par Cynthia 3000, le 24th November 2008
[suite de l’Affaire Icart…]
Nous savions déjà que le procès en correctionnelle du 5 novembre 1898 avait été repoussé. Le numéro de L’Aigle qui paraissait le lendemain nous en donne la raison :
C’en est fait !
La municipalité Sauvan a vécu !
La barque municipale coule à pic, et les rats prudents la désertent.
Sauve qui peut !
Ce cri sinistre a retenti…
Ce n’est pas seulement un naufrage, c’est aussi une faillite.
Comme les agonisants, sur leur lit de mort, dans la minute suprême qui semble durer un siècle, voient repasser toutes les grandes scènes, douces ou tragiques, de leur existence ; nos édiles en ce dernier jour voient passer sous leurs yeux éteints, ces mensonges que furent leurs entreprises, ces torchons que furent leurs écharpes.
La montagne a accouché d’une souris ! C’est l’aveu même de Me Achiardi, le dernier des adjoints.
Une souris, dites-vous, c’est bien flatteur. Il serait mieux de dire : Un rat d’égout… et de dégoût.
Dans l’écœurement général, il fallait pourtant trouver un prétexte pour sortir.
Le voici :
C’est Icart, oui, Icart qui avait causé le mal, c’est Icart qui apporte le remède.
La plume de ce Jean-Baptiste aura été comme la lance d’Achille : Elle guérit les blessures qu’elle fait !
Il aurait été bien bête, cet homme, de s’immoler pour ceux qui l’avaient lâché, de se faire bouc-émissaire des édiles vendus au veau d’or.
– Que tout s’écroule plutôt que moi, a-t-il dit ! Que celui de vous qui n’a jamais péché ose me jeter la première pierre.
Dans une interview il a commencé par exécuter, après Salvi et Draghi, Navello et Pineau ; puis fier d’avoir démontré qu’il n’était pas le plus grand coupable – aujourd’hui, en ne donnant pas sa démission, il les force à donner la leur.
Pour laisser réussir cette manœuvre, il fallait notre adhésion et nous avions peur qu’elle semblât une complicité. Aussi, quand Me Bensa est monté, à notre domicile, ces jours derniers, pour nous demander au nom de l’avocat d’Icart d’accepter LE RENVOI DU PROCÈS, nous avons voulu qu’il fût bien entendu que ce ne serait pas d’un commun accord mais sur la prière expresse de M. Icart.
Peu nous importe, d’ailleurs, qu’Icart, menu fretin, réussisse à passer à travers les mailles, pourvu que la Justice réussisse à ramasser au fond de son filet la bouilabaisse municipale.
À huitaine !
Le procès renvoyé, Pillard d’Arkaï n’en perd pas pour autant son temps et profite de ce n° 15 de L’Aigle pour attaquer encore la municipalité, en la personne, cette fois-ci, d’un autre conseiller : l’avocat Achiardi. Sous la signature de Vindex et Caccioletta, on reconnaîtra encore, dans les deux articles qui suivent, le style très imagé de notre Pillard.
Dès le début de cette affaire Icart devenue aujourd’hui l’affaire Sauvan-Petit Niçois, la presse et la population ont été unanimes à exiger la lumière, toute la lumière. Mais à chaque pas fait dans ce sens, on sentait un obstacle. La vérité était en marche, comme disait Émile Zola ; seulement un caillou risquait sans cesse de la faire tomber à plat.
Quel était ce caillou ou plutôt ce pousse-caillou ?
Ce n’était pas un simple brave homme du Conseil municipal, comme Moraglia et Giordan, qui n’avaient pas été longs à dire : « Tout ça dégoûte, mieux vaut ficher son camp » et avaient secoué la poussière de leurs sandales sur ce Conseil tombé dans la boue.
Ce n’était pas une honnêteté véhémente comme M. Malvano ou une incorruptibilité personnifiée comme M. Strafforelli.
Celui-ci sur la rive gauche du Paillon et celui-là sur la rive droite sont les deux fleurons du Conseil.
Mais, entre les deux rives, entre les deux ponts, entre les deux eaux, flotte l’humanité vague de Me Achiardy.
Et c’est lui, Me Achiardy, lui qui était le caillou de la situation, lui le gallet du Paillon roulant au gré des tempêtes et des vents, lui le grain de sable qui risquait de faire avorter la révolution – comme jadis celui qui était dans l’intestin de Cromwel !
