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Viennent de paraître :

image de Quelques lettres à Lord Jim - Dominique Meens - editions Cynthia 3000
Quelques lettres à Lord Jim
de Dominique Meens
18 €. 202 pages.
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image d'Au pays du mufle - Laurent Tailhade - editions Cynthia 3000
Au pays du mufle
de Laurent Tailhade
20 €. 146 pages.
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Également disponibles :

Triling - Jean-René Lassalle - editions Cynthia 3000
Triling
de Jean-René Lassalle
9 €. Portefolio, 9 dépliants. [ lire la présentation ]


image du Moulin à parôles nostalgiques - Mickaël-Pierre - editions Cynthia 3000
Le Moulin à parôles nostalgiques
de Mickaël-Pierre
10 €. 80 pages.
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image d'Omajajari - Collectif - editions Cynthia 3000
Omajajari
Collectif
25 €. 338 pages.
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image de Carnets d'un basedowien - Jean-Marc Baillieu - editions Cynthia 3000
Carnets d'un basedowien
de Jean-Marc Baillieu
12 €. 92 pages.
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image de Troublant trou noir - Grégory Haleux - editions Cynthia 3000
Troublant trou noir
de Grégory Haleux
7 €. 65 pages.
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image de IL*** - Léo d'Arkaï - editions Cynthia 3000
IL***
de Léo d'Arkaï - suivi de
Pillard d’Arkaï, bandit des terres
, par Gilles Picq .
6 €. 60 pages.
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Etant donnes - editions Cynthia 3000
Étant Donnés
de Céline Brun-Picard
& Grégory Haleux
9 €. 104 pages.
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Quatrains pour le Savon des Princes du Congo 
par Gregory Haleux, le 23rd November 2009

 

Vendredi dernier, se déroulait à Paris le XIIIe Colloque des Invalides.
Nous nous souvenons avec émotion avoir rencontré, à la Xe édition, Eric Dussert, Barbara Pascarel, Eric Walbecq, Marc Décimo, François Caradec… Le colloque, consacré aux querelles et invectives, s’était terminé de manière pathétique par les numéros de clowns pas drôles de Beigbeder, Matzneff et quelques faire-valoirs. Autant dire que le thème du colloque de cette année, la réclame, était déjà là il y a trois ans, par la présence d’un ex-publicitaire, d’un produit de publicité, et d’autant plus que l’un des maîtres d’oeuvre de ces journées s’y connaît en tapage pour des broutilles.

Bref, voici pour nous l’occasion de partager, après Monselet, Perec, Bibendum, Rouff & Curnonsky, une autre perle de la poésie publicitaire : les quatrains du Congo.
En parcourant, pour nos recherches autour de Pillard d’Arkaï et Fagus, les journaux fin XIXe, nous rencontrons, perdus dans le fatras des troisièmes pages, entre les échos des tribunaux et ceux des théâtres, des quatrains vantant les bienfaits du savon pompeusement nommé des Princes du Congo, créé par le roubaisien Victor Vaissier. Ces vers de mirliton ont plus d’un intérêt : ils témoignent d’une époque, de ses événements politiques et culturels, de sa société ; ils montrent, quelle que soit leur qualité, l’importance qu’avait alors la poésie ; ils sont amusants, par leur gauloiserie et par l’étendue des procédés humoristiques employés ; par la multiplicité des thèmes invoqués ; par la variété des tons ; par le recours à la parodie et au détournement…
Nous avons réuni tous les quatrains des années 1897 et 1898 que nous avons pu trouver et vous en offrons une édition sous format PDF, avec notes pour les sources et les variantes :

 

 

Marc Angenot a écrit un petit livre remarquable : L’Oeuvre poétique du Savon du Congo (éditions des Cendres, 1992), dans lequel il étudie, avec beaucoup d’humour, la diversité de cette oeuvre monumentale, ses jeux intertextuels, les rapports qu’elle entretient avec son époque, avec ce « passage d’une société de puanteur négligée à la société de savoir-vivre olfactif ». Aussi s’intéresse-t-il à la pensée sociale et politique lisible dans ces vers, et notamment à la vision contrastée de la femme s’émancipant.

