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Viennent de paraître :

image de Quelques lettres à Lord Jim - Dominique Meens - editions Cynthia 3000
Quelques lettres à Lord Jim
de Dominique Meens
18 €. 202 pages.
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image d'Au pays du mufle - Laurent Tailhade - editions Cynthia 3000
Au pays du mufle
de Laurent Tailhade
20 €. 146 pages.
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Également disponibles :

Triling - Jean-René Lassalle - editions Cynthia 3000
Triling
de Jean-René Lassalle
9 €. Portefolio, 9 dépliants. [ lire la présentation ]


image du Moulin à parôles nostalgiques - Mickaël-Pierre - editions Cynthia 3000
Le Moulin à parôles nostalgiques
de Mickaël-Pierre
10 €. 80 pages.
[ lire la présentation ]

image d'Omajajari - Collectif - editions Cynthia 3000
Omajajari
Collectif
25 €. 338 pages.
[ lire la présentation ]


image de Carnets d'un basedowien - Jean-Marc Baillieu - editions Cynthia 3000
Carnets d'un basedowien
de Jean-Marc Baillieu
12 €. 92 pages.
[ lire la présentation ]

image de Troublant trou noir - Grégory Haleux - editions Cynthia 3000
Troublant trou noir
de Grégory Haleux
7 €. 65 pages.
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image de IL*** - Léo d'Arkaï - editions Cynthia 3000
IL***
de Léo d'Arkaï - suivi de
Pillard d’Arkaï, bandit des terres
, par Gilles Picq .
6 €. 60 pages.
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Etant donnes - editions Cynthia 3000
Étant Donnés
de Céline Brun-Picard
& Grégory Haleux
9 €. 104 pages.
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Erotica, deuxieme exposition de la C.A.P.U.T. 
par Cynthia 3000, le 30th March 2011

 

Le vernissage de la deuxième exposition de la Collection de l’Art Populaire et de l’Underground Tacite aura lieu le 22 avril 2011, à partir de 18h30, chez Cynthia 3000 - 5, rue du Bauchet - 51470 Saint-Memmie.
Venez découvrir le versant érotique de la C.A.P.U.T. !
C’est l’occasion d’approcher le Nu sur divan d’Eugène Charpentier, la Sirène de Pat, les Trois Grâces et de découvrir une trentaine d’autres oeuvres.

Après le 22 avril et jusqu’au 22 juillet, les visites se font sur rendez-vous en nous contactant par téléphone au 09 52 49 79 81 ou par mail: cynthiatroismille@yahoo.fr.
 


Le travesti décoiffé (3) 
par Gregory Haleux, le 19th March 2011

 

à C.P.A.

 

un cerveau en commencement de siècle appelle
comme on parle la langue pâteuse
le revers des idées au travers des questions frontales
qui nous débordent en trompe-l’œil hors-champ
dans l’innommé : clôture littéraire, critique,
en recourant
ou pas, jamais autre chose qu’un ultime déboulonnage :
ce qu’il transcrirait, elle? l’a
récusé ou plus modestement figé
en mensonge de ces temps de pré-pensé ;
et l’invention qui s’en contente —
se contente d’une réduction et de techniques
d’épaississement — nonobstant le relégué vidé
à l’aube lactée, l’afflux
oblique, renâclant à la gestuelle,
désincruste le poète.


Connaissez-vous le supplice chinois de la goutte d’eau ? 
par Gregory Haleux, le 13th March 2011

 

Dans un article de 1923 que nous partagions ici il y a un peu plus d’un an, « Le livre et la réclame », Albert de Bersaucourt montrait, par des exemples variés, à quel point le marketing littéraire, en ces folles années, était avancé, et concluait en prévoyant le pire : « Le passé est riche d’enseignement, de suggestions de toutes sortes, et nous propose maintes améliorations. Veuillent donc les éditeurs ne pas reculer devant un nouvel effort et s’en inspirer. Les livres sont, paraît-il, à leur place, entre le rayon X et les pneumatiques Z. Que l’annonce, le prospectus, l’affiche les célèbrent donc à l’égal des rayons X et des pneumatiques Z, et d’une façon identique. C’est commencé ; il suffit de continuer. Et l’ombre de Vigny sourira. »