Quand M. Icart fut pris en flagrant délit de traîtrise, dû être vomi par le Conseil, qui donc l’admit à s’expliquer ?
Ce fut Me Achiardy !
En admettant les explications de celui qui aurait dû être condamné avant d’être jugé, qui donc lui tendit la perche ?
Ce fut Me Achiardy !
Mais qui donc joua vis-à-vis de l’accusé le rôle de ministère public ?
Ce ne fut pas Me Achiardy !
Ainsi toujours à tous les actes de cette lugubre comédie, nous avons vu la vérité cachée sous le boisseau, ou plutôt les révélations dissimulées sous un pan de cette robe… qui cherche une autre robe !
Robe d’avocat ! Robe de juge municipal ! L’heure a sonné de relever ces robes sur tous les dessous inavoués – parce qu’ils sont inavouables !
Notre honnête population ne sachant rien a le droit de tout soupçonner. Lorsqu’elle voit le maire de Nice écrire dédaigneusement qu’il peut s’abaisser à répondre au Petit Niçois, et le Petit Niçois dire que c’est lui faire l’honneur d’une réponse, cette population profondément troublée a le droit de se demander si en tout ceci ce n’est pas elle qui est dupe, et si ce n’est pas la plume de Me Achiardy qui a rédigé les demandes et les réponses !
Vous n’avez pas été nommé adjoint, et reçu avocat Me Achiardi, pour jouer un tel rôle de commissionnaire louche entre les bureaux du Petit Niçois et le domicile de M. Sauvan.
Votre domicile n’est plus ici ni là, ou alors il n’est plus à la mairie ni au barreau.
Pour être avocat politicien on ne doit pas moins en être homme de sens et d’honneur.
Souvenez-vous de vos débuts sur les planches du Cirque de Nice !
Souvenez-vous des tirades finales soigneusement aménagées pour suppléer à l’insuffisance de vos moyens oratoires !
Souvenez-vous que c’est vous qui avez dit que l’Aigle de Nice ne devait pas en être réduite à tenir entre ses serres une ramassa !
Souvenez-vous que c’est vous qui avez dit que pour atteindre l’Hôtel de Ville, il fallait passer sur un lit de fumier et chausser des bottes d’égoutier !
Et ne laissez pas vos mandataires conclure que, pour adoucir le passage, leurs mandants ont mis du foin dans leurs bottes.
Icart, absous par le Conseil, est immédiatement retombé dans son péché mignon.
Interviewé, il s’est défendu, presque lavé, en vidant son sac sur le crâne de Draghi, Navello, Pineau et les mânes de Salvi.
Icart ne s’est nullement expliqué sur son cas à lui ; il s’est retourné perfidement contre ses collègues, qui ont reçu l’insulte sans broncher.
La moindre gratitude aurait dû fermer la bouche à ce dégustateur d’huiles, mais le moindre amour-propre aussi ordonnait aux nouveaux inculpés de ne pas supporter cette nouvelle incartade de celui qu’ils avaient consenti à créditer jusqu’au 5 novembre.
Icart d’accusé se fait accusateur.
Ce sont de nouvelles attaques qui constituent son système de défense.
Eh bien ! vous allez voir que M. Acchiardi va encore chercher le moyen d’épiloguer là-dessus.
À la fin, pourtant, lui prenant le cou dans la fourche d’un dilemme, nous nous voyons obligé de lui demander :
Icart, est-il conscient ou irresponsable ?
M. Acchiardi a admis que ce n’était pas avec l’idée de diffamer qu’Icart avait remis le dossier.
Mais à qui Me Acchiardi espère-t-il faire croire que ce n’est pas en pleine connaissance de cause qu’Icart a proféré contre MM. Navello, Pineau et Draghi, toujours ses collègues, les graves accusations contenues dans son interview ?
Allons, monsieur l’avocat, passé maître en l’art de suppléer à l’insuffisance par la suffisance et au manque de talent par la roublardise, qu’allez-vous faire en présence de ce nouveau fait nouveau ?
Enfin le procès eut lieu. Et ce fut une victoire pour Pillard d’Arkaï, qui ne manqua pas de le claironner dans le numéro 16 de l’Aigle du 13 novembre 1898 :
C’est M. Icart qui a été condamné aux frais et dépens dans son procès intenté à l’Aigle et sur lequel le Tribunal correctionnel s’est déclaré incompétent.
Que va faire le Conseil municipal ?
