De Rana-Rouri à Bibendum, ou l’épopublicité
par Gregory Haleux, le 17th April 2008
Marcel Rouff (1887-1936) n’est presque plus à présenter. Son roman La vie et la passion de Dodin-Bouffant, gourmet (1924) est régulièrement réédité, on en parle encore, il est vrai surtout pour la description de l’extravagant repas offert au prince d’Eurasie, dont des générations de cuisiniers ont tenté de réaliser le pot-au-feu en quatre services.
Mais l’un de ses autres romans, Guinoiseau ou le moyen de ne pas parvenir (1926) semble complètement oublié. Ainsi est-il curieux de comparer, sur la toile, les plus de 2 000 mentions de Dodin-Bouffant et les pauvres 30 de Guinoiseau (encore ne s’agit-il, pour le plus pertinent, que de catalogues de librairies anciennes). Alors que nous terminons sa lecture, par feuilletons nocturnes (plus que deux chapitres !), et bien que nous ayons à peine lu le roman gastronomique, il nous apparaît évident que Guinoiseau est de loin supérieur à Dodin-Bouffant. Ah s’il y avait autant de journalistes curieux que de gourmets lettrés !
Guinoiseau est un homme de lettres, un "journaliste intermittent", bourgeois bohème dans lequel cohabitent toutes les contradictions : catholique athée, anarchiste assoiffé d’ordre, … Sous le pseudonyme d’Abscoc, il écrit des articles qui font de lui le roi de l’à-peu-près, l’ironiste le plus populaire, et comme nègre participe à la gloire d’un certain Cramlott, autre chroniqueur.
Un extrait me permet de revenir, après Monselet, à la question de la littérature publicitaire. Au cours d’un repas, Guinoiseau fait la connaissance de l’industriel Paul Pierrotte, qui va bouleverser la carrière de notre ironiste :
[…] Au café il devint évident que son silence, son air grave étaient en rapport direct avec la verve étourdissante de Guinoiseau, bien que cette relation de
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Charles Monselet et la poésie publicitaire
par Gregory Haleux, le 8th April 2008
["Les irréguliers du Figaro" (Monselet et Vallès), par André Gill
in L’Eclipse, 24 mai 1868]
Voici un peu plus d’un siècle, Charles Monselet était surtout connu comme gourmet et journaliste de la bonne chair. Aujourd’hui, on sait un peu mieux qu’il fut aussi un sémillant érudit, bibliophile et goûteur des "oubliés et dédaignés", grâce notamment aux généreux articles d’Eric Dussert. Ce dernier nous apprenait dernièrement que certaines méthodes de marketing éditorial n’étaient pas étrangères à Monselet.
Au hasard de pérégrinations livresques, nous apprîmes qu’il fit bien mieux ou pis. S’il commit des "sonnets gastronomiques", répandus dans quelques revues de son cru et dans son livre Le plaisir et l’amour (Paris, F. Sartorius, 1865) – contenant des déclarations d’amour au godiveau, à l’andouillette, à la truite, à la choucroute, aux cèpes et au cochon – il participa aussi plus directement à l’industrie alimentaire et à sa publicité. Devançant ainsi ce qu’il faut bien appeler la poésie publicitaire (par exemple ce que firent et dirent Marinetti et Cendrars (1)), Charles Monselet composa un petit recueil de 12 sonnets pour la firme Feyeux :
Les Potages Feyeux, 12 sonnets inédits par Charles Monselet. S.l.n.d. (Paris, impr. Poitevin, 1868), in-32 de 8ff. non chiffrés. (De 15 à 20 fr.)
Couverture illustrée. Le premier feuillet est occupé par une réclame de la maison Feyeux, son historique et la liste des récompenses obtenues par elle dans différentes expositions. Les 12 pages suivantes contiennent chacune un sonnet ; la signature de Ch. Monselet se trouve au bas du dernier. Voici
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