par Celine Brun Picard, le 2nd August 2008
Concours de grimaces
Laissez venir à moi les enfants, grands et petits.
Vous n’ignorez pas, Madame, qu’à ce bal non masqué où sont invités les vôtres, le visage est de rigueur.
Je demanderai donc à chacun en guise de masque sa grimace la plus belle, et je l’examinerai sérieusement.
C’est d’elle que dépend le costume à choisir :
- Voyons, Jacques, cesse ; tu fais une figure de singe !
- Je l’ai, maman, je ne la fais pas.
- Madame, prenez-en votre parti ; sachez même en tirer parti, à l’occasion.
Il obtient un joli succès, ce fils - un succès peut-être un peu trop chaud - sous les poils roux qui l’habillent des pieds à la tête, ne laissant à découvert qu’une grimace légèrement fardée.
Un maillot souple, un gamin leste, quelques singeries, il n’en faut pas davantage pour être "réussi" en ce monde.
Ce petit texte est de Claude Cahun, écrit au temps où, très jeune, elle tenait la rubrique de la mode au Phare de la Loire. Usant d’une totale liberté de ton (le journal était dirigé par son père), elle se pliait assez perfidement au jeu du conseil à Madame, s’y amusant visiblement beaucoup…
"Madame donnera le ton de toilette à toute sa petite famille, fière d’être habillée comme de grandes personnes : à la promenade, Madame conduira par la main un garçon que l’on prendra pour sa petite soeur.
Vous teniez bien en laisse, la saison dernière, un chien de police.
Un gamin n’est pas plus encombrant. Sortez le vôtre, puisque, cette année, les enfants sont à la mode."
Ses chroniques, elle les rédigeait au masculin :
"Figurez-vous qu’on voudrait lancer à Paris un pyjama pour dame. Êtes-vous féministe ?
Moi, ça m’est égal.
Mettez mes pyjamas, fumez ma pipe et faites mes articles.
Mais passez-moi votre Kimono."
Dérivant sans cesse, culotté(e) de fil blanc :
"La poésie est partout où l’on veut bien en mettre, et je sais de vieux grammairiens qui trouvent une mystérieuse beauté à dériver fève de haricot ! Vous et moi, préférons les modes grecques au mots latins…"
Plus loin on lit : "Une question s’impose. Quelle tête peut se porter avec un habit noir ?"
La réponse, et d’autres impertinences modistes, sont à lire dans Claude Cahun, Ecrits, chez Jean-Michel Place, 2002.

Le blog 
August 3rd, 2008 at 12:49 pm
À propos du kimono
(pyjama japonais)
de Claude Cahun
(comptez donc jusqu’à 17)
Cessez Céline !
Cas 1
Cas A
Chaos
(et caetera)
— Votre masque enfariné ?…
August 9th, 2008 at 2:05 am
17 ?
Un Un, un A, un os. Je seiche dès le K3 (cas rosse). Mais vous fréminez, Jacques…