par Gregory Haleux, le 8th August 2008
SUR LA FÉROCITÉ D’ANDOUILLE
qu’il estait fin et cauteleux sus tous aultres animaus. Ainsi sont Andouilles.
Pantagruel, liv. IV, chap. XXXVIII.
Loups-garous, stryges et harpie,
D’aucuns ont un mufle camard ;
Chez d’autres le grouin copie
Estramaçon ou braquemard.
Empouse, lion de Saint-Marc,
Amphiptère jamais bredouille,
Crocute aux pinces de homard,
Qui plus est maupiteux ? L’Andouille.Ogresse léchant sa roupie,
Babeau vêtu de poulemart,
Fane aux yeux clairs et malepie,
Caciques de Gustave Aymard,
Les Cauchemars goûtent comme art
Extasié la bonne « douille ».
Mais, du brucolaque au jumart,
Qui plus est maupiteux ? L’Andouille.Chimère aux sables accroupie,
Nains cagneux supputant le marc
Du teston ou de la roupie ;
Voici, malgré Pline et Lamarck,
Entre Suresnes et Clamart,
Voici l’étrange niguedouille
Frémine avec son galimard.
Qui plus est maupiteux ? L’Andouille.ENVOI
Prince, banneret, jacquemart,
Ferlampier et coquefredouille,
Rifflandouillez sur le trimard.
Qui plus est maupiteux ? L’Andouille.
Cette Ballade, Laurent Tailhade la publia d’abord, en janvier 1891, dans le Mercure de France pour la reprendre ensuite dans Au Pays du Mufle (1891, 1894 et 1920) que nous rééditons bientôt.
De ce festival de vocables rares, Maurice Rheims retint, pour son Dictionnaire des mots sauvages - Ecrivains des XIXe et XXe siècles (Larousse, 1969 ; réédité depuis sous le titre Abracadabrantesque !), un mot… Devinez lequel.
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Non, rentrez votre empouse et votre crocute, il s’agit de frémine dont notre académicien fait, p. 264, l’entrée FRÉMINER, qu’il explique ainsi :
Argotisme non attesté (?). Variante probable de fremiller, danser, par simple substitution de suffixe. Ce genre de substitution est fréquent dans l’ancienne langue, qui, par exemple, connaissait trépiller à côté de tréprigner.
Vous saluez l’intuition en habit vert, mais vous avez un doute : ainsi la phrase vous paraît quelque peu bancale ou mal ponctuée…
Et soudain, c’est la révélation :
Frémine n’est pas un verbe ! mais le nom d’un poète ! Charles Frémine (1841-1906), auteur de Floréal (1869) et de Vieux Airs et Jeune Chanson (1884). Mais aussi journaliste (Le Siècle, Le Rappel…). Gilles Picq, biographe de Tailhade et génial annotateur du volume à venir chez Cynthia 3000, ne s’y est pas trompé, lui.
Vous imputez évidemment l’erreur de Rheims à ses méthodes de lecture :
Afin de dompter mon attention et pour qu’elle ne cède plus à cette coupable habitude qu’ont les lecteurs de s’intéresser au texte pour lui-même, je dus m’astreindre à regarder une page dans son ensemble comme un observateur aérien "ratisse" une parcelle de terrain dans le dessein de repérer une présence anormale. Après quelques semaines, il me fallait une heure quarante-cinq pour franchir du regard un volume de 275 à 300 pages ; peu à peu, je parvins à réduire ce temps à soixante-dix minutes, pour abaisser mon propre record, si c’est là un record…, à cinquante minutes. Mon oeil, suffisamment exercé, était non seulement en mesure de relever les mots insolites, mais également de détecter jusqu’aux coquilles…
(« Présentation », p. 13-14)
Les coquilles soit, mais pour les coquecigrues, c’est raté.
Vous vous dites que notre priseur se rattrapera sur galimard, et vous avez raison (il faut dire que le mot ne peut être qu’inspirant pour un goncourtisan(t) ) : selon l’entrée GALIMARD qui lui est consacrée p. 272, il s’agit d’un « étui faisant partie de l’écritoire et servant à mettre les plumes ».
Autrement dit, gal(l)imard ferait mine. Particulièrement, me susurre Saussure, en cette année érotique des mots sauvagement tête-bêche. Et c’est pourquoi Maurice Rheims en rajoute une couche, obsédé :
Mais après tout laissons à l’appréciation du lecteur le soin de découvrir le sens de « fréminer avec son galimard ». (p. 272)
Envoi :
Ratisseur, collectionneur
Prisant les mots avec tes pinces
De comme-y-serre érotiqueur,
Qui plus est mots piteux ? Le Prince
Dont on se rheims en bon lecteur.

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