Le hasard nous a fait rencontrer une publicité littéraire de 1928 utilisant un procédé bien connu aujourd’hui et dont nous ne pensions pas qu’il existait déjà il y a plus de 80 ans, en tout cas pas dans le monde de l’édition… Il s’agit du teasing, ou aguichage.
Cette technique « consiste à fragmenter le message publicitaire dans l’espace temporel (en affichage, à la télévision). Sa finalité première est d’attirer l’attention par un effet de suspens articulé sur l’anonymat de l’annonceur. » (in Gilles Lugrin, Généricité et intertextualité dans le discours publicitaire de presse écrite, Peter Lang, 2006, p.27). Ainsi, une série de messages intrigants excite la curiosité du consommateur potentiel, le met dans une situation d’attente, jusqu’à la chute, le slogan final. L’exemple le plus connu est certainement la campagne d’Avenir « [Demain] j’enlève le haut ».

Cette stratégie commerciale est plus ancienne qu’on le croit. Il semblerait que la première campagne publicitaire du genre soit celle des cigarettes Camel en 1913. La compagnie de tabac A.J. Reynolds avait fait précéder le lancement officiel de ses cigarettes par une série d’affiches mystérieuses : « Les CHAMEAUX arrivent » puis « Demain, il y aura plus de CHAMEAUX dans cette ville que dans toute l’Asie et toute l’Afrique réunies » et enfin « Les cigarettes CAMEL sont arrivées ».

Mais venons-en à notre publicité littéraire. Notre premier étonnement est qu’elle paraît à une époque où, en France, même hors du monde éditorial, nous ne voyons pas de publicité de type teasing. Le premier exemple qui nous vient est celui de Garap, et il est daté de 1953 (si vous en connaissez d’antérieur, prévenez-nous). Second étonnement, le nombre d’étapes avant d’aboutir à la résolution du(des) mystère(s) : sept.
Du 23 au 29 mars 1928, sont parus, en page 2 du journal L’Intransigeant, ces messages :

 


23 mars 1928

 


24 mars 1928

 


25 mars 1928

 


26 mars 1928

 


27 mars 1928

 


28 mars 1928

 

Enfin, le 29 mars 1928, paraissait, comme promis, en page 3, cette ultime annonce :

 

 

On s’aperçoit que le premier message était particulièrement bien choisi : cette suite de questions insensées, revenant quotidiennement en même page, créant un suspense insoutenable, ne figure-t-elle pas elle-même le supplice de la goutte d’eau ?

L’Idole de chair, roman cosmopolite qu’il nous brûle de lire, est reparu en 1936 en deux tomes aux Editions Raoul Saillard.
René d’Ailly (1901-1976) a également écrit Insurgé mexicaine (Edition de Paris, 1929), Voluptés viennoises (Raoul Saillard, 1935) et, en collaboration avec Joseph-Louis Sanciaume, L’Aventure mexicaine (Editions méridionales, collection de la jeunesse, 1944). Il paraîtrait que René d’Ailly et Joseph-Louis Sanciaume, auteur prolifique de romans d’aventures et policiers, étaient la même personne

 

 


Je suis né le 7 mars 1936 
par Gregory Haleux, le 7th March 2011

 

Je suis né le 7.3.36. Combien de dizaines, de centaines de fois ai-je écrit cette phrase ? Je n’en sais rien. Je sais que j’ai commencé assez tôt, bien avant que le projet d’une autobiographie se forme. J’en ai fait la matière d’un mauvais roman intitulé J’avance masqué, et d’un récit tout aussi nul (qui n’était d’ailleurs que le précédent mal remanié) intitulé Gradus ad Parnassum.

