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Visite à Frère Tranquille 
par Gregory Haleux, le 14th May 2008

Samedi 3 mai. Sur les traces de Fagus à Belleville. D’abord la déception de trouver rue Pelleport, 139 (où il habita en 1918) et 178 (… en 1902), des immeubles récents… Forcément, il aurait fallu s’y attendre. En entrant rue des Fêtes, on se dit qu’au 9 (… en 1898) on pourra voir l’immeuble. Pas de chance, un échafaudage le cache… Rue de l’Avenir, 3 (… en 1899), on peut mieux s’imaginer, d’autant qu’ironie, c’est un cul-de-sac (au bout, à gauche, qu’il était).

Déjà en 1901 à la Revue Blanche, Fagus, dans une série d’articles intitulée « Paris tondu », se révoltait contre « l’effort suprême de la centralisation », prévoyant le pire : « Paris, venu de la terre y reviendra. D’une façon dramatique sans doute. A mesure qu’elle crût, elle arracha de son propre sol matière à croître encore : le bois d’abord, puis l’argile, et le sable, et la meulière, de sorte qu’à présent elle se trouve tout entière suspendue sur un, deux, en des endroits, trois étages de souterrains. Ajoutez la perforation pour les chemins de fer métropolitains, ajoutez les égouts, les conduites pour l’eau, le gaz, le téléphone, l’électricité, et vous concevrez l’effrayant spectacle de la tour de Babel qui indéfiniment ronge ses pieds d’argile pour s’exhausser d’un étage et encore d’un étage. »

Et; dans Les Ephémères (éditions du Divan, 1925), recueils de « Paysages parisiens » parus pour la plupart dans le Mercure de France en 1913 et 1914 :

EXTENSION


Comme vous j’ai mes morts : une cousine au cimetière d’Ivry ; mon père, ma mère, au Père-la Chaise ; ma femme, mon fils, à Belleville. Je savoure une
mélancolique consolation à les savoir reposer dans ce Paris, le mien, le leur, le nôtre, et ce sont fleurs de mon jardin que j’offrais à leurs tombes… quand j’avais un jardin. Pour ma petite soeur, elle dort à Belleville aussi, tout là-haut, et mon petit frère à Pantin : voici longtemps qu’on les a versés à la fosse commune. N’importe ; leurs dépouilles n’en sont que plus intimement mêlées à notre terre parisienne. Nous sommes présents.
Or, voici que, décentralisatrice à sa façon, l’administration-de-la-préfecture de la Seine abat les fortifications, écartèle notre ville, prétend distendre jusqu’aux limites du département, puis au delà. Cela se baptise, par euphémisme, l’Extension de Paris : Ravaillac et Damiens furent extendus ainsi ; dépeçage en grand. Soit. Seulement, et cela est prévu, on « désaffectera » les cimetières, selon qu’on s’exprime, toujours par euphémisme (puisqu’on n’a pas le courage de nommer les choses par leur nom). Et mes morts ? On m’en expulse ? on me les déporte ? à moins qu’on ne les « incinère », en tas ? Oh ! immédiatement, non : dans un siècle. Mais, dans un siècle, je vivrai comme aujourd’hui : je vivrai toujours en la personne de tous mes petits-enfants, et mêlé à leur, à ma terre, à tous nos pères.
Il y a quelque chose de touchant, de puéril, et d’auguste aussi, dans la formule « Concession perpétuelle ». Et aussi de réel : droit formel, propriété, qui tiennent à la chair. Que dans un an, dans cent, dans mille, on disperse nos corps, on nous a assassinés. N’est-ce pas suffisamment cruel, que je ne puisse retrouver la place de la chambre où je suis né, rue des Moineaux, là-bas, à Bruxelles la Blonde ?

(Fagus, Les Ephémères, éditions du Divan, 1925, pp. 45-46)

