N° 165. Pièce acquise le 19 avril 2009 à Bezanne.
Huille sur toile.
Signée A. Vadorin.
1983.
41 x 31 cm.
Tout ce qui, à Châlons, se veut dynamique et dans le vent passe — à un moment ou à un autre — par le Sulky. Jus de fruit 2 F, Whisky 4 F, Champagne 25 F. Soirées dansantes (consommation comprise) : 8 F.
Lionel Chouchon, Guide de l’homme seul en province.
Tchou, 1970, p. 134.
N° 185. Pièce acquise le 1er mai 2009 à Mareuil-sur-Aÿ.
Sculpture sur bois.
87 x 24 x 3 cm.
Cette sculpture a été réalisée par un homme d’une quarantaine d’années, qui dit l’avoir faite sans intentions particulières, comme ça, quoi. L’oeuvre est réalisée sur du bois de récupération : au revers se présentent deux traces d’attaches qui laissent penser que l’on envisagea d’abord d’utiliser le format à l’horizontale. On imagine bien en effet cette planche rustique, à moitié ouvragée, gravée d’un "home sweet home" et faisant office de décoration de linteau. Finalement basculée verticalement, et ornée de cette figure sommaire, c’est un totem qu’elle évoque, voire, avec son oeil percé, un genre de masque. Le soin apporté au tracé et à la mise en couleur n’enlève rien à l’aspect rudimentaire du visage qui, comme son auteur, n’est pas très loquace.
N° 95. Pièce acquise le 13 avril 2009 à Saint-Memmie.
Huille sur toile.
Signée D. Ciarletta.
60 x 37 cm.
Affirmons tout de suite que parmi les oeuvres de notre collection, la pièce n°95 est une de celles que nous préférons - pour sa beauté, pour son étrangeté qui résiste à l’analyse et à l’observation. Car malgré le caractère évidement narratif de cette scène, nous ne saurions - peut-être est-ce faute de culture religieuse - rien dire de ce qui s’y déroule. Un rassemblement, des attitudes qui évoquent l’attente, des flambeaux, la pleine lune, un agneau, une sans-doute-Vierge, un enfant-probablement-Jésus (si l’on en croit ses proportions, correspondant à un canon de représentation médiéval : corps d’adulte réduit aux dimensions d’un très jeune enfant…).
Outre l’hermétisme de la scène, l’étrangeté réside aussi, sinon plus, dans la manière du peintre, particulièrement déroutante et inclassable. Et c’est ce qui rend ce tableau spécialement intéressant dans notre collection, dont il est d’une certaine manière, par ce qu’il questionne ici, représentatif.
Sur quels critères juger une oeuvre telle que celle-ci ? Comment mesurer les intentions du peintre, ses "capacités", sa culture artistique (dans le sens où Dubuffet…). Nous sommes face à une peinture qui peut tout aussi bien être classée - s’il fallait classer - dans un art brut que dans un art savant, dans l’habileté que dans la maladresse, bref du côté du bon ou du mauvais art.
L’oeuvre serait d’un Derain ou d’un Munch que la discussion deviendrait inutile, la réputation du créateur la plaçant illico du côté noble, du "bâclé" volontairement très expressif (ou l’inverse). Qu’elle soit envisagée comme étant d’un marginal indemne de culture artistique et nous y noterons la force instinctive du brut. Qu’on l’imagine, pourquoi pas, d’un artiste amateur, et l’on y verra la mise en oeuvre assez habile de connaissances artistiques plus ou moins bien digérées, mâtinée d’un attrait pour le mythique ou le religieux.
La relativité induite par ce type de représentation, ce flottement obligé des critères de jugements nous renvoient à la discussion dans laquelle nous entraîne Bruno Montpied, alias le Sciapode, en commentaire à l’un de nos articles et sur son passionnant blog, Le Poignard subtil.
[après avoir présenté les 23 premières pièces de la C.A.P.U.T. dans leur ordre chronologique d’acquisition, nous avons décidé de nous en remettre au hasard pour les suivantes ; maintenant nous tirons d’un gobelet de petits papiers numérotés]
N° 177. Pièce acquise le 1er mai 2009 à Gueux.
Huile sur toile.
Signée L. Berthier.
46 x 33 cm.
Après les voiliers pyrogravés, en voici de nouveaux, dans un tout autre style et une autre technique, si on peut appeler ainsi la manière brute d’appliquer la peinture sur la toile. L’artiste a, outre le pinceau, utilisé le couteau et ses propres doigts, à preuve les empreintes dans le ciel.
Il faut placer chaque couleur en son lieu, empâtant les objets selon leur nature, leur plan, leur degré de lumière ; et, pour faciliter le travail subséquent, donner la plus grande union à la couleur.
L’ébauche étant terminée et bien sèche, on racle la peinture très-légèrement avec le couteau, pour enlever le surplus de la couleur et la rendre bien unie. […] Les couleurs étant posées franchement les unes à côté des autres, on les fond avec une brosse sèche, dont l’office est de conserver la pureté et la finesse des teintes, de manière à reproduire cette suavité dans les contours, cette union, cette finesse que présente la nature. […] Le tableau doit être construit avec ensemble, avec ordre, et maintenu constamment dans l’harmonie générale, de façon qu’il ne présente pas des parties terminées et d’autres à peine ébauchées.
