Enquête de la Revue Littéraire de Paris et de Champagne, en mai 1905 :

 

ENQUÊTE UNIVERSELLE SUR L'ADOPTION DU LATIN

COMME LANGUE INTERNATIONALE

 

Jean-René Aubert, directeur de la revue, envoya ce questionnaire aux « personnalités les plus autorisées du monde humaniste, quelques-uns de nos plus notoires contemporains et aux meilleurs d’entre les jeunes qui me soient connus déjà »  :

 

Monsieur,

Grâce au développement de l’internationalisme qui semble devoir caractériser les temps prochains, le problème — posé depuis le XVIe siècle — d’une langue universelle sollicite à nouveau et plus que jamais les esprits du monde entier. Aussi, dans le but de le résoudre enfin, permettez-moi, Monsieur, de soumettre à votre haute compétence les questions qui suivent :

Quel est votre avis sur la question du latin langue universelle ?
Est-il possible d’établir une prononciation uniforme du latin ?
Quels seraient les moyens à employer pour faire adopter la langue latine comme instrument de communication entre les peuples civilisés ?

Je vous prie d’agréer, Monsieur, etc.

 

RÉPONSE DE FAGUS :

 

Votre seconde question résoud la première : la langue universelle sera possible le jour où prononceront de même tous les hommes. — Aussi peut-être fut-il une fois une telle langue : à l’âge de pierre ; nous y redescendons, c’est pourquoi on resonge à elle. Tout ce qui s’élève se différencie. — Le noble Latin d’ailleurs serait excellent, il saurait tout exprimer ; le plastique Français vaudrait mieux encore : il est le Latin même continuement remodelé par tous les gosiers d’Europe.
Mais de par justement cette régression qu’un tel désir signifie, la langue universelle représentera quelque hideux sabir, confluent informe de tous ces sabirs que peu à peu deviennent tous idiomes, le français en tête.

 

FAGUS