C’est une proche parente de cette grande salamandre fossile d’Oeningen devenue si fameuse par suite de la méprise à laquelle donna lieu son squelette trouvé dans les schistes de la localité susdite, et des discussions qui s’ensuivirent. Scheuchzer prit les os pétrifiés de l’amphibien pour des os humains, et le décrivit sous le nom d’homme témoin du déluge (homo diluvii testis)
(Victor Meunier, Les Animaux à métamorphoses, A.Mame, 1867, p.105)

La partie « Amphibiens » des Animaux à métamorphoses se termine par un chapitre intitulé « Un animal douteux » : il y est question d’un animal monstrueux aperçu en mer en 1861 et décrit comme ayant « des bras d’hommes », qu’on a appelé manta et qui « ne serait autre chose qu’un batracien de taille gigantesque, une espèce de grenouille longue de trois mètres » (Ibid, p.106)

Dans Les Animaux d’autrefois (1874), Victor Meunier consacre une nouvelle fois un chapitre à cette salamandre géante,

 « L’andrias n’est qu’une salamandre ; mais tandis que nos salamandres ont environ un décimètre de long, l’andrias avait un mètre cinquante.
On l’a pris pour un homme. « Est-il possible disait Pierre Camper, de prendre un lézard pétrifié pour un homme ? » Cela était possible, car cela fut fait.
Un médecin suisse, un naturaliste, Jean Jacob Scheuchzer, est l’auteur de cette mémorable méprise.

[…] dans le calcaire schisteux d’Oeningen, non loin de Constance, un squelette incrusté dans la pierre et merveilleusement conservé ayant été trouvé, Scheuchzer vit dans ce squelette les restes de l’homme témoin du déluge. Homo diluvii testis : c’est le titre de la dissertation publiée par lui sur ce sujet en 1731. Une figure représentant cet inappréciable fossible accompagnait la brochure.
 « Il est certain, dit l’auteur, que ce schiste contient une moitié, ou peu s’en faut, du squelette d’un homme ; que la substance même des os, et, qui plus est, des chairs, y sont incorporées dans la pierre : en un mot, que c’est une des reliques les plus rares que nous ayons de cette race maudite qui fut ensevelie sous les eaux.
[…] »
Tous les contemporains du médecin suisse partagèrent son opinion ; tous, Pierre Camper excepté. Il alla à Oeningen, vit le fossile, et c’est alors qu’il s’écria : « Est-il possible de prendre pour un homme un lézard pétrifié? »
Camper se trompait ; ce n’était pas un lézard, mais une salamandre qu’il avait devant lui. C’est ce dont Cuvier se convainquit sur la seule inspection du dessin.
[…] »
(Victor Meunier, Les Animaux d’autrefois, A. Mame et fils, 1874, pp. 263-265)

Cette anecdote, Brisset l’évoqua brièvement à trois reprises dans des ouvrages ultérieurs, Le mystère de Dieu est accompli (1890), La Science de Dieu ou la Création de l’Homme (1900) et Les Origines humaines (1913 ; « Cette dernière pétrification fut immédiatement regardée par le médecin Scheuchzer comme le squelette d’un homme et il écrivit un ouvrage là-dessus. Naturellement il eut des contradicteurs, mais c’est certainement tout au moins les restes d’un dieu marin, les restes d’un ancêtre de l’homme », p.1254 des Oeuvres complètes)

[…] sources, Brisset […] Dupinay de Vorepierre et le dictionnaire Larousse, […] sa dédicace et ce que je trouve dans les ouvrages de Meunier me prouvent que la fréquentation de ses derniers par Brisset a du appuyer ou favoriser ses idées.
Marc Décimo, dans son étude de l’oeuvre brissetienne, en illustration de son affirmation selon laquelle Brisset a emprunté l’essentiel de ses informations à Dupinay de Vorepierre, reproduit un dessin tiré de l’encyclopédie de ce dernier et figurant le cheirotherium ou labyrinthodon. Or il se trouve que Meunier lui consacre un chapitre dans Les Animaux d’autrefois, juste avant celui concernant l’andrias. Voici ce qu’il en dit :

Dans le grès bigarré, en Allemagne, près de Hildburghausen, un naturaliste, M. Kaup, trouva en 1835 les traces des pas d’un quadrupède, et à cause de la disposition en forme de mains de ces empreintes, il donna à l’animal inconnu de qui elles proviennent le nom de cheirotherium. […]
M. Kaup pensa que ces empreintes avaient été formées par un mammifère ; mais depuis, un certain nombre d’os ayant été découvers (la tête, le bassin, et une partie de l’omoplate), M. Owen a émis l’opinion que le cheirotherium était, non point un mammifère, mais un batracien gigantesque.
Des dents coniques très-fortes, d’une structure compliquée, armaient ses mâchoires ; c’est la structure de ses dents qui lui a valu le nom de labyrinthodon. On suppose que sa tête était prolongée par un écusson osseux.
(Victor Meunier, Les Animaux d’autrefois, A. Mame et fils, 1874, pp. 258-263)

 

[…] coacidences ? […] Ernest Renan, Louis Havet et René Cagnat. […] Raymond Roussel n’a-t-il pas eu Jules Verne pour grand modèle ?

«Si on ne trouve pas de rapport entre deux idées,
elles ont un point commun avec une troisième
»
(Jean-Pierre Brisset)

[…] ou synchronicités.
[…] un autre écrivain et inventeur singulier a dédicacé non pas une mais deux de ses oeuvres à Victor Meunier. Il s’agit du poète Charles Cros. Son poème « Heures sereines », […] Le Coffret de santal (1873) […] « A Victor Meunier ». […]

J’ai pénétré bien des mystères
Dont les humains son ébahis :
Grimoires de tous les pays,
Êtres et lois élémentaires.

quatrain qu’on pourrait d’ailleurs mettre en exergue aux oeuvres complètes de Brisset. […] grimoire est une altération de gramaire […] « désignait au moyen âge la grammaire en latin, inintelligible pour le commun des mortels », « Grimoire désigne un livre de magie puis, par extension, un discours incompréhensible et un ouvrage inintelligible » : en ces sens, la Grammaire logique et les ouvrages que Brisset écrit ensuite sont aussi des grimoires.
En 1876, Charles Cros réalise ses premiers essais de photographie en couleur : il dédicace le « 1er tirage de mon procédé de photochromie, à Victor Meunier, mon parrain scientifique ».
Notons que Charles Cros fut l’auteur d’au moins quatre vers holorimes et que les analyses linguistiques de Brisset reposent sur le même principe de l’homophonie.
Un autre grand holorimeur, Alphonse Allais, entendit pour la première fois parler de Charles Cros grâce à… Victor Meunier. Extrait de « La Mort de Charles Cros », d’Allais, paru dans Le Chat Noir le 18 août 1888 :

Pauvre Cros ! Je le vois encore le jour où je le rencontrai pour la première fois. C’était, si je ne me trompe, en 76. Comme ça va, le temps !
J’avais lu le matin dans Le Rappel une chronique scientifique de Victor Meunier, qui semblait un conte de fées.
Un jeune homme venait d’inventer un instrument bizarre qui enregistrait la voix humaine et même tous les autres sons, et qui non seulement en marquait les vibrations, mais reproduisait ces bruits autant de fois que l’on voulait.
L’instrument s’appelait le paléographe. La théorie en était d’une simplicité patriarcale.
Le lendemain, grâce à mon ami Lorin, je connaissais Charles Cros, l’inventeur du merveilleux appareil dont M. Edison devait prendre le brevet, l’année suivante.

[…] l’article de Victor Meunier, « Le son mis en bouteille », est de fin 1877. Quant à paléographe, […] erreur de l’hydropathe […] : l’invention de Charles Cros avait pour nom paléophone. […] paléographie puisqu’à peine âgé de seize ans il étudiait le sanscrit et l’hébreu.
Quelques années auparavant, l’année du Coffret de santal, Cros avait proposé une autre invention, un Projet de communication avec les habitants de Vénus, dont il y eut, en 1873, un compte-rendu écrit par… Stanislas Meunier, fils de Victor et géologue dont on peut lire un article sur les traces fossiles de pas d’animaux, où il est question du… labyrinthodon.

 […] juste en ajoutant que l’aliéniste, Marcel Réja, qui s’intéressa dès 1904 à Brisset (on ne sait comment il le découvrit), soit un an après la mort de Victor Meunier, avait pour vrai nom… Paul Meunier et je serais prêt à parier qu’il avait un lien de parenté avec.

[les gravures proviennent des livres de Victor Meunier […] Gallica]


Imprimal Scream (Song for an Old Guillotine) 
par Cynthia 3000, le 6th January 2010


Sur radio cynthia 3000 :
Imprimal Scream (Song for an Old Guillotine)

L’An redix 
par Cynthia 3000, le 31st December 2009

Cynthia 3000, malgré la crise et quoi qu’il arrive, ne se démonte pas.
Le personnel ici réuni, résistant, entre autres au froid, trinque,
comme l’année dernière et éternellement, au mélange
des genres, à la cartophilie caputienne, à la mort
du livre
, à l’eurythmie hypnopompiste, au
nudisme tremblant, à l’édition belle
comme un stratège littéraire
noyé dans le web 2…
Bonne année
à tous !


Registres de l’hypnopompe I 
par Cynthia 3000, le 30th December 2009

Voici une galerie d’images présentant notre dernière publication : les Registres de l’hypnopompe I.
 





Cynthia 3000 fête Noël 
par Cynthia 3000, le 22nd December 2009


Sorties le 23 décembre 2009 :
5 cartes postales de la C.A.P.UT. (premier tirage de 25 ex.)
& les Registres de l’hypnopompe I

Et si… ? 
par Cynthia 3000, le 20th December 2009


Et si… 
par Cynthia 3000, le 17th December 2009


Quatrains pour le Savon des Princes du Congo 
par Gregory Haleux, le 23rd November 2009

 

Vendredi dernier, se déroulait à Paris le XIIIe Colloque des Invalides.
Nous nous souvenons avec émotion avoir rencontré, à la Xe édition, Eric Dussert, Barbara Pascarel, Eric Walbecq, Marc Décimo, François Caradec… Le colloque, consacré aux querelles et invectives, s’était terminé de manière pathétique par les numéros de clowns pas drôles de Beigbeder, Matzneff et quelques faire-valoirs. Autant dire que le thème du colloque de cette année, la réclame, était déjà là il y a trois ans, par la présence d’un ex-publicitaire, d’un produit de publicité, et d’autant plus que l’un des maîtres d’oeuvre de ces journées s’y connaît en tapage pour des broutilles.

Bref, voici pour nous l’occasion de partager, après Monselet, Perec, Bibendum, Rouff & Curnonsky, une autre perle de la poésie publicitaire : les quatrains du Congo.
En parcourant, pour nos recherches autour de Pillard d’Arkaï et Fagus, les journaux fin XIXe, nous rencontrons, perdus dans le fatras des troisièmes pages, entre les échos des tribunaux et ceux des théâtres, des quatrains vantant les bienfaits du savon pompeusement nommé des Princes du Congo, créé par le roubaisien Victor Vaissier. Ces vers de mirliton ont plus d’un intérêt : ils témoignent d’une époque, de ses événements politiques et culturels, de sa société ; ils montrent, quelle que soit leur qualité, l’importance qu’avait alors la poésie ; ils sont amusants, par leur gauloiserie et par l’étendue des procédés humoristiques employés ; par la multiplicité des thèmes invoqués ; par la variété des tons ; par le recours à la parodie et au détournement…
Nous avons réuni tous les quatrains des années 1897 et 1898 que nous avons pu trouver et vous en offrons une édition sous format PDF, avec notes pour les sources et les variantes :

 

 

Marc Angenot a écrit un petit livre remarquable : L’Oeuvre poétique du Savon du Congo (éditions des Cendres, 1992), dans lequel il étudie, avec beaucoup d’humour, la diversité de cette oeuvre monumentale, ses jeux intertextuels, les rapports qu’elle entretient avec son époque, avec ce « passage d’une société de puanteur négligée à la société de savoir-vivre olfactif ». Aussi s’intéresse-t-il à la pensée sociale et politique lisible dans ces vers, et notamment à la vision contrastée de la femme s’émancipant.

Il y a cependant un point que le livre n’étudie pas, ou trop peu à notre goût : la question de l’auteur.
Angenot l’évoque en parlant des « rimeurs bénévoles et anonymes » d’une oeuvre « démocratiquement collective » et met celle-ci, dès la première page de son livre, sous le signe de la célèbre proposition ducassienne : « La poésie doit être faite par tous », concluant pour nous trop vite que l’oeuvre du Congo a réalisé ce voeu. Sa communication au dernier colloque des Invalides s’intitule « La poésie faite par tous ou la publicité en vers ». N’ayant pu y assister, nous ne savons pas si sa vision est toujours la même.
Nous remarquons bien plusieurs signes suggérant cette idée : il y a d’abord ces nombreux quatrains mentionnant l’envoi de vers par des amateurs. Il y a aussi certaines signatures dont on ne peut douter de l’authenticité. Ainsi Albert Bouchery (1897, p. 65) est-il certainement l’imprimeur et directeur du Carillon. Comment douter que Mlle Bourdillon (1898, p. 34 et 35) ne soit pas celle qui, cette année-là, fut élue Reine des Halles et des marchés ? Victor Levère (1897, p. 9) ne peut être que le directeur — qui signait également Isambart le Toqué — de L’Echo des Trouvères - Organe de l’Athénée des Troubadours, journal qui offrait une grande place à la poésie parfumée au Congo (Victor Vaissier était membre d’honneur de l’Athénée). Mais en regard des centaines de noms ou d’initiales — qui sans preuve supplémentaire ne valent pas mieux que les signatures des prosaïques publicités à attestations —, c’est bien peu.

 

 

On peut se demander si ce ne sont pas des symbolards ou décadents qui s’amusent à signer André Gil, Jean de Mity, Joséphine Péladard, Boyer de Limoux, Jules Roubichon ou J. Le Lorrain… Pour ce dernier, n’est-ce pas lui-même, Jacques Le Lorrain, tant le vocable recherché du poème « Ménélik, negus d’Abyssinie » (1898, p. 81) ressemble à celui du poète-savetier ?
Marc Angenot se demande : « mais qui dit que Verlaine ou Mallarmé n’ont pas envoyé quelque jour leur quatrain ». La question est aussi pertinente qu’excitante. Nous savons que Léon Deubel, dans sa jeunesse, fut lauréat d’un concours ayant pour sujet imposé le Savon du Congo — peut-être l’un de ceux organisés par Vaissier et Levère dans L’Echo des Trouvères. Albert Mockel écrit à André Gide, le 31 janvier 1895 : « Toute littérature s’en va à la fumisterie. Voici aujourd’hui Merrill qui m’envoie des vers pour le savon du Congo (et cela en insinuant qu’il connaît des rimes à saligaud) […] » (André Gide et Albert Mockel, Correspondance (1891-1938), Droz, 1975, p. 136). Rêvons qu’un jour il faudra ajouter un quatrain congolais aux oeuvres complètes d’Arthur Rimbaud.

Mais résumons pourquoi nous doutons que l’oeuvre poétique du Congo soit si collective : d’abord, trop de vers, soi-disant de poètes amateurs et spontanés, parlent de la concurrence, d’imitations voire de plagiats, toutes questions qui semblaient tourmenter l’industriel Vaissier… Ensuite, et c’est le plus troublant, les mêmes poèmes, parus à quelques jours ou semaines d’écart, voire le jour même, dans des journaux différents, peuvent être non seulement publiés sous d’autres noms mais surtout présenter de singulières différences, très souvent comme si le poète se corrigeait, améliorait le premier jet ; quelquefois, semble-t-il, juste pour le plaisir de varier. Il serait très étonnant que tant de rimeurs bénévoles aient eu le souci du rythme ou du mot juste au point d’envoyer plusieurs épreuves… N’ayant pas d’éléments précis justifiant l’origine des quatrains, nous pouvons nous demander si, malgré ce que voudrait peut-être nous faire croire, en as du marketing, Victor Vaissier et contrairement au rêve de l’impensable comte de Lautréamont, la poésie du Congo ne serait pas plus près de l’un que du tous.


Interportrait autotextuel 
par Cynthia 3000, le 31st October 2009


Fantômes 
par Cynthia 3000, le 30th October 2009


Prière pour aller au paradis avec les ânes 
par Cynthia 3000, le 27th October 2009

 

Et hop, un nouveau titre sur www.myspace.com/radiocynthia3000 ! Toujours avec Nako, et l’ami Yann qui était de passage.
N’ayant dans nos poches qu’un des remarquables cahiers de Clément Maraud, ce sont Francis Jammes et ses ânes qui durent subir l’épreuve du chant. L’improvisation étant ce qu’elle est, le poème n’est chanté qu’à moitié, tant pis/mieux !

 

Musique : Yann, Ben et Grégory
Paroles : Francis Jammes
Voix : Grégory
Guitare : Yann
Effets électroniques, basse, voix : Ben

 

PRIERE POUR ALLER AU PARADIS
AVEC LES ÂNES

 

Lorsqu’il faudra aller vers Vous, ô mon Dieu, faites
que ce soit par un jour où la campagne en fête
poudroiera. Je désire, ainsi que je fis ici-bas,
choisir un chemin pour aller, comme il me plaira,
au Paradis, où sont en plein jour les étoiles.
Je prendrai mon bâton et sur la grande route
j’irai, et je dirai aux ânes, mes amis :
Je suis Francis Jammes et je vais au Paradis,
car il n’y a pas d’enfer au pays du Bon Dieu.
Je leur dirai : Venez, doux amis du ciel bleu,
pauvres bêtes chéries qui, d’un brusque mouvement d’oreille,
chassez les mouches plates, les coups et les abeilles…

Que je Vous apparaisse au milieu de ces bêtes
que j’aime tant, parce qu’elles baissent la tête
doucement, et s’arrêtent en joignant leurs petits pieds
d’une façon bien douce et qui vous fait pitié.
J’arriverai suivi de leurs milliers d’oreilles,
suivi de ceux qui portèrent au flanc des corbeilles,
de ceux traînant des voitures de saltimbanques
ou des voitures de plumeaux et de fer-blanc,
de ceux qui ont au dos des bidons bossués,
des ânesses pleines comme des outres, aux pas cassés,
de ceux à qui l’on met de petits pantalons
à cause des plaies bleues et suintantes que font
les mouches entêtées qui s’y groupent en ronds.
Mon Dieu, faites qu’avec ces ânes je Vous vienne.
Faites que, dans la paix, des anges nous conduisent
vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises
lisses comme la chair qui rit des jeunes filles,
et faites que, penché dans ce séjour des âmes,
sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes
qui mireront leur humble et douce pauvreté
à la limpidité de l’amour éternel.

 

 


Mon violon d’Ingres ? c’est le ciment armé ! 
par Cynthia 3000, le 26th October 2009

Récemment, nous avons déniché un important lot de Détective — « l’hebdomadaire des secrets du monde » — des années 50. L’un des intérêts du journal en ces années est qu’en quatrième de couverture était souvent présenté un personnage singulier, entre autres par le couple Robert Giraud / Robert Doisneau. Nous comptions partager la page du n°521 (25 juin 1956) consacrée à Frédéric Séron quand, concordance !, nous nous apercevons avant-hier que Louis Watt-Owen, en sa Main de singe, offrait via l’I.N.A. un reportage sur cet artiste. Double coïncidence, hier, Le Sciapode mettait en ligne un article très documenté sur Séron.

 


Ah ! si c’était un tandem… 
par Cynthia 3000, le 24th October 2009

in Radar n°614, 11 novembre 1960

Le peintre s’appelle Picasso 
par Gregory Haleux, le 22nd October 2009

 

Fagus — dont vous attendez impatiemment notre réédition du Colloque sentimental… (1898) qui sera disponible dès qu’atteinte la pleine maturité — fut, entre 1898 et 1903, un admirable critique d’art pour la Revue des Beaux-Arts et des Lettres, la Revue Blanche et la Plume. S’il est aujourd’hui royalement oublié comme poète, il est difficile d’éviter son nom quand on s’intéresse de près à Picasso. Car il fut le premier, en France, à lui consacrer un article, dès 1901. Un article très élogieux, remarquant avec acuité la « juvénilement impétueuse spontanéité » du peintre.
Fagus voulut faire plus pour la gloire de Picasso, comme le montre la lettre inédite que voici, adressée à Karl Boès, alors directeur de La Plume :

 

MCMI
De Paris, le vingt-sept juin

– Comment encore ? –
– Mon Dieu oui, vous voyez –
Voici : je viens de voir chez Vollard l’exposition du jeune peintre (espagnol, bien entendu) d’un tempérament merveilleux, oh mais alors tout à fait…
Il serait excellent qu’un écrivain de La Plume en discourût – pas moi… au reste je l’accomplis à la R-B. – Saunier… ou Rambosson qui demeure par là ? ou Riotor.
Il se tint récemment deux autres expositions : celle de Cals, celle d’Emile Bernard – qui méritent au moins une mention.
Bien à vous.
Fagus

 

Et, de son écriture la plus ample, Fagus ajoute sous sa signature :

 

Le peintre s’appelle Picasso

 

Grâce aux souvenirs d’André Salmon, nous apprenons qu’entre Picasso et Fagus, l’intérêt fut réciproque, que le peintre lut et fit découvrir à quelques-uns le poète :

 

J’ai ramassé Testament de ma vie première, non pas dans une boîte à bouquins des quais de la Seine, mais dans un tub en zinc. Ce tub se posait au beau milieu de l’atelier de Picasso, au Bateau-Lavoir, à Montmartre. Picasso (je ne le connaissais que depuis quelques heures) avait-il été tenté d’un sujet à la Bonnard, avec une demoiselle nue dans ce vaisseau de zinc ? Eut-il un instant le caprice d’user pour lui-même du bassin portatif ? Toujours est-il que Picasso confessant de la sympathie pour quelques auteurs modernes voulut bien me recommander deux ouvrages : le Testament de ma vie première, de Félicien Fagus et l’Arbre de Paul Claudel.
— Tu peux les prendre, emporte-les… Non, pas sur la planche, là, dans le tub.
C’était un fait. Déjà dépenaillés, la mince plaquette et le fort volume du Mercure gisaient au creux du tub, là où les recommandait à l’attention de ses amis un Picasso pas encore illustre, un Picasso à peine tiré de l’époque bleue pour entrer dans l’époque des saltimbanques […]

(André Salmon, Souvenirs sans fin, vol. 1, Gallimard, 1961, p. 75-76)

 

Salmon ne savait apparemment pas que Picasso avait déjà peint une baigneuse au tub rappelant celles de Bonnard : La Chambre bleue (1901).

 

 

Fagus en fit d’ailleurs une description dans son article « Espagnols » de la Revue Blanche (septembre 1902) :

 

Une fille au tub, maigres jambes et maigre torse, qui debout, épongeant sa hanche, hausse haut l’épaule du bras qui mène l’éponge, figure une beauté grêle, contournée, sereine avec étrangeté.

 

Sut-il que ce tub fut aussi le réceptacle de son oeuvre de jeunesse ?