Nous sommes allés au cimetière de Belleville. La tombe y est effectivement toujours et, bien que lézardée, elle semble entretenue. Il est émouvant de voir cette douleur inscrite dans la pierre, celle de la perte pour Fagus, à son retour de guerre, de sa femme et de son fils. Et lui, nommé comme poète, sous son pseudonyme horticole. Et cette devise des Chartreux, Stat crux dum volvitur orbis (« Le monde tourne, la croix demeure »), qui est aussi l’argument général de l’oeuvre que forment plusieurs des principaux livres de Fagus.
Selon Paul Léautaud, Fagus eut ces dernières volontés auprès de sa seconde femme : « Pas de discours, pas de fleurs, pas de couronnes. Vous m’entendez ! Rien ! Vous me mettrez un chapelet dans la main, avec un bouquet de violettes. Vous ferez cela vous-même, vous m’entendez, vous-même. J’y tiens ! » (Paul Léautaud, Journal littéraire, Mercure de France, t. II, p. 1351)
Plus loin, Léautaud raconte les obsèques :
« Cimetière de Belleville, rue du Télégraphe, la rue la plus haute de Paris, me dit Deffoux. Il a plu a torrent jusqu’à onze heures. Nous pataugeons dans le sol trempé. Un caveau frais ouvert, dont la maçonnerie est encore à faire. On y descend le cercueil. L’eau bénite, et on s’en va. Sur le cercueil, un immense crucifix de cuivre doré. Ce soir, en écrivant ces notes, toujours sur ce singulier effet, de penser à cet homme qu’on a connu, avec qui on bavardait encore il y a quelques jours, qui allait et venait comme nous allons tous, et qu’on a laissé au fond d’un trou, allongé tranquillement sur le dos dans une caisse bien fermée, et de se le représenter ainsi. Mme Fagus était allée ce matin de bonne heure à l’Institut médico-légal lui placer dans les mains son chapelet et son bouquet de violettes. » (Ibid., p. 1356)


- Grands frères qui dormez sous la calme bruyère

Pendant que les fourmis vous dévorent les yeux,
La chair pleine de plomb, plein la bouche de terre
Où tremble la poussière auguste des aïeux ;

Martyrs vouant à Dieu vos plaies grandes ouvertes,
Martyrs de votre foi, parfois de vos erreurs ;
Innombrables hosties à la Patrie offertes,
Vaincus obscurs, pareillement obscurs vainqueurs ;

Grands frères qui dormez sous la haute liane,
Conquérants, voyageurs, ou saints des Missions,
Ou forçats qui semez les sables des Guyanes ;
Décapités cherchant vos têtes à tâtons ;

Victimes des destins, ou de votre folie,
Vieillards, vierges, guerriers, ou bébés au berceau ;
Gens simples s’éteignant comme eût fait leur bougie,
Malades dont les corps s’en allaient par morceaux ;

Fiers passants dont la fin fut une apothéose ;
Humbles n’ayant pas même à se voir oubliés ;
Riches emmitouflés dans vos capsules closes,
Morts de mille ans et morts d’hier vous me parlez.

Ce n’est plus vous qui êtes là sous ces ordures
Et qui remugle là sans forme ni pensée,
Mais votre résidu mortel, la gangue impure
Que pourtant nous nommons la vie en insensés ;

Tandis que ce magma fermente pêle-mêle,
Ce qui fut éternel en vous est là présent :
A travers ma prison éphémère il m’appelle.
Moi qui suis mort encore, il parle, je l’entends ;

Car je suis mort jusqu’à ce que ce vain corps meure :
Souffle, pensée, ardeurs, mourront avec sa vie ;
Fleurs humaines il faut s’effeuiller, voici l’heure,
Et se résoudre en choeur dans l’éternel oubli ;

Heure à heure je meurs et tout meurt par le monde
De ce que je nommais la vie en blasphémant :
Ames des morts emportez-moi dans votre ronde,
Anges, morts délivrés qui seuls êtes vivants ;

Aspirez-moi de tout l’effort de vos prières,
Communion des morts, communion des saints,
Comme un rayon de plus à l’orbe des lumières
Dont la sphère tournoie au pied du Saint des Saints ;

D’avance et sans regret j’adresse à toutes choses
L’adieu du naufragé qui sombre sans effort :
Coule, radeau d’un soir, tombez, senteur des roses,
Mourez, mon bloc charnel qui déjà sent la mort !

Corps méprisable et cher il le faut, que tu meures ;
Souffle, pensée, ardeurs, mourront avec ta vie :
Fleurs humaines il faut s’effeuiller, voici l’heure,
Pour refleurir en choeur à l’immortelle vie ;

Ames des morts réconciliés, sphère immense,
Mélodieux et magnétique vibrement
Dont le centre est partout et la circonférence
Nulle part, prenez-moi dans votre tournoiement :

Vous qui avez souffert et qui souffrez encore,
Accords troubles luttant encor pour vous purger,
Dissonances vous résolvant, blancs météores
Dissipant la ténèbre où je reste plongé ;

Et vous qui triomphez dans votre délivrance
Et le ravissement sans limite et sans fin,
Justes comme un nombre juste, lumière et danse,
Par delà la souffrance et les bonheurs humains !


(Fagus, Frère Tranquille, Edgar Malfère, bibliothèque du hérisson, 1922, pp. 126-128)

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