On remarque d’abord qu’une telle phrase est complète, forme un tout. Il est difficile d’imaginer un texte qui commencerait ainsi :
Je suis né.
On peut par contre s’arrêter dès la date précisée.
Je suis né le 7 mars 1936. Point final. C’est ce que je fais depuis plusieurs mois. C’est aussi ce que je fais depuis 34 ans et demi, aujourd’hui !
En général on continue. C’est un beau début, qui appelle des précisions, beaucoup de précisions, toute une histoire. […]

(texte de Perec de 1970,
in Je suis né, Seuil, coll. La Librairie du XXe siècle,
 1990, pp. 9-14)

Aujourd’hui, 7 mars 2011, Georges Perec aurait 75 ans.
Souvenons-nous en partageant, par exemple, cet entretien avec Pierre Lartigue, paru dans L’Humanité du 2 octobre 1978 :

 

 

Et rappelons, au passage, que les éditions Joseph K. ont publié, en 2003, sous la direction de Dominique Bertelli et Mireille Ribière, deux volumes d’Entretiens et conférences de Georges Perec.


De Marc Décimo à Cynthia 3000 
par Cynthia 3000, le 2nd March 2011

 

Le 1er décembre 2006, nous étions au Xe Colloque des Invalides — « Querelles et invectives ». Le plaisir fut grand d’y rencontrer, entre autres, Marc Décimo. Nous profitâmes de l’occasion pour lui demander une dédicace de la première édition de son Jean-Pierre Brisset, Prince des Penseurs à l’intention de Cynthia 3000. [voir le premier livre dédicacé à Cynthia 3000]


Cynthia 3000 pas morte 
par Cynthia 3000, le 28th February 2011

Depuis quelques mois, Cynthia 3000 est bien silencieuse… Faut dire que la vie a de ces exigences…
Mais, le temps est venu de reparaître. D’abord pour vous assurer que les éditions existent toujours et que quelques publications sont prévues. Et que ce blog va à nouveau s’animer.
Cette fin d’hiver, c’est aussi pour nous la reprise des brocantes, ce qui signifie quelques découvertes pour la C.A.P.U.T. (Collection de l’Art Populaire et de l’Underground Tacite). La collection a déjà bien grandi puisque le nombre de ses oeuvres atteint presque 500 — vous pouvez en consulter la liste ici.

Pour fêter ce retour, voici quelques images de la première exposition de notre collection — Les Immatures qui eut lieu du 4 septembre au 20 octobre 2010 (ceux qui la visitèrent pourront fièrement dire à la postérité : « j’y étais ! »).

 





 

Nous préparons en ce moment notre deuxième exposition dont le vernissage devrait avoir lieu aux alentours de Pâques


Au poilu inconnu, poème de Charles Sanglier 
par Cynthia 3000, le 11th November 2010


Dessin paru dans L’Humanité du 11 novembre 1920

 

Et voici un poème de circonstance, tiré du recueil de Charles Sanglier, Poèmes irrespectueux (La Maison française d’art et d’édition, 1922).

 

AU POILU INCONNU

 

La sottise béate et le pharisaïsme
S’inclinent tour à tour devant ton monument,
Et tous tes visiteurs, pendant un court moment,
Maquillent de respect leur masque d’égoïsme.

Il en vient de partout : princes, croquants ou rois,
Même le gros Fatty ! Lorsqu’on débarque en France
C’est la mode à présent : on fait sa révérence
Au soldat inconnu comme on passe à l’octroi !

Ça coûte un peu moins cher de saluer tes restes
Que d’élever tes fils ou bien ceux des copains.
Au prix où sont, hélas ! la bidoche et le pain
Il vaut mieux s’acquitter par des mots et des gestes…

Or, c’est toi, matricule inconnu de chacun,
Le préposé d’office à nos reconnaissances.
La Gloire t’a choisi, tu dois obéissance :
Il fallait un héros, mais il n’en fallait qu’un.

Il fallait qu’un soldat restât près des Victoires,
De garde au feu sacré d’où sort l’esprit guerrier.
Mais ce long rabiot, tout seul, sous les lauriers
Pour l’accepter vivant, il fallait une poire.