Artisme 
par Cynthia 3000, le 22nd October 2009

Alechinsky, Tous les sept ans changeait de peau, 1967
Alechinsky, Tous les sept ans changeait de peau, 1967

 

« C’est à Milan que tu avais rencontré Asger Jorn ?

C’est ça, en 1956. C’est Baj qui me l’a présenté. Il m’a chargé de traduire son texte sur le Bauhaus imaginiste. J’ai eu la coquinerie que personne n’a remarquée de traduire Bauhaus imaginiste par Bauhaus imaginaire. Même Asger n’avait rien vu avant que je lui dise. Ca l’a fait éclater de rire parce que c’était juste dans un sens, mais un peu méchant. Je suis anti-expressionniste mais j’aimais beaucoup la peinture d’Asger. Je trouve qu’il possédait une sorte de génie d’invention qui manquait complètement à Appel, Corneille, Alechinsky et aux autres, que je considérais comme des cons.

Alechinsky est arrivé à la toute fin de Cobra.

Pratiquement deux jours avant la fin de Cobra. Je l’ai entendu plusieurs fois récemment sur France-Culture parce qu’il y avait une exposition à Paris et que c’était médiatisé à outrance. il se présentait pratiquement comme le fondateur de Cobra. Enfin il ne le disait pas, mais c’était comme s’il l’avait créé. Alechinsky a un style, une approche, un ton mais c’est toujours le même. C’est quelqu’un qui a trouvé un truc qui a bien marché et au lieu d’innover, il l’a répété comme un multiple. Il n’y a jamais de changement dans la production de l’oeuvre, dans l’approche, dans la conception, dans la couleur. Quand j’ai amené Asger à Londres, nous sommes allés à une exposition d’Alechinsky ou Appel peut-être, ça revient au même. il y avait une coquille dans le catalogue de l’exposition, une fausse date. Il était écrit qu’Alechinsky avait commencé à peindre en 1752 ou 1533, quelque chose comme ça. Asger s’est tué de rire. Il a dit : C’est vraiment lui ! Il a arrêté de peindre l’année d’après. Alechinsky, c’est de la lithographie répétée à l’infini. C’est ça que nous appelons l’artisme.

Alors parlons de l’artisme.

Le terme est de Michel Guet je crois. C’est dans ses écrits que je l’ai trouvé : un type découvre une idée-gadget, ça fonctionne dans le marché, et ça se répète à l’infini. C’est ainsi que je le conçois. Je trouve qu’il est tout à fait adapté et utile pour décrire ce que je vois de faux dans le marché de l’art. Quand on a trouvé une idée, au lieu de l’exploiter à outrance, il faut au moins en trouver une autre. Ce que Michel Guet a compris, c’est que dans le système spectaculaire et réducteur des marchands d’art dont les artistes sont complices, il fallait persévérer dans cette idée, être connu à travers elle et avoir une reconnaissance internationale à travers cette unique image. Un travail d’approche, de marketing comme on dit aujourd’hui, était indispensable pour se positionner dans le marché de l’art. Le mérite de Michel Guet est d’avoir trouvé le mot juste, d’en être le taxinomiste. »

Ralph Rumney, Le Consul, Entretiens avec Gérard Berréby, éditions Allia, 1999, p. 81-83.

 

« (…) L’opposition conséquente, dont nous avions dû reconnaître la nécessité à propos du néo-Bauhaus d’Ulm, s’est étendue durant ces années [1953-57] à l’ensemble du front culturel. Le compromis est partout impossible avec les éléments installés, parmi lesquels il faut ranger ceux qui considèrent qu’une seule nouveauté suffit dans la vie d’un homme et que, dès lors que l’on a eu quelque rôle dans son apparition, on peut vieillir avec. Ainsi l’espoir d’un regroupement de certaines personnes précédemment engagées dans une même recherche a été démenti par l’événement ; ce qui explique que des noms que nous rejetons aujourd’hui définitivement aient pu être cités avec confiance à tel moment de ces écrits. Des forces nouvelles surviennent toujours, qui nous justifient et nous aident à aller plus loin. Tant que l’on veut marcher, on n’est pas seul. (…) »

Asger Jorn, « Avertissement » in Pour la forme, éditions Internationale situationniste, 1957 - Allia, 2001.

Peggy in the street with bobbies 
par Cynthia 3000, le 16th October 2009

Ce 15 octobre, 8h15, Cynthia 3000 s’apprête peinardement à sortir quand des braillements inaccoutumés dans les parages l’incitent, malgré un fort sentiment d’insécurité, à se projeter au dehors pour s’ébahir de la scène suivante : 

 

Le jeune contrevenant d’origine européenne est pris en
chasse par une matraque et un genou d’origine policière

Les forces de l’ordre resserrent élastiquement l’étau

l’ "agrippe porcine", une technique d’immobilisation qui a fait ses preuves
 

Jean Sarrazin, poète aux olives et aux lions 
par Gregory Haleux, le 29th September 2009

 

Suite à notre article sur Jehan Sarrazin, celui de Montmartre, Bruno Leclercq nous fit écho en extrayant du recueil A marée montante (1894) une nouvelle dans le goût sucré des Histoires folichonnes ; de son côté, Eric Dussert, nous offrit à lire, tiré de La Lanterne Japonaise, un très curieux texte de Marcel Bailliot, qui par le raccourci d’une vie et le babil puéril nous rappelle notre cher IL***.
Il est maintenant temps de présenter Jean Sarrazin père.

Jean Sarrazin est né le 6 octobre 1833 dans le petit village de Prapic, commune d’Orcières, en la vallée de Champsaur. Enfant, il garde les troupeaux dans la montagne. A douze ans, son père l’emmène en tournée un peu partout en France pour vendre avec lui images pieuses et d’Epinal. Rentré à Prapic, il termine son instruction latine puis enseigne dans l’école d’un hameau voisin durant quelques années. Agé de vingt ans, il décide de quitter le pays et part à l’aventure armé d’un violon. C’est ainsi qu’en 1853 il débarque à Lyon.

 

 

Un éditeur lui propose de faire imprimer ses chansons en échange des droits de propriété de deux d’entre elles. Ainsi commence la publication d’une longue série de petites plaquettes de quatre ou huit pages. Ce n’est qu’en 1869 que Jean Sarrazin fait imprimer son premier véritable recueil, Les Fruits verts, suivis l’année suivante par Les Fruits divers. Près de vingt volumes constituent son oeuvre. Ses derniers titres témoignent d’une volonté toujours renouvelée d’en finir avec la poésie : Dernière gerbe, Epis oubliés, Mes Noces d’or avec la Muse et le Baquet, Derniers sons d’une lyre brisée
La poésie de Sarrazin est grâcieuse et sans originalité, empreinte de simplicité et de bonne humeur, elle exalte la nature et les bons sentiments, volontiers moralisatrice, patriotique. Elle chante les Alpes et Prapic, son village natal. Elle est souvent de circonstance, commentant tel cyclone ou incendie, telle ouverture de brasserie ou exposition d’horticulture.
Figure locale très appréciée, Jean Sarrazin est de toutes les fêtes de bienfaisance, et particulièrement de l’annuel Bal des Etudiants pour lequel il a l’habitude de composer un sonnet qui, imprimé et élégamment orné du dessin d’un artiste, est vendu au profit des pauvres. Voici celui qu’il offrit pour le Bal de 1886 :

 

LA JEUNESSE

Je suis ce que les dieux ont créé de plus beau !
Et mon règne s’étend sur l’homme et la nature ;
L’innocence, l’amour, le plaisir, l’aventure
Forment ma cour; leur ciel pour astre a mon flambeau.

Le Printemps, ravissant la nature au tombeau,
La pare de ma grâce et de ma gaité pure ;
La femme veut mes traits, l’amour prend ma ceinture,
Et s’en fait, le malin ! un décevant bandeau…

La Vague est mon séjour… l’Illusion ma vie…
Des pâles Voluptés je suis toujours suivie,
Et partout sous mes pas je fais surgir des fleurs.

En moi les dévoûments trouvent aussi leurs heures…
Par ce bal, je vais – même en de pauvres demeures,
Demain mettre la joie à la place des pleurs.

 

 

Mais revenons au fruit qui lui vaut le titre de « Poète aux olives ». Jean Sarrazin est une figure aisément reconnaissable dans les brasseries lyonnaises : binocle, favoris, baquet d’olives à un bras, serviette de notaire sous l’autre. Il fait le tour des tables et propose olives et poèmes. A peu de détails près, c’est le portrait du fils.
Comment l’idée de ce commerce lui est-elle venue ? Le poète s’en explique dans la préface de l’un de ses livres :

La Providence qui donne la graine et la goutte d’eau au moineau eut pitié de moi. Elle fit tomber un rayon de sa bonté sur un vieux tonneau d’olives, car elles n’étaient pas abondantes à cette époque, à Lyon, et une voix, comme à Jeanne d’Arc — c’est peut-être la même — me dit : « Prends ce baquet et, en autre apôtre, va porter, non la parole, mais ce fruit. Par lui tu trouveras le moyen de manger du pain chaque jour et de la viande quand tu pourras. »

 

 

Jean Sarrazin s’est distingué par une autre excentricité : un jour il entre dans la cage des lions d’une ménagerie pour leur déclamer quelques vers.

Les lauriers d’Apollon empêchaient de dormir notre collègue Jean Sarrazin de Lyon. Voulant s’assurer que les chants de sa lyre sont aussi mélodieux que ceux du Dieu du Parnasse, notre confrère est entré dans la cage des lions d’une ménagerie et, à leur grande stupéfaction, leur a débité un sonnet qu’ils ont paru goûter au plus haut point. Nous ne savons ce qu’il nous faut le plus admirer, de la longanimité de ces superbes fauves ou du courage de M. Sarrazin. Ce qu’il y a de certain, c’est que nous pouvons assurer à notre collègue que nous ne chercherons pas à amoindrir cet acte de courage en l’imitant.
Si les lions étaient empaillés, passe encore ! On pourrait alors se risquer à leur faire une visite.

(Les Voix de la Patrie, organe bi-mensuel de
l’Académie poétique de France, 15 octobre 1880)

Plusieurs années après, le souvenir de l’événement est si vivace que ce journaliste le croit presque de la veille  :

Les Lyonnais se rappellent qu’il y a cinq ou six ans le poète Sarrazin entra dans la cage des lions de la ménagerie Pezon, et que, nouvel Orphée, il y récita des vers de sa composition, au milieu des fauves épatés.
Cet événement poético-zoologique a été perpétué par une photographie dans laquelle on voit M. Sarrazin, assis sur une chaise, son placide visage encadré de favoris poivre et sel, la main droite levée en pigeon-vole. Dans cette attitude il déclame avec sérénité au milieu d’un auditoire de lions !
Les mauvaises langues assuraient qu’on avait stupéfié les fauves au moyen du chloroforme et que les vers du poète suffisaient à les empêcher de sortir de leur sommeil ; mais en réalité, il ne faut pas se fier aux bêtes féroces. La plupart des dompteurs ont été plus ou moins déchirés par leurs élèves.
Van Arnbarg, Lucas, Batty, Bidel et bien d’autres ont été victimes de la colère de lions et de tigres avant Seeth et Mlle Gandolfo.

(Le Progrès illustré, supplément littéraire du
Progrès de Lyon
,  17 avril 1891)

Malheureusement, nous n’avons pas trouvé cette photographie témoignant de l’exploit. Mais une autre image compensera largement ce manque :

 

 

Si cette carte postale nous montre la double nature de Jean Sarrazin — le pas décidé du commerçant, l’introspection du poète —, elle est aussi très intéressante par son quatrain. Les lecteurs de notre article sur Sarrazin fils y reconnaîtront en effet le poème qu’Alphonse Allais citait dans son conte « Trop de kangourous » et qu’il attribuait à l’école de Salerne. Première leçon : alors que nous pensions qu’Allais évoquait Sarrazin fils, nous sommes peut-être nous-même tombé dans le piège de la confusion père/fils. Enfin, sans le dire parce que cela nous paraissait aller de soi, nous attribuions cet amusant quatrain à Allais lui-même, ce spécialiste de la rime riche à qui convenait parfaitement de faire rimer les olives avec les solives. Nous voyons qu’il n’en est rien et que Sarrazin en est le véritable auteur.

Enfin, voici un portrait du poète signé Paul Bertnay dans Lyon-Revue de novembre 1885 :

SARRAZIN

Sarrazin vient de nous apporter son nouveau volume « BRISES ALPESTRES ». (1) Ce titre éminemment printanier parfume des poèmes, des sonnets, des fantaisies — toutes façons de courtiser la muse qui sont familières à notre illustre poète des brasseries.
Car il est illustre, Jean Sarrazin. Je ne parle pas de ses œuvres  dont la liste déjà longue représente un total de vers, – jamais il ne s’est abaissé à la prose, – qui fait paraître modeste le bagage de Musset ou celui de Virgile. Le peuple des brasseries ne lit pas plus Sarrazin qu’il ne lit Hugo, mais de même qu’il admire de confiance l’auteur des Rayons et des Ombres, de même il se montre curieusement cet autre poète qui poursuit sa chimère ailée à travers les tables de bois ciré, où il vide peu à peu son baquet d’olives sur de petits carrés de papier blanc, – ci deux sous.
Curieuse histoire que celle de ce paysan de Gap, qui apprenait à lire aux enfants de son petit village, qui gagnait à ce métier vingt francs par mois, qui vivait de cette obole et, pendant que les gamins jouaient au verger, laissait vagabonder la folle du logis et s’enfuyait avec elle à cheval sur les nuages qui couraient vers le nord.
Un beau jour, il se trouva possesseur d’un capital : il avait dix-sept francs. – Et voici Sarrazin parti à la conquête de la gloire et du monde.
C’est-à-dire qu’il alla à pied a Lyon, qu’il y arriva éreinté, moulu, chez une parente épicière de la rue Grôlée, qu’il y fut accueilli avec une froideur marquée, si j’en juge par ce souvenir recueilli de la bouche du poète :
— Je voudrais bien, ma tante, trouver un métier pour vivre.
— A quoi es-tu bon, mon pauvre garçon, tu ne peux servir qu’à la porte d’un hôpital !
— ???
— Pour faire vomir les malades !…
Ceci vous apprendra, si vous l’ignoriez, que le Sarrazin de la première heure n’était pas le gentleman à lorgnon et à favoris qui, avec sa serviette de maroquin, ressemblerait trop à Emile Olivier, s’il ne rendait toute erreur impossible grâce à son petit baquet de bois.
Ce Sarrazin primitif, hirsute, mal léché, ne trouva pas en effet d’occupation fructueuse dans la rue Grôlée ni même dans les quartiers voisins. Il lui fallut aller jusqu’à l’Arbresle où on l’employa comme aide-jardinier dans un couvent de femmes. Ce ne fut l’occasion d’aucun roman renouvelé de Boccace. Sarrazin ne perdit pas son manteau, d’abord parce qu’il n’en avait pas et ensuite parce que aucune nonnette n’essaya de s’assurer s’il en portait. — Et il fallut bientôt revenir rue Grôlée : L’air du couvent ne convenait pas à ce bohême des Hautes-Alpes.
Le revoici rue Grôlée. En s’y promenant, mélancolique, désœuvré, il aperçoit des olives dans un baquet : Une lueur, la lueur du génie, passa dans son œil,  il avait trouvé, comme Archimède.
Les olives firent vendre les vers, les vers firent vendre les olives ; dès la première année Sarrazin était déjà connu dans le monde facile des Noctambules et il envoyait à sa mère deux cents francs d’économie. Tout le monde là-bas crut qu’il avait dévalisé le courrier de Lyon ou retrouvé les pépites d’or du Rhône.
Et peu à peu Sarrazin grandit, grandit, fidèle à son baquet, fidèle à sa muse, ami de tous (il raconte que ce sont les poignées de main qui lui rendent les  mains calleuses), tutoyant les gens avec autant de facilité qu’il s’en laisse tutoyer, passant de la brasserie Rinck à celle des Chemins de fer, continuant par la brasserie Fritz Hoffherr, terminant par la brasserie Georges, et distribuant à la foule des consommateurs – tous ses camarades – les cinq olives réglementaires qui donnent tant de saveur à la bière après qu’on les a croquées.
Cette promenade lucrative où le négociant s’efface parfois devant le poëte et où le grand Sarrazin des « Givres du Pinde », des « Fruits verts », des « Ondées, des « Soupirs » s’oublie au coin d’une table à causer avec un confrère en Apollo, cette course quotidienne s’interrompt une ou deux fois par an. C’est quand Sarrazin apporte son concours à quelque fête de bienfaisance. Alors ce sont des prodiges. Il a composé la veille ou l’avant-veille quelque sonnet aux rimes sonores, il le fait tirer sur vélin ; un graveur de bonne volonté enjolive le chef-d’œuvre, et l’auteur se charge de la vente. Le lendemain, il peut se flatter d’avoir dit bonjour à tous ses amis et il apporte vingt-cinq louis à la caisse. On le remercie et tout est dit : Sarrazin est content, il a travaillé pour les pauvres gens.
Est-ce à prétendre qu’il est insensible à la gloire : il ne serait pas poète s’il n’aimait le laurier et les bravos idolâtres.
Un jour même il est descendu de son piédestal pour entrer dans la cage des rois du désert. – Il est allé voir les lions du Pezon. — L’entrevue du camp du Drap-d’or. Les fauves ont été polis. Il leur a lu un sonnet, ils ont baillé. – S’ils avaient été incivils, ils l’auraient dévoré. Quel dommage !
Nous y aurions perdu une de nos gloires populaires, un excellent homme, et beaucoup de poésies encore en gestation dans le cerveau du poète aux olives.
Celle-ci, par exemple, que je cueille au hasard dans son livre d’aujourd’hui.

LE JOUR DES MORTS

La demeure des morts pour ce jour est parée,
Le monument revoit sa première splendeur,
Sa barrière est repeinte et sa croix redorée,
Son cyprès rajeuni par l’art de l’émondeur.

La simple tombe aussi, de soins est entourée,
La couronne, le buis, l’immortelle, la fleur,
Sont fixés avec goût sur la terre sacrée
Qui, cachant l’être aimé, fait germer la douleur.

Et le jour arrivé, comme une mer en houle,
Tout le Lyon vivant se précipite en foule,
Vers le Lyon qui dort du sommeil éternel.

Là, le maintien est grave et l’aspect solennel,
Le cœur seul parle, et Dieu, la puissance infinie,
Ce jour-là, prête aux morts une lueur de vie.

Ajoutons que Sarrazin possède une intéressante galerie de tableaux où son portrait figure douze fois, réédité par tous les artistes de Lyon, qu’il est amoureux, qu’il est chaste, et qu’il vit heureux :

Isolé, quand il veut, dans son rêve idéal.

(1) BRISES ALPESTRES, poésies par Jean Sarrazin. – Lyon, imprimerie X. Jevain, 42, rue Sala, 1885. Beau volume de 140 pages, imp. en caract. Elzév. sur papier vergé teinté.

Jean Sarrazin n’eut pas à mettre sa joyeuse philanthropie à rude épreuve en s’éteignant quelques mois avant la guerre, le 30 avril 1914.

 

BIBLIOGRAPHIE DE
JEAN SARRAZIN père

@ Les Fruits verts, Impr. de Jevain et Bourgeon, 1869. 159 p.
@ Les Fruits divers, Impr.de Vve Rougier et fils, 1870. 111 p.
@ Les Ondées, Impr. de Vve Rougier et fils, 1872. 111 p.
@ Les Soupirs, Impr. de X. Jevain, 1875. 111 p.
@ Poésies, Impr. de X. Jevain, 1877. 24 p.
@ Lueurs et brumes, Impr. de X. Jevain, 1879. 111 p.
@ Trait d’union, Impr. de P.-M. Perrellon, 1880. 24 p.
@ Givre du Pinde, Impr. de P.-M. Perrellon, 1882. 24 p.
@ Roses et épines, Impr. de P.-M. Perrellon, 1883. 24 p.
@ Brises alpestres, Impr. de X. Jevain, 1885. 134 p.
@ Gouttes d’eau du Permesse, Impr. de Pitrat aîné, 1887. 48 p.
@ Les Outres d’Eole, cinquante-quatre sonnets, Impr. de Pitrat aîné, 1890. 63 p.
@ Les Fleurs d’automne, pièces et sonnets, Impr. de Pitrat aîné, 1892. 103 p.
@ Pointe d’azur, Impr. Léon Sézanne, 1897. 58 p.
@ Dernière gerbe, Impr. de A. Rey, 1901. 300 p.
@ Epis oubliés, Bascou et Dupuis, 1902. 47 p.
@ Mes Noces d’Or avec la Muse et le Baquet. Poésies diverses - 1853-1903, Impr. de A. Rey, 1903. 33 p.
@ Derniers sons d’une lyre brisée, Impr. de A. Rey, 1909. 159 p.

Sur Jean Sarrazin :
@ Joseph Manin, Jean Sarrazin, poète lyonnais, dit le Poète aux olives, M.-L. Durand, 1901, 33 p.
@ Emile Roux-Parassac, Les Noces d’or du poète Jean Sarrazin, 1853-1903, Louis Jean & Peyrot, 1903, 18 p.


Vaporisme (Léo d’Arkaï) 
par Cynthia 3000, le 16th September 2009

 

Sur www.myspace.com/radiocynthia3000 , vous pouvez écouter un nouvel enregistrement de nos séances musicales avec l’ami Nako.
Ne pouvait échapper à notre lyre « l’encyclopédie chaste des contemporains vices ! des aberrations anti-naturelles ! des luxueuses luxures ! » (Raoul Vague), c’est-à-dire, vous l’avez deviné, IL*** de notre cher Léo d’Arkaï. Voici donc « Vaporisme » issu d’iceluy roman d’éducation.

 

Musique : Ben, Céline et Grégory
Paroles : Léo d’Arkaï
Voix : Céline et Grégory
Guitare, basse, percussions, flûte, ambiance : Ben

 

VAPORISME

 

 

Je suis tout imprégné d’un arôme subtil !
Il grise mon cerveau d’une odorante ivresse…
Ma chambre est une fleur : il en est le pistil
Qui se darde sur moi, me tâte et me caresse.

Je suis tout imprégné d’un arôme subtil !
Vague et voluptueux — je sens qu’il m’enveloppe :
Pourtant… aucun flacon n’est ouvert… D’où vient-il ?
De Jenna grande-dame ou de Jenna-salope ?

Je suis tout imprégné d’un arôme subtil !
Je vous reconnais : forte odeur de ma maîtresse
Et souffle délicat que je hume en Avril :
C’est vous ! Dans le zéphir c’est l’odeur de sa tresse.

La chère pense à moi : — Dieu parfumeur subtil
Lui fait dénouer ses cheveux — La brise passe
Et s’envole vers moi. : — Par cet étrange fil
Nos pensers sont unis au travers de l’espace.