On peint les draperies bleu d’azur franchement dans la pâte et dans leur nuance exacte, afin de conserver la fraîcheur et la pureté qui caractérisent cette couleur. On glace les autres nuances avec des couleurs transparentes que l’on passe sur toute l’étoffe, à plusieurs reprises, et surtout dans les ombres.
Après avoir achevé de recouvrir chaque partie du tableau par des empâtements plus ou moins robustes, selon la nature des différents objets qui le composent, on termine la peinture en donnant plus de vigueur, plus d’union aux parties qui en manquent, et l’on peut passer sur le tout un glacis doré très-léger qui ajoute à l’harmonie générale.
David Sutter, Philosophie des Beaux-Arts appliquée à la peinture,
Jules Tardieu libraire éditeur, 1858, pp. 339-341
Souvent, l’antiquaire vendant des peintures en brocantes ne veut pas descendre son prix au-dessous de 15 ou 25 €. Car, voyez-vous, sa toile, même mal conservée, même peu originale, est "ancienne". Et l’ancien, ça a de la valeur. Et l’antiquaire, il faut bien qu’il bouffe. Ne le lui reprochons-pas.
Quelquefois, l’antiquaire qui n’a pas réussi à vendre sa toile n’a pas envie de s’en encombrer au retour, et il doit se dire que s’il ne l’a pas vendue là, il ne la vendra pas dans sa boutique.
Alors, cela arrive, il l’abandonne. Mais l’idée qu’elle puisse être récupérée par un merdeux incapable de lâcher 15 ou 25 € lui réveillerait son ulcère.
Alors, il donne un bon coup de talon dedans et peut repartir apaisé.
N° HM-04. Lieu découvert le 19 juillet 2009 à Vresse-sur-Semois
Longue palissade d’exposition de peintures.
Nous continuons notre route le long de la Semois et, traversant le village de Vresse, nous sommes stupéfaits de remarquer une exposition en plein air qui, par son hétéroclisme et l’amateurisme de son ensemble, ressemble au couloir de la C.A.P.U.T. La centaine d’oeuvres couvrant cette palissade fait, à n’en pas douter, de cette paisible localité ardennaise un "village d’art".
A quelques mètres, une sculpture représente LE peintre avec tous ses attributs.
Régulièrement, le village organise un festival où les peintres, amateurs et professionnels, sont invités à venir exercer leur passion à l’air libre (voir, en bas de la page de ce blog, quelques artistes en action dans les rues de Vresse). Les oeuvres sont ensuite exposées sur cette grande palissade où elles subissent les conditions météorologiques. Ainsi sommes-nous face à ce plaisant paradoxe de l’art revendiqué dans toute sa noblesse mais présenté dans une dimension éphémère, sans souci de conservation.
De cet ensemble, retenons en particulier cette toile torturée qui nous évoque les représentations infernales de Jérôme Bosch autant que celles de Frida Kahlo.
N° 22. Pièce acquise en juin 2008 dans les environs d’Epernay.
Gouache sur papier.
Signée Desbordes M.
Datée 30.8.57.
31 x 21 cm.
N° 23. Pièce acquise en juin 2008 dans les environs d’Epernay.
Gouache sur papier.
Signée Desbordes Maurice.
Datée 17.11.1957.
27 x 18 cm.
Ces deux paysages, bien qu’ils soient très différents, nous rappellent ceux de M. Coubard. Leur ruralité — et la montagne pour l’un —, leurs couleurs, leur époque, la jeunesse de leur auteur. Voici en tout cas une œuvre que nous aimons particulièrement, par son élégance, sa sérénité, sa douce solitude…
Sur l’une des peintures, l’artiste a complété sa signature de la mention de son âge : 19 ans, croyons-nous lire. Dans quelle intention ? Documentaire ? Fierté d’une certaine précocité ?
[…] Nous avons eu le bonheur de retrouver, dans les archives de la Société, et nous nous empressons de consigner ici une pièce pétillante d’esprit, intitulée : Un Cauchemar ; l’auteur était M. de Montherot, qu’il vous a été donné de posséder quatorze ans et qui a si souvent répandu, pendant qu’il présidait à nos travaux, la plus aimable et la plus franche gaieté sur nos séances. Un jour qu’il se trouvait à Saint-Point, chez son beau-frère Alphonse de Lamartine, M. de Montherot avait voulu placer une pochade de sa façon, dans la galerie de notre poëte lyrique, et il nous l’offrit ensuite en tribut, à la séance du 4 mars 1840 :
UN CAUCHEMAR
Saint-Point, vendredi 11 décembre 1837.