Il avait spéculé sur la condamnation de notre rédacteur en chef. L’avocat retors, Me Achiardi, prétendait que ce devait être l’auréole du Conseil. Il a fallu déchanter : ç’a été la couronne d’épines.
Icart soldera les dégâts pécuniaires, mais c’est tout le Conseil qui supportera le préjudice moral.
Comment ! édiles complaisants et coupables, vous aviez fait crédit à Icart jusqu’après ce procès avec l’espoir que sa justification devait être la vôtre. Aujourd’hui il est condamné.
Mais, non ! Ce n’est pas lui, c’est vous tous ! Et pour le délai que vous lui avez accordé, et pour le silence à l’Achiardi que vous avez gardé depuis lors, devant tout le peuple, ce n’est pas le pauvre Icart qui est condamné, c’est le Conseil municipal en entier.
Bande de complices ! Bande de cramponnés ! Bande d’inconscients ! Icart est désormais lavé, et c’est sur vous que pèse la tache.
Dans l’affiche reproduisant son interview, il vous l’a clamé crânement : Vous êtes plusieurs plus coupables que lui !
La question aujourd’hui n’est plus de savoir s’il vous a livrés en livrant le dossier. Il vous a plus formellement dénoncés, vous, Draghi, le faux témoin ; vous, Pineau, le notaire de l’Hôtel de l’Amirauté ; et vous Navello, l’homme à l’héritage de millions !…
En présence de ces formidables accusations, Draghi, Pineau et Navello, allez-vous enfin sortir de notre maison de ville ? Ou n’y a-t-il donc plus un conseiller honnête pour vous flanquer dehors, ô vomissures électorales !
Le peuple niçois a des haut-le-cœur de dégoût. Quel triste spectacle, hier, à la chambre correctionnelle que ces avocats retroussant les manches de leurs toges pour remuer cette fange !
Honneur à Me Bernard-Attanoux qui a placé la question sur le terrain du droit, plaidé l’incompétence par les faits mêmes sans citations malencontreuses !
Nos condoléances à Me Drujon qu’après nos souvenirs d’Aix, nous n’aurions jamais cru devoir accepter d’être notre adversaire, et qui en est puni en étant obligé de repartir piteusement avec sa plaidoierie rentrée !
Honte aux faux amis pour lesquels notre humble logis, au rebours de celui de Socrate, n’était plus assez grand depuis quelques jours, et que nous retrouvions à notre table, jusqu’en notre chambre à coucher, âpres questionneurs de notre système de défense !
Pitié à Icart, qui dans tout cela n’a été qu’une victime expiatoire et qui aujourd’hui, en tenant sa parole, la donne non pas forcé et contraint, mais libre et écœuré !
Compliments à Me Franck-Pilatte qui, dans une ironique improvisation, a bien voulu nous féliciter de n’être investi d’aucun mandat municipal. Ce trait d’esprit a bien été le mot de la situation, et M. Pilatte s’est taillé un gai succès en nous disant, avec un merveilleux secret des intonations, que notre citation pour la forme à son client l’Eclaireur lui laissait une « sérénité olympienne ».
Nos remerciements à M. de Catalogne, qui a résumé la plaidoierie de notre éminent défenseur, Me Bernard-Attanoux, en reprochant au demandeur d’avoir fui la lumière, en citant pour injures et non pour diffamation, et en démontrant que la publication du dossier, méritoire pour un simple citoyen, n’était flétrissable que pour un Conseiller municipal.
Nous n’en pouvons dire plus sans entrer dans le compte rendu des débats, qui est interdit par la loi.
Nous aurions voulu dire combien l’assistance fut impressionnée par le superbe mouvement oratoire où Me Bernard proclama qu’après la traîtrise de la dénonciation, le refus de la preuve était une lâcheté !
Nous devons nous taire. Taisons-nous donc ! Ce n’est qu’un mince regret dans l’épanouissement de notre satisfaction.
Il nous suffit de sortir triomphant de ce procès d’où vous, messieurs les conseillers, conseillés par le piètre avocat Achiardi, vous sortez la tête basse.
Dans ce même numéro, sous le pseudonyme justicier de Verax, Pillard signe un article contenant de grosses révélations, non seulement sur certain conseiller de la mairie, mais également sur lui-même : l’attaque d’Icart par l’article du 5 octobre n’est que la partie visible d’un iceberg conspiratif sur lequel Pillard et quelques autres comptaient faire échouer le paquebot municipal.
Le génie de la presse moderne, ç’a été de remplacer le prestige des appréciations plus ou moins littéraires des grands chroniqueurs par l’éloquence sobre et brutale des simples reporters.