 

 


Plutôt crever ! 
par Cynthia 3000, le 10th September 2009

 

Souvent, l’antiquaire vendant des peintures en brocantes ne veut pas descendre son prix au-dessous de 15 ou 25 €. Car, voyez-vous, sa toile, même mal conservée, même peu originale, est "ancienne". Et l’ancien, ça a de la valeur. Et l’antiquaire, il faut bien qu’il bouffe. Ne le lui reprochons-pas.
Quelquefois, l’antiquaire qui n’a pas réussi à vendre sa toile n’a pas envie de s’en encombrer au retour, et il doit se dire que s’il ne l’a pas vendue là, il ne la vendra pas dans sa boutique.
Alors, cela arrive, il l’abandonne. Mais l’idée qu’elle puisse être récupérée par un merdeux incapable de lâcher 15 ou 25 € lui réveillerait son ulcère.
Alors, il donne un bon coup de talon dedans et peut repartir apaisé.


Jehan Sarrazin, poète aux olives 
par Gregory Haleux, le 5th September 2009

 

Retour à Pillard d’Arkaï, ici prétexte à digressions.
A feuilleter ses journaux niçois, il nous arrive, au milieu des affaires locales, de croiser quelques noms d’écrivains — prouvant donc que le lien entre Pillard et le milieu littéraire n’est pas totalement rompu. Ainsi, dans le n° 4 du Tonnerre de Nice (20 au 25 février 1896), à l’éphémère rubrique « En zig-zag », notre original publiciste fait-il le portrait d’un autre excentrique :

 

Correct, discret, sobre de gestes et de mise, et cependant étrange, une serviette pleine de poëmes sous le bras gauche, et un petit baquet d’olives à la main droite, c’est Jehan Sarrazin qui passe sous les arcades, Sarrazin, le rimeur suggestif et subtil, un des fondateurs du Chat noir et l’ex-directeur artistique du Théâtre du Divan japonais.
Toujours vert, éternellement lauré, et, à travers monts et vaux, portant son rameau d’espérance, il nous est venu, de Paris, avec de plus belles olives que celles de la campagne niçoise.
Plus grosses que nature ! Mais, d’ailleurs, exquises ! Et si le poète enjoliveur de mots, est, de par son titre, enjôleur, du moins les olives, fruits vraiment savoureux, ne démentent pas les fleurs… les fleurs de rhétorique des prestigieux prospectus dont Jehan Sarrazin vous montrera toute une mirifique collection, signée Chincholle, Sarcey, Melchior de Voguë, si — d’un précis coup d’œil — il vous a reconnu… Monsieur et surtout Madame !.. comme membre de la gent boulevardière, qu’il honore de sa toute bonne grâce.

 

Avant de mieux approcher ce poète que l’histoire littéraire, même celle des fumistes fin-de-siècle, semble n’avoir pas retenu, considérons cette courte prose où Alphonse Allais, alors préfacier, signale le départ du poète aux olives pour Nice quelques mois avant que Pillard ne constate son arrivée.

 

SIMPLE MOT POUR SERVIR DE PRÉFACE

ADRESSÉ A M. JEHAN SARRAZIN LA VEILLE DE SON DEPART
POUR NICE

Qu’apprends-je, ô mon vieux Jehan Sarrazin ? Vous nous quittez, tes olives, tes vers et toi (j’énumère par rang d’intérêt).
Et vous partez vers le sud de notre France chérie, région infiniment plus clémente que notre morose et brumeux septentrion.
Veinard, ô Sarrazin !
Mais plus veinardes encore, tes olives, douces fillettes de Provence à la veille de revoir leur ciel bleu, leur sol enbaumé,  leur bon soleil.
Fini l’exil des olives !
C’est probablement une bonne affaire que tu fais de partir là-bas.
C’est sûrement une bonne action.
Au nom des olives, Jehan Sarrazin ! au nom du règne végétal tout entier, merci !

 

Chanson d’hiver, J. Sarrazin, 1895
Couverture d’A. Willette

 

Jehan Sarrazin (1863-1905?), comme son père Jean Sarrazin (1833-1914) fut poète et marchand d’olives, et l’inverse car, comme le montrent bien les deux textes précités, aucune de ces deux activités n’empiétait sur l’autre et bien plutôt elles se complétaient. Père et fils partagaient encore au moins deux points communs : d’avoir signé Jean Sarrazin et d’avoir été connu sous le surnom de « Poète aux olives ». Certains ont donc pu les confondre, donnant au fils l’âge de son père ou au père les olives de son fils.

Mais revenons à Sarrazin le jeune, né le 7 février 1863 à Lyon. Etudiant en droit, il fréquente George Auriol et Léon Riotor qui, plus tard, illustreront et préfaceront plusieurs de ses livres, mais aussi Jules Faure et Octave Lebesgue qui deviendront à Paris P. Destournel et Georges Montorgueil. Avec Riotor il fonde une Union littéraire de France et des petites revues, dont une se nommait Le Claquedent. Imitant le père, il commence à vendre des olives de table en table dans les brasseries lyonnaises, notamment celle du Parc de la Tête d’Or. Il s’engage dans la cavalerie, puis se fait explorateur en pays étrangers où il aurait dilapidé un héritage. A part la Guyane, nous ne savons pas dans quelles contrées il s’est aventuré.

 

Prosper, marchand d’olives
(carte postale 1900)

 

A son retour, la plupart de ses amis se sont installés à Paris. C’est Riotor qui le persuadue de venir à Montmartre où il rejoint Willette, P. Destournel, Auriol, etc., en leur Phalanstère. Sarrazin ouvre ensuite une épicerie, spécialisée dans les produits méridionaux. Le soir, il fait la tournée des cafés de la Butte pour vendre ses olives, qu’il enveloppe dans des papiers imprimés de ses poèmes.
Un prospectus qu’il distribue en vendant ses olives et plaquettes de poèmes chante :

 

Salut et bon soir et bonne nuit de la part du sieur Jehan de Sarrazin, poète de la folie et marchand de bonnes olives qui esjouissent le palais et donnent soif. La vie est faite pour qu’on la passe à s’y régaler. J’arrive des pays étrangers et lointains. Allons, pour deux sols qui veut des olives ?

 

Léon Riotor a écrit un aimable récit — à clefs (mais un simple coup d’épaule suffit pour ouvrir les rares portes non entrebâillées) — de cette vie de Bohème des années 1880 : La Colle - Récit du temps de Montmartre (E. Fasquelle, 1926). Jehan Sarrazin y apparaît sous le nom de Louis Barbigeon.

 

Leur camarade du Delta déambulait entre les tables, les yeux tenaces, avivés de cupidité : « Une olive, une olive… » A la main son baquet, où nageaient les fruits à la saumure, avec une cuiller de bois ; sous l’avant-bras, serrée contre son coeur, une serviette gonflée de brochures : « Hé, Barbigeon, psitt ! » Il extirpait d’une poche un carré de papier, le cornait dans la soucoupe, soupesait dix olives en deux plongées de cuiller, encaissait deux sous et repartait.
Il allait, tournait, en une sorte de trame méthodique, franchissait d’une terrasse à l’autre : « Une olive… » Le public amusé l’interpellait, suçait le fruit vert, hier, encore inconnu. D’ailleurs ses olives n’avaient pas la chair molle et la saveur âcre de celles des épiciers ; il leur faisait subir une préparation, le matin, dans la cave du Delta. « C’est de la verdale, expliquait-il, à la lessive de cendres de bois. » Il les lavait, les brossait pour les affermir, dosait le sel pour qu’elles fussent agréables à croquer. Le buveur les trouvait succulentes, entre deux verres de bière.
Les recettes de Barbigeon grossirent. Il connut les cafés profitables et ceux qui l’étaient moins. Maintenant il renouvelait le plein de sa seille, chaque soir. D’aucuns le prirent en amitié ; il fallut accepter les consommations, boire sur des coins de table, trinquer à la prospérité de Montmartre. Alors, confus, il dépliait sa serviette aux brochures : « Mes derniers poèmes », et on concevait que l’édition n’était pas vilaine. « Un franc cinquante avec dédicace. » Et, profilant sa maigreur brune dans le flottement des lumières, le poète aux olives repartait, active abeille de la badauderie parisienne.

(Léon Riotor, La Colle - Récit du temps de Montmartre, E. Fasquelle, 1926, p. 130-131)

 

Entre autres choses, on apprend — même si l’auteur affirme en sa préface que les personnages « n’ont pas accompli les actes que je leur attribue […] Ce ne sont donc ni des portraits, ni de l’histoire. Montmartre poussait à ces fantaisies, voire à ces mystifications. »  — que Riotor et Auriol auraient écrit nombre de nouvelles et poèmes de Sarrazin…

 

Barbigeon s’enorgueillissait de son rôle de Villon moderne, Villon pratique qui préférait les fruits d’un humble négoce aux potences d’antan, le beefsteack cuit à point aux chapardages de l’ancêtre. De la lecture mal digérée des romantiques, il gardait des relents pleurnichards qu’il anônnait. « La poésie est fille de l’olivier », déclamait-il. Il rimait à l’occasion, mais la paresse de son esprit, plus tourné aux spéculations du commerce, l’arrêtait court. D’abord il sollicita Bellart.
— Jette donc un coup d’oeil sur mes stances… Pas le temps… paye à déjeuner.
— Baste ! pensa l’affamé, c’est du profit pour moi.
Il rebâtit le poème, sans se fatiguer, rassuré par l’anonymat.
— J’en suis content, répétait Barbigeon. Il y a des trouvailles sincères.
Il les ronronna, comme issus de sa verve lyrique.

Les brochures de Barbigeon parurent, se vendirent le soir, entre les tables des cafés. Sa réputation s’assura. Talent merveilleux pour cet original forain, où pétaradaient d’amusantes métaphores. Il ordonnait maintenant à son fournisseur habituel.
— Pour demain, quarante vers, genre amoureux, sujet Montmartre.
— Alexandrins ? Huit pieds ?
— Alexandrins, ça fait plus riche…
— Alors, répliquait Bellart cynique, c’est cent sous.
— Va pour cent sous.
Ce fut un prix admis. Marcelin en détresse songeait :
« Que n’ai-je à pondre de suite la matière de vingt volumes !… »
Un soir, Emile Goudeau, en suçant une olive, se mit à blaguer.
— Comment, mon fils ! pas la moindre plaquette de prose, pas la plus petite page en ce bon langage de M. Prud’homme?
— Non, répliquait l’aède avec énergie, seul le langage des dieux.
Goudeau pouffa, puis, grave :
— Un poète complet sait composer en prose. Voyez Hugo, voyez Voltaire.
Il aurait pu ajouter : « Voyez moi », car il publiait un roman. Et il ne décolérait pas contre leur grave ami Laurain, l’historien des Juifs, qui avait osé déclarer dans un journal : « Les peuples forts n’écrivent pas de romans ».  La noble assurance du poète aux olives s’écroula. Déconsidéré, alors, s’il n’éditait pas un volume de contes ou de nouvelles ? Pourtant, s’adresser encore à Bellart ?… Comment conserver à ses yeux au moins l’apparence d’un talent ?
Duriol le tira d’affaire en troussant une amusette au coin d’une table.

(ibid., p. 143-144)

 

 

En 1888, Jehan Sarrazin reprend, rue des Martyrs, Le Divan Japonais, ex Café de la Chanson.
Comme Salis avec son Chat Noir, Sarrazin crée une revue pour le Divan : la Lanterne Japonaise, paraissant chaque samedi. On y rencontre quelques signatures du Chat Noir : Auriol bien sûr, qui réalise encore toutes les couvertures, Allais, Cros posthumement, Rollinat, Satie (sous le pseudonyme de Virginie Lebeau), etc. Après 16 numéros, la revue prend le nom du cabaret pour 69 numéros.
Ainsi était présenté notre poète dans la Lanterne n° 1 du 27 octobre 1888 :

 

ENTREE TRIOMPHALE
DE JEHAN SARRAZIN
A MONTMARTRE

Montmartre est dans l’alégresse et le Moulin de Galette chante réjouissance, car le Moulin de la Galette et Montmartre comptent un chevalier de plus.
Après avoir répandu, du nord au sud de la grande cité parisienne, ses incomparables olives, le sieur Jehan Sarrazin, gonfalonier de la rue de la Tour-d’Auvergne et taïkoun du 18e arrondissement, vient d’être nommé grand de Montmartre et chevalier de l’Elysée, ce qui lui donne le droit de rester couvert devant Rodolphe Salis.
Jehan Sarrazin, désormais gouverneur du Divan Japonais, a fait son entrée dans la cité libre, revêtu du costume des samouraïs, les sabres au flanc, la seille d’olives au poing, entouré de tous les grands dignitaires de la contrée.
Une jeune Japonaise appartenant à l’ambassade lui a offert un bouquet de fleurs d’or, et il a été reçu et armé chevalier par la fille cadette du Moulin de la Galette.
Après quoi, ayant remercié l’assistance dans un langage fleuri, et fait donner des aumônes aux pauvres ; après avoir courbé le genou devant le Doyen de la Butte sacrée, distribué le ruban des réjouissances aux filles du district et donné l’accolade au R. P. Lefort, son précepteur, Jehan Sarrazin s’est rendu triomphalement en son domaine, au son de la marche nationale du Vermouth-Grenadine, et aux cris mille fois répétés de Vive Sarrazin ! Vive Montmartre !

 

 

Alphonse Allais alla même jusqu’à collaborer avec Sarrazin pour l’écriture d’Au Moulin de la Galette, opérette en un acte représentée le 15 mars 1889. Francisque Sarcey, c’est-à-dire qui l’on sait, en rendit compte dans Le Chat Noir du 23 mars 1889 :

 

UNE PREMIERE


La presse était conviée, vendredi dernier, à une intéressante tentative de décentralisation dramatique.
Le « Divan Japonais » donnait la première représentation d’une opérette en un acte intitulée : Au Moulin de la Galette, et dont les auteurs sont, pour les paroles, MM. Alphonse Allais et Jehan Sarrazin, et pour la musique un jeune homme appelé M. Jules Desmarquoy.
Je ne connaissais pas le « Divan Japonais », ou plutôt je le connaissais sans le connaître.
J’ai été content d’y venir, et je n’y ai pas perdu ma soirée.
Ce n’est pas un théâtre, au sens du mot, mais plutôt un établissement à usage de café-concert, fort en vogue sur cette butte Montmartre dont Salis a dit qu’elle était une mamelle et une locomotive, tout à la fois.
Les artistes de la maison sont habitués à ce genre d’exercice et, lorsque le tumulte est de nature à couvrir leur voix, ces braves gens se contentent de mimer leur répertoire. Quand on se trouve près de la scène, ce petit manège produit le plus plaisant effet. Au Moulin de la Galette a reçu du public un accueil favorable. Cette petite opérette, solidement charpentée, habilement déduite, toute pleine de situations et de mots, parfois cruels, a pleinement réussi.
La musique de M. Desmarquoy m’a plongé, à différentes reprises, dans un plaisir voisin de l’extase.
C’est simplement charmant.

 

L’oncle Sarcey aimait beaucoup le Divan et savait rendre hommage à Sarrazin, comme l’on peut s’en rendre compte avec ce nouvel article paru dans Le Chat Noir du 20 décembre 1890 :

 

AU DIVAN JAPONAIS

J’adore le Divan Japonais et je ne m’en cache pas. Dès que j’ai une soirée libre, c’est là que je vais. Pas dans les fauteuils, par exemple, ils sont comme qui dirait un peu justes. Je me place dans une loge et j’assiste au double spectacle de la scène et de la salle.
La clientèle du Divan est un peu spéciale. Composée de jeunes gens de Montmartre et du quartier Latin, elle est tumultueuse et même un peu pétardière. Ajoutons qu’elle se fait un devoir d’accompagner les refrains des artistes avec une justesse et un goût artistique des plus remarquables.
La première fois que je me rendis dans cet établissement, c’était pour la première d’une opérette de mon ami Alphonse Allais : Au Moulin de la Galette, laquelle, par parenthèse, en est à sa cent vingtième représentation au Palladium de Londres.
Le succès en fut très vif au Divan, et Sarrazin dut encaisser de fort jolis bénéfices. Hier, on jouait une revue portant ce titre significatif : Pourvu qu’on rigole ! Les auteurs, George Auriol et Narcisse Lebeau, peuvent être tranquilles : on a rigolé et on rigolera encore une bonne centaine de soirées ; comptons-y.
Vous ne vous attendez pas à ce que je vous raconte Pourvu qu’on rigole ! Une revue, ça ne se raconte pas, on va la voir.
Des mots, des couplets, des jambes de petites femmes, voilà le bilan de la soirée, le tout avec un réel talent et une infatigable fantaisie.
Une réserve, pourtant. Quelques refrains m’ont semblé être conçus dans un esprit charmant, mais un peu nébuleux.
J’ai bien peur, entre autres, que le gros public ne saisisse pas exactement le sens symbolique du couplet suivant :

Buvons le vermouth-grenadine,
Espoir de nos vieux bataillons ;
Celui qui dort, celui-là dîne !
Buvons, buvons, buvons !

Succès très vif, en somme, et bien mérité.
L’impresario-poète-marchand d’olives Jehan Sarrazin a largement fait les choses.

 

Dans son conte « Trop de kangourous » du Parapluie de l’escouade (1893), Alphonse Allais fait ainsi parler un kangourou amateur d’olives autant que de poésie :

 

— Oh moi, je dois ma belle santé à l’habitude que j’ai contractée de me nourrir d’olives. Tous les matins, mon ami le poète Jean Sarrazin m’en apporte une petite provision, que je grignote dans la journée, en vertu du vieux principe de l’école de Salerne :

Quiconque mange les olives,
Chaque jour de chaque saison,
Vit plus longtemps que les solives
De la plus solide maison.

 

Jane Avril (affiche pour le Divan Japonais) et Yvette Guilbert saluant,
Toulouse-Lautrec, 1893 et 1894

 

Parmi les nombreux artistes s’étant produit au Divan Japonais, signalons Marcel Legay, Paul Delmet, Charlus, et surtout Yvette Guilbert que Sarrazin baptise « diseuse fin-de-siècle », « cette Yvette descendue, il y a six ans, d’un beuglant de Montmartre, où le poète aux olives, Jehan Sarrazin, lui donnait trois petits écus et qui, chaque soir à présent, gagne 800 francs » (Georges Montorgueuil, La Vie des boulevards Madeleine-Bastille, Librairies-imprimeries réunies, 1896, p. 170).
Mais en 1892, Yvette Guilbert quitte le Divan Japonais pour le Concert parisien. Jehan Sarrazin doit alors revendre le cabaret à Edouard Fournier (qui lui même le repasse à Maxime Lisbone l’année suivante) pour reprendre la tournée des cafés à Montmartre (et, l’été, dans des villes touristiques comme Trouville ou Nice).
Il produit encore quelques recueils, non plus chez Léon Vanier mais chez J. Sarrazin himself.
Il semble qu’en 1900, Jehan Sarrazin a de nouveau arrêté ses tournées de terrasses pour tenir boutique rue Saint-Georges.
Le Poète aux olives serait mort le 19 juillet 1905 à Lyon.

Pour finir, citons encore Léon Riotor, dans son deuxième volume des Arts et les Lettres (A. Lemerre, 1903, p. 324-329) :

 

JEHAN SARRAZIN
Poète aux Olives (1)


Cejourd’hui, quinze décembre de 1892, tu m’annonces, à demi chagrin, que le Divan Japonais est fermé, que tu vas reprendre ton baquet d’olives, ta « seille » comme dit à Lyon le père Sarrazin, et de nouveau répandre le fruit vert de la Provence dans nos populations septentrionales.
Et si je suis peiné de ton manque de chance commerciale, de tes vains efforts pour violenter la fortune, combien je suis charmé du pittoresque spectacle que tu vas offrir de nouveau à nos yeux chercheurs de nouveauté. Le Parisien s’étonne de ce poète circulant entre les tables de café, actif, silencieux. Quel est-il ? En quel lointain pays vit-il le jour, qui lui inculqua la science de cet étrange commerce ? Et je revois tout cela…
Je me retrouve dans les brasseries vastes de Lyon, majestueuses et hautes ainsi que des cathédrales, et me remémore, à trente ans de distance, le spectacle que tu nous donnes aujourd’hui : un homme, orné d’un binocle, d’une serviette et d’un baquet, circule, offrant des olives et des brochures. Il vient de Prapic-en-Champsaur, dans les Hautes-Alpes. Ses poésies et ses olives font florès, il récite des sonnets aux lions de Pezon, dans leur cage, s’il vous plaît, c’est Jean Sarrazin, premier poète aux olives, c’est ton père.
Et c’est en acceptant de lui à déjeuner, dans ce modeste appartement des régions hautes d’une maison du quai de la Charité, que je te connus mon cher Jehan, il y a quelque quinze ans de cela. Rien ne révélait encore ton rôle futur, et c’est ensuite en te rencontrant dans cette belle bibliothèque du lycée de Lyon, près de notre ami Aimé Vingtrinier, que nous nous fîmes part de nos idées et que je lus tes premiers essais littéraires.
Deux ans après, rompant la tutelle paternelle, avide de liberté, tu volais de tes propres ailes. Les olives et la poésie t’aidaient à endormir l’adversité, et c’est en ce coin radieux de Lyon, au parc de la Tête d’or, que tu apprenais le dur gagne-pain. La brasserie du Parc, qui contient douze cents tables de bois verni et un orgue, était devenue ton fief. Et c’est là que nous passâmes d’inoubliables après- midi, devant une chope de bière de quatre sous, servie par une gentille bonne alsacienne du nom d’Anna.
Nous rimions des odes, des sonnets, des ballades, des cantates. De temps en temps tu te levais d’un air crâne, saisissais ta «  seille » en t’écriant avec énergie :
— Je vais faire une tournée !
C’étaient les seules tournées dont il fut question, à notre table. Et tu revenais, disant :
— J’ai fait vingt-deux sous…
Peu à peu nous trouvâmes quelques amis, Auguste Morel, avec lequel nous fondâmes l’Union littéraire de France, qui était, entre temps et entre absinthes, professeur à l’Ecole Vétérinaire ; Stéphane Desvignes, Jules Faure, alias P. Destournel, qui rimait d’aimables poésies, Nicolas Perrier, sculpteur, architecte, homme de lettres, menuisier, qui élevait des souris blanches dans ses poches : un soldat, Octave Lebesgue, qui devait conquérir le journalisme parisien sous le nom de Georges Montorgueil ; George Auriol, qui ne s’appelait pas encore Auriol, et que nous décorions du titre pompeux de « baron », etc.
Je revois ta chambre à l’Hôtel de Genève, dont le propriétaire, le père Chartier, ricanait continuellement en battant des ailes comme un pingouin, ta chambre où il fallait allumer une bougie à toute heure, car elle était sans fenêtre, et ton autre chambre où il y avait une fenêtre si grande que nous passions le temps, Auriol et moi, à grignoter toutes les olives du baril qui était dans le coin du lit, pour en jeter les noyaux chez les voisins. Et les nombreuses cravates alignées au mur, avec leurs étiquettes nominatives : Rigolette, Fluctuante, Astrolabe, Tortillarde, etc. Et le ratelier de pipes. Et la cage aux souris blanches de Perrier, qui faillit t’étrangler le jour où il en trouva une morte !…
Oui, mon cher Jehan, ces souvenirs se déroulent dans mon esprit, je les vis encore comme d’hier. Nos tentatives littéraires, ou folles ou sérieuses, notre journal Le Claquedent, vendu dans les rues de Lyon par Auriol, costumé en écolier du quinzième siècle, maillot, pourpoint et toque, escarcelle, escarpins, et que Perrier et moi suivions comme gardes du corps ; puis la dispersion de tout cela : Montorgueil regagne Paris, Auriol aussi, je les suis de trois jours, Desvignes part à Grenoble, Morel à Nîmes.
Vers le milieu de l’année 1886, je suis artilleur à Vincennes. Tu arrives, par une claire après-midi de juin, vers la batterie où nous manoeuvrions d’énormes 155, pantalon clair de cheval, veston, chapeau, un stick en main, parfait gentleman rider. Diable, tu ne m’avais pas habitué à cette élégance ! Te souviens-tu de l’adjudant, un géant à face rubiconde, auquel tu causas ? Je te présente des amis, nous allons dîner à la cantine du régiment avec le chimiste Thézard, comme moi revêtu du bourgeron de toile écrue et de la calotte d’écurie.
Et à quelque temps de là, je frappais à la porte d’une chambrette de la rue de Laval, pour te montrer mes galons frais éclos de brigadier-fourrier.
Puis la boutique de la rue de la Tour-d’Auvergne, puis le Café de la Chanson , qui devient Divan Japonais, tes efforts continus pour le nouveau et l’original, les Fred Evans, Yvette Guilbert, Edmond Teulet, Meusy, Legay… Le rouleau s’est déroulé tout entier, et nous voici tous deux de nouveau, face à face, toi me disant de ta voix un peu chagrine :
« Le Divan Japonais est fermé ! »
Eh bien, non, ne te désole pas, reprends avec courage et ton baquet et ta serviette de cuir ! Je te félicite de revenir aux olives, et je les bénis. Ce sont les fruits de la poésie de l’espérance, qui mûrissent au gai soleil de Provence, devant la mer bleue et l’horizon profond. Qu’importe une rampe de théâtre à qui nous rend un poète !…

(l) Jean Sarrazin, dit « le poète aux olives », est une figure lyonnaise. Il a publié nombre de recueils. L’originalité de son commerce lui valut quelque succès. Son fils, dont il est ici question, vint poursuivre sa tradition à Montmartre et fut directeur accidentel d’un café-chantant connu sous le nom de Divan Japonais.

