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Viennent de paraître :

image de Quelques lettres à Lord Jim - Dominique Meens - editions Cynthia 3000
Quelques lettres à Lord Jim
de Dominique Meens
18 €. 202 pages.
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image d'Au pays du mufle - Laurent Tailhade - editions Cynthia 3000
Au pays du mufle
de Laurent Tailhade
20 €. 146 pages.
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Également disponibles :

Triling - Jean-René Lassalle - editions Cynthia 3000
Triling
de Jean-René Lassalle
9 €. Portefolio, 9 dépliants. [ lire la présentation ]


image du Moulin à parôles nostalgiques - Mickaël-Pierre - editions Cynthia 3000
Le Moulin à parôles nostalgiques
de Mickaël-Pierre
10 €. 80 pages.
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image d'Omajajari - Collectif - editions Cynthia 3000
Omajajari
Collectif
25 €. 338 pages.
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image de Carnets d'un basedowien - Jean-Marc Baillieu - editions Cynthia 3000
Carnets d'un basedowien
de Jean-Marc Baillieu
12 €. 92 pages.
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image de Troublant trou noir - Grégory Haleux - editions Cynthia 3000
Troublant trou noir
de Grégory Haleux
7 €. 65 pages.
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image de IL*** - Léo d'Arkaï - editions Cynthia 3000
IL***
de Léo d'Arkaï - suivi de
Pillard d’Arkaï, bandit des terres
, par Gilles Picq .
6 €. 60 pages.
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Etant donnes - editions Cynthia 3000
Étant Donnés
de Céline Brun-Picard
& Grégory Haleux
9 €. 104 pages.
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Marché de la Poésie - Tailhade, Picq, Meens, Demarcq 
par Cynthia 3000, le 15th June 2009


Jacques Demarcq, en compagnie d’un
autre drôle d’oiseau, Patrick Beurard-Valdoye
Marché de la Poésie, 21-06-08

 

Comme en 2007 et 2008, nous serons présents place Saint-Sulpice à Paris pour le Marché de la Poésie. A cette occasion, nous vous donnons rendez-vous pour deux séances de dédicaces :

- avec Gilles Picq pour notre réédition d’Au pays du Mufle de Laurent Tailhade : samedi 20, à partir de 16h00 devant le stand K1 de l’Atelier du Gué
 
- avec Dominique Meens pour notre publication de ses Quelques lettres à Lord Jim : vendredi 19, de 17h30 à 19h30 au stand A4/A5 du cipM

Les bienheureux qui découvriront ces livres sur le Marché pourront acquérir
un exemplaire de leur premier tirage à 100 numérotés.

Et voici, avant la sortie officielle du livre vendredi, un extrait de ces Quelques lettres où Dominique Meens s’attarde sur cet autre ornithologue, Jacques Demarcq, qui l’année dernière au Marché présentait son grand oeuvre :

 

21 novembre

Demarcq m’a demandé de lui écrire une préface pour Zozios qui paraîtra aux éditions NOUS. Je te la joins car elle suit nos échanges à propos de la machine Lambert Lificot.

 

