Pendant que certains s’extasiaient à l’idée que Rimbaud avait réalisé son rêve de journalisme, nous retardions volontairement – afin de ne pas étouffer la médiatisation de ce bouleversant inédit du poète ardennais – de nouvelles révélations sur un poète non moins remarquable. Il est enfin temps que le passionné monde littéraire soit au courant : Léo Pillard d’Arkaï, dont il est de notoriété publique qu’il abandonna la poésie pour le journalisme, et concomitamment Paris pour la Côte d’Azur, a failli renverser en 1898 la municipalité niçoise (ce en quoi il est bien supérieur à Rimbaud, puisque ce dernier n’a apparemment, par son articulet, en rien désarmé les Prussiens). Contons donc, grâce à ses collègues de la presse de l’époque, cette incroyable histoire :
Le 5 octobre 1898, lors d’une séance extraordinaire à la Mairie de Nice, M. Icart, conseiller municipal, demande la parole pour un fait personnel et déclare « qu’il vient d’être l’objet d’attaques infâmes de la part d’un journal hebdomadaire qu’il ne veut même pas honorer d’un qualificatif quelconque ». Ce journal, c’est L’Aigle de Nice, « organe des idées réformistes et des revendications locales », dirigé par Pillard d’Arkaï qui a en effet accusé M. Icart, dans un article intitulé « Icart exécuteur, Icart exécuté », de lui avoir transmis un dossier renfermant des accusations graves contre ses collègues du Conseil municipal et de l’avoir payé pour publier ce dossier.
M. Icart ajoute avec un trémolo dans la voix « qu’il n’a jamais remis aucun dossier à qui que ce soit, pas plus qu’il n’a fourni de subsides à un seul journal. »
A ce moment, du banc de la presse, le rédacteur du journal hebdomadaire sus-désigné s’écrie : « Vous êtes un menteur ! ». [ … Lire la suite ]
Le Serpens qui tenta Ève estait andouillicque, ce non obstant est de luy inscript
qu’il estait fin et cauteleux sus tous aultres animaus. Ainsi sont Andouilles. Pantagruel, liv. IV, chap. XXXVIII.
Loups-garous, stryges et harpie,
D’aucuns ont un mufle camard ;
Chez d’autres le grouin copie
Estramaçon ou braquemard.
Empouse, lion de Saint-Marc,
Amphiptère jamais bredouille,
Crocute aux pinces de homard,
Qui plus est maupiteux ? L’Andouille.
Ogresse léchant sa roupie,
Babeau vêtu de poulemart,
Fane aux yeux clairs et malepie,
Caciques de Gustave Aymard,
Les Cauchemars goûtent comme art
Extasié la bonne « douille ».
Mais, du brucolaque au jumart,
Qui plus est maupiteux ? L’Andouille.
Chimère aux sables accroupie,
Nains cagneux supputant le marc
Du teston ou de la roupie ;
Voici, malgré Pline et Lamarck,
Entre Suresnes et Clamart,
Voici l’étrange niguedouille
Frémine avec son galimard.
Qui plus est maupiteux ? L’Andouille.
ENVOI
Prince, banneret, jacquemart,
Ferlampier et coquefredouille,
Rifflandouillez sur le trimard.
Qui plus est maupiteux ? L’Andouille.
Cette Ballade, Laurent Tailhade la publia d’abord, en janvier 1891, dans le Mercure de France pour la reprendre ensuite dans Au Pays du Mufle (1891, 1894 et 1920) que nous rééditons bientôt.
De ce festival de vocables rares, Maurice Rheims retint, pour son Dictionnaire des mots sauvages - Ecrivains des XIXe et XXe siècles (Larousse, 1969 ; réédité depuis sous le titre Abracadabrantesque !), un mot… Devinez lequel. [ … Lire la suite ]
Laissez venir à moi les enfants, grands et petits.
Vous n’ignorez pas, Madame, qu’à ce bal non masqué où sont invités les vôtres, le visage est de rigueur.
Je demanderai donc à chacun en guise de masque sa grimace la plus belle, et je l’examinerai sérieusement.
C’est d’elle que dépend le costume à choisir :
- Voyons, Jacques, cesse ; tu fais une figure de singe !
- Je l’ai, maman, je ne la fais pas.
- Madame, prenez-en votre parti ; sachez même en tirer parti, à l’occasion.
Il obtient un joli succès, ce fils - un succès peut-être un peu trop chaud - sous les poils roux qui l’habillent des pieds à la tête, ne laissant à découvert qu’une grimace légèrement fardée.
Un maillot souple, un gamin leste, quelques singeries, il n’en faut pas davantage pour être "réussi" en ce monde.
Ce petit texte est de Claude Cahun, écrit au temps où, très jeune, elle tenait la rubrique de la mode au Phare de la Loire. Usant d’une totale liberté de ton (le journal était dirigé par son père), elle se pliait assez perfidement au jeu du conseil à Madame, s’y amusant visiblement beaucoup…
"Madame donnera le ton de toilette à toute sa petite famille, fière d’être habillée comme de grandes personnes : à la promenade, Madame conduira [ … Lire la suite ]