par Cynthia 3000, le 15th June 2007
Dans Le Décadent n° 13 (15-30 juin 1888), soit un peu plus d’un mois après la parution de son livre, Léo d’Arkaï est encensé pour « la composition neuve, les phrases coulées, les idées originales, les recherches inédites, les audaces… inouïes de son roman féroce IL***. »
L’enthousiasme du directeur du Décadent est si fort qu’un mois plus tard, dans le n° 15, est annoncé, à paraître avec le prochain numéro et réservé aux abonnés de la revue, un Manifeste de Raoul Vague, « considérable étude spirituellement boulangiste sur l’IL*** de M. d’Arkaï qui obtient un si scandaleux succès pour nos confrères de la petite presse. »
On peut se demander de quel ordre était ce succès. Selon Noël Richard (1), « quand le roman parut, ce fut une chute lamentable ! », à tel point qu’ « Anatole Baju s’efforça de consoler son collaborateur par un article qui contient cet aveu affriolant : « IL*** est son œuvre capitale ; je dois y insister. » »
Le n° 17 (15 au 31 août 1888) annonce que la publication de l’étude de Raoul Vague (vous aurez deviné qu’il s’agit encore d’un pseudonyme de Baju) est une fois de plus retardée jusqu’au prochain numéro mais un extrait, que voici, est généreusement offert :
Le pauvre grand Baudelaire à la longue s’est façonné un public. Le moindre petit bourgeois qui a reçu un peu d’éducation sait torcher proprement un sonnet sur les correspondances et ne s’étonne
ni du viel Elien se faisant claironner la Marseillaise de son temps devant la statue de Théon : Guerrier courant au combat ;
ni du piano jouant en sourdine derrière Mozart à l’agonie peint par M. de Munckazy ;
ni des pastilles du sérail qu’Octave Feuillet faisait brûler dans le trou du souffleur pendant les représentations de son drame oriental ;
ni du goudron dont J.-K. Huysmans badigeonne sa cabine quand il va prendre un bain chaud, sur la Seine, dans un bateau qui houle ;
ni de la robe couleur de sang sans laquelle Jean Richepin n’aurait jamais pu écrire la chanson des globules ;
ni des conserves qu’Henry Fouquier met à la place de son binocle quand, le dimanche, après les avoir longuement couvés, il pond ses articles colombins : Et n’évoque-t-il pas ? la vision d’une bonne dame sur le retour teintée de littérature, qui, ses confitures faites, rajuste sa cornette et s’assied à son bureau – un peu débraillée.
Il y aurait un drôle d’article à faire : LA LOI DES PENDANTS, (AVANT ET APRES) avec ces souvenirs, ceux de Jules Lemaître et d’autres encore : Avant le combat, après le combat. Avant le traitement, après le traitement. Jean qui pleure, Jean qui rit. Départ pour la chasse, retour de la chasse. Ma femme, ma belle-mère. Les pêcheurs. Les deux cortèges de Soulary. La Terre de Zola et… le Rêve ! The Tub de Gervex et l’autre The Tub. La Faneuse de Feyen-Perrin et l’autre Faneuse. Le Repos de Lhermite et l’autre repos. (Sans parler de la Dégringolade des Titans proche parente des Voix du Tocsin ni du Canotage de Friand bâtard du Repas de noces à Yport). Pour finir : une synthèse qui ferait pendant à IL*** et serait aussi typique et ironique :
Il est donc possible que d’Arkaï, avant son roman qui sera publié en décembre, avant sa comédie décadente qui sera représentée en janvier… Mais avec lui peut-on jamais savoir ? Si séduisant d’ailleurs qu’il sera séducteur même s’il fait autre chose que ce qu’il me fait ici annoncer…
Il est si prenant ce d’Arkaï ! Toutefois il est – de même que IL*** – si mal compris des pauvres gens ! – de même que IL*** – où la bonne odeur captivante du Vice quintessencée écœure.
Va ! mon d’Arkaï ! l’important c’est d’être entreprenant et surprenant et – avant tout prenant.
Je t’aime ! comme Boulanger !
(1) Noël Richard, Le mouvement décadent, A.-G. Nizet, Paris, 1968, p. 195

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