PREFACE
de Dominique Meens
à l’édition de 2008

Il est connu que la plupart des lecteurs sautent les préfaces comme la hase le fossé et le bouquin la… Non. Puisque Jacques Demarcq doit être malgré tout annoncé, je veux dire malgré le coup de saut que je vais tester ici du lecteur pur-sang, je vais profiter de la situation qu’une préface, et quelle ! celle de Zozios ! me ménage. J’écris en situation, voyez-vous. Deux mots donc sur la machine Lambert Lificot, pour précéder ses réalisations spécifiques une fois placée sous le chef, la frappe, Jacques Demarcq.
La machine Lambert Lificot n’est pas de mon invention, elle n’est pas une invention. C’est une image, peut-être une métaphore, qui jette son drap sur l’incroyable difficulté du sujet, que je restreins à l’auteur parce que ça m’arrange. Les garants sont de la partie, je vous en donne deux qui situeront ma propre mécanique. Michel Foucault s’interroge en 1969, devant quelques membres de la Société française de philosophie : « Qu’est qu’un auteur ? ». Lacan prend la parole à l’issue d’une discussion assez peu serrée, et rabat le caquet de la bêtise présente :
« Deuxièmement, je voudrais faire remarquer que, structuralisme ou pas, il me semble qu’il n’est nulle part question, dans le champ vaguement déterminé par cette étiquette, de la négation du sujet. Il s’agit de la dépendance du sujet, ce qui est extrêmement différent ; et tout particulièrement, au niveau du retour à Freud, de la dépendance du sujet par rapport à quelque chose de vraiment élémentaire, et que nous avons tenté d’isoler sous le terme de “signifiant” »
La machine Lambert Lificot désigne l’assemblage et l’organisation rythmique de ces dépendances. L’assemblage est de nœuds complexes et mouvants qui provoquent et étranglent tout à la fois l’expression ; l’organisation rythmique est ce que vous supposez qui provoque bruits de fond et jaillissements sporadiques, soit dispersés et rémittents. L’Oiseau chante d’après le bec qu’il a, cette façon de proverbe proposé par Breyten Breytenbach pour un livre publié par Souffles en 1987, a le mérite de lever notre lièvre sans charme : il n’y a rien ici de biologique, de naturel, de conformation de la syrinx, si bien évidemment le tuyau que nous sommes avec de la matière qu’il absorbe et rejette par ses bords excitables s’y trouve, lambert lificoté, pour quelque chose. M’essuie-glaces, c’est autre chose qui compte énormément, mais oui, jusqu’à nous tromper, comme dit la chansonnette.
Autre chose que ce monde où la parturiente vous laisserait tomber comme Alice dans son puits s’il n’y avait pour vous y accrocher le gluant de l’imaginaire et l’agrippant du symbolique. Autre chose que vagissant vous absorbez dès votre premier appel, vieil océan de paroles aux fers des discours, bibliothèques mille fois incendiées mille fois remplies mille fois oubliées mille fois relues. Et là situé, que pouvez-vous ? Vous faites de votre mieux, c’est quelquefois le meilleur.

Le lecteur entend bien ce que cette édition des Zozios lui propose. Je n’y insiste pas, il me croirait obséquieux. Qu’il retourne aux poèmes — ne faut-il pas qu’il les ait quittés pour se trouver ici ?, — tous sens éberlués, de l’oreille au toucher, et qu’il y vérifie les liens dénoués avec la prestesse du sorcier, les cordes tendues à se rompre et frappées, l’envol, le désir enfin démachiné.

 

(reprise du 21 novembre)