Il y a cependant un point que le livre n’étudie pas, ou trop peu à notre goût : la question de l’auteur.
Angenot l’évoque en parlant des « rimeurs bénévoles et anonymes » d’une oeuvre « démocratiquement collective » et met celle-ci, dès la première page de son livre, sous le signe de la célèbre proposition ducassienne : « La poésie doit être faite par tous », concluant pour nous trop vite que l’oeuvre du Congo a réalisé ce voeu. Sa communication au dernier colloque des Invalides s’intitule « La poésie faite par tous ou la publicité en vers ». N’ayant pu y assister, nous ne savons pas si sa vision est toujours la même.
Nous remarquons bien plusieurs signes suggérant cette idée : il y a d’abord ces nombreux quatrains mentionnant l’envoi de vers par des amateurs. Il y a aussi certaines signatures dont on ne peut douter de l’authenticité. Ainsi Albert Bouchery (1897, p. 65) est-il certainement l’imprimeur et directeur du Carillon. Comment douter que Mlle Bourdillon (1898, p. 34 et 35) ne soit pas celle qui, cette année-là, fut élue Reine des Halles et des marchés ? Victor Levère (1897, p. 9) ne peut être que le directeur — qui signait également Isambart le Toqué — de L’Echo des Trouvères - Organe de l’Athénée des Troubadours, journal qui offrait une grande place à la poésie parfumée au Congo (Victor Vaissier était membre d’honneur de l’Athénée). Mais en regard des centaines de noms ou d’initiales — qui sans preuve supplémentaire ne valent pas mieux que les signatures des prosaïques publicités à attestations —, c’est bien peu.

 

 

On peut se demander si ce ne sont pas des symbolards ou décadents qui s’amusent à signer André Gil, Jean de Mity, Joséphine Péladard, Boyer de Limoux, Jules Roubichon ou J. Le Lorrain… Pour ce dernier, n’est-ce pas lui-même, Jacques Le Lorrain, tant le vocable recherché du poème « Ménélik, negus d’Abyssinie » (1898, p. 81) ressemble à celui du poète-savetier ?
Marc Angenot se demande : « mais qui dit que Verlaine ou Mallarmé n’ont pas envoyé quelque jour leur quatrain ». La question est aussi pertinente qu’excitante. Nous savons que Léon Deubel, dans sa jeunesse, fut lauréat d’un concours ayant pour sujet imposé le Savon du Congo — peut-être l’un de ceux organisés par Vaissier et Levère dans L’Echo des Trouvères. Albert Mockel écrit à André Gide, le 31 janvier 1895 : « Toute littérature s’en va à la fumisterie. Voici aujourd’hui Merrill qui m’envoie des vers pour le savon du Congo (et cela en insinuant qu’il connaît des rimes à saligaud) […] » (André Gide et Albert Mockel, Correspondance (1891-1938), Droz, 1975, p. 136). Rêvons qu’un jour il faudra ajouter un quatrain congolais aux oeuvres complètes d’Arthur Rimbaud.

Mais résumons pourquoi nous doutons que l’oeuvre poétique du Congo soit si collective : d’abord, trop de vers, soi-disant de poètes amateurs et spontanés, parlent de la concurrence, d’imitations voire de plagiats, toutes questions qui semblaient tourmenter l’industriel Vaissier… Ensuite, et c’est le plus troublant, les mêmes poèmes, parus à quelques jours ou semaines d’écart, voire le jour même, dans des journaux différents, peuvent être non seulement publiés sous d’autres noms mais surtout présenter de singulières différences, très souvent comme si le poète se corrigeait, améliorait le premier jet ; quelquefois, semble-t-il, juste pour le plaisir de varier. Il serait très étonnant que tant de rimeurs bénévoles aient eu le souci du rythme ou du mot juste au point d’envoyer plusieurs épreuves… N’ayant pas d’éléments précis justifiant l’origine des quatrains, nous pouvons nous demander si, malgré ce que voudrait peut-être nous faire croire, en as du marketing, Victor Vaissier et contrairement au rêve de l’impensable comte de Lautréamont, la poésie du Congo ne serait pas plus près de l’un que du tous.




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