par Cynthia 3000, le 20th August 2009
N° 22. Pièce acquise en juin 2008 dans les environs d’Epernay.
Gouache sur papier.
Signée Desbordes M.
Datée 30.8.57.
31 x 21 cm.
N° 23. Pièce acquise en juin 2008 dans les environs d’Epernay.
Gouache sur papier.
Signée Desbordes Maurice.
Datée 17.11.1957.
27 x 18 cm.
Ces deux paysages, bien qu’ils soient très différents, nous rappellent ceux de M. Coubard. Leur ruralité — et la montagne pour l’un —, leurs couleurs, leur époque, la jeunesse de leur auteur. Voici en tout cas une œuvre que nous aimons particulièrement, par son élégance, sa sérénité, sa douce solitude…
Sur l’une des peintures, l’artiste a complété sa signature de la mention de son âge : 19 ans, croyons-nous lire. Dans quelle intention ? Documentaire ? Fierté d’une certaine précocité ?
[…] Nous avons eu le bonheur de retrouver, dans les archives de la Société, et nous nous empressons de consigner ici une pièce pétillante d’esprit, intitulée : Un Cauchemar ; l’auteur était M. de Montherot, qu’il vous a été donné de posséder quatorze ans et qui a si souvent répandu, pendant qu’il présidait à nos travaux, la plus aimable et la plus franche gaieté sur nos séances. Un jour qu’il se trouvait à Saint-Point, chez son beau-frère Alphonse de Lamartine, M. de Montherot avait voulu placer une pochade de sa façon, dans la galerie de notre poëte lyrique, et il nous l’offrit ensuite en tribut, à la séance du 4 mars 1840 :
Quand le jeudi finit, le vendredi commence,
Axiome prouvé jusques à l’évidence ;
L’expérience encor nous apprend qu’ici-bas
Les jours en se suivant ne se ressemblent pas.
Je hais le vendredi !… non que son influence
Offre un fatal présage à ma crédulité :
Par les faibles esprits c’est un jour redouté,
Pour ceux qu’on voit pâlir de l’effroi qui les frappe
A l’accident du sel renversé sur la nappe,
De deux couteaux en croix ou de treize à dîner…
Pourquoi le vendredi me fait-il frissonner ?
C’est qu’il s’annonce à moi comme un spectre tout blême,
Tout maigre, un véritable échappé de carême.
Le jeudi, je m’écrie, allongeant mon repas :
Dînons bien, car demain je ne dînerai pas.
Des légumes, des œufs et la carpe épineuse,
Des noirs étangs de Bresse esclave limoneuse.
Je ne dînerai pas !… Ces mots sont dits du ton
Dont je dirais : Demain, je dîne chez Pluton.
Je m’endormis hier, pesant sur cette idée :
Voilà, dans mon sommeil, qu’à mon âme obsédée
S’offrit un cauchemar dont l’ombre m’atterra,
Un grand fantôme, un spectre, un suppôt de Smarra,
Hideux dans ses détails, plus hideux par l’ensemble :
Rien qu’à ce souvenir mon cœur bat, ma main tremble.
Il n’est point de serpent ni de monstre odieux
Qui, selon Despréaux, ne puisse plaire aux yeux.
D’un pinceau délicat l’artifice agréable…….
Pourra-t-il transformer mon spectre en spectre aimable ?
C’est douteux !… Sur son front, sous un seul sourcil noir,
Il ouvre en guise d’œil un gros œuf au miroir ;
Le vermicelle au lait forme sa chevelure,
De sa bouche, exhalant une huile de friture,
Il darde, au lieu de langue, une carpe ou barbeau…..
Maudit soit le pêcheur qui les tira de l’eau.
Oh ! qu’il est long, long, long et maigre, maigre, maigre !
« Tu ne dîneras pas !… me criait sa voix aigre :
« Je suis le vendredi ! » — Pour dernier trait, je vois
De ses osseuses mains pointer, au lieu de doigts,
Dix menus salsifis, qu’une griffe termine,
Et ces dix dards aigus picotent ma poitrine.
Après de longs efforts, haletant, harrassé,
Je soulevai le monstre et je le terrassai.
Le spectre à mon réveil renaît avec l’aurore,
Il croit me fasciner et m’écraser encore ;
Mais tel qu’un pèlerin contemple avec plaisir
Un abîme franchi qui devait l’engloutir,
Oubliant mon danger, riant de mes alarmes,
A mon spectre vaincu je trouve quelques charmes :
A tracer son portrait je me suis diverti.
Je vais te retrouver à table, ô vendredi :
Cessant d’être un fantôme, une impalpable image,
Tu prends un corps, une âme, un esprit, un visage :
En face de la carpe et des œufs au miroir,
Au maigre déjeûner, dolent, je vais m’asseoir.
Voilà pour aujourd’hui la tâche de ma lyre.
A mes grotesques vers, ami, vous allez dire :
Le vendredi, vraiment, vous est un jour fatal ;
Vous ne dînez pas bien, et vous rimez plus mal.
in Revue du Lyonnais - Recueil historique et littéraire,
tome XVII, 1858 , p. 380-383.

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