La première exposition de la C.A.P.U.T., Les Immatures, se tiendra chez Cynthia 3000 du 4 septembre au 20 octobre et présentera une trentaine d’oeuvres issues de la collection : représentations de l’enfance, oeuvres à la manière enfantine, oeuvres d’enfants.
Vernissage le 4 septembre à 18h30 avec lectures, récitations, chaises musicales, guignols, (caram)bar (bouteilles bienvenues), chez Cynthia 3000 - 5, rue du Bauchet - 51470 Saint-Memmie.
Puis visite sur rendez-vous jusqu’au 20 octobre (contactez-nous par téléphone au 09.52.49.79.81 ou par mail: cynthiatroismille@yahoo.fr).
N° HM-05. Oeuvre découverte le 19 juillet 2009 à Louette-Saint-Denis.
Peinture sur bois fixée sur une maison.
Il y a un peu plus d’un an, nous faisions, dans les Ardennes, une petite excursion dont certains arrêts furent inspirés par les apparitions artistiques des bords de routes :
La journée du 19 juillet 2009 devait se conclure par la découverte d’une nouvelle oeuvre, à Louette-Saint-Denis, alors que nous nous rendions à Louette-Saint-Pierre pour y passer la nuit (au très bon hôtel La Tomberelle) : une sirène boulotte, en amazone sur un hippocampe, ornant la façade d’une maison.
N° HM-06. Oeuvre découverte le 20 juillet 2009 à Givet.
Panneaux de clôture peints.
Nous quittâmes, le lendemain, les environs de Gedinne pour nous diriger vers Dinant. A l’entrée de Givet nous repérâmes, délimitant un très petit jardin, deux panneaux de clôture décorés. Le premier dépeignait, dans un style naïf, une scène de pêche, clair obscur et coucher de soleil chatoyant. Le deuxième, sylvestre, montrait deux cerfs au bord d’un étang.
Exposées en plein air depuis longtemps, les oeuvres étaient dégradées - particulièrement la deuxième, délavée, à la limite de l’effacement.
L’effet produit par l’usure est assez curieux. La disparition de certaines teintes produit des motifs singuliers, accentue des découpes, dérange la perspective et tire finalement la scène vers l’irréalité, voire le fantastique.
Attirée hors de chez elle par notre présence, l’habitante des lieux vint nous parler. Surprise et visiblement touchée par notre intérêt, elle répondit très gentiment à nos questions : l’auteur de ces peintures était un ami de la famille, qui travaillait également la ferronnerie. Aussi nous montra-t-elle un ouvrage en fer forgé qu’il avait également réalisé pour eux, et qui décorait la porte de sa maison.
Depuis quelques semaines, nos activités éditoriales et blogesques sont mises entre parenthèses : c’est que Cynthia 3000 déménage. Mais l’été devrait apporter quelques nouveautés…
Voici notre nouvelle adresse :
N° 155. Pièce acquise le 21 mai 2009 à Aÿ.
Huile sur carton.
Signée Francine.
1982.
46 x 55 cm.
Posé négligemment dans une grande caisse où se côtoyaient pièces de mécanique, revues techniques automobiles, articles de plage et de pharmacie, cet attendrissant portrait ne pouvait que rejoindre la C.A.P.U.T. Signé Francine, il nous fut vendu pour trois fois rien par la fille de l’artiste, qui tenait à se justifier de cette séparation par le manque de place et l’abondance de la production picturale de sa mère. Elle nous raconta que les toiles, dont elle s’était décidée à se défaire – essentiellement des nus, des portraits de proches ou de leur chien Zizou et, curieusement, quelques pièces abstraites (« faut aimer, hein » précisa-t-elle) –, ne trouvant nul acheteur en salle des ventes et n’intéressant pas les galeristes, partirent finalement pour de modiques sommes sur Ebay, à l’exception de celle-ci.
La profondeur de ces regards conjugués nous rappelle chaque jour que, décidément, entre l’art populaire, tel que celui que nous trouvons en brocantes, et le grand art muséifié, la frontière est inframince.
N° 274. Pièce acquise le 26 juillet 2009 à Moslins.
Aquarelle sur papier.
Signée E. Charpentier.
50 x 32,5 cm.
