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Quelques lettres à Lord Jim
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Carnets d'un basedowien
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Troublant trou noir
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IL***
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Étant Donnés
de Céline Brun-Picard
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Mille cloches battent dans l’air 
par Gregory Haleux, le 23rd March 2008

 


[Eglise Saint-Jean, Châlons-en-Champagne, 23-03-08]

 

Puisque nous annonçons à paraître une réédition de Fagus, voici un poème de circonstance de cet "homme du moyen-âge" :

 

EN LA VILLE AUX PORTES D’OR

― Mille cloches battent dans l’air.

― Pâques, Pâques ! c’est les cierges,
O brasiers, ô cathédrales !
L’encens bleu fuse en spirales !
C’est les enfants et les vierges

Suspendus aux palmes vertes,
Cent mille cœurs bondissant
Sous la joie d’être innocents,
Ames en fleurs, tout ouvertes !

Tous les peuples chantent, rient
Sous l’océan des bannières,
L’hosanna des orgues mères,
Le silence, les longs cris,
          La lumière !

Pâques, c’est la cloche envolée
Qui traverse l’azur sans fin
Et retinte au clocher d’or fin,
Étincelant et barbelé,
          La cloche ailée !

Pâques ! Pâques ! c’est tant de fleurs
Dans les prés, fumante émeraude,
Que ces bons prés, leur herbe chaude
Ne sait plus quelle est sa couleur,
          C’est le bonheur !

Tous les rameaux d’or s’étoiler :
Tant de folioles vert tendre
Qu’il semble avec l’aube descendre
Toutes les étoiles du ciel
          Nous consoler !

C’est tant d’insectes sur la terre
Qu’on croit voir les grains de gravier
Devenir des diamants noyés
Dans des poussières de lumière,
          Qui diaprent l’air !

C’est tant de ruisseaux et si clairs
Et si remuants que l’on pense
Les grelots du soleil qui dansent
Dans le tumulte des champs verts
          Des bals d’éclairs !

C’est tant de parfums suspendus,
Et de tiédeurs, voix et lumières
Et de mouvement, que les fières
Orbes de nos sens distendus
          Sont confondues !

Pâques ! Pâques ! c’est ma Denyse,
Ses cheveux roulant sur son cou,
Et sa gorge, deux jeunes loups
Qui sursautent de convoitise
          Sous la chemise !

Pâques ! c’est Denyse qui vole
Le ciel et l’engouffre en ses yeux,
Et le soleil dans ses cheveux,
Pour s’en ourdir une auréole
          De sainte folle !

Cache les fleurs dans sa poitrine
Et dans son souffle leurs odeurs,
Et sur sa lèvre leurs fraîcheurs
Et tout me cache, ô brigandine
          Qui m’assassine !

Denyse vêtant son corsage
Et sa jupe couleur du temps,
Flagellant de cheveux flottants,
Vierge enrageante d’être sage,
          Mon mien visage !

Pâques, Denyse, hou ! c’est nos noces !
Laisse-toi vaincre et viens tout près :
Niaise innocente des prés,
Fi ! fuyons vers la forêt rousse
          Et sur la mousse !

Viens sous le dais mouvant des feuilles,
Sur ces lourds gazons odorants,
Déclos-toi, Denyse, et te rends,
Amazone, que je te cueille,
          Et toute effeuille !

Pâques, Pâques ! son ciel affame,
O ma Denyse, unique nuit,
O noces, le monde fini,
Nyse, ma Nyse, sois ma femme…

          La vision s’évanouit.

[Nancy].

[in La Guirlande à l’Epousée, Edgar Malfère, 1921]
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