Ce rôle revenait de droit au plus ancien,
Ce rôle de planton sourd à nos tintamarres :
On n’en a pas trouvé… car tous en avaient marre.
On choisit donc un mort, afin qu’il ne dit rien.

Et sur toi, pauvre vieux, s’abattit la corvée !…
Te voilà rengagé jusqu’au jour solennel
Où par le clairon d’or de l’archange éternel,
Ta longue faction sera enfin levée !…

Ils te visiteront, soldats, prêtres, civils ;
Tu verras défiler près de toi tous cortèges :
Sociétés de tir, orphéons ou collèges
Venus du Groënland, d’Auvergne ou du Brésil,

Parvenus orgueilleux, enrichis par la guerre,
Ligues de commerçants, patriotes rasoirs :
De leurs discours pompeux lâchant les arrosoirs
Ils magnifieront tous tes années de misère.

Ton sort sera, par eux, sacré le plus beau sort.
Ils diront tes vertus, loueront ton sacrifice,
Mais, en songeant tout bas à leurs beaux bénéfices
Ils penseront qu’il vaut bien mieux n’être pas mort.

Et toi tu te diras : « Les choses continuent !…
Puisque rien n’est changé, ne changera jamais,
Laissez-moi donc dormir et foutez-moi la paix !
Pourquoi m’avoir sorti de cette terre nue

Où je gisais là-bas, sous les vastes labours,
Tranquillement parmi le monceau des victimes,
Puisque demain la Guerre osera d’autres crimes,
Puisque votre bêtise est vivante toujours ? »


Le Carnaval de l’au-delà, par Laurent Tailhade 
par Cynthia 3000, le 21st August 2010


Eugène Thiébault, Henri Robin et son spectre, 1863.

 

Parmi les articles de Laurent Tailhade non repris en volume, nous découvrons celui-ci, paru dans Le Petit Niçois, le 14 janvier 1916 :

 

Le Carnaval de l’au-delà

 

« Se peut-il, en vérité, monsieur, que l’on soit manichéen ? » demande avec politesse, dans je ne sais quel dialogue de Voltaire, un précurseur du divin Jérôme Coignard.
« Se peut-il que l’on soit manichéen » ? Certes et, tout de même, cathare, hussite, iconomaque ou patarin. Paris fourmille d’anabaptistes. La province abonde en disciples de Jansénius et Joris-Karl Huysmans (qui fut, de son vivant, un surprenant imbécile par la grâce de Dieu), croyait dur comme fer aux prêtresses lucifériennes. Il faisait même, dans ses jours d’expansion, voir à ses intimes des poils arrachés à l’Esprit des Ténèbres… On cite des ferblantiers préadamites et des concierges qui, non contents de donner le cordon, prolongent au vingtième siècle les erreurs de Nestorius. Les Eglises en chambre foisonnent comme les hannetons au mois de mai. Le boudhiste du cinquième a pour voisin le raskolnik d’en face. et, quand M. Jules Bois, de la Scandinavie à l’Equateur, ne commivoyage plus, représentant la littérature française, il condense, résume et centralise chez soi les cultes mineurs, les dogmes itinérants, les mystères de troisième classe, et généralement tout le divin que les « five o’clock » ésotériques ont, depuis quelques ans, mis à la hauteur des pêcheresses très mûres.
Ce quidam, assis près de vous, dans le métro, assume à bon droit le nom d’epopte. Il reçoit directement l’influx, tantôt de l’erdgeist, tantôt du Paraclet. Car il est — sauf respect — camarade comme cochon, avec la Troisième Personne et les Puissances Elémentaires.
Cet autre, que vous bousculez près de l’ascenseur, vit dans la lumière du Troisième Appartement, comme un poisson dans l’eau. Tel employé du gaz entretient le double de Jeanne d’Arc ou l’esprit d’Ezechiel, habitués l’un à l’autre de sa chaise percée : item, de Spinoza, de Marc Aurèle, d’Offenbach, de Cora Pearl, d’Ossian et de Schopenhauer, qui préfèrent quant à eux, discourir dans la porte du buffet.
Il y a quinze ans, M. Fabre des Essarts, en religion Synésius, évêque de Monségur, primat des Gaules, pontife de la Gnose, vêtu d’andrinople et mitré de calicot, célébrait, avec beaucoup de dignité, au cinquième étage, les offices albigeois, comme à la belle époque des comtes Raymond, du roi en Peyre et de la vigoureuse Toulousaine qui « descluqua » [?] Montfort.
Depuis le culte du père Loyson, situé rue d’Arras, dans un rez-de-chaussée, au fond de la cour, à gauche, et faisant face au petit endroit, jamais religion excentrique ne fit paraître autant de dignité. Monsieur Henry Austruy, directeur de la Nouvelle Revue, garde souvenance, peut-être, des messes albigeoises, de la dalmatique et du surplis que jadis il revêtait […] de prendre part, en qualité de diacre ou d’acolyte, l’hérésie en chambre du vénérable Synésius. Nul ne portait, avec plus de sérieux qu’Henry Austruy, le harnais du carnaval mystique, toute galéjade ayant pour condiment essentiel une parfaite gravité.