Sur la petite place d’un petit village de la campagne sparnacienne, un petit manège diffuse un son horrible. Nous nous précipitons vers les derniers sandwiches merguez puis, en les consommant, nous commençons à inspecter les stands. Une peinture dans un beau cadre, sous verre, attire notre attention malgré son sujet rebattu : la C.A.P.U.T. a déjà plusieurs cerfs… Mais lui trouvant un certain charme, nous demandons à tout hasard son prix : 10 €, c’est malheureusement trop.
Plus tard, après avoir achevé le tour de la brocante et pendant que nous rejoignons notre voiture, nous décidons de faire demi-tour pour réexaminer cette peinture. C’est ainsi que nous remarquons que le cadre renferme, dépassant d’un demi-centimètre sous la peinture des cerfs, une autre aquarelle, détail qui nous incite finalement à l’achat, après petit marchandage.
Nous découvrirons avec ravissement que les cerfs cachent une biche d’une toute autre nature :
N° 275. Pièce acquise le 26 juillet 2009 à Moslins.
Aquarelle sur papier.
Signée E. Charpentier.
50 x 32,5 cm.
Moderne odalisque, cette jeune femme ne porte que les attributs de la beauté, de la lascivité et d’une condition qu’on imagine. L’épure et la linéarité de son corps tranchent avec l’aspect ornemental, saturé, du canapé, et son attitude apparaît aussi abandonnée, mais bien moins innocente, que celle de son charmant petit chien.
L’artiste est très certainement Eugène Charpentier, coloriste de profession qui utilisait la technique du pochoir (aujourd’hui délaissée, elle consistait en la mise en couleur manuelle à l’aquarelle, en série et à l’aide de caches, d’estampes destinées notamment à l’illustration de livres). A ce titre il a collaboré à de nombreux ouvrages, d’une manière souvent remarquable, avec des artistes tels que Joseph Hémard, Umberto Brunelleschi, ou Albert Dubout. On verra par exemple, sur le blog « Du livre considéré comme un des beaux-arts », son travail sur les belles illustrations de Gustave-Adolphe Mossa pour le Zadig de Voltaire.
Tentative de bibliographie des ouvrages
auxquels a collaboré Eugène Charpentier :
– Robert Bonfils, La Manière Française. Vingt images ou culs-de-lampe de l’auteur. Librairie Lutecia, 1916.
– Lover, Au moins soyez discret ! G. Crès, 1919. Dessins de Robert Bonfils.
– Voltaire, Zadig ou la destinée. Librairie des Amateurs A. et F. Ferroud, 1924. Illustrations de Gustave-Adolphe Mossa.
– Théophile Gautier, Le Capitaine Fracasse. Impr. Coulouma, 1927. Illustrations de Joseph Hémard.
– Emile Zola, Nana. Henri Jonquières, 1929. Illustrations de Chas-Laborde.
– Maurice Larrouy, Le Révolté. René Kieffer, 1929. Illustrations de Charles Fouqueray.
– Bret Harte, The Wild West, stories. Harrison of Paris, 1930. Illustrations de Pierre Falké. – Le Livre d’or de la Légion Etrangère. Marseille, 1931. Illustrations de Benigni.
– François Villon, Oeuvres. Gibert Jeune, collection Librairie d’amateurs, 1933. Illustrations de Dubout.
– Voltaire, Candide ou l’Optimisme. Gibert Jeune, collection Librairie d’amateurs, 1933. Illustrations d’Umberto Brunelleschi.
– Boccace, Le Decameron. 2 volumes. Gibert Jeune, collection Librairie d’amateurs, 1934. Illustrations d’Umberto Brunelleschi.
– Abbé Prévost, Histoire de Manon Lescaut et du Chevalier des Grieux. La Méridienne, 1934. Illustrations de Charles Martin.
– Joseph Hémard, Galerie des Belles Amours. René Kieffer, 1935. Illustrations de Joseph Hémard.
– François Rabelais, Gargantua. Gibert Jeune, collection Librairie d’amateurs, 1935. Illustrations de Dubout.
– François Rabelais, Pantagruel. Gibert Jeune, collection Librairie d’amateurs, 1936. Illustrations de Dubout. – Aucassin et Nicolette, chantefable du XIIIe siècle. Librairie Lutetia, 1936. Illustrations de Joseph Hémard.