Il n’y a rien qui vaille en tête d’un journal un exposé de faits, de faits inédits, de faits graves et surtout de faits vrais.
Tel est l’article que nous offrons aujourd’hui à nos lecteurs en ces premières colonnes.
C’est une bonne aubaine !
Cette fois, inutile de phraser. Voici, nous le répétons, des faits, des faits dont nous sommes prêts à faire la preuve, des faits qui défient le démenti, et sur eux tous débats ne feront qu’en confirmer la véracité.
Dans cette fatigante affaire Icart qui troublera notre ville jusqu’à ce que le Conseil municipal, déjà tombé dans la boue, soit tombé dans l’oubli, il y avait une question capitale à se poser :
Au fond pourquoi donc M. d’Arkaï avait-il exécuté l’exécuteur Icart ?
Le Courrier, et surtout le Bavard toujours subtil, l’apprirent. Les autres, le sachant, le turent.
L’heure est venue de déchirer les voiles : Ce n’est pas M. d’Arkaï qui a trahi M. Icart, c’est M. Icart qui a trahi M. D’Arkaï !
Quel est cet homme en manteau sombre, au collet relevé, au feutre rabattu sur les yeux, qui, de minuit à trois heures du matin, rôde le long de l’avenue de la Gare et des quais du Paillon, s’arrête, chuchotte, et, quand un passant attardé a l’air de le reconnaître, mystérieusement file… comme le macaroni ?
Cet homme, c’est l’homme à la fausse barbe !
C’est lui, le premier, l’unique instigateur de toutes les machinations qui, hélas, ont bouleversé notre cité et provoqué la crise municipale, mené en correctionnelle notre rédacteur en chef, qui en a été le porte parole, et mené à la mort politique et morale l’infortuné Icart, qui en a été le bouc émissaire.
Pitié à Icart ! Bravo à d’Arkaï ! Mais toutes nos colères et nos dégoûts à l’homme qui les a lancés dans la mêlée, et quand il y a eu à trinquer… autre chose que des pots-de-vin, ou des écharpes de quatrième adjoint, s’est enterré au fond d’un de ses sacs comme le dernier des lâches.
Cet homme, c’est le Conseiller municipal de la place St-François et de la rue de l’Escarène, c’est M. Laurent Strafforelli !
Straforelli a joué double jeu, double rôle ; c’est pourquoi il mérite double exécution, double décharge en pleine poitrine et dans les reins.
Ce double Judas politique a renié d’abord les membres de la municipalité et ensuite les ennemis de la municipalité.
C’est chez lui, sur sa convocation, ainsi qu’en témoigneront les intéressés et M. Passeron qui ne put venir chez lui, place Saint-François, au troisième étage, en son salon, qu’eut lieu dans le plus grand mystère, par une nuit d’orage, propice à cette œuvre de ténèbres, la réunion où plusieurs conseillers municipaux décidèrent la déchéance de M. Sauvan, coupable de ne pas avoir chassé Pineau.
On avait décidé d’être cinq au moins pour entraîner le reste du Conseil, quatre hommes et un caporal pour forcer la brêche et planter sur l’Hôtel de ville le drapeau de la protestation niçoise.
On était quatre déjà. Notre rédacteur en chef proposa comme cinquième le conseiller Icart, prétendant qu’il le tenait par le lien mystérieux du dossier Grammont.
Icart, pour des raisons à dévoiler plus tard, ne vint pas à la réunion. En conséquence, la démission fut ajournée, et il fut décidé par Messieurs les conseillers démissionnaires que, puisque Icart ne voulait pas démissionner de bon gré, on le ferait démissionner de force, par le moyen d’un numéro exceptionnel de l’Aigle dévoilant son attitude et mettant ses autres collègues en demeure de l’exécuter. C’est ce qui est arrivé. Après les atermoiements qu’on sait, M. Icart, suivant MM. Moraglia et Giordan, adresse aujourd’hui définitivement à M. le Préfet sa démission de conseiller municipal.
La voici :
Monsieur le Maire,
J’ai l’honneur de vous confirmer la décision dont j’ai fait part dernièrement aux commissions réunies.
Je vous prie de vouloir bien transmettre à M. le Préfet des Alpes-Maritimes ma démission de membre du Conseil municipal.
Agréez, etc.
Icart étant donc enfoui, c’est maintenant et a fortiori le conseiller Strafforelly que la municipalité doit jeter à la voierie.