Voilà, certes, de belles choses. Mais, direz-vous, pour accéder moi chétif, à la « science maudite », pour entrer dans le sanctuaire et prendre place à l’Orient, il me faudrait recommencer la vie et travailler comme un boeuf sur des choses ardues. « Ad augusta, per angusta ».  L’Art est long, le Temps est court. Et j’en suis encore, hélas ! en fait d’occultisme, à Mathieu de la Drôme. Ah ! bonne gens ! ne prenez cure de ces bagatelles. A part quelques faquins qui s’amusent à étudier, les adeptes font profession d’une aimable ignorance. Voltaire les eût qualifiés d’ « apédeutes ». Exception faite de quelques rares esprits tels Eliphas Lévy, Barlet, Guaita, Papus, quelques autres vivants, dont les noms viennent aux lèvres, telles aussi les aimables femmes, que Nice a faites siennes et dont le cénacle très amène, reste avant tout un salon, combien, parmi les mages, les prophètes, les théosophes contemporains savent lire couramment ou mettre l’orthographe ? Tel qui, le soir venu, apprend aux vieilles demoiselles, en mal de spiritisme, « un frisson nouveau », et des pamoisons inédites n’aurait pas la culture suffisante pour vendre au « Bon Marché », des gants ou des voilettes. Celle-ci rendrait, pour la bêtise, des points à un ténor ! Celui-là s’informe avec ingénuité, de ce que fut Jean Tritême. L’un insiste pour qu’on le présente à Paracelse ou tout au moins au baron Dupotet.
L’autre, pourvu de toupet sinon de jugeotte, palabre, touchant les visions de Ruysbroek et autres idiots mystiques. Il cite Maeterlinck, le Shakespeare de Gand, tout pêle-mêle avec les « Centuries de Nostradamus », le « Marteau des Sorcières », et tout ce qui s’en suit. Il « dissout et coagule ». Mais il prononce « ormoire », et fait en parlant, des cuirs susceptibles de chausser toute une armée.
Les vieilles biques, sous l’influence de la Lune, les demoiselles romanesques dont la jeunesse remonte au Septennant, les riches étrangères copieuses en roubles, en dollars et en mois de nourrice, demandent aux arrivistes du Plan-Astral quelques émotions fortes. Aux fantômes quels qu’ils soient, eoliens ou sataniques, elles préfèrent le plus massif des muletiers. Leur « professeur d’énergie », s’il prétend réussir, est tenu d’enseigner sous la courtine, de développer, en tête à tête, le mérite de sa vertu. A parler franc, l’état de mystagogue n’a d’intellectuel que la façade : le domino spiritualiste habille communément un robuste garçon, lequel deviendra, pour ces biques en amour, un secrétaire compliqué de masseur, un homme de compagnie, hélas ! dont la tâche nocturne comprend quelques besognes plus harassantes que l’évocation des esprits.