– Maurice Tahon, Physiologie du contribuable. Kieffer, 1936. Illustrations de Dugo.
– La Fontaine, Contes et Nouvelles. Gibert Jeune, collection Librairie d’amateurs, 1938. Illustrations d’Umberto Brunelleschi.
– Honoré de Balzac, Les Contes Drolatiques. Gibert Jeune, collection Librairie d’amateurs, 1939. Illustrations de Dubout.
– Nicolas Boileau-Despréaux, Satire contre les femmes. Gibert Jeune, collection Librairie d’amateurs, 1939. Illustrations de Dubout.
– Willy et Colette, Claudine à l’école. Editions de Cluny, 1939. Illustrations de Mariette Lydis. – Les Petites Fleurs de Saint François d’Assise. Gibert Jeune, collection Librairie d’amateurs, 1942. Illustrations d’Umberto Brunelleschi. – Code général des impôts directs et taxes assimilées. Editions Littéraires, 1944. Illustrations de Joseph Hémard.
– Regnard, Satire contre les maris et Charles Perrault, Apologie des femmes. Gibert Jeune, collection Librairie d’amateurs, 1947. Illustrations de Clauss.
– Voltaire, L’Ingénu. Gibert Jeune, collection Librairie d’amateurs, 1948. Illustrations d’Umberto Brunelleschi.
– Casanova, Mémoires. Gibert Jeune, collection Librairie d’amateurs, 1955. Illustrations d’Umberto Brunelleschi.
N° 165. Pièce acquise le 19 avril 2009 à Bezanne.
Huille sur toile.
Signée A. Vadorin.
1983.
41 x 31 cm.
Tout ce qui, à Châlons, se veut dynamique et dans le vent passe — à un moment ou à un autre — par le Sulky. Jus de fruit 2 F, Whisky 4 F, Champagne 25 F. Soirées dansantes (consommation comprise) : 8 F.
Lionel Chouchon, Guide de l’homme seul en province.
Tchou, 1970, p. 134.
N° 185. Pièce acquise le 1er mai 2009 à Mareuil-sur-Aÿ.
Sculpture sur bois.
87 x 24 x 3 cm.
Cette sculpture a été réalisée par un homme d’une quarantaine d’années, qui dit l’avoir faite sans intentions particulières, comme ça, quoi. L’oeuvre est réalisée sur du bois de récupération : au revers se présentent deux traces d’attaches qui laissent penser que l’on envisagea d’abord d’utiliser le format à l’horizontale. On imagine bien en effet cette planche rustique, à moitié ouvragée, gravée d’un "home sweet home" et faisant office de décoration de linteau. Finalement basculée verticalement, et ornée de cette figure sommaire, c’est un totem qu’elle évoque, voire, avec son oeil percé, un genre de masque. Le soin apporté au tracé et à la mise en couleur n’enlève rien à l’aspect rudimentaire du visage qui, comme son auteur, n’est pas très loquace.
N° 95. Pièce acquise le 13 avril 2009 à Saint-Memmie.
Huille sur toile.
Signée D. Ciarletta.
60 x 37 cm.
Affirmons tout de suite que parmi les oeuvres de notre collection, la pièce n°95 est une de celles que nous préférons - pour sa beauté, pour son étrangeté qui résiste à l’analyse et à l’observation. Car malgré le caractère évidement narratif de cette scène, nous ne saurions - peut-être est-ce faute de culture religieuse - rien dire de ce qui s’y déroule. Un rassemblement, des attitudes qui évoquent l’attente, des flambeaux, la pleine lune, un agneau, une sans-doute-Vierge, un enfant-probablement-Jésus (si l’on en croit ses proportions, correspondant à un canon de représentation médiéval : corps d’adulte réduit aux dimensions d’un très jeune enfant…).
Outre l’hermétisme de la scène, l’étrangeté réside aussi, sinon plus, dans la manière du peintre, particulièrement déroutante et inclassable. Et c’est ce qui rend ce tableau spécialement intéressant dans notre collection, dont il est d’une certaine manière, par ce qu’il questionne ici, représentatif.