Quand le jeudi finit, le vendredi commence, Axiome prouvé jusques à l’évidence ; L’expérience encor nous apprend qu’ici-bas Les jours en se suivant ne se ressemblent pas. Je hais le vendredi !… non que son influence Offre un fatal présage à ma crédulité : Par les faibles esprits c’est un jour redouté, Pour ceux qu’on voit pâlir de l’effroi qui les frappe A l’accident du sel renversé sur la nappe, De deux couteaux en croix ou de treize à dîner… Pourquoi le vendredi me fait-il frissonner ? C’est qu’il s’annonce à moi comme un spectre tout blême, Tout maigre, un véritable échappé de carême. Le jeudi, je m’écrie, allongeant mon repas : Dînons bien, car demain je ne dînerai pas. Des légumes, des œufs et la carpe épineuse, Des noirs étangs de Bresse esclave limoneuse. Je ne dînerai pas !… Ces mots sont dits du ton Dont je dirais : Demain, je dîne chez Pluton. Je m’endormis hier, pesant sur cette idée : Voilà, dans mon sommeil, qu’à mon âme obsédée S’offrit un cauchemar dont l’ombre m’atterra, Un grand fantôme, un spectre, un suppôt de Smarra, Hideux dans ses détails, plus hideux par l’ensemble : Rien qu’à ce souvenir mon cœur bat, ma main tremble. Il n’est point de serpent ni de monstre odieux Qui, selon Despréaux, ne puisse plaire aux yeux. D’un pinceau délicat l’artifice agréable……. Pourra-t-il transformer mon spectre en spectre aimable ? C’est douteux !… Sur son front, sous un seul sourcil noir, Il ouvre en guise d’œil un gros œuf au miroir ; Le vermicelle au lait forme sa chevelure, De sa bouche, exhalant une huile de friture, Il darde, au lieu de langue, une carpe ou barbeau….. Maudit soit le pêcheur qui les tira de l’eau. Oh ! qu’il est long, long, long et maigre, maigre, maigre ! « Tu ne dîneras pas !… me criait sa voix aigre : « Je suis le vendredi ! » — Pour dernier trait, je vois De ses osseuses mains pointer, au lieu de doigts, Dix menus salsifis, qu’une griffe termine, Et ces dix dards aigus picotent ma poitrine. Après de longs efforts, haletant, harrassé, Je soulevai le monstre et je le terrassai. Le spectre à mon réveil renaît avec l’aurore, Il croit me fasciner et m’écraser encore ; Mais tel qu’un pèlerin contemple avec plaisir Un abîme franchi qui devait l’engloutir, Oubliant mon danger, riant de mes alarmes, A mon spectre vaincu je trouve quelques charmes : A tracer son portrait je me suis diverti. Je vais te retrouver à table, ô vendredi : Cessant d’être un fantôme, une impalpable image, Tu prends un corps, une âme, un esprit, un visage : En face de la carpe et des œufs au miroir, Au maigre déjeûner, dolent, je vais m’asseoir. Voilà pour aujourd’hui la tâche de ma lyre. A mes grotesques vers, ami, vous allez dire : Le vendredi, vraiment, vous est un jour fatal ; Vous ne dînez pas bien, et vous rimez plus mal.
Gaspard Bellin, « Notice historique sur la Société littéraire de Lyon »,
in Revue du Lyonnais - Recueil historique et littéraire,
tome XVII, 1858 , p. 380-383.
N° HM-03. Oeuvre découverte le 19 juillet 2009 à Bogny-sur-Meuse.
Sculpture en acier réalisée par des ouvriers.
Quittant Guy Duquenne et Charleville-Mézières, nous continuons notre route dans les Ardennes, dans l’idée de rejoindre le cours de la Semois. En traversant Bogny-sur-Meuse, nous remarquons une sculpture dans une cour et nous arrêtons. De taille humaine et fixée sur roulettes devant un hangar, elle représente un chevalier en armure, entièrement réalisée en acier. Une pancarte nous donne des renseignements :
CHEVALIER FONDAC
SCULPTURE REALISEE PAR
DES OUVRIERS DES ACIERIES DE
CHARLEVILLE (1977)
N° 21. Pièce acquise en mai 2008 dans les environs de Châlons-en-Champagne.
Huile sur toile marouflée sur Isorel.
Signée Ranfaing.
1982.
44 x 33 cm.
Ce vieux marchand aurait été peint par le grand-père de la femme qui nous l’a vendu. Proche du naïf, il s’en démarque toutefois par la richesse de sa facture, comme par plusieurs détails qui nous paraissent révélateurs de la culture artistique de l’auteur. Ainsi par exemple le traitement du personnage, qu’on pourrait qualifier de réaliste post-cubiste, ou l’excès des couleurs, ou encore la présence du traditionnel couteau qui pointe (voir par exemple : 01 ; 02 ; 03 ; 04 ; 05 ), qui transforme la courge sur sa caisse en une nature morte [ … Lire la suite ]
N° 20. Pièce acquise en mai 2008 dans les environs de Châlons-en-Champagne.
Huile sur toile.
Signée S. Abraham.
24 x 35 cm.
Le sujet est banal, le traitement également. C’est d’abord une très bonne raison pour que cette peinture entre dans la C.A.P.U.T. car celle-ci, contrairement à la plupart des collections, en son sein n’accepte pas exclusivement l’originalité.
Il est fort probable que notre artiste soit celle, à la même signature, qui [ … Lire la suite ]