 

(TENTATIVE DE)
BIBLIOGRAPHIE DE JEHAN SARRAZIN

@ Rêveries - poésies, Impr. de L. Duc et F. Demaison, 1882. 16 p.
@ A l’orgue de la Brasserie du Parc - ode, Impr. de F. Demaison, 1883. 3 p.
@ Les Deux Soeurs, poème dramatique, Librairie de la Province, 1883. 32 p.
@ Pour l’enfance… - poésie à l’occasion du concert de charité donné par la Fanfare des Enfants du Rhône au profit des asiles de Villeurbanne, Impr. L. Duc et F. Demaison, 1883. 4 p.
@ Polissonnades - nouvelles en prose, Impr. L. Duc et F. Demaison, 1883. 55 p. Préface de George Auriol.
@ La Petite Mendiante, monologue dit par Coquelin aîné, Léon Vanier, 1884. 8 p.
@ Les Malheureuses - poèmes réalistes, Léon Vanier, 1884. 79 p. Avec une préface humoristique par Henry Tellam.
@ Mélanges - poésies, Léon Vanier, 1884. 79 p. Préface de Léon Riotor.
@ Remembrances - nouvelles humoristiques, Impr. de P. Perrellon, 1886. 94 p. Préface de George Auriol.
@ Feuilles détachées, Impr. de C. Blot, 1886. 8 p.
@ Histoires folichonnes, Léon Vanier, 1888. 7 volumes de chacun 8 pages (1. La Ballade du Printemps. / 2. Fleur des pois. / 3. Le Coffret de Gigolette. / 4. Sous bois - Mémoires d’un bouvreuil indiscret. / 5. Sur la plage. / 6. Les Sept Nuits de Zaïra. / 7. La Moisson fleurie.) Couvertures illustrées par George Auriol.
@ Au Galop - Poésies, Lambert, 1888. 24 p.
@ Le Journal de Jane, Léon Vanier, 1888. 22 p.
@ Les Vacances d’un écolier parisien, Léon Vanier, 1889. 24 p.
@ Les Contes du Divan, J. Sarrazin, 1891. 313 p. Préface de Charles Virmaître.
@ A marée montante - prose et poésie, J. Sarrazin, 1894. 62 p.
@ Les Farces de Mijoulet, Lambert, 1894. 125 p. Préface de Clovis Hugues. Lettre de Frédéric Mistral. Conte pour servir d’introduction, de Léon Riotor.
@ Souvenirs de Montmartre et du Quartier Latin, J. Sarrazin, 1895. 237 p. Préface de Charles Virmaître.
@ Chanson d’hiver, J. Sarrazin, 1895. 72 p. Préface d’Alphonse Allais.
@ Chiffons, Rubans, Bouts de dentelle, J. Sarrazin, 1896. 81 p.


Amazon, n°1 de l’indisponible 
par Cynthia 3000, le 24th August 2009

 

Régulièrement nous nous rendons compte que de vrais amoureux du livre (ou auto-proclamés tels) ne voient pas de problème à fricoter avec Amazon, qu’ils soient lecteurs, éditeurs ou prescripteurs. Nous en avions déjà parlé sur ce blog, et cela nous consterne toujours autant. Yves Letort s’en afflige également dans une intéressante note sur l’indépendance de la critique, qui nous a rappelé de boucler l’article que voici.

 

Nous savions déjà qu’Amazon pouvait demander à ses éditeurs partenaires des remises telles que le plus cupide des libraires n’oserait même les imaginer [1]. Nous savions des éditeurs assez fous ? irréfléchis ? désespérés ? pour accepter ces conditions (qu’ils refuseraient au plus merveilleux des libraires) et contribuer, par leur présence en ses rayons, à la notoriété du marchand (notoriété dont on sait qu’elle se fonde, pour une bonne part, sur la quantité de l’offre).
Et puis c’est un peu par hasard que nous avons découvert, il y a quelques temps, qu’Amazon recensait dans son catalogue de vente en ligne deux de nos livres, sans que nous n’ayons rien demandé. Il*** et Etant donnés y ont en effet leur page de présentation, quasi vide à l’exception d’une mention d’indisponibilité. Indisponibles, nos livres ? Bien sûr que non.

(Soit dit en passant, nous tenons là l’explication à un ancien étonnement [2] : les nombreux titres, de différentes maisons, notés indisponibles chez le maître mais que l’on peut se procurer sans problème ailleurs, ne témoignent pas d’un manque de régularité dans la mise à jour des pages, mais plus simplement du fait qu’Amazon s’en tient à son objectif affirmé : une recension exhaustive, « l’intégralité du catalogue francophone » [3], quitte à inclure des titres qu’il n’a pas la possibilité de vendre.)

Amazon se contenterait-il de relayer l’existence des ouvrages, sans laisser entendre qu’ils sont épuisés, qu’on ne le remercierait déjà pas : à quoi bon ? de quoi se mêle-t-il ? et puis nous considérons de toute façon qu’il nous fait une mauvaise publicité en laissant entendre que nous collaborons avec lui.
Mais dans l’état actuel de l’affichage il y a vraiment de quoi râler, car la question de l’intérêt que des éditeurs (ceux non désireux de sacrifier leur hypothétique marge pour profiter de/à la visibilité du monstre) pourraient trouver à bénéficier d’une présentation si sommaire et fumeuse ne se pose même pas : titre, auteur, éditeur, ISBN, puis : « Disponibilité : Actuellement indisponible. Nous ne savons pas quand cet article sera de nouveau approvisionné ni s’il le sera. » - voilà qui a de quoi décourager le lecteur (ou de quoi le faire rire quand il s’agit de l’édition originale d’une absolue rareté bicentenaire).

Il est, en revanche, bien naturel que nous nous demandions pourquoi Amazon nous affiche ainsi.
Cherche-t-il à nous inciter à souscrire à un partenariat pour la vente de nos livres ? L’abonnement à Avantage [cf. note 1] apparaît en effet comme le meilleur recours pour officialiser la relation et pour combler l’insuffisance du catalogage… Mais Amazon n’ayant jamais entrepris aucune négociation à notre égard, n’ayant pas même insinué qu’un partenariat serait intéressant, rien ne permet d’affirmer qu’il a une intention de ce type.
De notre côté, ne souhaitant aucunement convoler avec la bête, mécontents de cet affichage, nous avons tenté, sans succès, de faire retirer nos titres du site [cf. échange de mails plus bas]. Et Amazon de nous suggérer, en réponse, de remplir un hallucinant formulaire de « plainte pour violation de droits » (où l’on remarque que nous sommes loin du climat qui permettrait d’envisager une collaboration…).
Un an après ces stériles échanges, nos livres sont encore en place, toujours aussi indisponibles [4].

Bien, et alors quoi ?
Si Amazon d’un côté laisse entendre qu’il n’en veut pas plus, agissant comme s’il se contrefoutait d’obtenir le contrat pour vendre ces titres, mais que de l’autre il montre qu’il n’en veut pas moins, en faisant la sourde oreille lorsque l’éditeur incommodé lui demande de les retirer du site, c’est évidemment qu’il trouve avantage à ce statu quo.
Et certes : ne lui suffit-il pas d’user de la mention douteuse déjà citée pour dissuader le client de se renseigner plus avant, et donc de faire par lui-même - et ailleurs -, les recherches qui le mèneront à l’achat du livre ? Car l’important, le plus important, c’est bien que ce client reste chez Amazon, et qu’admiratif, il constate qu’on y répertorie tout – tout, vous pensez, même des maisons microscopiques comme Cynthia 3000 ! – afin qu’il poursuive, confiant, le remplissage de son caddie. Si toutefois un soupçon d’insatisfaction ou de doute le taraude, il pourra sans peine se rassurer en pensant, au choix :
- que le géant n’actualise pas assez souvent ses pages (« mais avec tout ce qu’il y propose, on peut bien lui pardonner ce travers »)
- que commander les ouvrages des petites maisons est aussi compliqué chez Amazon que chez le libraire du coin (« mais au moins, avec Amazon, pas besoin de sortir de chez soi »)
- que les petites maisons ne tiennent pas la cadence, sortent des titres et les laissent s’épuiser en deux ans, etc. (« en plus elles font rien qu’à encombrer les tables des librairies »)

On note que dans tous les cas Amazon s’en tire en beauté, manipulant le chaland et utilisant l’éditeur sans risquer un cheveu. Le petit éditeur, lui, tape vainement du poing devant son écran, puis se décide à faire une note de blog. Au cas où d’autres comme lui, touchés et agacés par le procédé voudraient, eux aussi, faire un peu de bruit.
Car comment admettre sans moufter qu’Amazon se soit forgé, et consolide sans cesse, une image d’incontournable du secteur, de n°1, lorsque cette image repose sur des pratiques aussi lamentables et mensongères, abusant les clients et détournant sans ambages le catalogue des autres.

 

***

 

Message initial : éditions Cynthia 3000 à Amazon (formulaire « questions marketplace »), le 20 juillet 2008 :

[Prière de faire suivre ce message au service chargé des relations avec les éditeurs]

Bonjour,

En tant que responsable des éditions Cynthia 3000, je me permets de vous contacter au sujet de la présence de nos titres dans votre catalogue de vente en ligne. En effet, n’ayant conclu aucun partenariat qui vous autoriserait à vendre nos livres, je ne comprends pas pour quelle raison deux d’entre eux, "Etant donnés" et "IL***", figurent dans votre boutique, et je souhaiterais que vous me l’expliquiez.
Qui plus est, la mention de disponibilité qui est affichée à leur propos est tout à fait trompeuse pour les clients qui cherchent à se les procurer : vous indiquez qu’ils sont indisponibles, et que vous ne savez quand vous en serez "de nouveau approvisionné".
Or, nous ne vous avons jamais "approvisionné", puisque nous n’avons jamais souscrit au partenariat Avantage(ux ?) que vous proposez aux éditeurs, et ne souhaitons pas le faire. Il me semble donc malvenu que vous sous-entendiez l’existence d’un tel partenariat, et que vous prétendiez avoir été précédemment approvisionné de ces deux ouvrages.
D’autre part, aucun de nos titres n’est "indisponible", tous peuvent être commandés sur notre propre site de vente en ligne, ce qui rend votre mention mensongère.
Je vous demande donc soit de retirer tout bonnement nos titres de votre catalogue, soit de modifier l’indication de disponibilité en utilisant une formulation qui ne porte pas à confusion, telle que "non distribué par Amazon, disponible chez l’éditeur (lien)"

Céline Brun-Picard
éditions Cynthia 3000
71 boulevard Hippolyte Faure
51000 Châlons-en-Champagne
cynthiatroismille@yahoo.fr
http://www.cynthia3000.info/

*

> Réponse : Valérie G. (service client Amazon) à Cynthia 3000, le 28 juillet 2008 :

Chere Madame Celine Brun-Picard,

Merci d’avoir contacte Amazon.fr.
Suite a votre message nous avons fait de plus amples recherches avec les departements concernes pour comprendre et resoudre votre probleme.
Nous vous invitons donc a visiter les pages de nos conditions generales de vente, dont vous retrouverez l’adresse URL ci dessous, et de remplir le formulaire de notification afin que nous retirions de la vente vos deux ouvrages.
http://www.amazon.fr/gp/help/customer/display.html?ie=UTF8&nodeId=548524
Nous esperons que cette information vous sera utile, et nous vous remercions pour votre patience et votre cooperation.

Merci de nous indiquer si cet e-mail a repondu a votre question :
Si oui, cliquez ici : http://www.amazon.fr/rsvp-y?c=uqexdgqd3392867028
Si non, cliquez ici : http://www.amazon.fr/rsvp-n?c=uqexdgqd3392867028&q=frff

Veuillez noter que ce message vous a ete envoye d’une adresse qui ne peut recevoir d’e-mails.
Pour toute autre question, merci de bien vouloir consulter les pages d’aide de notre site.
Cordialement,

Valerie G.
Service Client Amazon.fr
http://www.amazon.fr

*

>> de Cynthia 3000 à Valérie G. (service client Amazon), le 28 juillet 2008 :

En vous priant de faire suivre aux services chargés des relations avec les éditeurs.

(En réponse à un message de "Valérie G. - service client Amazon", qui m’a "ete envoye d’une adresse qui ne peut recevoir d’e-mails")

Madame "Valérie G.",

Rien dans ma demande ne justifie que je m’intéresse à vos conditions générales de vente. Je vous rappelle que je ne souhaite pas adhérer à "Avantage", ni à aucun autre partenariat qui me lierait à vos services, et que par conséquent, vos conditions contractuelles, ou de vente, ou autres, ne me concernent pas.
D’autre part, pour les mêmes raisons, je ne vois pas pourquoi vous souhaitez m’imposer l’utilisation d’un formulaire rédigé par vos soins, au lieu de vous en tenir au contenu, que je crois assez explicite, de mon précédent message.
Qui plus est, ma démarche n’a rien d’une "Notification de contenu diffamatoire" et ne me semble pas à première vue ressembler à une "Notification de violation des droits de propriété intellectuelle", or les seuls formulaires auxquels vous me renvoyez portent sur ces sujets.
Je vous prie donc de prendre en considération mon premier mail (en copie ci-dessous), qui contient un exposé clair de ma requête (retrait de nos titres, présents sans notre accord dans votre catalogue de vente ; ou modification notoire de la mention de disponibilité), et une demande d’explications (en l’absence de contrat entre notre maison d’édition et votre site de vente, pourquoi nos titres y sont-il présents ?) à laquelle vous n’avez pas encore répondu.
En vous remerciant de bien vouloir donner suite à ma demande, ou de me diriger vers un interlocuteur compétent en la matière.

Céline Brun-Picard
Editions Cynthia 3000

*


>>>> Réponse automatique : de service Qualité Amazon à Cynthia 3000, le 28 juillet 2008

Cher vendeur,

Merci d’avoir pris contact avec nous.
Ceci est une notificaton automatique confirmant que nous avons bien recu votre message en reponse a l’email envoye par performance-vendeur ou concernant une violation de nos regles de communaute sur notre plateforme.
Merci de ne pas repondre a cet email.

Le service Qualite d’Amazon.fr va sans attendre enqueter sur le probleme mentionne et nous vous garantissons que l’action necessaire sera prise une fois nos recherches terminees.
Nous vous informons egalement que pour des raisons de confidentialite, nous ne pouvons pas vous tenir au courant des resultats de nos enquetes. Si des informations supplementaires s’averent necessaires pour completer nos recherches, le service Qualite d’Amazon.fr prendra contact avec vous.

[…ici une longue liste de liens vers différentes pages d’aide d’Amazon…]

Cordialement,

Le service Qualite Amazon.fr

 

***

 

Une copie du message initial, renvoyé à Amazon le 24 juillet 2008 par le biais d’un autre formulaire, obtint de son côté deux réponses automatiques. La première exactement similaire à celle présentée ci-dessus, la deuxième, que nous reproduisons ci-dessous, contenant le formulaire de notification de plainte pour violation de droits, qui s’achève sur une déclaration sous peine de parjure. Rien que ça (à lire sur l’air de Brazil).

 

2e réponse automatique : « performance vendeur » Amazon à Cynthia 3000, le 24 juillet 2008

A votre attention de la part d’Amazon.fr. 

Nous vous remercions de votre email.
Si vous pensez que vos droits de propriété intellectuelle font l’objet d’une violation dans le cadre de tout article ou de toute information contenu(e) sur le site d’Amazon.fr, vous devez remplir le Formulaire de Notification (ci-dessous) en utilisant les paragraphes numerotes correspondant afin de structurer votre communication. Vous pouvez envoyer ce formulaire signé sous format PDF ou par télécopie à l’adresse suivante :

PDF par courrier électronique : notification@amazon.fr
Objet : Plainte pour violation de droits

OU
Télécopie : +33 (0) 1 56 60 46 01

(Nous acceptons un fichier PDF signé et envoyé par courrier électronique ou par télécopie avec un objet indiquant « Plainte pour violation de droits », sauf accord contraire préalablement conclu avec vous indiquant un autre moyen de transmission).

Veuillez remplir le Formulaire de Notification en utilisant les paragraphes numérotés correspondant afin de structurer votre communication :

——————————————————–

Formulaire de Notification

Re : www.Amazon.fr  (nom commercial d’Amazon EU SàrL et Amazon Services Europe SARL)

Je soussigné, [INSERER VOS NOM, PRENOM, ET FONCTION] chez [NOM DE LA SOCIETE, LE CAS ECHEANT], déclare ce qui suit :

(1) Coordonnées :

(a) Vos nom, adresse, numéro de téléphone et adresse de courrier électronique et/ou nom, adresse, numéro de téléphone et adresse de courrier électronique de votre entreprise ;

(b) Nous communiquerons aux Vendeurs Tiers (le cas échéant) l’adresse de courrier électronique et/ou le nom de contact de sorte qu’ils puissent vous joindre en vue de résoudre tout problème quant à la notification que vous nous avez envoyée. Dans le cas où vous ne nous fournissez pas une adresse de courrier électronique séparée, vous nous autorisez à utiliser les coordonnées fournies à la section (1)(a).

(2) Numéros ASIN (ou ISBN-13 le cas échéant) des fiches descriptives et Allégation de violation de droits :

(a) Le numéro ASIN/ISBN-13 qui figure sur les fiches descriptives ou la description détaillée des informations que vous considérez comme constituant une violation de vos droits figure sur le site ; si cela concerne une fiche descriptive dun Vendeur Tiers, veuillez également donner le nom utilisé afin d’identifier le Vendeur sur le site (recherchez la rubrique « expédié et vendu par _____ » ou « par ______ » dans la fiche descriptive).

(b) Une description de votre / vos droit(s) de propriété intellectuelle que vous considérez comme ayant été violé(s) (par exemple, copyright, marque de fabrique ou brevet) par les informations contenues dans ou pour ce numéro ASIN/ISBN-13.

[REPETEZ LA SECTION (2)(a-b) autant de fois que nécessaires pour chacun des articles, cf. exemple de Formulaire de Notification.]

(3) Inclure la déclaration suivante : « Je pense sincèrement que la partie de la ou des fiche(s) descriptive(s) décrite(s) ci-dessus viole les droits de propriété intellectuelle détenus par le titulaire de la propriété intellectuelle ou son représentant, et que cette utilisation est interdite par la loi ».

(4) Inclure la déclaration suivante : « Je déclare, sous peine de parjure, que les informations contenues dans la présente notification sont correctes et exactes et que je suis le titulaire de la propriété intellectuelle ou autorisé à agir pour le compte de ce dernier au titre des droits décrits ci-dessus. »

(5) Signer le Formulaire de Notification.

——————————————————–

Cordialement,

Performance Vendeur
Amazon.fr

 

[1] Avantage est un partenariat proposé aux éditeurs et qui – en regard des conditions et remises demandées par Amazon - porte mal son nom. Sabordage eut mieux reflété les qualités de l’offre : droit d’adhésion annuel de 49€99, remise de 50% sur les ventes, possibilité pour Amazon de rayer du catalogue, réexpédier (aux frais de l’éditeur) ou détruire un livre qu’il avait pourtant demandé à l’éditeur - par exemple s’il se vend trop mal -, ou encore de refuser le livre commandé sans même exposer de raisons, etc.
On trouvera toutes ces clauses - et peut être d’autres plus amusantes encore - dans ces pages : Instructions et règles applicables aux programmes Avantage et Contrat d’adhésion

[2] Voir cette note de 2007 : La fable du pionnier et du serveur, où nous disions : « Si Amazon répertorie un grand nombre de publications, provenant d’un large choix d’éditeurs, son grand tort est de faire figurer plus souvent que nécessaire la mention « actuellement indisponible » dans la description des ouvrages listés.
Les usagers les plus innocents– nous en avons été –, et confiants dans le sérieux de la boutique, croiront l’ouvrage purement et simplement épuisé - et d’aller de pied ferme pleurer leur mère sur l’autel du pilon précoce. Les plus vaillants et habitués des sournoiseries du grand commerce, les heureux, ne s’y tromperont pas : ils chercheront référence de la perle « rare » ailleurs (sur d’autres sites de vente en ligne, chez l’éditeur, auprès d’un libraire) et auront parfois, souvent, le loisir de commander l’ouvrage - et de rire comme des baleines de la piètre qualité du suivi des stocks chez le mammouth de la vente en ligne – ou, plus sérieusement, de s’inquiéter d’une réputation de quasi-exhaustivité qui repose, comme c’est surprenant, sur effet d’annonce et élasticité des significations »

[3] Ils ont tout, disent et redisent-ils. Voir cette page : Qui sommes-nous ?

[4] Usant nous-même du détournement, nous avons par la suite tenté de nous servir des pages dédiées aux commentaires client, qui sont en lien sous chaque livre du catalogue Amazon, pour rectifier la formule de disponibilité. Notre commentaire était le suivant : « Il***, de Léo d’Arkaï, peut être commandé très simplement sur notre site (éditions Cynthia 3000 : http://www.cynthia3000.info). Il n’est pas vendu sur Amazon (avec qui nous ne travaillons pas), mais Amazon persiste à le mentionner comme "indisponible" et à le répertorier, malgré nos demandes de retrait… Les éditeurs. » Ce commentaire n’a bien sûr jamais été validé par Amazon.


