« Quant à Mallarmé, il subit toute sa vie la hantise de la femme. [...]
Tout poème mallarméen est une incantation féminine. »
Jean Royère in Mallarmé. Kra, 1927. pp.60 et 116

 

Une exposition ayant pour thème les « Femmes de Mallarmé », organisée par le Conseil général de Seine-et-Marne, s'est tenue l'année dernière au Musée départemental Stéphane Mallarmé de Vulaines-sur-Seine. Ce sont les éditions Lienart qui en ont réalisé le catalogue, avec en couverture la belle photographie d'Edouard Vuillard représentant Misia Natanson.

De la famille aux figures littéraires, en passant par les amies et l'amante Méry Laurent, ce sont toutes les femmes qui ont entouré Mallarmé sa vie durant qui sont évoquées ici.

Dans la famille, c'est d'abord Fanny Desmolins, la grand-mère, mère de substitution (Mallarmé perdit sa mère alors qu'il n'avait que cinq ans), l'entourant de soin, jusqu'à s'endetter. C'est sa soeur, Maria, qui mourut à 13 ans et dont le souvenir l'obséda : « Depuis que Maria m'a quitté pour aller dans une autre étoile [...] j'ai toujours chéri la solitude. [...] depuis que la blanche créature n'est plus, [...] j'ai aimé tout ce qui se résumait en ce mot : chute. ». C'est Anna, la seconde épouse de son père, qui faisait des copies de tableaux. C'est Maria, qu'il épousa à Londres. C'est surtout Geneviève, sa fille qui devint très tôt sa complice et collaboratrice, recopiant les poèmes destinés à la publication, partageant avec lui le goût du jardinage. Ce sont aussi toutes ces tantes et cousines qu'il avait l'habitude de visiter, et Fanny Dubois-Davesne, « presque une parente », qui lui apprit à lire, l'initia à l'art et reçut les premiers vers du poète.

Les amies de Stéphane Mallarmé étaient toutes artistes. La plus grande d'entre elles, c'est bien sûr Berthe Morisot, amie et modèle d'Edouard Manet, épouse du frère de celui-ci, Eugène Manet, peintre elle-même. Ils correspondirent longtemps et furent si proches que le poète fut par elle désigné tuteur de sa fille, la belle Julie Manet. Mary Cassatt, américaine, était une autre de ses amies peintres. Parmi les musiciennes, pianistes de préférence, il y avait l'excentrique et bohême Nina de Callias, amie de Verlaine, maîtresse de Charles Cros, qui tint elle aussi salon ; Augusta Holmès, qui passait pour être la fille naturelle d'Alfred de Vigny et se maria avec Catulle Mendès ; Misia Natanson, la muse des Nabis, femme de Thadée Natanson, le directeur de la Revue Blanche, …

Et puis son grand amour, Méry Laurent, qui fut aussi la maîtresse de Coppée, Régnier, Manet, également modèle de ce dernier, et de Gervex, Blanche, Nadar, inspiratrice de nombreux poètes et écrivains, dont, outre Mallarmé et Régnier, Zola et Proust. Personnage haut en couleurs de cette fin du XIXe siècle, que Mallarmé appelait son « Paon » ou sa « Meringue ».

Enfin, les nombreuses « femmes littéraires » qui traversent l'oeuvre : la danseuse, qui était pour Mallarmé « poème dégagé de l'appareil du scribe », et particulièrement la révolutionnaire Loïe Fuller ; les Nymphes de l'Après-midi d'un faune ; la belle et cruelle Salomé, sur le mythe de laquelle il travailla toute sa vie au projet d'Hérodiade, resté inachevé ; et tant d'autres apparitions féminines, dont de nombreuses créatures mythologiques ou fantastiques (nixe, sirène, fée, chimère…).

Le parcours se termine par l'évocation d'Ettie Yapp, morte à seulement vingt-huit ans et qui fut, pour Mallarmé, assez importante pour qu'il voulut faire d'un poème à elle consacrée, « Apparition », « [s]on chef-d'euvre ». Dans une lettre à Cazalis, le poète dit d'elle :
« Oui, elle se rangera dans mes rêves à côté de toutes les Chimènes, les Béatrices, les Juliettes, les Régina, et, qui mieux est, dans mon coeur à côté de ce pauvre jeune fantôme, qui fut treize ans ma soeur, et qui fut la seule personne que j'adorasse, avant de vous connaître tous : elle sera mon idéal dans la vie. Comme ma soeur l'est dans la mort. »

Le catalogue est abondamment illustré de peintures, dessins, gravures, photographies de personnes mais aussi d'objets liés à toutes ces figures féminines : manuscrits divers, poupées, robes, éventails,…
Les textes sont signés par Anne Borrel et les notices par Hélène Oblin.

- le site des éditions Lienart

 


Stéphane Mallarmé et Méry Laurent
par Paul Nadar (1896)