par Cynthia 3000, le 8th May 2009
N° 10. Pièce acquise en mars ou avril 2008 dans les environs de Châlons-en-Champagne.
Huile sur carton entoilé.
Signée V. Roger.
24 x 33 cm.
« Autre facteur de changement, également bien observé par Luquet : les interprétations secondes qui corrigent le sens initial du dessin, soit en raison d’analogies morphologiques, soit en raison d’une maladresse qui fait d’un détail opportun un détail aberrant. L’enfant peut alors corriger le thème du dessin en fonction de cette erreur : par exemple, un personnage masculin devient féminin parce que le pantalon trop large évoque une jupe, etc. Les psychanalystes inclinent à considérer ces erreurs comme de véritables lapsus, le désir de représenter une femme précéderait l’erreur au lieu de lui faire suite. De telles explications sont vraisemblables dans certains cas, mais non dans tous. Il est certain que, souvent, la forme du dessin ébauché appelle de nouvelles représentations, de nouveaux thèmes. »
Ceci cité sans cécité : l’artiste n’est pas un enfant, mais une dame d’une soixantaine d’années. Cependant, nous croyons reconnaître dans cette
peinture le processus de transformation ci-dessus décrit. L’artiste aurait voulu faire reposer le toutou sur un coussin mais, ayant raté la réalisation du bombé en donnant au contraire l’impression de creux, aurait transformé le doux objet en coupe à fruits. Ces derniers permettraient en outre de masquer partiellement le ratage. Ainsi avons-nous un yorkshire espiègle qui, mettant les pattes dans le plat, renverse son contenu.
Autre interprétation : V. Roger a volontairement figuré le creux parce que ce n’est pas un coussin qu’elle désirait pour son toutou mais une corbeille (pour chien). Corbeille, le mot, par sa polysémie, a imposé à l’artiste ces fruits. Et de la corbeille à la corne d’abondance, il n’y a qu’une papatte.
Osons plus : avec la feuille de vigne, V. Roger se situe dans la grande histoire du camouflage artistique. La rotondité des extrémités du coussin, soulignée par les grappes, et le york surmontant cette masse charnue : l’ensemble évoque à nos cerveaux endiablés d’analogies la phallique chose à cacher. Alors, comme un lapsus, sous le ratage caché y aurait-il l’exhibition du désir et inversement ?

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