Chasse à courre (Saint-Pol-Roux) 
par Cynthia 3000, le 22nd August 2009

 

Un nouveau titre sur www.myspace.com/radiocynthia3000 . Il s’agit encore d’un poème mis en musique, cette fois-ci de Saint-Pol-Roux. La conception et l’enregistrement se sont faits en un temps record.
Spéciale dédicace à Mikaël Lugan, des Féeries intérieures, qui a réalisé dernièrement un très beau quatrième Bulletin des Amis de Saint-Pol-Roux, dont nous reparlerons bientôt.
Le poème fut publié dans le Mercure de France n°8 d’août 1890, p. 293 ; repris dans Saint-Pol-Roux, Tablettes (1885-1895) - Vers et prose, Rougerie, 1986, p. 62.

 

Musique : Ben et Grégory
Paroles : Saint-Pol-Roux
Voix : Grégory
Harpe et cor synthétiques, ambiance : Ben

 

CHASSE A COURRE

 

 

Les gens, tel on boit à l’amphore,
Soufflent dans les escargots d’or ;
Il sort une bave sonore
De chaque spiral corridor.

Là-bas les chiens, montrant l’ivoire,
Ruissellent derrière le cu
D’un cerf dont la roide mémoire
Brame qu’il est dix fois cocu.

Pour s’éjouir du sganarelle
Dévalent, sur leurs fins chevaux,
Les Fiers de l’altière Tourelle :
Ecrin de la sueur des vaux.

Héraldique et svelte avalanche
Où mâles yeux parent d’aveux
Certaine damoiselle blanche
Ayant des guêpes pour cheveux.

Ambitieux de l’estocade,
On salte l’onde et la moisson ;
L’air sable l’âpre cavalcade
Comme l’ivrogne la boisson.

Enfin, sur un lit de pelouse,
Le cerf vêtu de saignements
Epouse la Fidèle épouse
Parmi le glas des aboiements.

Les gens, tel on boit à l’amphore,
Soufflent dans les escargots d’or ;
Il sort une bave sonore
De chaque spiral corridor.

 


Cri de guerre presque d’été 
par Cynthia 3000, le 16th August 2009

 

Cynthia 3000 a enregistré dernièrement quelques morceaux de musique avec son ami Ben, dit Nako. En quasi-improvisation.
Pour les partager, nous nous sommes fait un compte musique chez myspace : www.myspace.com/radiocynthia3000 . Nous les mettrons en écoute progressivement.
Voici pour commencer la mise en chanson d’un poème de Fagus tiré de La Guirlande à l’épousée (Librairie Edgar Malfère, 1921).

 

Musique : Ben et Grégory
Paroles : Fagus
Voix : Grégory
Guitare, piano, flûte, et le reste : Ben

 

CRI DE GUERE PRESQUE D’ÉTÉ

 

— Aimez, c’est venir Mai, le mois sacré des roses.

 

— On vous aime, on aime,
Aimez, on vous aime,
Lointaine magie,
Aimez-le de même,
Ce cœur démuni !

On vous aime, on aime,
Aimez, on vous aime,
Mais en voudrez-vous,
De ce cœur qui traîne
Ce corps par dégoût ?

On vous aime, on aime,
Aimez, on vous aime,
Foulez ce cœur fou,
Faites-lui la joie
De souffrir par vous !

 


Quelques hantises mineures (1) 
par Gregory Haleux, le 7th August 2009

 

noire en toile grasse l’évidence avance en aveugle
pendu qu’on regarde les yeux mi-clos
                                                              – chantier abstrait
chantier de fleurs séchées, au milieu de ce décor pas de danse
et toi l’œil –
                         plus noire elle attire plus
la formule la                                               nature
                       (quelconque) (insondable)
qu’une                                                         ellipse
                         (musicale) (symbolique)
de stupeur. Voilà la vision d’espoir
à la loupe
                 l’inévitable à trous se croise hésitant
au bruit de chute, langoureuse dans de petites touches ?
                                                                                          ci-dessous
l’inconnue qui la pense fragmente, échappée, et qui
l’exhibe d’un quart, l’étendue, est une machine
qui vide ce que l’on suppose
d’écho de bouche
                             à chaque
fleur nue renoncée
                             à cette
tête qui renaît pour nous saisir, nous l’angoisse correspondante
nous tendant : l’insensé, l’un sans l’autre, le trait d’encre sur
elle-même la nudité orientée vers l’abîme d’elle-même.

 


Fulaine-Saint-Quentin, 26/07/09 
par Cynthia 3000, le 26th July 2009


Fulaine-Saint-Quentin, 26 juillet 2009

mdr sa roul lé poét a sin sulpisse 
par admin, le 27th June 2009

 

Quelques images du stand Cynthia 3000 au Marché de la Poésie.

 


lache té com


Marché de la Poésie - Tailhade, Picq, Meens, Demarcq 
par Cynthia 3000, le 15th June 2009


Jacques Demarcq, en compagnie d’un
autre drôle d’oiseau, Patrick Beurard-Valdoye
Marché de la Poésie, 21-06-08

 

Comme en 2007 et 2008, nous serons présents place Saint-Sulpice à Paris pour le Marché de la Poésie. A cette occasion, nous vous donnons rendez-vous pour deux séances de dédicaces :

- avec Gilles Picq pour notre réédition d’Au pays du Mufle de Laurent Tailhade : samedi 20, à partir de 16h00 devant le stand K1 de l’Atelier du Gué
 
- avec Dominique Meens pour notre publication de ses Quelques lettres à Lord Jim : vendredi 19, de 17h30 à 19h30 au stand A4/A5 du cipM

Les bienheureux qui découvriront ces livres sur le Marché pourront acquérir
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Au salon de l’édition graphique de Chaumont 
par Cynthia 3000, le 22nd May 2009

Cynthia 3000 se trouvait le week-end dernier au salon de l’édition graphique de Chaumont. Voici quelques images de son stand.

Pour commencer, la vue d’ensemble. Nous étions à côté des éditions de l’Eclosoir qui présentaient les remarquables Chroniques de Montelly.
Les amateurs de la C.A.P.U.T. peuvent apercevoir des oeuvres que nous n’exposerons en ce blog que dans un an, au mieux.

Les derniers exemplaires de l’Omajajari…. et Le Moulin à parôles nostalgiques.


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Voilà un ricochet à quatre bonds. Cela fait partie du jeu 
par Gregory Haleux, le 15th March 2009

La leçon d’anatomie de Mondino di Luzzi
in Fasciculus Medicinae (1493) de Johannes de Ketham

 

« Le livre que lit Olivier Gratiolet est une histoire de l’anatomie, un ouvrage de grand format posé bien à plat sur la table, ouvert sur la reproduction en pleine page d’une planche de Zorzi da Castelfranco, disciple de Mondino di Luzzi, accompagnée en regard de la description que, un siècle et demi plus tard, en donna François Béroalde de Verville dans son Tableau des riches inventions couvertes du voile des feintes amoureuses qui sont représentées dans l’Hypnerotomachia Poliphili :

« Le cadavre n’est pas réduit au squelette mais les chairs restantes sont imprégnées de terre, formant un magma sec et comme cartonné. Ça et là cependant les os sont en partie demeurés : au sternum aux clavicules aux rotules aux tibias. la teinte générale est d’un jaune brun dans la partie antérieure, la face postérieure noirâtre et d’un vert foncé, plus humide, est remplie de vers. la tête est penchée sur l’épaule gauche, le crâne est couvert de cheveux blancs imprégnés de terre et mêlés de débris de serpillière. l’arcade sourcilière est dépouillée ; la mâchoire inférieure présente deux dents, jaunes et demi-transparentes. le cerveau et la cervelle occupent à peu près les deux-tiers de la cavité du crâne, mais il n’est plus possible de reconnaître les divers organes qui composent l’encéphale. La dure-mère existe sous forme d’une membrane de couleur bleuâtre ; on dirait presque qu’elle est est à l’état normal. Il n’y a plus de moelle épinière. les vertèbres cervicales sont visibles quoique recouvertes en partie d’une couche légère de couleur ocre. au niveau de la sixième vertèbre on trouve les parties molles internes du larynx saponifiées. Les deux côtés de la poitrine paraissent vides, si ce n’est qu’ils renferment un peu de terre et quelques petites mouches. ils sont noirâtres, enfumés et charbonnés. l’abdomen est affaissé recouvert de terre et de chrysalides ; les organes abdominaux diminués de volume ne sont pas identifiables ; les parties génitales sont détruites au point qu’on ne peut reconnaître le sexe. les membres supérieurs sont placés sur les côtés du corps de manière à ce que les bras et les avant-bras et les mains soient ensemble. A gauche la main paraît entière, d’un gris mêlé de brun. A droite elle est de couleur plus foncée et déjà plusieurs de ses os se sont séparés. les membres inférieurs sont entiers en apparence. Les os courts ne sont pas plus spongieux qu’à l’état normal mais ils sont plus secs à l’intérieur. »

 

Ce passage est extrait du chapitre LVIII de La Vie mode d’emploi (Hachette, collection P.O.L., 1978, p. 342-344). On sait que Georges Perec avait construit pour ce roman un impressionnant système de contraintes et que parmi celles-ci il y avait la distribution dans les chapitres, par l’application de
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Vides, une rétrospective nulle 
par Celine Brun Picard, le 5th March 2009

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NEMO (Nihil, cap. oo).

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(I) Si j’ose m’exprimer ainsi !   (1)

 

France Culture offre parfois, à la sauvette, des occasions de franche rigolade. Soupçonnant ce genre de bonne surprise, il y a quelques jours, je me mis à écouter avec attention l’interview qui passait, de John Armleder (2), sur mon autoradio.
Avouons au passage que, ne m’intéressant plus depuis longtemps à ce que le milieu de l’art contemporain choisit de porter aux nues, je ne connaissais pas John Armleder, plasticien de renommée internationale et aujourd’hui commissaire en charge de l’exposition Vides, une rétrospective (qui se déroule du 23 février au 23 mars à Beaubourg).

Quel beau métier, commissaire… et au goût du jour, avec ça. Régalons-nous d’ailleurs avant que cela ne se tasse. Nous vivons probablement les heures
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Brabançon d’oeil bleu, gaulois de poil blond 
par Gregory Haleux, le 1st March 2009

Découverte du n°10 de Poésie - cahiers mensuels illustrés, consacré à Fagus quelques semaines avant sa mort. La notice qui l’introduit, reproduite ci-dessous, est signé d’un certain Jacques Bergeal, auteur d’au moins deux recueils poétiques, Fables de ma fontaine (René Debresse, 1933) et Les Torches aimantes (Chanth, 1934), avant de devenir peut-être celui qui, sous ce nom, signa dans les années 50-60 des articles scientifiques dans France-Soir.

 

C’est une grande tâche que de présenter en quelques lignes un poète aussi splendide, aussi varié que Fagus, « l’homme du moyen-âge », le petit hôte de la rue Visconti qui « nourrit en lui un génie » selon l’expression d’André Thérive.
Il fut dans sa jeunesse collaborateur de Willy, de Paul Fort comme de Virgile et de Touroulde ; mais parmi tous les divers mouvements littéraires qu’il traversa, Fagus resta lui-même, c’est-à-dire un poète profondément original, doublé d’un grammairien et d’un érudit dont de nombreuses pages resteront.
Au yeux de Fagus, il n’y a qu’une époque qui mérite d’être analysée, chantée, prisée, dominant les lettres françaises : le Moyen-Age. Très près lui-même des poètes médiévaux par l’inspiration, il blâme tout ce qui s’éloigne de la sincérité, en particulier Ronsard, Malherbe, Victor Hugo et leurs écoles diverses.
Il publia Testament de sa vie première, Colloque sentimental (Vannier, 1898) ; La Prière de quarante heures (Gallus) ; Ixion (la Plume), Jeunes Fleurs, Aphorismes (Sansot) ; Pas Perdus (le Divan) et enfin ses dernières œuvres qui, publiées chez Malfère, mirent son nom dans la bouche de tous les vrais poètes : « Clavecin », La Danse macabre, Frère Tranquille, La Guirlande à l’Epousée, Frère Tranquille à Elseneur. Il traduisit également en vers modernes La Chanson de Roland et les Eglogues de Virgile.
Bien que poète profondément chrétien, Fagus a souvent eu la dent dure dans ses chroniques : ce qui lui a procuré quelques ennemis. Peu d’ailleurs, car sa bonté véritable n’a d’égale que sa modestie exagérée.
L’illustre auteur des Ballades Françaises, Paul Fort, me disait récemment : « Fagus, ce génie, vous l’embrasserez lorsque vous le verrez ! »
En entendant cela, je ne pensais pas que ce serait ici, dans Poésie, que j’exaucerais ce désir.

 

Ce numéro qui donne à lire une dizaine de poèmes de Fagus, dont un de sa belle écriture, nous intéresse surtout par une photographie que nous ne
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L’An reneuf 
par Cynthia 3000, le 22nd January 2009

Les éditions Cynthia 3000 sont heureuses de vous adresser leurs meilleurs voeux pour l’an reneuf.
Cynthia 3000 : il le dit, il le fait - il lichotte, il fioule, mais vingu qu’est-ce qu’il tute, jusque les égoutis.
Trinquer, c’est boquer, c’est à votre santé - diable, c’est la godaille !
Les adeptes du mélange des genres seront, en 2009, les vénérés. Qu’on se le dise.


Le personnel des éditions, au complet, lors d’une réunion informelle
[NDR : "deux cheurleux qui fioulent"]

C.A.P.U.T 
par Cynthia 3000, le 31st December 2008

 

Collection de l’Art Populaire et de l’Underground Tacite

 

Comme vous l’avez remarqué, Cynthia 3000 est quelquefois de sortie. Entre février et octobre, c’est chaque dimanche en brocantes, ou vide-greniers, ou foires-à-tout, selon la région où vous vous trouvez.
En brocante, nous nous focalisons principalement sur les livres et les dzisques. Un jour de 2005, une peinture cependant attira notre attention. Depuis, c’est plus de 400 œuvres que Cynthia 3000, organe libre, anti-moderniste et néo-post-arrière-gardiste, a l’honneur de détenir. Aucun collectionneur ou musée de province ne peut se targuer d’avoir un tel patrimoine dans ses murs.

exposition CAPUT

Art populaire ? Voyons voir.
Parmi les choses dont les gens veulent se débarrasser en brocante, parmi les soupières, les cartons d’imprimés, les lots taille 8 ans, les cadeaux de
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Châlons, chonge que du haut de chette porte… 
par Cynthia 3000, le 6th December 2008
… Chynthia 3000 te contemple


Châlons-en-Champagne, 20 septembre 2008
vue du sommet de la Porte Sainte-Croix
(cliquer pour panorama)


Buon Moussu l’Arkaï vs une bande de cramponnés 
par Cynthia 3000, le 24th November 2008

[suite de l’Affaire Icart…]
Nous savions déjà que le procès en correctionnelle du 5 novembre 1898 avait été repoussé. Le numéro de L’Aigle qui paraissait le lendemain nous en donne la raison :

 

EN DÉROUTE !

 

C’en est fait !
La municipalité Sauvan a vécu !
La barque municipale coule à pic, et les rats prudents la désertent.
Sauve qui peut !
Ce cri sinistre a retenti…
Ce n’est pas seulement un naufrage, c’est aussi une faillite.
Comme les agonisants, sur leur lit de mort, dans la minute suprême qui semble durer un siècle, voient repasser toutes les grandes scènes, douces ou tragiques, de leur existence ; nos édiles en ce dernier jour voient passer sous leurs yeux éteints, ces mensonges que furent leurs entreprises, ces torchons que furent leurs écharpes.
La montagne a accouché d’une souris ! C’est l’aveu même de Me Achiardi, le dernier des adjoints.
Une souris, dites-vous, c’est bien flatteur. Il serait mieux de dire : Un rat d’égout… et de dégoût.

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Fagus et l’argot de la guerre 
par Gregory Haleux, le 16th November 2008

À François Caradec

 

Fagus aussi fit la guerre. D’abord mobilisé, puis démobilisé, il demanda à être envoyé sur le front. Commémorons aussi, avec retard, le 90eme anniversaire de l’Armistice avec cet article paru dans le n° 459 du Mercure de France (1er août 1917)

 

Quelques remarques sur l’Argot militaire
pendant la Guerre

 

Le militaire a besoin qu’on le comprenne, aussitôt et exactement : il use de termes familiers et précis. Le « Manuel du Soldat » (la Théorie, modèle de littérature en son genre (1), suffirait à en témoigner.
Aussi n’est-il pas à proprement parler d’argot militaire. Les termes argotiques relevés dans les conversations des troupiers couraient les faubourgs des grandes villes ; ils ont demeuré pour leur valeur expressive ; quelques-uns sont les résidus des campagnes algériennes ou coloniales.
Le soldat appelle un fusil : fusil, une mitrailleuse : mitrailleuse, un percuteur : percuteur ; etc… Il désigne un canon par son calibre : un 75, un 120 court ; un avion, par son type : un Nieuport. (A côté de cela, une pièce est fréquemment baptisée par ses servants : c’est Marie-Louise, Anne-de-Bretagne, etc…)
Tel avion s’appelle Crâne de Piaffe, la Joconde, un piaffe étant un moineau ; et c’est peint en belles lettres capitales comme les totems des autos-

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Admirable Fagus ! 
par Gregory Haleux, le 4th November 2008

Annoncée pour le premier semestre, puis pour cette fin d’année, la réédition du Colloque sentimental entre Emile Zola et Fagus (1898) sera peut-être encore repoussée. Sa préparation prend un temps plus long que prévu : annotations du texte, établissement des variantes (à partir des lettres-poèmes manuscrits envoyés à Zola et conservés à la BNF, ainsi que - merci Eric Walbecq - d’un exemplaire ayant appartenu à Félix Fénéon et corrigé trois ans après de la main même de Fagus), repères biographiques …
En attendant, reprenons l’approche de Fagus déjà inaugurée ici et intéressons-nous aux représentations physiques de Fagus : les images qu’en ont rendues quelques artistes et les descriptions écrites de quelques-uns de ses amis.

 

Brabançon d’œil bleu, Gaulois de poil blond

Décembre, midi; le Palais-Royal tout gris s’aplatit
sous la neige toute blanche. Entre deux arcades,
un poète, au pilastre adossé, mastique des pommes
 de terre bouillies qu’il pêche dans sa poche une à une,
 cependant qu’à la devanture du libraire parmi les effigies
 de femmes nues, il considère
la Victoire de Samothrace.

 

 

Ces deux images représentant Fagus datent de 1898 et sont du même artiste : Frédéric Front (1).
La première est la couverture du Colloque sentimental entre Emile Zola et Fagus.
La deuxième est une peinture que, selon la chronique de Charles Saunier
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Gerzeul Boutrin, un remède tout spécial contre le mal dont vous souffrez 
par Cynthia 3000, le 28th September 2008

Photo de Gerzeul BoutrinGerzeul Boutrin fut évoqué une première fois sur ce blog à l’occasion de notre grand jeu concours.
Le poëte, qui a pourtant croisé le regard d’Hélène Bessette, reste méconnu des lecteurs, snobé par les revues, ignoré des critiques, absent des anthologies. Il faut dire que fort peu mondain, il s’écarta tôt du trop facile chemin de la reconnaissance.
Gerzeul ne nous a confié l’existence que de deux recueils, publiés à compte d’auteur il y a une trentaine d’année. Mais nous savons l’oeuvre foisonnante, l’homme graphomane (en témoigne le courrier abondant que nous recevons).
Le talent toujours ébouriffant, Il fêtait aujourd’hui, seul, ses 67 ans.
Répétons-le ici : bon anniversaire à toi, Gerzeul, et que par-delà l’adversité, ton Verbe demeure !

(…) La terre est aride et pourtant je m’embourbe, les sillons cotonnants, la poudre aux alouettes au-dessus du delà, gente qui m’y verra pas de sitôt, je t’ennuie pour si peu, tu me plais ma pauvrette, et l’escalier qui rugit près du pot de chambre à mon insu, près de la porte au rien, vieil ignare
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Entre les serres de l’Aigle 
par Cynthia 3000, le 27th September 2008

Pour ceux qui suivent encore - si jamais il y en eut - au pire, nous constituons ici, au mieux, les archives de l’Affaire Icart - reprenons :
Une petite semaine avant le procès tant attendu, Pillard, dans l’édition de son Aigle de Nice du 30 octobre 1898, hausse d’un cran le scandale, en attaquant plus directement le Maire : "Le principal coupable, c’est le maire de Nice, M. HONORE SAUVAN !".

 

 

Les deux articles qui suivent ont pour centre le fameux dossier : d’un côté Mme Berrut réclame à Icart le dossier qu’elle lui avait confié ; en réaction, Icart fait réclamer à Pillard d’Arkaï ce dossier qu’il avait pourtant prétendu ne pas lui avoir remis.

 

ELLE A PARLÉ !

 

Elle a parlé !…
Qui donc Elle ?
Elle, vous savez bien, elle, elle dont tout Nice parle depuis un mois, elle que vous-même, malicieux lecteur, vous avez tâché de voir, en passant tout exprès dans la rue de l’Hôtel des Postes.

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Le Théâtre illustré du pneu 
par Gregory Haleux, le 11th September 2008

Retour à la littérature publicitaire.
Dans une note où nous dérivions d’un passage de Guinoiseau ou le moyen de ne pas parvenir, de Marcel Rouff, à la littérature bibendienne, nous évoquions Curnonsky et ses lundis et samedis de Michelin, dont nous n’avions alors trouvé qu’un article.
Depuis, nous avons découvert que la quatrième de couverture de L’Illustration théâtrale et de La Petite Illustration des années 1911-1914 offrait de superbes publicités derrière lesquelles, bien que signées Michelin, semble se cacher Curnonsky.
Calembours, à-peu-près, jeux polysémiques (chambre, toile, …), comparaisons excentriques, tout rappelle le Curnonsky que nous avons approché à travers Guinoiseau.
Ces publicités se présentent sur le mode parodique :  sous le titre général "Le Théâtre illustré du pneu", ce sont des tableaux. L’Illustration théâtrale étant un "journal d’actualités dramatiques publiant le texte complet des pièces nouvelles jouées dans les principaux théâtres de Paris", ces tableaux détournent souvent le propos des pièces d’alors, celles de Feydeau, Gaston Leroux, André Rivoire et Yves Mirande, Pierre Frondaie, Henry Bataille, etc. Le jeu référentiel dépasse le domaine du théâtre et Curnonsky fait allusion à George Sand, Malherbe, Xavier de Maistre, aux artistes cubistes, …
Notons qu’une partie de cette grande fresque, qui mériterait d’être rééditée, fut en son temps réunie en volumes (sous la signature plus explicite de Bibendum), comme le prouve cette page de mai 1913 :

Et voici une sélection, sur la centaine existante, de 16 tableaux que vous pouvez aglandir d’un simple cric.


