par Cynthia 3000, le 25th January 2007
Dans nos premières entreprises à la découverte de Léo Pillard d’Arkaï, nous apprîmes l’existence d’une lettre qu’il avait écrite à Paul Claudel. On eut l’amabilité de nous en communiquer une copie issue de microfilms. Nous n’avons pas encore consulté au département des manuscrits de la BNF cette "lettre cardinalice" (est-elle écrite à l’encre rouge ?). Un document - le seul de cet ordre que nous ayons pour l’instant - qui laisse entrevoir une personnalité bien complexe.
Remercions particulièrement Pascal Lécroart et Maryse Bazaud, du Centre Jacques Petit (Recherches Claudeliennes), ainsi que Marie-Victoire Nantet de la Société Paul Claudel.
30 / 6 / 1914
et confidentielle
COUFONTAINE regardant la croix…
SYGNE – Ne la reconnaissez-vous pas ?…
Suit le passage sur les 4 tilleuls…
Si fait ! en ce clin d’œil rapide comme l’éclair, je reconnais l’Inspiration qui vous a fait terminer votre lettre au TEMPS par « cette Croix qui nous tend de toutes parts jusqu’à l’extrême ».
Cette Croix et cette lettre vous auront donc valu la présente lettre cardinalice. Son prix est d’avoir obéi à une impulsion supérieure pour vous prémunir contre tant de basses réprobations.
Deux mots d’identité : Depuis vingt ans que je suis revenu du monde littéraire parisien, après avoir été élève des Langues Orientales et des Sciences politiques, et que je suis resté journaliste en ce pays tant spécial où je n’ai guère revu que Max Nordeau après l’avoir jadis vu chez lui rue Fontaine j’ai été écoeuré par son article d’hier déclarant que votre mission ne s’exerce qu’auprès des jeunesses cléricales. Il vous reprochait en même temps de l’amphigourisme presque dans les même termes « apparent désordre extérieur qui pourtant révèle un ordre caché » employés récemment par Jules Bois que j’ai connu jadis, lorsqu’il quitta "le soutien étroit où vous avez vu la lumière" pour la pente occulte qui mène aux ténèbres.
Bois ! je retiens le nom, car, depuis vingt ans, vous dis-je, je ne m’étais départi de ma cessation de tout lien littéraire que pour écrire une fois à Hugues le Roux et l’accentuer dans cet esprit une fois qu’il avait été hanté par cette série qui va de l’arche de Noë au berceau de Moïse et du BOIS de la Croix à celui du cercueil.
Ces rapprochements suffiront à vous faire comprendre la sainte tentation que j eus de vous adresser ce mot d’éloges particulièrement pour cet Esprit qui vous pousse à préciser pour ceux qui "occulos habent et non savent voir le "quantum potes tantum audes" "Je Ferme la Porte de ta Chambre" que vous vous plaisez à découvrir dans l’Hymne ou l’Evangile.
Continuez donc à fouiller ce tas que le vulgaire croit posséder et à lui prouver que c’est une mine vierge !
Remarquez que cette double formule CLAUDITE d’une part et AUDE de l’autre sont racines du nom CLAUDEL ! (1)
Je n’ai point à vous en communiquer davantage car, en somme je n’ai encore absolument rien lu de vous que cette lettre d’introït où mon acte présent s’inspire de votre formule : "s’isoler, se décaper de la crasse ambiante et manifester parfois ce qu’il y a de bon et profond en nous".
Donc, en ma retraite familiale de Golfe-Juan, je lirai prochainement "l’Otage".
Ensuite je ferai venir : « L’ANNONCE A MARIE
Puis je vous écrirai encore peut-être, si je suis confirmé dans ma prime impression que comme notre arlequin carnavalesque qui dit la vérité en ricanant, Nordeau a involontairement satanisé juste, lorsqu’il vous dénonce comme "une force admirable offerte en appoint providentiel à la Renaissance de l’Esprit d’incomparable décision".
Mais je vous prie de ne livrer mon humble hommage à aucune publicité et de le réserver en communication très lente à ceux de vos proches qui doivent vous aimer beaucoup et vous comprendre un peu.
Veuillez agréer Monsieur et double confrère l’expression de ma sympathie spontanée
Pillard d’Arkaï
[en marge] - Et moi qui vous le dis ai jadis été un habitué dominical des réceptions de Léon Cladel, ce pauvre Précurseur en son genre !

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