par Cynthia 3000, le 29th July 2009
série Hors les Murs
N° HM-02. Oeuvre découverte le 19 juillet 2009 à Charleville-Mézières.
Atelier de « figurines » de Guy Duquenne.
Ce dimanche de juillet, alors que nous sortons de Charleville pour pénétrer plus avant dans les Ardennes, nous remarquons d’étranges pancartes haut fixées sur une maison. « Elvis Presley » tout d’abord, puis « Joe Dassin », inscrits là sans plus de détails… Qu’est-ce que c’est que ce truc ? La mention d’un métier inconnu sur la boîte aux lettres achevant de nous intriguer, nous nous décidons à sonner.
On nous renseigne volontiers : être figuriste, c’est « fabriquer des figurines » et, oui, l’homme veut bien que nous montions voir, interrompant même son repas pour nous présenter son travail.
Dès l’entrée de la maison, dans l’escalier et sur les paliers, nous sommes frappés par l’étrangeté d’objets exposés, déposés, suspendus. Des têtes sculptées, des instruments de musiques reproduits, en papier mâché ou à l’aide de divers matériaux de récupération se détachent des murs vivement colorés. Nous arrivons au grenier, où se trouve l’ « atelier figurine » et voici notre vision :
Guy Duquenne nous informe qu’il s’agit - tagada - des Daltons, en compagnie de Jolly Jumper. Leurs têtes. Une forêt de mains, au-dessus de laquelle pendent les chaînes et boulets des forçats. Il n’y a pas que les Daltons, mais aussi la bande à Bonnot, les Platters, les personnages de la série télévisée L’Agence tous risques dont on reconnaît aisément Mr. T. alias Barracuda. Nous apprenons vite que ces têtes et mains pendant du plafond, ou fixées à des établis, sont les pièces éparses de mannequins de très grande taille, trois mètres pour certains. Nous sommes donc bien loin de ce que nous promettait le terme de « figurine ».
Tout le travail de Guy Duquenne est fait de récupération. Pour les têtes et les mains : du papier (pages d’annuaires et journaux de petites annonces). Pour les cheveux : coton, brosse, fourrure synthétique, papier passé à la broyeuse… Pour les corps : divers objets de rebut tels que bidons, fils de fer… qui seront masqués par le costume. Car l’artiste habille ses figurines, ou les fait habiller. En effet, une amie, qu’il appelle « [s]a couturière », réalise, selon ses instructions, les vêtements des personnages. Au final, ces imposantes figurines pèsent très lourd, la tête seule ne faisant pas moins de 4 kgs. Aussi est-il difficile de les entreposer, dans l’espace réduit de l’atelier, autrement que démontées.
Mais, penserez-vous, que fait Guy Duquenne de ces mannequins ?
Il les expose sur la façade de sa maison, aux fenêtres, sur le balcon, au-dessus du garage, afin qu’ils soient visibles de la rue.
L’idée lui a été soufflée par sa voisine qui, en face, confectionnait des sorcières en tissu qu’elle accrochait à sa demeure. Ainsi a-t-il commencé par Elvis Presley. Pendant quelques années, les deux artistes ont donc égayé cette rue à la circulation très dense. Guy Duquenne est aujourd’hui seul à continuer.
Toute l’année il prépare des figurines qu’il met en scène publique à chaque rentrée. En septembre dernier, c’était Edith Piaf et Marcel Cerdan. La prochaine fois, ce sera Joe Dassin, accompagné des personnages de deux de ses chansons, « Les Daltons » et « La Bande à Bonnot ».
Comme on le voit, notre artiste est très organisé. De notre côté, nous notons dans notre agenda de repasser absolument en 2019.
Guy Duquenne aime la musique, c’est sa première passion : « j’aime tous les chanteurs ». Il est allé voir quatre fois le film Edith et Marcel. Par amour mais aussi par souci documentaire. Car pour représenter au mieux les artistes qu’il aime, il se renseigne, travaille d’après photos et pour cela emprunte de nombreux livres à la bibliothèque de Charleville. Il procède de la même manière pour reproduire des instruments de musique, qui peuvent être anciens comme cet orgue à tuyaux ou ce luth du XVIIIe siècle.
Notre figuriste commence à avoir des commandes de commerçants. En ce moment, il travaille pour des restaurants : un cochon de deux mètres de long, pour la réalisation duquel il a dû abattre des cloisons, et un cuisinier à la bouche emplie de dizaines de fourchettes.
Ayant appris qu’un barman de ses amis héberge quelques-unes de ses sculptures, nous sommes allés place Ducale pour enfin voir à quoi elles ressemblent montées.

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