par Cynthia 3000, le 20th October 2009
N° 95. Pièce acquise le 13 avril 2009 à Saint-Memmie.
Huille sur toile.
Signée D. Ciarletta.
60 x 37 cm.
Affirmons tout de suite que parmi les oeuvres de notre collection, la pièce n°95 est une de celles que nous préférons - pour sa beauté, pour son étrangeté qui résiste à l’analyse et à l’observation. Car malgré le caractère évidement narratif de cette scène, nous ne saurions - peut-être est-ce faute de culture religieuse - rien dire de ce qui s’y déroule. Un rassemblement, des attitudes qui évoquent l’attente, des flambeaux, la pleine lune, un agneau, une sans-doute-Vierge, un enfant-probablement-Jésus (si l’on en croit ses proportions, correspondant à un canon de représentation médiéval : corps d’adulte réduit aux dimensions d’un très jeune enfant…).
Outre l’hermétisme de la scène, l’étrangeté réside aussi, sinon plus, dans la manière du peintre, particulièrement déroutante et inclassable. Et c’est ce qui rend ce tableau spécialement intéressant dans notre collection, dont il est d’une certaine manière, par ce qu’il questionne ici, représentatif.
Sur quels critères juger une oeuvre telle que celle-ci ? Comment mesurer les intentions du peintre, ses "capacités", sa culture artistique (dans le sens où Dubuffet…). Nous sommes face à une peinture qui peut tout aussi bien être classée - s’il fallait classer - dans un art brut que dans un art savant, dans l’habileté que dans la maladresse, bref du côté du bon ou du mauvais art.
L’oeuvre serait d’un Derain ou d’un Munch que la discussion deviendrait inutile, la réputation du créateur la plaçant illico du côté noble, du "bâclé" volontairement très expressif (ou l’inverse). Qu’elle soit envisagée comme étant d’un marginal indemne de culture artistique et nous y noterons la force instinctive du brut. Qu’on l’imagine, pourquoi pas, d’un artiste amateur, et l’on y verra la mise en oeuvre assez habile de connaissances artistiques plus ou moins bien digérées, mâtinée d’un attrait pour le mythique ou le religieux.
La relativité induite par ce type de représentation, ce flottement obligé des critères de jugements nous renvoient à la discussion dans laquelle nous entraîne Bruno Montpied, alias le Sciapode, en commentaire à l’un de nos articles et sur son passionnant blog, Le Poignard subtil.

Le blog 










October 25th, 2009 at 4:29 pm
Vu de loin, ce qui est le lot de l’internaute qui ne peut voir ce tableau qu’à travers le filtre de l’écran et non pas dans sa réalité physique, cette peinture prend des allures d’image expressionniste, je trouve, avec quelques éléments naïfs (les contours des silhouettes, l’agneau…). Un expressionnisme allemand à la Kirchner vaguement retrouvé, peut-être par hasard. C’est une retraite aux flambeaux semble-t-il?
Personnellement, je suis cependant loin d’y accorder l’importance que vous lui prêtez…
Par contre, le jeu qui consiste à demander aux spectateurs leur avis objectif face à une oeuvre dont on ne sait rien des origines, du contexte de création, des références culturelles de son auteur, etc., est un jeu fort salubre.