Une charogne politique de plus. Le tas monte… et le vautour de la montagne fait autour des ronds funèbres.
Devant ce spectacle écœurant, nous tenons notre cœur à deux mains, et, pour l’amour de la cité, nous refoulons un instant dans notre for intérieur tout sentiment d’animosité.
C’est vers M. le maire que nous nous tournons, vers Sauvan, oui, et nous lui disons :
– Honoré ! vous avez eu bien des faiblesses et des complaisances, des faiblesses politiques et d’autres complaisances. Saurez-vous, pourrez-vous, oserez-vous jeter le plus traître des conseillers à l’égout ?
Icart ne valait pas grand’chose, mais Strafforelly ne vaut rien du tout.
Ceci dit, au strict point de vue politique, car nous ne sommes pas journalistes à entrer dans la vie privée du Laurent de la rue de l’Escarène, l’obligé de M. Colombo.
Il s’agit d’un acte public et de l’honneur des mandataires du peuple niçois.
Nous attendons.
Vous avez huit jours, Monsieur le Maire, et vous, Messieurs les conseillers municipaux pour prendre telles mesures que comportent ces nouvelles révélations dont il ne serait pas sérieux de contester l’indéniable publicité et dont l’enquête à laquelle vous allez procéder, ne fera que confirmer l’authenticité rigoureuse et écrasante.
Cette révélation avait plus ou moins été annoncée dans les deux numéros précédents de l’Aigle, où un certain Tin de Carras, qui y tenait une chronique en provençal, Li confidensa de Tin de Carras, sous forme de lettres toujours adressées à « Buon Moussu l’Arkaï », disait :
Monsieur Strafforelli, il ne s’agit pas d’avoir de la pitié pour Icart.
Vous avez été le promoteur de certaines réunions nocturnes chez vous. Dans quel but ? si ce n’est dans celui, d’engager vos amis à démissionner collectivement. A la date du 25 octobre à une heure du matin vous avez pris connaissance du dossier Grammont au domicile de Monsieur d’Arkaï et avez dit le lendemain à votre ami Mouraglia ces paroles sacramentelles : sien foutut caro Mourraglia.
E ben, moussu Strafforelli, est-ce vrai, ce que Tin de Carras avance ? Oui n’est-ce pas ? Alora non li ha plu a recula brave ome, e suives ben vito l’esemple dau brave fidelié Mourraglia. Sinon gara li confidensa de Tin.
[le passage en italiques est déjà traduit dans la page de l’Aigle]
Confidence sur laquelle il fallait, le 6 novembre, s’expliquer un minimum avant les grandes révélations :
Les questions qu’on nous a posées cette semaine à son sujet, sont relatives au passage des confidences de Tin de Carras où il était dit que M. Strafforelli avait pris connaissance du dossier Grammont, le 25 octobre à 1 heure du matin au domicile de M. Pillard d’Arkaï.
Il nous est pénible d’avoir à trahir ce secret, mais puisqu’on en a un peu parlé, notre devoir est de dire tout.
Oui ! il est exact que M. Strafforelli a pris connaissance du dossier dans les conditions indiquées.
Oui ! M. Strafforelli dans son honnêteté, a été douloureusement impressionné par les révélations du dossier.
Oui ! M. Strafforelli n’a pu s’empêcher de s’exclamer, en se mettant au courant de tous les tripotages :
– Les cochons ! Ils tenaient le Conseil municipal en dehors de tout ».
Oui ! M. Strafforelli, à la suite de cette nuit historique et déjà même auparavant, ainsi que cela ressortira des débats du procès Icart, avait pris la détermination d’exhaler sa démission de conseiller au nez de la municipalité ainsi qu’un hoquet de dégoût.
M. Strafforelli est donc démissionnaire, et ceux qui seraient disposés à accepter sa compagnie n’ont qu’à aller le trouver de notre part.
Le malicieux Tin de Carras (est-ce aussi Pillard ?) ne manqua pas d’évoquer un autre mystérieux rendez-vous :
A Nissa, moussu lou timide Acchiardi invita a la data daù 27 ottobre moussu l’Arkaï en un sountuos soupà a la sieu maion. Francament, ai rason de dire che n’en capissi plu un capoun de bouon tem. Che s’es passat, lou sera daù 27, entrà lou direttour de l’Aigla e lou parla poco moussu l’agiount ? N’en sabi ren.
Bonne question ! Il nous reste maintenant à apprendre à lire couramment le provençal.

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