Je crois que j’ai bien déterminé le point de départ et réalisé une description très globale de l’affaire. La surprise se trouve à l’issue quand je m’aperçois que je suis poussé ou conduit à dire que le meilleur de la création, c’est quand le désir s’exprime démachiné.
Lacan disait que le désir était inarticulable, mais qu’il était particulièrement articulé : « le fait qu’il ne soit pas articulable n’implique pas qu’il ne soit pas articulé, au contraire il est suspendu dans des articulations qui surgissent ailleurs, au niveau de la demande ».
L’expression du désir démachiné, ce doit être quand l’expression n’articule plus que le désir. Tournons la phrase autrement pour retrouver notre désir articulé : quand le désir se trouve articulé tout entier dans l’expression. « Tout entier » est mauvais, « au plus haut point » ? Je souhaite suggérer (n’est-ce pas cela, la sublimation ?) que le désir n’est plus suspendu aux articulations surgies mais (je risque cela) qu’au contraire ce sont les articulations de l’expression qui lui sont suspendues, comme haletantes. D’où la très forte impression que l’on peut ressentir à la vision d’une sculpture du Bernin, d’un tableau de Matta, à la lecture attentive d’un poème de Baudelaire, à l’écoute d’une pièce de Dutilleux.
Je retouche un point essentiel : c’est bien l’expression qui cote. (Elle coûte aussi.) Et là, l’importance de l’auteur, au sens où l’on pourrait lui imputer une réussite privée, est nulle. L’auteur c’est Lambert Lificot, voire Lambda, parce que pour réussir ce coup, il faut entraîner avec soi tout l’ensemble de l’articulation, du plus proche (papa maman pipi au lit) au plus lointain (la bibliothèque d’Alexandrie).
D’où, je me rappelle tes avertissements à propos de Margot, qu’il faille examiner les ouvrages. « Qu’elle passe par la case écriture » m’écrivais-tu. Mon Dieu oui ! Vois dès lors que c’est une autre machine Lambert Lificot qui se met au tamis. Jusqu’au temps qui passe à machiner, puis élire telle ou telle œuvre, et conditionner à son tour : il faut aimer Bach.
Il y a des gens qui passent leur temps à ça, les retrouvailles. Les auteurs géniaux oubliés, n’est-ce pas ? À quoi bon ! Car la seule fin qui soit non pas souhaitable mais tout simplement possible et non point assurée, c’est que cette expression touchera (avec d’autres) un point délicat de la machine globale et la modifiera. Bon, mettons que certains ne puissent pas faire mieux que retrouver des expressions oubliées ou perdues et les remettre sur le tapis.
Je songe, pour terminer par quelque chose d’apparemment moindre intérêt, que le désir de reconnaissance, ça n’existe pas. Il s’agit de demande de reconnaissance.
Enfin, Lacan souligne ceci : « il apparaît qu’il n’est pas nécessaire d’être psychanalyste, ni même médecin, pour savoir que lorsque quiconque, notre meilleur ami, qu’il soit du sexe mâle ou femelle nous demande quelque chose, ce n’est pas du tout identique et même parfois diamétralement opposé à ce qu’il désire ». J’espère que Demarcq ne sera pas trop déçu !

 