De la défiance à la défense d’Icart 
par Cynthia 3000, le 10th September 2008

Suite de l’Affaire Icart…
L’Aigle de Nice étant à ce moment strictement hebdomadaire, Pillard d’Arkaï revient sept jours après le numéro du 9 octobre 1898 - en grande partie occupé par l’article que nous citions dans notre dernière note  -  par une nouvelle salve d’articles contre Icart et la municipalité.
Rare accord, Pillard va dans le même sens que ses collègues de la presse niçoise : comment l’ensemble du conseil municipal a-t-il pu accorder un délai à Icart, accepter d’attendre l’audience correctionnelle du 5 novembre ? Ne serait-ce pas le signe d’une complicité ?

 

LA DÉCHÉANCE MUNICIPALE

 

C’est un véritable soufflet à la population niçoise et aux organes de tous les partis que le communiqué officiel où les Commissions municipales ont déclaré s’ajourner sur le cas de M. Icart !
C’est le dernier outrage à l’opinion publique !
C’est une monstrueuse tache d’huile sur le drapeau de notre vieille cité !
Pour un pareil cas de conscience, nos conseillers ont cru devoir délibérer… Mais est-ce qu’on délibère quand il s’agit d’une question d’honneur ? Est-ce qu’on n’abandonne pas sa boutique, sa position, sa famille même, quand il s’agit d’une question d’honneur ? Est-ce que le délai de rigueur n’est plus

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Oui ! Saleté ! C’est moi Pillard d’Arkaï 
par Cynthia 3000, le 4th September 2008

Nous savions, en allant à Nice, que nous apprendrions beaucoup sur Pillard d’Arkaï, mais pas tant ! Venus le 12 août dernier aux archives départementales pour y consulter son journal L’Aigle de Nice, nous nous sommes aperçus qu’il avait antérieurement dirigé un autre journal niçois. C’est ainsi près de 140 numéros de L’Aigle de Nice (entre 1898 et 1903) et 36 numéros du Tonnerre de Nice (année 1896) que nous avons pu photographier et qu’il nous reste à dépouiller, comprendre, sans compter deux années de son Avenir d’Antibes (1905 et 1906).
En attendant, revenons à l’Affaire Icart. Voici l’article par lequel la polémique a commencé, en une de L’Aigle du 5 octobre 1898 et dans un format à la hauteur de ses scandaleuses révélations.

 

 

Ce soir tant attendu, c’était celui du Conseil municipal au cours duquel Pillard, souvenez-vous, répondit aux explications fallacieuses d’Icart par un tonitruant "Menteur !". Dans le numéro de L’Aigle du 9 octobre que nous reproduisons ci-dessous, d’Arkaï relate, sous un titre bien mystérieux, cette
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Gare au Pillard (d’Arkaï) ! 
par Cynthia 3000, le 12th August 2008

Pendant que certains s’extasiaient à l’idée que Rimbaud avait réalisé son rêve de journalisme, nous retardions volontairement – afin de ne pas étouffer la médiatisation de ce bouleversant inédit du poète ardennais – de nouvelles révélations sur un poète non moins remarquable. Il est enfin temps que le passionné monde littéraire soit au courant : Léo Pillard d’Arkaï, dont il est de notoriété publique qu’il abandonna la poésie pour le journalisme, et concomitamment Paris pour la Côte d’Azur, a failli renverser en 1898 la municipalité niçoise (ce en quoi il est bien supérieur à Rimbaud, puisque ce dernier n’a apparemment, par son articulet, en rien désarmé les Prussiens). Contons donc, grâce à ses collègues de la presse de l’époque, cette incroyable histoire :

Le 5 octobre 1898, lors d’une séance extraordinaire à la Mairie de Nice, M. Icart, conseiller municipal, demande la parole pour un fait personnel et déclare « qu’il vient d’être l’objet d’attaques infâmes de la part d’un journal hebdomadaire qu’il ne veut même pas honorer d’un qualificatif quelconque ». Ce journal, c’est L’Aigle de Nice, « organe des idées réformistes et des revendications locales », dirigé par Pillard d’Arkaï qui a en effet accusé M. Icart, dans un article intitulé « Icart exécuteur, Icart exécuté », de lui avoir transmis un dossier renfermant des accusations graves contre ses collègues du Conseil municipal et de l’avoir payé pour publier ce dossier.

M. Icart ajoute avec un trémolo dans la voix « qu’il n’a jamais remis aucun dossier à qui que ce soit, pas plus qu’il n’a fourni de subsides à un seul journal. »
A ce moment, du banc de la presse, le rédacteur du journal hebdomadaire sus-désigné s’écrie : « Vous êtes un menteur ! ».

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Fréminer avec son larousse : vertige des sens 
par Gregory Haleux, le 8th August 2008

BALLADE
SUR LA FÉROCITÉ D’ANDOUILLE

     Le Serpens qui tenta Ève estait andouillicque, ce non obstant est de luy inscript
qu’il estait fin et cauteleux sus tous aultres animaus. Ainsi sont Andouilles.

Pantagruel, liv. IV, chap. XXXVIII.
Loups-garous, stryges et harpie,
D’aucuns ont un mufle camard ;
Chez d’autres le grouin copie
Estramaçon ou braquemard.
Empouse, lion de Saint-Marc,
Amphiptère jamais bredouille,
Crocute aux pinces de homard,
Qui plus est maupiteux ? L’Andouille.

Ogresse léchant sa roupie,
Babeau vêtu de poulemart,
Fane aux yeux clairs et malepie,
Caciques de Gustave Aymard,
Les Cauchemars goûtent comme art
Extasié la bonne « douille ».
Mais, du brucolaque au jumart,
Qui plus est maupiteux ? L’Andouille.

Chimère aux sables accroupie,
Nains cagneux supputant le marc
Du teston ou de la roupie ;
Voici, malgré Pline et Lamarck,
Entre Suresnes et Clamart,
Voici l’étrange niguedouille
Frémine avec son galimard.
Qui plus est maupiteux ? L’Andouille.

ENVOI

Prince, banneret, jacquemart,
Ferlampier et coquefredouille,
Rifflandouillez sur le trimard.
Qui plus est maupiteux ? L’Andouille.

Cette Ballade, Laurent Tailhade la publia d’abord, en janvier 1891, dans le Mercure de France pour la reprendre ensuite dans Au Pays du Mufle (1891, 1894 et 1920) que nous rééditons bientôt.

De ce festival de vocables rares, Maurice Rheims retint, pour son Dictionnaire des mots sauvages - Ecrivains des XIXe et XXe siècles (Larousse, 1969 ; réédité depuis sous le titre Abracadabrantesque !), un mot… Devinez lequel.
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Ici, chacun fait du daltonisme et voit la chose avec ses yeux 
par Celine Brun Picard, le 2nd August 2008

Concours de grimaces

Laissez venir à moi les enfants, grands et petits.
Vous n’ignorez pas, Madame, qu’à ce bal non masqué où sont invités les vôtres, le visage est de rigueur.
Je demanderai donc à chacun en guise de masque sa grimace la plus belle, et je l’examinerai sérieusement.
C’est d’elle que dépend le costume à choisir :
- Voyons, Jacques, cesse ; tu fais une figure de singe !
- Je l’ai, maman, je ne la fais pas.
- Madame, prenez-en votre parti ; sachez même en tirer parti, à l’occasion.
Il obtient un joli succès, ce fils - un succès peut-être un peu trop chaud - sous les poils roux qui l’habillent des pieds à la tête, ne laissant à découvert qu’une grimace légèrement fardée.
Un maillot souple, un gamin leste, quelques singeries, il n’en faut pas davantage pour être "réussi" en ce monde.

Ce petit texte est de Claude Cahun, écrit au temps où, très jeune, elle tenait la rubrique de la mode au Phare de la Loire. Usant d’une totale liberté de ton (le journal était dirigé par son père), elle se pliait assez perfidement au jeu du conseil à Madame, s’y amusant visiblement beaucoup…

"Madame donnera le ton de toilette à toute sa petite famille, fière d’être habillée comme de grandes personnes : à la promenade, Madame conduira
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Clouds fight 3000, solution du concours 
par Cynthia 3000, le 16th July 2008


Quatorze juillet 
par Cynthia 3000, le 14th July 2008

 

On a beaucoup fêté le quatorze juillet.
Donc toute la famille est soûle et, par les rues,
Braille ; Monsieur Toto brandit un pistolet ;
Les filles ont des airs équivoques de grues ;

Les garçons, la casquette en bataille, sont fiers
De leur dandinement d’apaches, et la mère,
Le nez entre les seins et le coeur à l’envers,
Songe que son ivresse est moins douce qu’amère.

Mais voici que chez soi l’on arrive, il est temps,
Car on a mal aux pieds presqu’autant qu’à la tête.
Le logement est noir, les lits sont dégoûtants,
On s’y couche au hasard, puisque c’est jour de fête !

Pendant que les parents s’endorment, épuisés,
Toto éteint la lampe et va fermer les portes,
Puis, content, se masturbe au rythme des baisers
De ses frères vautrés sur ses soeurs ivres mortes.

 

Edouard Guerber, extrait de
Sous le doux ciel de France, 1922
à reparaître prochainement chez Cynthia 3000

Clouds Fight 3000 : le grand-jeu-concours 
par Cynthia 3000, le 7th July 2008

Suivant l’exemple du Préfet maritime, Cynthia lance son premier grand-jeu-concours. Nous sommes allés faire un tour du côté de chez wordle et avons confié au générateur les textes de notre catalogue et ceux à paraître. De chaque livre ont été extraits les 1000 mots les plus fréquents.  La règle du jeu est simple : il s’agit d’attribuer à chaque nuage le titre qui lui correspond, parmi :

- Etant donnés, de Céline Brun-Picard & Grégory Haleux
- IL***, de Léo d’Arkaï
- Troublant trou noir, de Grégory Haleux
- Carnets d’un basedowien, de Jean-Marc Baillieu
- Omajajari, collectif
- Le Moulin à parôles nostalgiques, de Mickaël-Pierre
- Triling, de Jean-René Lassalle
- Au pays du mufle, de Laurent Tailhade
- Colloque sentimental entre Emile Zola et Fagus, de Fagus
- D’activités, de Céline Brun-Picard

Les réponses sont à donner en commentaires. Le premier malade qui y parviendra se verra offrir Le Moulin à parôles nostalgiques, de Mickaël-Pierre + un recueil inédit et signé de Gerzeul Boutrin (c’est pas des blagues !).
On a enfin trouvé une utilité aux nuages de mots.

(les images s’agrandissent par un clic)

 


1 - C’est tout ça, d’un sens
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26e Marché de la poésie, place Saint-Sulpice 
par Cynthia 3000, le 29th June 2008

L’année dernière, pour notre premier Marché de la poésie,
la simple valise verte avait suffi.
Cette année notre stand fut
chic comme la rencontre préméditée
du marchand du sel et de l’art tant cravure
sur le tarmac germanopratin.


L’amer à fêter 
par Celine Brun Picard, le 1st June 2008

Nous en parlions il y a plus d’un an, d’Amer, revue finissante, finiséculaire et nouvelle née. Les âmes d’Atala, qui l’éditent, entament l’année 2008 au mois de mai (par rien à fêter mais diable, de quoi faire) : un site et un blog tout neufs, qui s’étoffent et remuent à vue d’oeil, et un n°2 sorti des presses dont on attend, impatients, le sommaire.
Le N°1 de la revue est téléchargeable intégralement sur le site, ô âmes généreuses.


Les éditions du Céphalophore entêté 
par Gregory Haleux, le 31st May 2008

Nouvelles HybridesA partir d’aujourd’hui et jusqu’au 11 juin, le Céphalophore entêté est invité à la Halle Saint Pierre pour présenter ses éditions. C’est l’occasion, pour ceux qui ne les connaissent pas encore, de les découvrir.
Menées depuis 2002 par Etienne Cornevin, chercheur de livres monstres, elles se distinguent d’abord par l’inclassable revue Nouvelles Hybrides dont le septième numéro est annoncé pour fin août. Du même format que la mythique revue Bizarre et de mise en page excentrique - que de couleurs dans la graphie ! -, ses numéros contiennent les "inactes" de journées d’étude consacrées aux livres monstres : pas seulement les "livres d’artistes", mais plus monstrueusement les "livres à voir", les livres burlesques, par collage, de nonsense, de psalmanaajarrystes ou faux mystificateurs et ‘patafous.
C’est dire qu’on y trouve un univers littéraire et artistique extrêmement riche ! Des livres de François Righi à ceux du Paréiasaure, de Guillaume Dégé à Vincent Puente, du Daily Bul à Fornax, des collages de Max Ernst à ceux de Jacques Carelman, de J.J. Grandville à Cami, d’un Journal de bord de la Berlu à des études d’éléphantologie, … De quoi s’émerveiller, découvrir des territoires inconnus, mieux comprendre la folie mise à l’oeuvre.

Excentriques de gravité 1 - Céphalophore entêté, 2001Excentriques de gravité (2002) est le catalogue d’une exposition s’étant déroulée en Slovaquie en 2001 et dont l’idée était de présenter des "oeuvres d’artistes français contemporains dont la bizarrerie, la bouffonnerie, la folie de premier abord est telle qu’elles ne correspondent à aucune de nos attentes, et que les amis-de-ce-qui-ne- ressemble-à-rien-de-connu en sont très extrêmement réjouis, mais qui riment à… quelque chose […] oeuvres qui ne se présentent pas dans les habits de sérieux de l’Art et semblent de ce fait ignorer toute gravité, en particulier celle du jour, mais sont artistiquement, poétiquement et philosophiquement consistantes,
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Visite à Frère Tranquille 
par Gregory Haleux, le 14th May 2008

Samedi 3 mai. Sur les traces de Fagus à Belleville. D’abord la déception de trouver rue Pelleport, 139 (où il habita en 1918) et 178 (… en 1902), des immeubles récents… Forcément, il aurait fallu s’y attendre. En entrant rue des Fêtes, on se dit qu’au 9 (… en 1898) on pourra voir l’immeuble. Pas de chance, un échafaudage le cache… Rue de l’Avenir, 3 (… en 1899), on peut mieux s’imaginer, d’autant qu’ironie, c’est un cul-de-sac (au bout, à gauche, qu’il était).

Déjà en 1901 à la Revue Blanche, Fagus, dans une série d’articles intitulée « Paris tondu », se révoltait contre « l’effort suprême de la centralisation », prévoyant le pire : « Paris, venu de la terre y reviendra. D’une façon dramatique sans doute. A mesure qu’elle crût, elle arracha de son propre sol matière à croître encore : le bois d’abord, puis l’argile, et le sable, et la meulière, de sorte qu’à présent elle se trouve tout entière suspendue sur un, deux, en des endroits, trois étages de souterrains. Ajoutez la perforation pour les chemins de fer métropolitains, ajoutez les égouts, les conduites pour l’eau, le gaz, le téléphone, l’électricité, et vous concevrez l’effrayant spectacle de la tour de Babel qui indéfiniment ronge ses pieds d’argile pour s’exhausser d’un étage et encore d’un étage. »

Et; dans Les Ephémères (éditions du Divan, 1925), recueils de « Paysages parisiens » parus pour la plupart dans le Mercure de France en 1913 et 1914 :

EXTENSION


Comme vous j’ai mes morts : une cousine au cimetière d’Ivry ; mon père, ma mère, au Père-la Chaise ; ma femme, mon fils, à Belleville. Je savoure une

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Le Zambèze en monocoque 
par Gregory Haleux, le 10th May 2008

Pour faire suite à ceux de Curnonsky & Rouff et Monselet, voici un nouveau texte publicitaire d’écrivain. Paru le mardi 10 mars (admirez l’à-peu-près palindrome syllabique !) 1981, dans le Monde, non signé, c’est un court récit de Georges Perec pour Nouvelles Frontières. A ce moment, Perec commençait une série de voyages qui allait l’occuper toute l’année (Tunisie, Australie, Danemark,…) : sûrement a-t-il bénéficié, en échange de ce texte, de réductions de transport, comme pour les deux articles qu’il fit pour la revue d’Air France, repris dans L’Infra-ordinaire (cf. David Bellos, Georges Perec, une vie dans les mots, Seuil, 1994, p. 692). Notons que le texte, entre autres facéties, comporte une très belle parapèterie, dite aussi, restons dans le sujet, "contrepèterie Canada Dry".

 


Circuit de Gueux 
par Cynthia 3000, le 9th May 2008

Circuit de Gueux
1er mai 2008


De Rana-Rouri à Bibendum, ou l’épopublicité 
par Gregory Haleux, le 17th April 2008

 

Marcel Rouff (1887-1936) n’est presque plus à présenter. Son roman La vie et la passion de Dodin-Bouffant, gourmet (1924) est régulièrement réédité, on en parle encore, il est vrai surtout pour la description de l’extravagant repas offert au prince d’Eurasie, dont des générations de cuisiniers ont tenté de réaliser le pot-au-feu en quatre services.
Mais l’un de ses autres romans, Guinoiseau ou le moyen de ne pas parvenir (1926) semble complètement oublié. Ainsi est-il curieux de comparer, sur la toile, les plus de 2 000 mentions de Dodin-Bouffant et les pauvres 30 de Guinoiseau (encore ne s’agit-il, pour le plus pertinent, que de catalogues de librairies anciennes). Alors que nous terminons sa lecture, par feuilletons nocturnes (plus que deux chapitres !), et bien que nous ayons à peine lu le roman gastronomique, il nous apparaît évident que Guinoiseau est de loin supérieur à Dodin-Bouffant. Ah s’il y avait autant de journalistes curieux que de gourmets lettrés !
Guinoiseau est un homme de lettres, un "journaliste intermittent", bourgeois bohème dans lequel cohabitent toutes les contradictions : catholique athée, anarchiste assoiffé d’ordre, … Sous le pseudonyme d’Abscoc, il écrit des articles qui font de lui le roi de l’à-peu-près, l’ironiste le plus populaire, et comme nègre participe à la gloire d’un certain Cramlott, autre chroniqueur.
Un extrait me permet de revenir, après Monselet, à la question de la littérature publicitaire. Au cours d’un repas, Guinoiseau fait la connaissance de l’industriel Paul Pierrotte, qui va bouleverser la carrière de notre ironiste :

[…] Au café il devint évident que son silence, son air grave étaient en rapport direct avec la verve étourdissante de Guinoiseau, bien que cette relation de
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Charles Monselet et la poésie publicitaire 
par Gregory Haleux, le 8th April 2008

 


["Les irréguliers du Figaro" (Monselet et Vallès), par André Gill
in L’Eclipse, 24 mai 1868]

 

Voici un peu plus d’un siècle, Charles Monselet était surtout connu comme gourmet et journaliste de la bonne chair. Aujourd’hui, on sait un peu mieux qu’il fut aussi un sémillant érudit, bibliophile et goûteur des "oubliés et dédaignés", grâce notamment aux généreux articles d’Eric Dussert. Ce dernier nous apprenait dernièrement que certaines méthodes de marketing éditorial n’étaient pas étrangères à Monselet.
Au hasard de pérégrinations livresques, nous apprîmes qu’il fit bien mieux ou pis. S’il commit des "sonnets gastronomiques", répandus dans quelques revues de son cru et dans son livre Le plaisir et l’amour (Paris, F. Sartorius, 1865) – contenant des déclarations d’amour au godiveau, à l’andouillette, à la truite, à la choucroute, aux cèpes et au cochon – il participa aussi plus directement à l’industrie alimentaire et à sa publicité. Devançant ainsi ce qu’il faut bien appeler la poésie publicitaire (par exemple ce que firent et dirent Marinetti et Cendrars (1)), Charles Monselet composa un petit recueil de 12 sonnets pour la firme Feyeux : 

Les Potages Feyeux, 12 sonnets inédits par Charles Monselet. S.l.n.d. (Paris, impr. Poitevin, 1868), in-32 de 8ff. non chiffrés. (De 15 à 20 fr.)

Couverture illustrée. Le premier feuillet est occupé par une réclame de la maison Feyeux, son historique et la liste des récompenses obtenues par elle dans différentes expositions. Les 12 pages suivantes contiennent chacune un sonnet ; la signature de Ch. Monselet se trouve au bas du dernier. Voici
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Brûle le bourgeon et vaut un parc 
par Gregory Haleux, le 25th March 2008

 

[Somme-Vesle, 25-03-08 à 9h30 et 13h30]

Mille cloches battent dans l’air 
par Gregory Haleux, le 23rd March 2008

 


[Eglise Saint-Jean, Châlons-en-Champagne, 23-03-08]

 

Puisque nous annonçons à paraître une réédition de Fagus, voici un poème de circonstance de cet "homme du moyen-âge" :

 

EN LA VILLE AUX PORTES D’OR

― Mille cloches battent dans l’air.

― Pâques, Pâques ! c’est les cierges,
O brasiers, ô cathédrales !
L’encens bleu fuse en spirales !
C’est les enfants et les vierges

Suspendus aux palmes vertes,
Cent mille cœurs bondissant
Sous la joie d’être innocents,
Ames en fleurs, tout ouvertes !

Tous les peuples chantent, rient
Sous l’océan des bannières,
L’hosanna des orgues mères,
Le silence, les longs cris,
          La lumière !

Pâques, c’est la cloche envolée
Qui traverse l’azur sans fin
Et retinte au clocher d’or fin,
Étincelant et barbelé,
          La cloche ailée !
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soupirer siffler en travaillant humecter 
par Cynthia 3000, le 23rd March 2008

 

 

Après une longue absence due à un déménagement,

nous reprenons doucement nos activités éditoriales.

Deux livres de genres poétiques très différents

devraient sortir bientôt.


Lectures omajajaric 
par Cynthia 3000, le 9th January 2008

 

 

 


Sots 
par Celine Brun Picard, le 31st December 2007

Komar, Melamid et Douglas David - Where is the line Between us ? - 1974Nés respectivement en 1943 et 1945, Komar et Melamid sont les fondateurs du Sots Art ("socialisme" + "Art"). Créé en 1972 en URSS, en référence à l’occidental Pop Art, il se présente comme "un art soviétique pop et conceptuel basé sur la propagande socialiste et la culture de masse" (cf. chronologie, année 1972). Les œuvres des artistes qui collaborèrent à ce mouvement ou qui en furent proches (K & M, Leonid Sokov, Ilya Kabakov, Erik Bulatov…) se caractérisaient, dans leur liberté prise face aux courants officiels qui se devaient de les guider à l’époque, par une mise en scène critique des signes du pouvoir, autant que de ses canons de représentation : art de la ruse, de la combinaison et du détournement, qui en passait quelquefois par une soumission jusqu’à l’excès aux styles du réalisme socialiste, qui usait les icônes et slogans issus de l’Agit-prop.