Sur quels critères juger une oeuvre telle que celle-ci ? Comment mesurer les intentions du peintre, ses "capacités", sa culture artistique (dans le sens où Dubuffet…). Nous sommes face à une peinture qui peut tout aussi bien être classée - s’il fallait classer - dans un art brut que dans un art savant, dans l’habileté que dans la maladresse, bref du côté du bon ou du mauvais art.
L’oeuvre serait d’un Derain ou d’un Munch que la discussion deviendrait inutile, la réputation du créateur la plaçant illico du côté noble, du "bâclé" volontairement très expressif (ou l’inverse). Qu’elle soit envisagée comme étant d’un marginal indemne de culture artistique et nous y noterons la force instinctive du brut. Qu’on l’imagine, pourquoi pas, d’un artiste amateur, et l’on y verra la mise en oeuvre assez habile de connaissances artistiques plus ou moins bien digérées, mâtinée d’un attrait pour le mythique ou le religieux.
La relativité induite par ce type de représentation, ce flottement obligé des critères de jugements nous renvoient à la discussion dans laquelle nous entraîne Bruno Montpied, alias le Sciapode, en commentaire à l’un de nos articles et sur son passionnant blog, Le Poignard subtil.
[après avoir présenté les 23 premières pièces de la C.A.P.U.T. dans leur ordre chronologique d’acquisition, nous avons décidé de nous en remettre au hasard pour les suivantes ; maintenant nous tirons d’un gobelet de petits papiers numérotés]
N° 177. Pièce acquise le 1er mai 2009 à Gueux.
Huile sur toile.
Signée L. Berthier.
46 x 33 cm.
Après les voiliers pyrogravés, en voici de nouveaux, dans un tout autre style et une autre technique, si on peut appeler ainsi la manière brute d’appliquer la peinture sur la toile. L’artiste a, outre le pinceau, utilisé le couteau et ses propres doigts, à preuve les empreintes dans le ciel.
Il faut placer chaque couleur en son lieu, empâtant les objets selon leur nature, leur plan, leur degré de lumière ; et, pour faciliter le travail subséquent, donner la plus grande union à la couleur.
L’ébauche étant terminée et bien sèche, on racle la peinture très-légèrement avec le couteau, pour enlever le surplus de la couleur et la rendre bien unie. […] Les couleurs étant posées franchement les unes à côté des autres, on les fond avec une brosse sèche, dont l’office est de conserver la pureté et la finesse des teintes, de manière à reproduire cette suavité dans les contours, cette union, cette finesse que présente la nature. […] Le tableau doit être construit avec ensemble, avec ordre, et maintenu constamment dans l’harmonie générale, de façon qu’il ne présente pas des parties terminées et d’autres à peine ébauchées.
On peint les draperies bleu d’azur franchement dans la pâte et dans leur nuance exacte, afin de conserver la fraîcheur et la pureté qui caractérisent cette couleur. On glace les autres nuances avec des couleurs transparentes que l’on passe sur toute l’étoffe, à plusieurs reprises, et surtout dans les ombres.
Après avoir achevé de recouvrir chaque partie du tableau par des empâtements plus ou moins robustes, selon la nature des différents objets qui le composent, on termine la peinture en donnant plus de vigueur, plus d’union aux parties qui en manquent, et l’on peut passer sur le tout un glacis doré très-léger qui ajoute à l’harmonie générale.
David Sutter, Philosophie des Beaux-Arts appliquée à la peinture,
Jules Tardieu libraire éditeur, 1858, pp. 339-341
Souvent, l’antiquaire vendant des peintures en brocantes ne veut pas descendre son prix au-dessous de 15 ou 25 €. Car, voyez-vous, sa toile, même mal conservée, même peu originale, est "ancienne". Et l’ancien, ça a de la valeur. Et l’antiquaire, il faut bien qu’il bouffe. Ne le lui reprochons-pas.
Quelquefois, l’antiquaire qui n’a pas réussi à vendre sa toile n’a pas envie de s’en encombrer au retour, et il doit se dire que s’il ne l’a pas vendue là, il ne la vendra pas dans sa boutique.
Alors, cela arrive, il l’abandonne. Mais l’idée qu’elle puisse être récupérée par un merdeux incapable de lâcher 15 ou 25 € lui réveillerait son ulcère.
Alors, il donne un bon coup de talon dedans et peut repartir apaisé.