L’ignorance de la confrérie occulte prend quelque fois une tournure drôlatique.
Un jour, peu de temps avant la guerre, dans la salle de travail, à la Bibliothèque, un personnage m’aborde, comme je me levais, pour consulter le Brunet :
— Monsieur, je vous vois souvent ici. Permettez à un travailleur aussi, de vous demander une précision et, peut-être, un conseil.
— Monsieur, je vous écoute.
— Voilà. Dans un ouvrage cabalistique, je viens de lire ce que l’auteur nomme « La Vision d’Ezechiel ». Des os blanchis sur une plaine morte. Le silence. Le froid. Le néant. Soudain, un ouragan s’élève. La plaine reverdit. Les os morts se reforment en squelettes humains, bientôt revêtus de chair et vivifiés par la roua’h des Elhoïm. Pourriez-vous me dire où se trouve l’original de cette vision d’Ezechiel ?
— Mais dans le livre d’Ezechiel, n’en doutez pas un seul instant.
— Et le livre d’Ezechiel lui-même ?
— Dans la Bible, mon cher Monsieur. Vous en avez une traduction juive de Cahen, une autre huguenote d’Osterwald ; celle de Lemaître de Sacy est janseniste, celle de Ledrain, scientifique.
— Monsieur, vous possédez une érudition énorme.
— Ceci est un madrigal. Mais, érudit ou non, ce n’est pas en vous disant ceci que je vous baille le moindre gage de savoir. Cependant, puisque vous êtes embarrassé, je crois que la « Bible » de Sacy, à la portée du public, étanchera votre soif de connaître. Voici le casier G. Voici l’in-folio. Et, tenez ! lisez vous-même le chapitre VI. Vous y trouverez votre vision.
— Je suis confus de vos bontés. Pourrai-je, monsieur, connaître votre nom ?
— Laurent Tailhade, pour vous servir.
— Laurent Tailhade !!!! Le révolutionnaire !
— Révolutionnaire, je ne sais, mais fort à votre service, en tout cas.
Je remarquais, tandis qu’il me parlait, que le quidam, noir de peau, noir de cheveux et d’habit, l’était pareillement de crasse, qu’il avait l’ongle en deuil, la chemise obscure, le faux-col isabelle, posé directement sur la chair, l’allure minable et délibérée en même temps, comme il sied à un prophète qui couche dans les asiles de nuit.
— Quoi qu’il en soit, monsieur, je vous suis infiniment obligé. Pour moi, je viens des ducs de Montebello. Cependant ma famille m’a coupé les vivres ; c’est pourquoi je ne suis pas heureux. Je tiens, néanmoins, à reconnaître votre courtoisie. Avant une semaine, je vous enverrai un esprit.
— Voilà certes, une bonne idée, et vous m’en voyez tout à fait ravi. Un esprit ! Je compte, dès sa première visite, lui emprunter de l’argent ».
Depuis ce dialogue, je n’ai pas eu la moindre nouvelle de mon apprenti sorcier. Il ne m’aura pas trouvé sérieux.


Les Immatures, première exposition de la C.A.P.U.T. 
par Cynthia 3000, le 3rd August 2010

 

La première exposition de la C.A.P.U.T., Les Immatures, se tiendra chez Cynthia 3000 du 4 septembre au 20 octobre et présentera une trentaine d’oeuvres issues de la collection : représentations de l’enfance, oeuvres à la manière enfantine, oeuvres d’enfants.

Vernissage le 4 septembre à 18h30 avec lectures, récitations, chaises musicales, guignols, (caram)bar (bouteilles bienvenues), chez Cynthia 3000 - 5, rue du Bauchet - 51470 Saint-Memmie.

Puis visite sur rendez-vous jusqu’au 20 octobre (contactez-nous par téléphone au 09.52.49.79.81 ou par mail: cynthiatroismille@yahoo.fr).


Garage, nuit. 
par Cynthia 3000, le 7th July 2010

 

Cynthia 3000 sort progressivement des cartons et investit le garage.

 




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