par Cynthia 3000, le 12th August 2007
Les promesses du n° 17 (15 au 31 août 1888) du Décadent sont apparemment tenues puisque le Manifeste de Raoul Vague « est servi gratuitement à tous nos abonnés » avec le numéro suivant. Cette plaquette doit être extrêmement rare (au moins autant que les abonnés de la revue), ou disparue aujourd’hui : nous n’en trouvons mention nulle part ailleurs que dans Le Décadent. A-t-elle bien existé ?
En tous cas, le n° 18 (1er au 15 septembre 1888) en offre un nouvel et dernier extrait, « où le général Boulanger après avoir bulbutié quelques vers de Martial Besson rencontre le volume rêvé » :
IL*** sera favorisé par le hasard, lit-on dans l’horoscope établi par De Rio, jusqu’au vendredi treizième jour du septième mois de l’année fatidique 1888 : puis… Mais peu importe la fin ! Cette prédiction astrologique suffit à expliquer que l’heureux général, entrant un jour à la librairie Savine pour acheter Paris-jeune de C. Rosset, eut l’œil irrésistiblement captivé par une pile de volumes à couvertures rutilantes.
Et IL*** laissa choir ses quinze centimes, hypnotisé par la contemplation d’un mot qui s’imposait à sa vue. Ce mot ce n’était pas le nom de l’auteur D’ARKAÏ absolument inconnu des lecteurs du Petit journal ou de la Revue des Deux-mondes. Ce n’était pas non plus celui de l’éditeur des décadents Léon Vanier. C’était (ô réalisation d’un idéal !!!) c’était (ô capiteuse ivresse !) c’était un titre parfait au panégyrique désiré – suggestif, explicite, vague, harmonieux, déliquescent ; le Titre enfin :
IL***
Acheter un exemplaire, se précipiter dans un Madeleine-Bastille et commencer à lire en coupant les pages avec une carte de visite fut pour le brave général l’affaire d’un instant.
– « L’unique acteur ? Il***. C’est donc bien çà ! Tout comme je souhaitais ! Gracieux saint Georges soyez béni ! »
Mais Jean Lorrain qui se trouvait comme d’ordinaire sur la plate forme de l’omnibus, n’en revenant pas plus que d’habitude, s’exclama :
– « On ne me croira pas quand je dirai que l’ai rencontré avec l’IL*** de Pillard. L’imprudent fol ! »
Et le fleuriste des boues était sincère car il connaissait la chose que le brave général étalait en toute naïveté ; il savait
CE QU’IL*** ETAIT
L’encyclopédie chaste des contemporains vices ! des aberrations anti-naturelles ! des luxueuses luxures ! etc. etc. etc.
Edmond Deschaumes s’écria : « Ah ! décadent ! vous avez bien raison de mépriser ce temps-ci et de lui donner les œuvres qu’il mérite ! » et comme Mac-Mahon au nègre de St-Cyr : « c’est bien ! continuez ! – Continuez à mêler vos clowneries de style à ces bonnes cochonneries dont émaillent leurs œuvres Zola, Rachilde, Maupassant, Dubut et autres spéculateurs en obscénités. »
Paul de Bart fut plus franc : « c’est le mysticisme pourri de la fin de l’empire avec la dépravation ignoble de la haute société qui nous ont valu cette prétendue initiation à une littérature nouvelle : Schopenhauer n’a rien à voir ici ; Pascal était français ; Molière et La Rochefoucauld aussi ; mais s’ils étaient malades ce n’est pas de la même maladie que celle qui a fait écrire. »
NOTA. – Le Manifeste est servi gratuitement à tous nos abonnés.

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