La dernière liste de livres anciens et d'autographes du libraire William Théry contient de nombreuses lettres à Léon Deffoux (1881-1945), qui fut un grand ami de Fagus.
William Théry le présente très bien ainsi :

 

Qui se souvient, qui se soucie de Léon Deffoux ? Dévoué corps et âme à la seule littérature, ce bénédictin des lettres avait constitué sur les sujets les plus divers, mais surtout sur le naturalisme et l’Académie Goncourt — auxquels il avait consacré plusieurs livres —, et sur l’histoire de Paris, des archives monumentales qu’il entassait dans son appartement parisien du 268, rue des Pyrénées. Deffoux ne pratiquait pas la rétention ; c’est très volontiers qu’il mettait ses milliers de fiches et de coupures de journaux à la disposition des chercheurs pressés, trop heureux de faire l’économie de fastidieux dépouillements en bibliothèque. Chef des informations à l’Agence Havas, collaborateur de l’Intransigeant, de l’Œuvre et du Mercure de France, Deffoux ne manquait aucune occasion de rendre service à ses amis, saluant la parution de leurs livres, intervenant auprès des éditeurs, allant même jusqu’à intriguer pour qu’un ministre vînt fleurir leur boutonnière. Il ressort des quelque 400 lettres qui suivent, que Deffoux avait le culte de l’amitié autant que celui de la littérature. Mais le lui a-t-on rendu comme il le méritait ? Comment se fait-il qu’à la Libération, le modeste et dévoué Deffoux fut convoqué devant une Commission d’enquête et que sa carte de presse, qui le faisait vivre, lui fut confisquée ? On sait que, désespéré, il se jeta dans la Seine et que son corps ne fut retrouvé que plusieurs jours plus tard. Certes, ses relations faisaient (politiquement) le grand écart, puisqu’on y trouve aussi bien d’anciens Communards que des militants de l’Action Française. Plus de trente ans après sa mort, deux écrivains qui l’avaient fréquenté et apprécié, Pascal Pia, le « vieil anarchiste » comme disait de Gaulle à Malraux et Auriant, l’« anarcho-maurrassien », continuaient de voir dans cette fin tragique une grande injustice.

 

Relevons dans cette liste ce qui concerne Fagus :

 

6.- Maxime BRIENNE [?- ?], écrivain, il est l’auteur des paroles de La Royale, hymne des Camelots du Roi, la musique ayant été composée par le musicien aveugle René de Buxeuil. Deux lettres sur papier à en-tête de l’Action Française (1921) ; 3 pp. ½ in-8°. Toutes deux sur leur ami commun Fagus.

« Il y a deux ans, comme vous le dites à notre bon Fagus, en novembre, ma femme et moi étions séparés de fait. Dès lors, nous avons décidé un double déménagement chacun chez sa mère. Or, la veille de ce déménagement, avec une voiture à bras, il enleva les livres qui lui appartenaient, mais en emportant des miens (dont les vôtres) tout en oubliant les siens. »… (s.d.) – « Je l’ai vu le même jour [Fagus]. Il me paraît traverser une crise. Comment l’empêcher de s’y enfoncer trop ? Les difficultés matérielles actuelles, particulièrement exaspérantes quand il s’agit du logement, paraissent le presser spécialement. Surtout par la privation de ses meubles et de ses livres. Evidemment ce n’est pas ce pou de Souday qu’on ficherait en meublé, ni ses nippes au garde-meubles. Bon dieux ! Dans cet hostel tant magnifique dont votre agence déploie les blancheurs rue de Richelieu […] il n’y a donc place pour cette chose peu cubante qu’est le mobilier d’un poète catholique dont l’indépendance farouche n’a d’égale que son intransigeante et orthodoxe soumission ? »… (25 juillet 1921)*  40 €

 

et surtout :

 

L’AFFAIRE DU JOURNAL DES GONCOURT ET LA COMMUNE VUS PAR FAGUS

16.- Georges Faillet dit FAGUS [1872-1933], poète. Trois lettres (1921-1932) ; 11 pp., plusieurs écrites au verso d’imprimés de la Préfecture de la Seine.

