par Cynthia 3000, le 13th July 2009
N° 13. Pièce acquise en mai 2008 dans les environs de Reims.
Aquarelle sur papier.
Non signée.
20,3 x 26,5 cm.
Cette aquarelle est l’œuvre d’un bon amateur, ou, pourquoi pas, d’un dessinateur de mode, à ses heures de loisir : aspects anguleux des corps, affectation un peu stéréotypée des gestes et expressions, négligé du dessin qui laisse passer quelques erreurs ; mais aisance dans la couleur, dans la touche, dans le traitement très libre et décoratif de l’eau. L’artiste ne sait, ou ne veut, choisir entre ancien et moderne. Nous ne sommes pas du genre à le lui reprocher.
Nous reconnaissons bien sûr dans ces trois jeunes filles aux minois de
poupées les antiques grâces, adaptées au goût de l’époque, qu’on estime aux années 20-30.
La mise en scène est tout à fait classique : nature, eau sauvage et colonnades, nudités aux postures délicates et un poil enlacées.
La brune, la blonde, la rousse, leurs coiffures variées et leurs bouches en cœurs, semblant sorties de gravures de mode, actualisent agréablement le sujet et font de cette fraîche composition la décoration parfaite de toute garçonnière RARE CURIOSA EROTICA NUDISME. Et l’on se rêve, à l’ombre des grands arbres, espionnant le conciliabule…
La scène représente les Champs-Élysées. Grands arbres sombres se détachant sur un ciel lumineusement nocturne. Parmi ces arbres, un lac d’eau dormante qu’éclaire une lune mystérieuse. A gauche, un banc de pierre. Les trois Grâces, immobiles, se tiennent enlacées. Thalie, tournée de dos, Euphrosine et Aglaé face au public. Une musique douce joue pendant le commencement de l’acte.
SCENE UNIQUE
EUPHROSINE, AGLAÉ, THALIE
EUPHROSINE, soupirant
L’amour.
Ah ! l’amour…
Oui ! l’amour !
Même dans ce pâle séjour,
Aux rives des Champs-Élysées,
Sur ce doux sujet divisées,
Nous, les trois Grâces, tour à tour,
Expertes, non désabusées,
Avec des mines amusées,
Nous en devisons nuit et jour,
Et sur nos lèvres irisées
Revient ce mot charmant : l’amour…
L’amour…
Ah ! l’amour…
Oui ! l’amour…
Aglaé.
Thalie.
Euphrosine.
Ma blondeur suave et divine
Me porte, moi, c’est naturel,
A l’amour pur : j’ai l’âme douce.
Mais souvent on choit sur la mousse
Quand on regarde trop le ciel.
Moi, ma beauté brune me pousse
A l’amour plus matériel.
L’amour pur, l’amour sensuel.
Moi qui, brune et blonde, suis rousse,
Lequel choisirai-je ?…
Lequel ?
A l’heure ou la pâle Hébé rôde
Dans le ciel bleu… sur le toit blanc
Et glisse dans la chambre chaude
Son doigt indiscret et tremblant…
Lorsque, dans des tiédeurs d’étuves,
On est l’un à l’autre enlacés,
Parmi d’adorables effluves,
Un peu meurtris, jamais lassés…
Mêlant les actives paresses
Et les paresseuses ardeurs,
Dans le délire des caresses
Comment conserver mes candeurs ?
Et quand nous parlons entre femmes,
Comment ne pas tomber d’accord
Pour sourire aux plaisirs des âmes
En songeant aux plaisirs des corps !

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