par Cynthia 3000, le 28th January 2009
N° 4. Pièce acquise en 2007 dans les environs de Châlons-en-Champagne.
Huile sur toile montée sur bois.
28 x 56 cm.
Cette œuvre magistrale a directement été achetée à l’artiste. Une femme d’une soixantaine d’années qui, malgré le prix qu’elle donnait à sa création – cinquante centimes – nous lâcha, le regard baissé, un « C’est beau, hein ? ». Nous gardons un souvenir vivace de l’instant où l’œuvre surgit et de la forte émotion qui s’empara de nous.
Ce caniche qui nous observe figé semble sorti d’un conte gothique ou du cabinet du
docteur Faust. Alors pourquoi nous fit-il tant rire, plutôt que détaler ? L’expression de l’animal, qu’on ne peut avec certitude qualifier, y est bien sûr pour quelque chose : est-il absent, suppliant, réprobateur, serein, au bord des larmes ou prêt à bondir pour nous bouffer l’œsophage ? La qualité plastique joue aussi son rôle : la difformité de la bête, l’informité de ses oreilles, l’énormité de la pâte, l’infirmité du geste…
Et pourtant l’oeuvre émeut, vraiment. Cette fine maladresse dans le genre si majestueux du portrait – royal, avouons-le : le caniche fut un chien de cour –, dans cette mise en scène digne des studios Harcourt, bref, cette inquiétante autant que poilante étrangeté nous… Chapeau, l’artiste !
Un des chiens les mieux aimés de notre sorcière – les sorcières ont des goûts bizarres : sont-elles sorcières parce qu’elles ont ces goûts ? ont-elles ces goûts parce qu’elles sont sorcières ? nous n’en savons rien, et laissons à plus fort que nous à décider cette importante question ; – un des chiens, disons-nous, les mieux aimés de notre sorcière était un petit caniche noir de la plus vilaine espèce. Nous jugeons cela, bien entendu, au point de vue orgueilleux de l’homme : au point de vue de la nature, il n’y a pas de vilaine espèce.
Le fait est que, pour un homme, – nous ne savons pas ce qu’il était pour la nature, – le fait est que ce chien était d’une laideur vraiment extraordinaire : petit, trapu, sale au physique, hargneux, grognon, prétentieux au moral, il résumait à lui seul tous les vices d’un vieux garçon, et, pour cela sans doute, il était généralement détesté de ses camarades.
De cette répulsion universelle, il était résulté ceci : c’est que la Brocante, sa maîtresse, s’était, par un entêtement tout féminin dès l’abord, attachée à lui avec une tendresse maternelle, et depuis, cette affection s’était peu à peu accrue en raison inverse de l’inimitié que lui portaient et que lui témoignaient publiquement ses compagnons.
C’est ainsi qu’elle en arriva à toute sorte d’attentions pour lui, jusqu’à le servir à part et dans un cabinet séparé, pour ne pas le voir mourir d’inanition, tant les autres chiens lui disaient cent choses désobligeantes et lui faisaient souffrir mille géhennes, aux heures solennelles des repas.
Vous savez ce que peut l’orgueil chez les hommes, n’est-ce pas, chers lecteurs ? eh bien, voyez ce qu’il peut chez les animaux.
Ce chien noir, ce caniche crotté, ce Babylas enfin, qui était – toujours à notre point de vue, à nous, – d’une laideur outrageante, se voyant câliné, caressé, choyé, fêté, servi à part, finit par s’imaginer qu’il était le plus joli, le plus coquet, le plus spirituel, le plus aimable, le plus séduisant des chiens. Et, une fois cette pensée entrée dans son esprit, il se mit tout naturellement, comme eût fait un homme en pareille position, à railler ses semblables, à les agacer sans pudeur, tirant la queue de l’un, mordant l’oreille de l’autre, narguant chacun, sûr qu’il était de l’impunité, se rengorgeant, portant haut la tête, faisant la roue, se donnant enfin des airs de telle importance, que tous ses camarades souriaient de dédain, haussaient les épaules de pitié, disant entre eux :
– Quelle prétention ! »

Le blog 


January 30th, 2009 at 5:46 pm
Ah oui, il est très bien ce caput là !
J’en ai deux à la maison du même acabit. Il me faudrait vous en faire copie. Ca n’arrive pas à la racine de la perruque de votre chouette chouette, mais tout de même !
Bonnes chines.
February 6th, 2009 at 8:21 pm
Je me suis toujours demandé si nous pouvions en écrire des tonnes sur les commentaires. Mettons le type fatigué de sa semaine, qui tombe sur un caniche monstrueux, et se met à délirer sa haine des caniches et des chiens en général, manière de passer les colères refoulées au bureau.
Non.
Le préfet littéraire, je connais ce nom par exemple, je l’ai vu quelque part, dites donc, vous êtes branchés chez Cynthia ! Le type fatigué se dit ça et le commentaire d’analyser le réseau, mettons, le préfet, le commissaire, le japonais, le photographe (zut, je ne paux pas mettre de liens !). Non.
Ce type, c’est une malade mental, un polygraphe, un type dans le genre de XXXXXXX. Non, pas ça non plus.
Au bout de trois paragraphes, on est déjà un peu détendu.
Je valide mon commentaire sur les sites dont je sors avant d’arriver chez Cynthia : de l’horritude en continu ! sauf la Main de singe de l’innnénnnnarabllle Louis Watt Owen, le wattman.
Pas un paragraphe qui n’apporte son petit enseignement comme l’autre sa petite gorgée de pisse et le troisième ses petits traités (quand vous voyez petit, c’est que vous l’êtes). Ainsi le tude d’horritude, si ce n’est pas commandé !
Bizarre, pas d’avertissement ! Le commentaire pourrait durer, donc ? Comme la lettre de Ben ? Vous connaissez la lettre de Ben ?
Je me souviens Perec d’avoir pensé écrire mes “bouquins” en laissant des commentaires à rallonge à droite à gauche. Une idée. Les idées ne manquent pas.
Voilà , j’ai tartiné un caniche. Les chuchis viennent d’arriver, la femme de ma vie et moi allons dîner. Dites à l’Oulipo que le caniche est une forme inventée ce 6 février par l’internationale disparatiste.
Salut et respect.