Erik Bulatov - Unanimes - 1987
Erik Bulatov, Unanimes, 1987
Erik Bulatov - Horizon rouge, 1971-72
Erik Bulatov, Horizon rouge, 1971-72

 

Komar & Melamid - Paradise/Pantheon - 1972-73 Les expositions des premières années se déroulaient hors des espaces officiels, généralement dans des appartement ou ateliers privés. Car il va sans dire que les activités Sots, quoique tolérées, n’étaient pas appréciées par les pouvoirs en place, qui maintenaient autour d’elles un contrôle serré : censures des œuvres lors des manifestations officielles, exclusion des artistes des unions institutionnelles - arrestations aussi, parfois - et destructions d’expositions : ainsi de l’installation « Paradise/Pantheon », de K & M (cf. chronologie, années 1972-73), démolie par ordre d’état en 1974, ainsi d’une autre
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Calcul de la surface du barbeau 
par Gregory Haleux, le 11th December 2007

« Aller à la pêche, ça coûte rien. Pis des fois t’attrapes ton poisson. Mais j’suis pas Poisson »,
Jean Barbeau, in Les Gars,
Leméac, 1984, p. 110.

Ainsi Jacques se pose la question de la coquille. Le saint de Compost’ en arborait une autre. Les pèlerins suivirent, avec coquilles et bourdons : Et les bourdons / Ombres de pèlerins (Jarry, « Les Paralipomènes » in Les Minutes de Sable mémorial).
Marcel Schwob : « Nous trouvons du reste à côté de coquille, resté technique dans la langue des imprimeurs, le bourdon qui désigne une erreur du même genre et qui fournissait aussi double sens pour plaisanter sur les faux pèlerins. » (in Le Jargon des coquillards en 1455)
Nom d’un bourdon ! Et dire que Jarry eut pour professeur de philosophie un certain Benjamin Bourdon qui lui enseigna, avant qu’il ne fut traduit, un autre moustachu (« L’ombre de Nietzsche (et sa bouche que nul ne vit) », Jean Coqueteau).
Jarry pour qui poissons se disaient fourneaux, un démonte-pneu une minute, s’était, sous le masque — ou la coquille — d’Ubu, fabriqué un jargon qui, dans son entourage, s’attrapait comme un mal euphorique. Ainsi au café Brosse du Grand-Lemps : « Ils ne se rendaient pas compte que Jarry ne se faisait si semblable à eux que pour les amener à se faire semblables à lui, qu’il n’adoptait si complaisamment leur langage que pour leur imposer le sien. […] les parties de bésigue, ou de quille au billard, ne tardèrent point à s’émailler d’expressions étranges que l’huissier, le juge de paix, le docteur, et autres seigneurs de moindre importance, répétaient, imperturbablement, machinalement, comme dominés par une influence mystérieuse et despotique » (Franc-Nohain, cité par Patrick Besnier in Alfred Jarry).
Les faux pèlerins coquillards, dans la tromperie et l’apprentissage du jargon
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Cent ans et des poussières de Jarry 
par Cynthia 3000, le 28th October 2007

 

 

Dans le texte ci-dessous, que nous confie Jacques Barbaut, on verra qu’à chercher des poux dans la barbe pataphysique, on pêche parfois le cure-dent dans la botte de foi. Qu’on le lise aussi comme prélude à notre Omajajari actuellement sous presque, ou peu s’en faute.

 
Le barbeau commun

« Que s’il vous est arrivé de mettre à mal, le séduisant au moyen de gruyère préalablement compissé par une jeune vierge, le gros barbeau * de quatre à sept livres, vous aurez été ébahi, peut-être, des objurgations et jurons malsonnants que la bête éructe hors de sa barbiche.
On sait que le langage des poissons est un fait constaté, acquis à la science. »

Alfred Jarry, « La pêche à l’amiral »
le Canard sauvage (4-10 octobre 1903)

* Barbus fluviatilis (L) pour les uns, Barbus barbus pour les autres…
noms usuels : barbillon, moustachu, barbe, barbel, barbot, drenek…
famille : Cyprinidés

… et le Barbeau propre

« Et que si le pêcheur trouve moins décoratif pour sa personne, que le filet de la loi l’enserre d’un peu moins de mailles, de même que maint piéton se lamente quand un cycliste ne met point en branle, en son honneur, l’officiel appareil d’avertissement —, qu’il tourne son esprit vers de plus hauts
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Soutien au CIPM 
par Cynthia 3000, le 21st October 2007

La ville de Marseille, pour des motifs qui sonnent comme des prétextes, souhaite déloger le CIPM (Centre International de Poésie Marseille) des locaux qu’il occupe à La Vieille Charité depuis des années.
Rappelons que cette structure unique mène un travail considérable autour de la poésie : diffusion (lectures, résidences, expositions, colloques…), édition de création, critique et recensement (Les CCP),  mise à disposition d’ouvrages (avec une bibliothèque de plus de 40 000 titres).

Une pétition de soutien initiée par le CIPM circule depuis peu, que nous vous encourageons à signer et à diffuser.


Martial Besson boulangèrement bulbutié 
par Cynthia 3000, le 15th August 2007

Curieux de ce que le général Boulanger, selon Raoul Vague (Anatole Baju), pouvait bulbutier avant de rencontrer l’IL*** de d’Arkaï, nous nous sommes mis à la recherche de Martial Besson et avons appris que, comme Anatole Baju, il était né en Charente limousine, près de Confolens, et qu’il était également instituteur. Il composa d’ailleurs, en 1897, une Anthologie des instituteurs-poètes.
Anatole Baju l’invita au Décadent où il fit publier, dans le n° 13 de juin 1888, ce sonnet narquois :

POETIQUE NOUVELLE
A Frédéric Bataille

Le poète n’est plus le doux rêveur morose,
L’amoureux primitif aux faciles émois,
Qui, les cheveux au vent, par les sentes des bois,
Jouait des airs banals sur un mirliton rose.

A cette fin de siècle en proie à la névrose,
Il faut des pleurs de sang, d’amers éclats de voix.
Le subtil examen de nos cœurs aux abois,
D’étrangers vers, heurtés, aux allures de prose.

Or, le Poète s’est armé du froid scalpel ;
A l’art du disséqueur sombre il a fait appel ;
Puis, sur le marbre, il a couché son âme nue.

Et maintenant, aux yeux affolés des passants,
Qu’exaspère l’ardeur d’une soif inconnue,
L’âme crie et se tord sous ses doigts frémissants.

 

Seul autre poème de Martial Besson – avec celui offert sur cette page – que nous avons pu lire, cette « jolie et toute mignonne pièce » citée par Clair Tisseur
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Un titre parfait au panégyrique désiré 
par Cynthia 3000, le 12th August 2007

Les promesses du n° 17 (15 au 31 août 1888) du Décadent sont apparemment tenues puisque le Manifeste de Raoul Vague « est servi gratuitement à tous nos abonnés » avec le numéro suivant. Cette plaquette doit être extrêmement rare (au moins autant que les abonnés de la revue), ou disparue aujourd’hui : nous n’en trouvons mention nulle part ailleurs que dans Le Décadent. A-t-elle bien existé ?
En tous cas, le n° 18 (1er au 15 septembre 1888) en offre un nouvel et dernier extrait, « où le général Boulanger après avoir bulbutié quelques vers de Martial Besson rencontre le volume rêvé » :

 

     IL*** sera favorisé par le hasard, lit-on dans l’horoscope établi par De Rio, jusqu’au vendredi treizième jour du septième mois de l’année fatidique 1888 : puis… Mais peu importe la fin ! Cette prédiction astrologique suffit à expliquer que l’heureux général, entrant un jour à la librairie Savine pour acheter Paris-jeune de C. Rosset, eut l’œil irrésistiblement captivé par une pile de volumes à couvertures rutilantes.
     Et IL*** laissa choir ses quinze centimes, hypnotisé par la contemplation d’un mot qui s’imposait à sa vue. Ce mot ce n’était pas le nom de l’auteur D’ARKAÏ absolument inconnu des lecteurs du Petit journal ou de la Revue des Deux-mondes. Ce n’était pas non plus celui de l’éditeur des décadents Léon Vanier. C’était (ô réalisation d’un idéal !!!) c’était (ô capiteuse ivresse !) c’était un titre parfait au panégyrique désiré – suggestif, explicite, vague, harmonieux, déliquescent ; le Titre enfin :


IL***


     Acheter un exemplaire, se précipiter dans un Madeleine-Bastille et commencer à lire en coupant les pages avec une carte de visite fut pour le brave

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Provisoirement sans titre, extrait 
par Cynthia 3000, le 3rd August 2007

Nous avons commencé une nouvelle expérience d’écriture à deux. Extrait :

La guerre passe nappée dans sa banalité, gravement. Pourquoi se donner tant de peine, pour un festin d’asticots ? Des troupeaux expirent en palpant l’exploit simple. Des fleurs pour les domestiques. Un ministre au pied mou s’abandonne au plaisir entre deux murailles vierges, dans la crotte. Lui qui était parvenu à ne s’intéresser qu’au réel ! Lui dont la mère était si pieuse, caresse, madame, une chose qui l’amuse ! Le paysage est désespéré par ses absences, par sa façon de subjuguer sa souffrance trafiquée. Un métaphysicien, pour l’exciter encore, devrait lui expliquer grossièrement à l’oreille que l’impossible est incurable. L’amant rumine devant l’idée de vivre en peignant sa maîtresse : « là dedans je m’ennuie comme ces bateaux traversant la hirvière à l’aide d’une corde ». Il découvre par suite le mal, madame (vous êtes un peu trop crédule), avec d’atroces grimaces de saint. De la ruelle à son lit, il se plaît à sentir une fille démente à la robe de princesse sourde-muette. Ce qu’on ne saurait imaginer étonne et fatigue – raideur du doigt – la mortelle confessée, la nuit détendue à négliger la morgue de son Christ refoulé.

§

Surmontant le dossier, une idole, un robot-jouet en plastique, aux pieds duquel on a collé un carré de tissu couleur de cheveux qui sert de fond à la figure grise (dans l’abdomen un appareil émet de la musique et, lorsque tout le mécanisme est en mouvement, prend des photographies).
A la première mesure du refrain, la danseuse et le général, l’un vis-à-vis de l’autre, ont fait un balancé. « En suivant le rythme du morceau sans le quitter du regard, je me donnais l’illusion de devenir, me changeais en panthère avant de déposer panty ».
Assis, l’homme qui ne porte qu’un justaucorps en imitation de peau (comme pendant à la robe fauve dont Auréole s’est parée) s’occupe lui-même de tout le détail de l’organisation.
Main droite sur le tube à déplacement lent, il manœuvre les commandes qui permettent à l’eau de se répandre, de balayer la scène. Pourvu que l’étendue soit suffisante, le glissement de l’électricité peut stimuler de loin, comme un doigt sous la peau, « comme une ceinture invisible qui enserrerait la réceptrice », les ramifications nerveuses de l’être tant convoité : elle danse.
Un moteur ou une dynamo qui sait échauffer l’air en un point précis, lumineux rougeoiement désagréable à l’œil, à distance consume les brides et rubans, atténue les résistances. Elle danse quelque chose d’à la fois robuste et élégant, vite un bandeau de poil porté seul à la taille et maintenant rien sur ses jambes blanches.
- Voulez-vous être comme à moi ?
Les prothèses tombent, tombent un à un les attributs ; sur le versant animé de la face, une saillie importante, un trou en place de bouche caractérise un extrême consentement.

Céline Brun-Picard & Grégory Haleux


Des Carnets et une valise (marché de la poésie) 
par Cynthia 3000, le 30th June 2007

Première participation au marché noir de la poésie, où nous nous fimes colporteurs, munis d’une boîte-en-valise verte pour présenter nos quatre premiers livres. Grâce à l’amicale entremise d’Anne-Elisabeth, nous pûmes, à l’improviste, bénéficier de la gentillesse des éditeurs du Trident neuf pour un coin de stand.
Nous ne nous attendions pas à une ambiance si agréable - en grande partie due à la présence des amis du CIPMFornax, Atelier du gué, Formules, Hapax, et des Barbares - ni à tant de curiosité pour nos livres, de même d’ailleurs que pour la valise.

L’un des grands moments de notre week-end fut le lancement des Carnets d’un basedowien, en présence de l’auteur, Jean-Marc Baillieu.

Un autre fut, par le même - en commissaire gadgets, gants blancs, flingue arroseur et lapin bleu -, la remise officielle du Prix Hercule de Paris 2007, sur le stand des Petits Matins, en présence de Cécile Mainardi et Jérôme Mauche.

Nous venons donc de publier, de Jean-Marc Baillieu, les Carnets d’un Basedowien, dont vous pouvez consulter la présentation et découvrir les premières pages sur notre site.
« Carnets d’un lecteur ( une pile de livres comme table de chevet ), d’un érudit (qui ne nous la joue pas à l’esbroufe), d’un atypique, d’un perturbateur de repères, d’un patient, d’un rêveur définitif ; carnets sans couture », comme le dit si bien Jacques Barbaut dans son article chez Sitaudis.

Et pour encore aiguiser votre curiosité, cet extrait, p. 71, de la partie intitulée « Le Moyen Age » :

Funérailles

« Les eaux glacées d’un calcul égoïste » : Katherine Mansfield ?
- Surtout ne te coupe pas les ongles (entendis-je).
« Lien de toutes les affaires, de toutes les négociations », la poste fut longtemps « la consolation de la vie » pour citer Voltaire. Maintenant, on a La Poste, désolation, de moins en moins service public.
Cette fois, le héros aux yeux pers se pose la question du désir et même du désir du désir, peu importe que dans l’air flotte cette odeur de dissolvant, dévernissage des ongles oblige.
Poésie, boîte à idées pour publicitaires avisés.
Divertissement D818 op.54 de Franz Schubert.
Récit : plus une configuration d’éléments noués qu’une suite.
ML (Markup Language) vs. HTML (Hyper Text ML) et cf. SGML (Standardized Generalised ML).
Liste propre à l’écriture (cf. Sumer) en faisant jouer ordre visuel et tabularité.
Gustave Flaubert : « Jamais, moi vivant, on ne m’illustrera » (Lettre à Charpentier).
Cinéma : divertissement d’ilotes.
Légende : « Ce qu’il faut lire » (obligation rendue par le gérondif).
Frank Zappa créa la xénochronie, mise en parallèle de deux objets sans relation apparente, aussi créai-je la xénotopie.
Ponctuation : cf. pp. 159 à 163.
Oralité : pause / ouï-dire.
Hubert Lucot : « Ecrire est captation de vitesse, d’énergie et transformation de celles-ci ».
Certains soirs…
Le trajet plus que le voyage de NYC à WDC.
De même que certains chiens ne supportent pas d’entendre les sirènes des automobiles des services d’urgence sans aboyer.

 


La bonne odeur captivante du Vice quintessencée 
par Cynthia 3000, le 15th June 2007

Dans Le Décadent n° 13 (15-30 juin 1888), soit un peu plus d’un mois après la parution de son livre, Léo d’Arkaï est encensé pour « la composition neuve, les phrases coulées, les idées originales, les recherches inédites, les audaces… inouïes de son roman féroce IL***. »
L’enthousiasme du directeur du Décadent est si fort qu’un mois plus tard, dans le n° 15, est annoncé, à paraître avec le prochain numéro et réservé aux abonnés de la revue, un Manifeste de Raoul Vague, « considérable étude spirituellement boulangiste sur l’IL*** de M. d’Arkaï qui obtient un si scandaleux succès pour nos confrères de la petite presse. »
On peut se demander de quel ordre était ce succès. Selon Noël Richard (1), « quand le roman parut, ce fut une
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Tous ceux qui ont lu IL en ont gardé une impression durable 
par Cynthia 3000, le 3rd June 2007

Voici un article paru en janvier 1889 et signé Louis Villatte. Sous ce pseudonyme se cache Anatole Baju, qui mena une véritable campagne en faveur de IL*** dans le Décadent, qu’il dirigeait.

 

M. PILLARD D’ARKAÏ

Un des plus jeunes, des plus actifs et des plus personnels des Décadents, un des militants de cette Ecole qui livre une bataille décisive au panmuflisme contemporain, un des plus complets de ce groupe d’élite, par la double faculté de penser et d’agir, c’est M. Pillard d’Arkaï. Venu de Nancy, où il débuta par des œuvres étranges, il devait fatalement confluer avec le Décadisme. Au fond de sa province il avait déja deviné le mouvement littéraire que le Décadent commençait à propager à Paris. Il sentait le malaise
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Pétition de l’Atelier du gué - Tarifs postaux et circulation des idées 
par Cynthia 3000, le 6th February 2007

l’Atelier du Gué, éditeur indépendant, nous à envoyé voici quelques jours cette pétition dont il est l’initiateur, et qui relève et s’inquiète des hausses des tarifs postaux, du resserrement des contraintes pour l’accès aux tarifs presse, et des suppressions de tarifs d’expédition économiques. 
Ces évolutions discrètes et régulières des services de La Poste ne sont pas sans impact sur toutes les pratiques de diffusion par correspondance, et en conséquence sont dangereuses pour des secteurs fragiles comme celui de l’édition indépendante. Il va sans dire qu’elles desservent aussi le lecteur, et tout ceux qui participent à la diversité du secteur.

En voici le texte :
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Au forum des fanzines 
par Cynthia 3000, le 5th February 2007

Bricolé en hâte une heure avant de se rendre au Forum des Fanzines, notre flyer, tiré à 100 exemplaires, était imprimé avec un fond de cartouche au dos de notes de service récupérées dans les poubelles de nos boulots respectifs. Dans le goût de ce que nous nous attendions à rencontrer : recyclé, mal foutu, photocopié, rock’n'roll quoi, n’est-ce pas ?
En fait de rock’n'roll et d’alternatif, on a été surpris.
Aujourd’hui, un fanzine est souvent imprimé en quadri offset, sur du papier chic, se vend 18 € pour un contenu uniquement graphique, et plus proche d’un art techno-urbain
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Amer, revue finissante 
par Cynthia 3000, le 31st January 2007

Saluons l’apparition d’une nouvelle et très originale revue, de la région lilloise, consacrée aux « littératures finiséculaires » : Amer, revue finissante.

Au sommaire de ce premier numéro, des nouvelles (Jean Richepin, Octave Mirbeau, Guy de Maupassant, Marcel Schwob), mais aussi des études.
D’abord, par Ian Geay, une passionnante réflexion sur la fellation « devenue, au cours du dix-neuvième siècle, un thème littéraire à part entière, à travers notamment la dérivation cannibalique de l’oralité et le succès du thème vampirique », sur l’irrumation qui « apparaît également comme un dispositif d’écriture visant à réconcilier l’art et la vie ». IL*** aux lèvres tuméfiées ne le contredirait pas.
Autre étude, celle de Johan Grzelczyk s’intéressant à Nietzsche qui, dans ses
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Librairie Tiers-Livre : quelques réactions 
par Cynthia 3000, le 28th January 2007

Dans notre article sur la « Librairie Tiers Livre », nous citions les premières réactions que nous avions repérées, toutes enjouées, à l’initiative de François Bon. Depuis, nous en avons découvert quelques autres, allant dans un autre sens…

 

@ "Cet immense sentiment de solitude" par Joël Faucilhon :

« Nous savions qu’une grande partie des éditeurs, quelles soient leur taille, avaient déjà enterré la librairie indépendante. Nous savons maintenant que les auteurs pensent de manière identique. […] »

Joël Faucilhon est également l’auteur de l’article paru dans le Monde du 30 novembre 2006, "Apprendre à vivre avec le numérique que François Bon
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Léo Pillard d’Arkaï à Paul Claudel 
par Cynthia 3000, le 25th January 2007

Dans nos premières entreprises à la découverte de Léo Pillard d’Arkaï, nous apprîmes l’existence d’une lettre qu’il avait écrite à Paul Claudel. On eut l’amabilité de nous en communiquer une copie issue de microfilms. Nous n’avons pas encore consulté au département des manuscrits de la BNF cette "lettre cardinalice" (est-elle écrite à l’encre rouge ?). Un document - le seul de cet ordre que nous ayons pour l’instant - qui laisse entrevoir une personnalité bien complexe.

Remercions particulièrement Pascal Lécroart et Maryse Bazaud, du Centre Jacques Petit (Recherches Claudeliennes), ainsi que Marie-Victoire Nantet de la Société Paul Claudel.

en hâte
30 / 6 / 1914
et confidentielle

Monsieur

 

     Ouvrant « Comédia » du jour, j’y suis frappé par la diagonale des deux gravures : en haut, à gauche, votre portrait grave et doux ; en bas à droite, le Christ étendant ses bras entre l’auteur et l’interprète ; et juste au milieu de la page, invinciblement mes yeux sont attirés par les italiques :
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La fable du pionnier et du serveur 
par Cynthia 3000, le 19th January 2007

Après la direction de collection avortée dans les pleurs (et resurgie dans le silence), après le Tiers Livre aussi éditeur, voici François Bon « très bien libraire » (sic).

- Voici donc une nouvelle rubrique, et particulièrement innovante

Revendiquant régulièrement le titre de pionnier (notamment l’un des tous premiers à avoir fait entrer la littérature dans le net, à avoir créé son site d’auteur), notre homme croit une fois de plus frapper très fort en qualifiant d’innovation sa dernière trouvaille : une soi-disant librairie, en fait un partenariat avec Amazon, système adopté depuis longtemps par un bon nombre de blogs dont les propriétaires, pour la plupart, veulent gagner
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Sauras-tu le retrouver ? 
par Cynthia 3000, le 12th January 2007

Qu’est devenu Pillard d’Arkaï ?  Nul, semble-t-il, ne le sait. Pas même Gilles Picq, notre vaillant postfacier, qui malgré ses efforts a perdu toute trace de lui au-delà de 1928.  Eric Dussert, qui nous fait l’article, se demande aussi.
Alors ?
A-t-il fondu comme IL*** à l’âtre ?
Ou bien a-t-il poussé la parodie du déterminisme jusque dans sa vie-même, en suivant à la lettre (volée ?) l’exemple maternel ?



extraits de l’acte de mariage de d’Arkaï le 27 janvier 1900
(cliquez pour agrandir)




Bonne année 2007 
par Cynthia 3000, le 4th January 2007

* BONNE ANNEE A TOUS *

et

pour les mal-décentralisés
pour les libraires désabusés
pour les illuminés de l’appel à soutien
pour les encenseurs précoces de poètes mourants
pour les encenseurs tardifs de poètes mourants
pour les encenseurs mourants de poètes précoces
pour ceux qui des fois, on en a marre
pour ceux qui tètent des gondoles
pour les fétichistes des nouveaux media
pour les surpris par le medium
pour les subventionnés sans scrupules
pour les subversifs sans surprise
pour les déterreuses d’auteureuses
pour les égéries féministes
pour ceux qui épatent à ti épatent à ta
pour les aspirants précurseurs inspirés par le curseur
pour ceux qui s’inquiètent de la cadence
pour la syncope ! AH AH !!!

ce heavy slow (mp3)

(merci à Number06)


IL*** est ressuscité, le vicieux enfant ! 
par Cynthia 3000, le 25th December 2006

Notre première réédition est enfin disponible. Il s’agit d’un petit ouvrage de l’époque dite décadente (1888), IL*** de Léo d’Arkaï.
"Synthèse du Vice", pied de nez au naturalisme, IL*** est aussi un livre d’une étonnante modernité, combinant vers et prose, un récit poétique qui fait le pont entre l’impureté maldororienne et le paludisme gidien (c’est dire ! et tout ça en 60 pages ! pour 6 euros !).
Remercions Gilles Picq pour pour sa passionnante postface, qui nous en apprend beaucoup sur le pourtant mystérieux Léo d’Arkaï.