15 août 1921 : Après avoir évoqué dans son style inimitable des souvenirs de guerre, il taquine son ami Deffoux en lui demandant si sa gloire ne le gêne pas quelque peu : « Je ne songe pas au Prix Goncourt : si Zavie ou vous commettez quelque roman de réelle valeur, ex aequo, les Acadégoncourts seront moralement forcés de vous choisir pour ne pas s’entendre taxer de rancune. Mais enfin, je vous vois tel que l’apprenti sorcier déchaînant le déluge, ou le cavalier Croquebol dégringolant un gouvernement. Il y a certainement, probablement au moins, des dessous littéraires, des haines de chapelles ou d’individus, soit contre l’Académie, soit contre tel de ses membres, soit contre tel de ses lauréats, et votre fièvre de reporteur, votre flamme de chasseur de documents a bouté le feu à ce bel amas de poudre… et de poudrette ! Moi, spectateur, m’en amuse, et persuadé que les horreurs qu’on cèle se réduisent à des ragots sans intérêt, m’en amuse, mais regrette un peu de vous voir innocemment mêlé à ces cuisines. »…
3 septembre 1921 : « Eh oui, « l’affaire Goncourt » se présente, ainsi que vous le dites, si peu compliquée, que, moi, qui n’y connais rien, la démêlai promptement. Cela n’a rien de tragique, parbleu ! mais ce ne m’apparaît pas « burlesque » selon que vous envisagez. […] Moi aussi, qui lus, feuilleton par feuilleton, le Journal [des Goncourt] dans l’Echo de Paris, voici trente ans, qui l’achetai volume à volume, je ne désire rien tant que le déguster en son intégral. Nous sommes au plus quelques centaines ainsi : qui attendrons bien volontiers jusqu’en 1925 ! Mais il reste le reste, et qui se sont, au fur et à mesure, dénudés avec une candeur de singes… Les furieux de ne pas être de l’Académie-Goncourt, ou bien l’un de ses lauréats ; les malfaiteurs de lettres pour qui la gentilhommerie du Maréchal de Lettres est un soufflet : l’article dans quoi un Marcel Prévost, oui : un Marcel Prévost ! ose infliger à Edmond de Goncourt sa leçon de dignité posthume représente un monument. Il y a enfin les anti-patriotes, escomptant le « coup de pied en vache » contre Clemenceau. (Comptez que Clemenceau m’est autant que n’importe quel autre politicien ; je le considère comme une fille soldée par la finance juive durant sa p… d’existence. Mais enfin — est-ce parce que, servant la France il servait le gouvernement anglais enjuivé, peu importe ici — mais enfin, il a fait la guerre française. Et surtout, les anti-français ont peur qu’il ne revienne. […] Son public était restreint ; mais aussi, quel public ! Celui qu’il avait voulu. Or, à présent, qu’allons-nous voir ? […] Coupeau, Lantier, tous les Rougon-Macquart s’y vont ruer pour chercher de la rosserie gendelettreuse, du scandale politique, des cochonneries « bien gratinées ». Est-ce cela qu’on qualifie de respect de la volonté des Goncourt ? »…
6 mars 1932 : Longue lettre de 5 pages écrite après la lecture des souvenirs de Pipe-en-Bois publiés par Deffoux et la biographie de Napoléon de Jacques Bainville : « le hasard vous flanque parfois des confrontations d’une renversante ironie. Car, à travers l’horreur des incendies et la férocité des divers massacres, votre « dernière ( ??) des révolutions romantiques » n’exhibe rien plus qu’un Guignol sanguinolent, digne de Père Ubu, de chaque côté. (Vous avez d’ailleurs — et moi donc ! — suffisamment ausculté de survivants pour pleine édification). Le seul intérêt serait de démêler qui a voulu la Commune (de tels mouvements sont toujours fomentés) ? Pas les Communards certes, les pauvres gens ! […] Ce qui importait est une histoire de la Commune fin-finalement racontée par Pipe-en-Bois. Elle arrive à son heure, nécessaire, sur un plan différent, au Napoléon raconté dans une grange, par Balzac ! »…

On joint :

1) Copies dactylographiées d’une lettre à Deffoux (17 février 1924), d’une Grande complainte de Père Dupanloup, sur l’air de Henri Béraud  (6 strophes), et de diverses fantaisies rimées.
2) Brouillon de réponse de Deffoux à Fagus, 15 avril 1916 ; 1 p. ½ in-8°.
3) Brouillon autographe de la Guirlande de l’Epousée 2 pp. in-folio, avec transcription par Léon Deffoux.
4) Manuscrit autographe signé : La Marche des Gardes-Voies, sur l’air de la Marche des Gardes Municipaux ; 2 pp. in-8° ; 5 strophes de 8 vers.* 
350 €

 

Pour toute information :

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