par Gregory Haleux, le 1st March 2009
Découverte du n°10 de Poésie - cahiers mensuels illustrés, consacré à Fagus quelques semaines avant sa mort. La notice qui l’introduit, reproduite ci-dessous, est signé d’un certain Jacques Bergeal, auteur d’au moins deux recueils poétiques, Fables de ma fontaine (René Debresse, 1933) et Les Torches aimantes (Chanth, 1934), avant de devenir peut-être celui qui, sous ce nom, signa dans les années 50-60 des articles scientifiques dans France-Soir.
C’est une grande tâche que de présenter en quelques lignes un poète aussi splendide, aussi varié que Fagus, « l’homme du moyen-âge », le petit hôte de la rue Visconti qui « nourrit en lui un génie » selon l’expression d’André Thérive.
Il fut dans sa jeunesse collaborateur de Willy, de Paul Fort comme de Virgile et de Touroulde ; mais parmi tous les divers mouvements littéraires qu’il traversa, Fagus resta lui-même, c’est-à-dire un poète profondément original, doublé d’un grammairien et d’un érudit dont de nombreuses pages resteront.
Au yeux de Fagus, il n’y a qu’une époque qui mérite d’être analysée, chantée, prisée, dominant les lettres françaises : le Moyen-Age. Très près lui-même des poètes médiévaux par l’inspiration, il blâme tout ce qui s’éloigne de la sincérité, en particulier Ronsard, Malherbe, Victor Hugo et leurs écoles diverses.
Il publia Testament de sa vie première, Colloque sentimental (Vannier, 1898) ; La Prière de quarante heures (Gallus) ; Ixion (la Plume), Jeunes Fleurs, Aphorismes (Sansot) ; Pas Perdus (le Divan) et enfin ses dernières œuvres qui, publiées chez Malfère, mirent son nom dans la bouche de tous les vrais poètes : « Clavecin », La Danse macabre, Frère Tranquille, La Guirlande à l’Epousée, Frère Tranquille à Elseneur. Il traduisit également en vers modernes La Chanson de Roland et les Eglogues de Virgile.
Bien que poète profondément chrétien, Fagus a souvent eu la dent dure dans ses chroniques : ce qui lui a procuré quelques ennemis. Peu d’ailleurs, car sa bonté véritable n’a d’égale que sa modestie exagérée.
L’illustre auteur des Ballades Françaises, Paul Fort, me disait récemment : « Fagus, ce génie, vous l’embrasserez lorsque vous le verrez ! »
En entendant cela, je ne pensais pas que ce serait ici, dans Poésie, que j’exaucerais ce désir.
Ce numéro qui donne à lire une dizaine de poèmes de Fagus, dont un de sa belle écriture, nous intéresse surtout par une photographie que nous ne
connaissions pas. Elle est signée, comme celle que nous reproduisions dans un précédent article, Henri Manuel et appartient certainement à la même séance de pose. Celle-ci, sans trame grossière, nous montre plus nettement le visage de Fagus, ce "regard clair qui se posait sur vous, bien en face dans un faisceau de lumière intense et scrutatrice. Oui, un beau regard fier mais qui vous donnait peut-être aussi l’impression de celui d’un juge ; d’un juge plutôt sévère et qui ne badine pas avec le vrai et le juste." (Jean-Louis Vallas)
Nous avons essayé, en nous inspirant de la colorisation photographique de ces années, de rendre à Fagus le blond et le bleu que tous ses contemporains rappelaient .

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