IL de D'Arkai chez Cynthia
pour lire une présentation détaillée
ou pour commander
cliquer ici

Prix Hercule de Paris 2007 
par Cynthia 3000, le 19th December 2006

Etant donnés vient d’être distingué à l’occasion du Prix Hercule de Paris du Commissaire Baillieu !


Prix  Hercule de Paris 2007

Le prix  Hercule de Paris  2007 (ouvrages parus en 2006) a été attribué  :

- En catégorie « Garçons » à :
Pierre  PARLANT  pour  Le Rapport signal-bruit, Le Bleu du Ciel éditeur

Le jury, réuni le 13 décembre 2006, tient de plus à attirer l’attention

- En catégorie « Couples » sur :
Céline BRUN-PICARD  &  Grégory  HALEUX pour Etant donnés, éditions Cynthia 3000 (www.cynthia3000.info);

- En catégories « Filles », « Direction de collection » et « Maquette » sur :
La Blondeur de Cécile Mainardi, collection Les Grands Soirs dirigée par Jérôme Mauche, direction artistique William Hessel, pour les éditions Les Petits Matins.

@ à noter que la deuxième saison de Sur le vif, les nouvelles ("news") par pièces jointes de Jean-Marc Baillieu, commencera à la mi-janvier prochaine.


… ni Noël - eh, crame les pitres ! - … 
par Gregory Haleux, le 18th December 2006

… ne l’avala, Ubu : n’être bu adulé !

[Elu d’Aubert, en Ubu à Laval en […], sert – ipse – le marché léonin.]

Nous entrons bientôt dans l’année Jarry, qui en 1907 eut la bonne idée de mourir la veille du jour des morts après avoir réclamé un cure-dent, solution imaginaire idéalement trouvée pour embrocher les vers féroces. Plusieurs festivités, hommages, sont prévus pour ce centenaire : expositions, colloques, lectures, mais aussi fêtes cyclistes, nautiques, etc. Le calendrier de ces manifestations est disponible sur le site consacré à cet anniversaire jarryque. Ce site est une mine : il offre non seulement des images (photos, gravures et diverses illustrations) mais surtout
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De Marie-Laure Dagoit à Cynthia 3000 
par Cynthia 3000, le 8th December 2006

Marie-Laure Dagoit - Soins d'une poupée (dédicace)

Quasi un an avant la sortie de notre premier livre, nous rencontrions Marie-Laure Dagoit et lui faisions signer un de ses livres à l’intention de Cynthia 3000. C’était le 2 novembre 2005, à l’occasion des dix ans de Derrière la salle de bains, et à l’époque nous présentions Cynthia 3000 comme "notre poupée et notre future maison d’édition". Ambiance rock-stars, biture & bas filés.


Javier Lara-Gomez & Australian Outsiders 
par Celine Brun Picard, le 30th November 2006

"S’il y a quelque chose de vraiment bien avec mon travail c’est la liberté que j’en retire. Je consacre de nombreuses heures chaque soir dans ma cellule à créer, construire et donner vie aux rêves qui me viennent toujours en tête quand je pense à mon adorable famille. Ce qui rend cela vraiment intéressant, c’est la manière dont je dois utiliser mes capacités d’improvisation pour créer, à partir de déchets de toutes sortes, ces belles constructions qui m’apportent de nombreuses satisfactions et la paix de l’âme qui m’est nécessaire."

Javier Lara-Gomez a réalisé toutes ses oeuvres au centre de détention de Long Bay, à Sydney, entre 1993 et 1997, organisant son travail entre
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Unica Zürn et les poèmes anagrammatiques 
par Gregory Haleux, le 25th November 2006

Il faut absolument aller voir l’exposition des dessins et peintures d’Unica Zürn à la Halle Saint-Pierre (jusqu’au 4 mars), admirer la beauté de ses visions de délire, monstrueuses, composées d’insectes, de plantes, de centaines de visages, de formes organiques, … Après la réédition de ses récits (L’Homme-Jasmin, Sombre printemps, les inédits de Vacances à Maison Blanche) et cette exposition de ses dessins, nous aimerions pouvoir lire ses recueils de poèmes-anagrammes.

On peut pour l’instant en lire quelques-uns, présentés en bilingue dans le récit de sa folie qu’est L’Homme-Jasmin (1970). Unica Zürn les commente, explique sa manière de procéder, obsessionnelle.
« Inépuisable plaisir pour elle que celui de chercher une phrase dans une autre phrase. La concentration et le grand silence que réclame ce travail lui donnent la chance de pouvoir s’isoler complètement du monde qui l’entoure et même d’oublier cette réalité. […]

La vieille et dangereuse fièvre des anagrammes l’a reprise. Il en naît une après l’autre. Dangereuse pour elle parce que de nouveau elle se retranche du monde qui l’entoure. Une nouvelle crise qu’elle ne remarque pas lui échoit en partage. […] »
Voici trois de ces poèmes, traduits par Ruth Henry et Robert Valançay :

 

HINTER DIESER REINEN STIRNE

Hinter dieser reinen Stirne
redet ein Herr, reist ein Sinn,
irrt ein Stern in seine Herde,
rennt ein seid’ner Stier. Hier

der Reiter Hintersinn, seine
Nester hinter Indien — Irr-see —
Irr-Sinn, heiter sein — Ente der
drei Tinten-Herrn — reisen sie
— ein Hindernis ! Retter seiner

Dinten-Herrn — ist es eine Irre ?

 

DERRIERE CE FRONT PUR

Derrière ce front pur
Un monsieur parle, une idée voyage,
une étoile s’égare dans son troupeau,

un taureau de soie s’élance.
Voici le cavalier Réticence,
ses nids sont derrière les Indes.
Mer en folie — Folle idée.
Serein — Le canard des trois seigneurs de l’Encre.

Ils voyagent — des traverses ! —
Sauveteur des seigneurs de l’Encre —
Est-ce une folle ?

*

DER GEIST AUS DER FLASCHE.

Steig’ aus der Flasche ! Der
siegt, der aus der Flasche
als die Feder gruesst. Ach —
See-Adler, Frische, Du Tag !

Der Geist aus der Flasche
fragt Dich aus. Der es lese,
schaurig der Edle, fasste
Dich Graus. Fels der Aeste
sag’, es rauscht. Die Felder,
als sich das Feuer regte,
lag Erde, Frische des Tau’s.

Durst als Gefieder, Asche

aus Glas, fischte der Erde
Gift. Rasch’le, rede aus des
Fasses guter Lach’, die der
Drude Leiche frass, sagte
der Geist aus der Flasche.

Sag’ es aus der Feder Licht,
Tag der Schauder fliesse.

Lese das Gesicht der Frau.
Aus der Flasche steig’ der
Tau. Ed’le Grasfrische des
Flusses, ach, der Tage drei.

Es rauscht das Gefieder,
der Schlaf ist aus. Gerede
der Flasche steig’ aus der

Figur. Rede sachte als des
Geistes Rauch, da der Fels
Des Auges Adel erfrischt.

Ich grüsse das Alte : Feder,
Falter, Scheide des Grau’s.
Sag’ es der Frau : Lichte des
Teufels, dass sich der Arge —

der Geist aus der Flasche —
die Fresse drausgelacht.

 

L’ESPRIT HORS DE LA BOUTEILLE.

Sors de la bouteille !
Il vaincra celui qui hors de la bouteille
Salue comme une plume. Ah !
Grand aigle de mer, fraîcheur, ô Toi jour !

L’esprit sorti de la bouteille
t’interroge. Qu’il lise cela,
terrifiant le noble, l’horreur t’a saisie.
Rocher des branches, dis, cela bruit.
Les champs — quand le feu bougea

resta la terre. Fraîcheur de la rosée.

La soif : plumage. Cendre
de verre pêchait le poison
de la terre. Qu’elle crépite, qu’elle parle
par la bonne flaque du tonneau
celle qui dévora la dépouille de la druidesse

déclara l’esprit de la bouteille.

Dis-le par la lumière de la plume.
Ecoule-toi jour de frissons.
Lis le visage de la femme.
Sors donc de la bouteille, rosée
Noble fraîcheur d’herbe

montant de la rivière.
Hélas ! Trois jours, trois

Il bruit le plumage.
Fini le sommeil. Le discours
de la bouteille monte du personnage.
Parle doucement comme la fumée de l’esprit
puisque le rocher rafraîchit la noblesse de l’œil.

Je salue le passé : Plume
Papillon, partage des gris.
Dis-le à la femme : Lumière du diable
pour que l’esprit malin sorti de la bouteille
en crève de rire.

*

DIE SELTSAMEN ABENTEUER DES HERRN K.

Es ist kalt. Raben reden um den See. Reh

und Amsel trinken Tee. Rabe, Seher des
Unheils am Abend. Erste Sterne. Rede, K. !

Die ernste Unke Starb sehr elend am
Hik. Nebenan redete der Esel’s-Traum. Es
blutete die Nase des armen Herrn K. See,
dunkler See der Raben. Atmen heisst
Leben, heisst rankendes Traeumen der
seltsamen Abenteuer. Die des Herrn K. ?

 

LES ETRANGES AVENTURES DE MONSIEUR K.

Il fait froid. Des corbeaux parlent autour du lac.
Biche et merle prennent le thé. Corbeau,
Prophète de malheur dans le soir. Premières étoiles. Parle, K. !
Le crapaud grave est mort très misérablement au Hik.

Tout à côté le rêve de l’âne parlait.
Le nez du pauvre monsieur K. saignait
Lac, sombre lac des corbeaux. Respirer
veut dire vivre, veut dire que le rêve
des étranges aventures s’épanouit en vrilles.

Aventures. Celles de monsieur K. ?

 

Unica Zürn écrivit deux recueils de poèmes-anagrammes. Le premier, Hexentexte (1954), ne fut jamais traduit. Le second, Oracles et Spectacles (1967), n’est pas réédité.

 

Dans sa Petite Anatomie de l’image (1964), Hans Bellmer donne l’exemple de la phrase anagrammable - « le corps est comparable à une phrase qui vous inviterait à la désarticuler, pour que se recomposent, à travers une série d’anagrammes sans fin, ses contenus véritables » - et cite le poème « Rose au cœur violet », dont chaque vers est une anagramme du titre.

 

ROSE AU COEUR VIOLET

Se vouer à toi ô cruel
A toi, couleuvre rose
O, vouloir être cause
Couvre-toi, la rue ose

Ouvre-toi, ô la sucrée

Va où surréel côtoie
O, l’oiseau crève-tour
Vil os écœura route

Cœur violé osa tuer

Sœur à voile courte — écolier vous a outré

Curé, où Eros t’a violé — où l’écu osera te voir
Où verte coloriée sua — cou ouvert sera loi

O rire sous le couteau
Roses au cœur violet

 

ROSEN MIT VIOLETTEM HERZ

Hortensie reitet zum Olm

Sie loht im Zorne, meutert
Hœr’ Untier, Mimose lenzt
Entrœte sie im Holzturm
Lunte her, zittere im Moos
Turmotter ziehe mein Los
Immer zeitlose Totenuhr

Romhure zotet mit Eselin — Listviehmormone zetert
Nimm Lottes Eiterzeh’ vor — Lusttote nimm rohe Reize
Heize Monstrumteile rot — Los, hetzte mir vier Motten

Vorzeiten-Himmel rostet
Ins leere Ruhm-Motto Zeit
Zieht Reim vom ersten Lot

Im letzten Ei Rest vom
Ohr Violetter Zenith-Sommer

 

Ce poème fut écrit en 1945, en français, par Hans Bellmer et Nora Mitrani, avec l’aide de Joë Bousquet pour trois vers (la version allemande de Bellmer date de 1954). On peut le considérer comme le premier poème anagrammatique.

 

Les lettres de Hans Bellmer et Unica Zürn au Docteur Ferdière, outre sur la personnalité des deux artistes et leur relation, apprennent beaucoup sur l’origine de ce poème et ceux d’Unica. L’édition de ces lettres (Séguier, 1994) comprend d’ailleurs une postface très instructive, d’Alain Chevrier, intitulée « Sur l’origine des anagrammes d’Unica Zürn ».

Hans Bellmer, le 1er novembre 1964 à Gaston Ferdière : « Moi même, je m’occupais à aider un écrivain et poète allemand de traduire mon Anatomie de l’image en allemand. Puisqu’il y avait des anagrammes ou "poèmes"-anagrammes en français il fallait que j’en refasse, en partant de la même ligne ("Rose au cœur violet" de Nerval), une chose pareille en allemand. Unica (qui était fasciné par mon vieux texte, préface de La Poupée (1934. Ed. française chez G.L.M.) texte écrit en allemand), se montrait un peu revêche vis-à-vis de mon Anatomie. Pourtant, en me voyant faire mes anagrammes mystérieuses, elle commençait à m’aider un peu dans ces rébus ou puzzles à résoudre. Jusqu’au jour où elle commençait à en faire elle-même, avec une obstination et une joie fiévreuse, car, en effet, il faut une obstination une ténacité quasi maladive pour réussir.

Parfois je lui fournissait la ligne de départ :
par expl : "Das Spielen der Kinder ist streng untersagt"
(Les Jeux des enfants sont strictement interdits)
(dans les cages d’escaliers ou dans les cours des maisons)
- On trouve ces affiches dans toutes les entrées des maisons berlinoises.
ou bien : "La carotte est une racine nutritive".

En un tour de main, Unica avait acquise une telle maîtrise et amplitude que j’obligeais un marchand d’Art de Berlin, le fils de l’Editeur Springer qui avait publié l’incomparable livre de Prinzhorn : Bildnerei der Geisteskranken (création des alliénés)
le livre d’Unica a paru, "Poèmes" d’Anagramme et 10 dessins sous titre de

HEXEN   en français je traduirais :   TEXTES DE
TEXTE                                                     SORCIERE
»

 

Si Unica Zürn a développé le procédé au point de créer un véritable genre poétique, son exemple fut peu suivi en France. Il y eut tout de même Michelle Grangaud, qui commença par publier trois recueils de poésie anagrammatique : Memento-fragments (1987), Stations (1990) et Renaîtres (1990). Michelle Grangaud s’inspire de la manière d’Unica Zürn : un titre, qui est bien souvent une citation, suivi du poème dont chaque vers est l’anagramme du titre. Dans Memento-fragments, six poèmes procèdent de phrases d’Unica Zürn (en fin d’ouvrage, la table se présente comme un "index des auteurs cités"). Voici trois d’entre eux :

 

l’agonie de l’univers

l’argile deviné nous

allions rue de vigne
il neige velours d’an
gel noir d’une salive
ville d’eau grise non
I.V.G. dans une oreille

sur la ligne de vie on
rêve d’ange illusion

loin d’un visage réel
œil du gin à l’envers
une idée, gravillons.

*

S’il était possible d’écrire un poème

réalité nue – impossible corps tiède

d’une porte impossible – été si claire
issue – amble de lit – piste incorporée
tombe iris épis – parole du silence et

boisée, emplie – s’il, pourtant, ce désir…

*

Lamentations, turbulence, rébellion

l’instant brûle l’aube il monte encore
l’année un soleil mal écrit béton brut
un blanc – matinée trouble – le soir lent

bruni – tâtonnements – l’oubli le lacère
silence balbutier un nom – la lettre – on
est mêlé – un brouillon traîne blanc et

muet branle-bas – tiret – on colle l’ennui
l’absent – l’ombilic – lenteur autre néon
un lambeau-nil – octobre sent l’inerte l’

embrun bleu la constellation ternie –
on scrute le lointain bel album entre
Lion et Balance lune bruit le monstre
linceul – on étire semblable tournant –
rancune – l’œil et le nimbe – troublants

bibelots – l’urne lancine la tourmente
l’innocent natte la bure s’embrouille
l’obscurité tremblante l’annule noie
l’ombre lente oui lent blues incarnat

l’attente l’amour bulbes en crinoline
sein l’outre-mer cobalt – néant bleu-lin
– l’automne brûlé blanc s’éteint le noir

tremblant – on tire loin un bleu-escale
lente mer – station brouillée – un blanc

 

Dans l’ensemble des expérimentations de Georges Perec basées sur les lettres, il y a ses poèmes hétérogrammatiques. L’hétérogramme est un cas particulier de l’anagramme : comme le dit Perec dans l’article, consacré à cette contrainte, de L’Atlas de Littérature potentielle, le texte hétérogrammatique s’autorise des coupes (comme exemple de textes dont "chaque vers est un énoncé complet" il donne … "Rose au cœur violet")

« j’ai fait 4 recueils dont Alphabets est le plus important, mais j’en ai fait d’autres plus petits : Ulcérations qui est uniquement avec 11 lettres sur la lettre C où il y a 400 permutations, La Clôture où il y a en plus un joker, comme au scrabble il y a une lettre blanche et Métaux que j’ai fait pour accompagner un recueil de gravures de Paolo Boni où il y a 14 lettres, ce sont des sonnets, j’appelle ça des sonnets parce qu’il y a 14 vers et je crois que je vais m’arrêter maintenant. » (dialogue avec Bernard Noël du 20 février 1977 sur France Culture).

Perec semblait très familier avec les œuvres d’Unica Zürn et Hans Bellmer  :  dans  l’émission "Poésie ininterrompue" qui lui est consacrée en 1977, il lit entre autres un extrait de La Petite Anatomie de l’image (le passage qui précède celui des anagrammes) ; il a glissé, dans La Vie mode d’emploi, des citations des deux artistes ; sa dernière compagne, Catherine Binet, a réalisé un Film sur Hans Bellmer (1972) et Les Jeux de la comtesse Dolingen de Gratz (1980), en partie inspiré par Sombre Printemps d’Unica Zürn. Bernard Noël, dans un texte intitulé "Souvenir de Perec" : « Unica Zürn et Hans Bellmer, grands inventeurs d’anagrammes, étaient le point de départ de conversations qui nous occupaient des heures tout en arpentant les rues dont le froid avait chassé les passants. »

 

On peut lire également les poèmes anagrammatiques d’Elisabeth Chamontin, ceux de Patrice Besnard et ceux de Gilles Esposito-Farèse, notamment ce sonnet « dont tous les vers sont des anagrammes
du dernier, à savoir le « Chantre » d’Apollinaire » :

Tranche !

(Des mots de requiem : sépulture à contrainte)

La mort qui sans merci, détendue et porteuse
De superstitions, quémande arme et clôture;

La poussière de mort qui t’attend me censure
Quand rit turpidement rosée l’escamoteuse.

Qu’un repos éternel soit dit, Madam, et creuse
Destin moqueur sans tact, oeil et remède pur
De notre ultime acmé, des paniques tortures,

Piment qui soûlera de cendres ma trotteuse.

Camarde trop menteuse, intruse, te disloque
L’espoir d’éternité. Dans ta mue tu me croques,
Me dorlotant, sadique, irrespectueusement :

Tu t’admets qu’éditée pour clore mes narines…

Sers drame quotidien ! Coupe leur testament
Et l’unique cordeau des trompettes marines !

 

Mais c’est surtout en Allemagne que s’est particulièrement développé le genre, avec non seulement Oskar Pastior dont nous parlions récemment, mais aussi Stephan Krass, Neda Bei, et bien d’autres, comme semble le démontrer ce livre.

 

Autour de l’exposition :

- présentation biographique + préface de Ruth Henry à Vacances à Maison Blanche
- compte-rendu + biographie

- article de Philippe Dagen
- entretien avec Ruth Henry

Textes & dessins :

- dessins

- dessins à l’Ubu Gallery
- catalogue d’exposition de dessins des années 60 (pdf)
- article de Didier Garcia sur L’Homme-Jasmin

- « Unica Zürn : un surréalisme de l’enfance et de la folie », étude de Virginie Pouzet-Duzer (pdf)
- « Unica Zürn : un corps violenté », étude de Marie Blancard

- quelques poèmes anagrammatiques d’Unica Zürn
- « Unica Zürn »

Sur l’anagramme :

- article de Jan Baetens sur le procédé littéraire de l’anagramme
- une page d’Eric Angelini sur l’anagramme


Les Instants vidéo numériques et poétiques 
par Celine Brun Picard, le 17th November 2006

affiche Instant vidéo 2006La 19ème édition des Instants vidéo, festival devenu nomade voici trois ans, et qui cette année se balade entre Marseille, Buenos Aires, Mar de la plata, Montevideo, Aix-en-Provence (…), a débuté en octobre et se déroule jusqu’en décembre. Les projections et rencontres proposées sont nombreuses, gratuites, et il est encore temps de consulter le programme (à vrai dire j’y figure, mais il est un peu tard pour donner l’info : hier à la MJC de Martigues, on pouvait voir, réunis sous l’appellation Ville image, des travaux de Daniel Dugas, Zhenchen Liu, Perry Bard,
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L’instant usé à polir (2) 
par Gregory Haleux, le 14th November 2006

en exemple tout se prête l’hélice
éparse de poïzèile ;
cette nuit seule, je la rêve
qui gît ténue, de la
vigne ; s’offrir non
souffrir que l’ombre ne chante pas
le le réel ; et que ce qu’elle chante,
j’en semble (fuite, excès
rompu) trop impertinemment noué
pour l’inciper.


La pêche au Barbaut 
par Cynthia 3000, le 9th November 2006

Vendredi 27 octobre, avait lieu à l’Acerma une soirée de lectures autour de Jacques Barbaut. Principalement tirées de L’Ouverture de la pêche, mais pas
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Concert de T.0 
par Gregory Haleux, le 1st November 2006

T.0 est le nom sous lequel une non-formation se produit quelquefois en concert. Le plus souvent sans public, ou un public très limité. C’est autour de l’ami Ben que ça se passe. Généralement, on se retrouve chez lui ou chez nous, ou
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Hommage à Oskar Pastior 
par Gregory Haleux, le 18th October 2006

Oskar Pastior, le seul membre allemand de l’Oulipo, est décédé le 4 octobre dernier alors qu’il devait recevoir le grand prix littéraire Georg Büchner qui lui avait été attribué quelques mois plus tôt. Poète à l’œuvre abondante (mais peu traduite en français, sans doute à cause des difficultés que ses textes peuvent poser à la traduction), il s’intéressait autant à la poésie à contraintes (notamment la sextine, l’anagramme et le palindrome) qu’à une manière, de traiter la langue, inspirée de dada (il apparaissait d’ailleurs encore récemment dans l’Action poétique consacré à dada, avec un poème en hommage à Hans Arp). Entre ces deux tendances, il fut un joueur de mots, un expérimentateur, qui retint
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3000 petits tours dans le champ et puis s’en va 
par Cynthia 3000, le 15th October 2006

À peine née, Cynthia 3000 a rendu sa première visite à la petite famille de la poésie contemporaine, au Salon de la revue (espace des Blancs-Manteaux à Paris) : où nous apprenons qu’en fait de famille, “pff la poésie, ouais, c’est pas un milieu”, “nan tu vois on a tous le même âge et on ne fait que…”, une bande de jeunes cool donc, ah d’accord…
Sur le chemin, à Nation, nous apercevons Pierre Guyotat, sourcils au vent, ce qui
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Ils prirent Cynthia 3000 et ils la naquirent 
par Cynthia 3000, le 10th October 2006




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