22 novembre

Je te remercie de ton approbation.
Sur la lancée de mes réflexions que je trouve en définitive assez proches du stéréotype, j’ai écrit à mon ami marseillais hier soir. J’ai retrouvé la ligne qu’il me proposait dernièrement après un long détour : source et trace.
Nous avons un exemple à portée de main, avec cette histoire de préface. Comme je m’y attendais un peu, Demarcq est réticent. Il l’a lue deux fois, m’a-t-il dit, ce qui m’a fait rire. Il est entendu que le livre de Demarcq n’a pas besoin d’une préface, qu’une édition plus lointaine, vers 2050, inaugurera, signée d’un universitaire. S’il me demande une préface, comme il en a donnée aux poèmes de Cummings, c’est d’une part qu’il s’inquiète de la réception de son travail, assez nettement mis à l’écart, et qu’une vague identification doit traîner quelque part dans sa machine Lambert Lificot. Cette préface, qu’il la désire, rien n’est moins sûr. De mon côté, j’ai fait dans l’inattendu que j’attends de moi-même et me doutais bien de la résistance qu’elle allait provoquer, d’où mon rire, mais aussi mon soulagement à te lire.
Tout cela pour la partie de la machine tenant à l’amour-propre La Rochefoucauld, au narcissisme Freud. La partie plus essentielle, celle qui peut éventuellement laisser trace, n’a absolument pas besoin de préface, ou d’une préface qui obligerait la machine globale à avaler ce qu’elle veut écarter : un « il faut aimer Brahms », un « Picasso est un maître ». Cela, c’est un maître reconnu qui pourrait tenter de le faire. J’en tiens un exemple, avec Le Poète, préfacé par Stephen King ; un autre avec Histoire d’O préfacé par Jean Paulhan.
Je me demande d’ailleurs si liminaire ne serait pas un mot plus juste.
J’ai beaucoup marché. Je suis allé d’abord à la Sorbonne, j’ai jeté un œil sur les revues. Il faut bien que je me mette au courant. J’ai ouvert la revue Ligne de risque : absolument sidérant. Voilà des gens qui nous annoncent qu’ils luttent avec énergie contre ceci et cela, contre la marchandisation de la littérature, en gros. Et quels sont les signataires de ces injonctions radicales ? Je ne te le donne pas en mille, tu le sais aussi bien que moi. Et je les ai lus, ces petits bonshommes. Je laisse donc de côté ; au courant, d’accord, mais pas à ce point. Je trouve ensuite Lignes (tiens tiens !) et Mortibus, que j’ai achetées, d’autres « radicaux » qui m’ont semblé plus honnêtes. Le départ du texte de Surya, dans Lignes m’a paru très étonnant et convaincant mais j’ai déchanté, car est venue, obligatoire, la litanie de noms, j’allais écrire « la litanie de nom de dieu ». C’est le moment où le type sort son costume bardé de médailles. C’est l’appel. J’ai fait l’armée, souviens-toi, et je sais skeucé et à quoi ça sert. On pourra toujours commencer par dire qu’on ne fait ni parti, ni mouvement, ni communauté, ni manifeste, ni mot d’ordre, quand la liste de nom de dieu vient, patatras. Mortibus, il y a lanedan quelqu’un qui écrit dans la vraie fausse nouvelle nouvelle revue française, je suis donc très méfiant. Je te dirai.
Au retour, après avoir déjeuné au Rouquet, j’ai salué le directeur artistique de chez P.O.L. Nous avons conversé un moment, car je ne me sentais pas très bien. Je suis revenu une fois de plus sur ces questions. Est-ce suffisant, ce « vrai », cet « authentique », dont on nous bassine les oreilles ? Je pouvais d’autant plus lui en parler qu’il a lui-même écrit un beau livre sur une de ses connaissances décédée, une personne dont Margot avait de son côté tiré quelques paragraphes, ce me semble. Tâchant de donner un exemple imagé, j’ai trouvé celui-ci : tu dois connaître les boîtes à musique. Le principe en est simple, un petit rouleau sur lequel sont distribués des petits picots (tu me vois venir ?) qui viennent faire vibrer de petites lames. Jean-Jacques Birgé m’avait appris ce truc pour les améliorer : il suffit de dévisser le porteur de lames, de le démonter et remonter à l’envers (3). La musique que l’on en sort alors est beaucoup plus originale. Ce me semble une belle métaphore de la machine Lambert Lificot (lipicot !). Si tu ne fais pas passer l’expérience au moulin de la phrase, tu n’obtiens rien de bon, disais-je à mon ami. La qualité de la purée de patates dépend de l’outil dont tu te sers. Deux points donc : réclame-t-on nécessairement de la vraie vie vraie d’un bouquin ? c’est l’enjeu du crêpage de chignon de l’été ; un style certain est-il vain ?
À ce propos, j’ai noté vite, chez Surya, et dans l’introduction du numéro anniversaire de sa revue, l’emploi soutenu du subjonctif. Je ne sais à quoi cela tend exactement.
Et oui, lecture au Collège de France. Notre poète est-il dupe ? Il nous dira que nous manquons d’humour.

PS Un mot sur mon rire : j’ai ri qu’il ait lu ma préface deux fois parce que je sais que je l’avais écrite deux fois, je veux dire que j’écris double. C’est une technique (mais est-ce vraiment une technique ? du point de vue de la machine Lambert Lificot, certainement, mais sous une autre métaphore, on pourrait dire que j’écris à double oreille) que j’ai conquise et apprise du même pas en écrivant mon Ornithologie, après l’avoir devinée chez Francis Ponge, qui l’a repérée lui-même et désignée chez Malherbe par exemple. Un spécialiste de la rhétorique pourrait la mettre sous l’enseigne de l’allégorie. Une allégorie en quelque sorte affaiblie, plus discrète, et surtout : ironique.

(3) Mais non ! C’est impossible ! Non. Il faut se procurer deux de ces petites machines et intervertir les peignes. Note de l’auteur un an et demi plus tard.

 

(Dominique Meens, Quelques lettres à Lord Jim, Cynthia 3000, 2009, pp. 144-150)

 

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