Dolhéance

Rédigé par Grégory Haleux - 28 octobre 2014

 

 

 

 

Une semaine que Michel Ohl est mort et la presse n'en dit rien, sauf la régionale, l'internet littéraire à peine. C'était attendu et puis, c'est d'autant moins grave que simultanément à l'enfant d'Onesse, expirait Claude Ollier : Ohl y est, un peu. Eric Dussert l'intégrait l'année dernière à sa Forêt cachée, pour le dernier de ces 156 portraits d'écrivains oubliés, s'interrogeant néanmoins : « Faut-il intégrer Michel Ohl à la longue cohorte des écrivains oubliés ? Poser la question, c'est y répondre : sans doute pas. D'abord il n'est pas oublié, simplement mal connu des libraires contemporains, ensuite il est bien vivant [...] » Mais les morts vont vite.

 

 

 

En attendant que des hommages à la hauteur paraissent — mais nous pouvons nous contenter de ses auto-nécros, telle celle que nous reproduisons plus bas — je relis les quelques pages que lui consacrait il y a vingt ans, dans Mes ports d'attache (Grasset, 1994), Louis Nucéra. La phrase d'Ohl que rapporte Nucéra au sujet de la disparition de Nabokov, je la fais mienne pour l'occultation — comme on dit chez les pataphysiciens  — d'Ohl : « Sa mort me catastrophe. »

 

 

Le 2 juillet 1977, Vladimir Nabokov mourait à Lausanne. Deux jours plus tard Michel Ohl m'écrivait : « Sa mort me catastrophe. Le génie neige et nous pétrifie. Le célèbre humour, noir, mauve, rose ou gris fer ne pèse pas lourd en fin de compte. Du vent dans les vieilles forêts du Moyen Âge. » Il me rappelait, tiré d'Intransigeances, ce dialogue de 1969 avec Alden Whitman :
« En songeant à notre existence, quels en ont été les moments réellement importants ? »
Réponse de Nabokov :
« Pratiquement chacun des moments. La lettre reçue hier d'un lecteur de Russie, la capture, l'année dernière, d'un papillon encore inconnu ; la première leçon de bicyclette en 1909. »
L'érudition de Michel Ohl a peu d'égale. Frappé par les injustices de l'alcool, il traîna sa croix, dès sa treizième année. C'est au Château de Préville, à Sainte-Suzanne, près d'Orthez, que Joseph Kessel le connut et me le présenta. Michèle Kessel y était soignée pour la même malédiction par cet apôtre de la médecine qu'est le docteur Lionel Bénichou. Depuis, mon amitié pour Ohl n'a fait que croître.
Directeur littéraire aux éditions Jean-Claude Lattès après avoir quitté le monde du disque, je préfaçai son premier ouvrage Pataphysical Baby (mémorial du temps de l'immaturité) et publiai plusieurs de ses livres, dont Traité de tous les Noms, Chez le libraire, Entre devins. Cet orfèvre du mot, ce faiseur d'anagrammes, ce maître du palindrome, ce possédé du contrepet, du calembour et de l'anacoluthe, ravageur de lui-même, fait peu recette. Les fous littéraires n'ont pas le rendement commercial d'un chanteur, d'un signataire effréné de pétitions, d'un bateleur politique, lesquels, le plus souvent d'ailleurs, rendent à leur éditeur une bouillie qu'il convient de récrire - encore ne prennent-ils pas toujours la peine de fournir ce magma initial.
De la même famille que Swietorzecki (mystérieux Polonais des années trente, inventeur de cette perle : « Dieu sait tout hormis qu'il n'existe pas »), Paulin Gagne (fou grandiloquent mentionné par Lautréamont), Prince Korab (Guide pour les égarés), Chatel le dentiste (son Abrégé de l'histoire des différentes nations, suivi des Principales Routes de l'Europe, publié en 1850, tient en douze pages), Augustin Bousquet (originaire de Cessenon, près de Nîmes), Jean-Baptiste Bousmar (mégagaga belge du XIXe siècle), Antoine Husson (fou scatologique publié aux Editions Gilleta à Nice en 1868 : la ville paraît ne rien avoir conservé de son passage), Ernest Pennel (initiateur à la vie cruelle), Henry Weyerse (autre Belge, déçu par l'Eglise celui-ci, qui entendait se venger du « clan surnaturel »), Jean-François Marmiesse (abbé de Cahors, spécialiste de l'onanirisme : onanisme et onirisme mêlés), Nicolas Cirier (imprimeur du XIXe siècle de haute démence), Berbiguier de Terre-Neuve du Thym (aussi génial que le Président Schreber et que Jean-Pierre Brisset selon les connaisseurs), Auguste Le Barbier (météorologiste, havrais et folingue, se disant « dominatmosphérisateur »), J.B. de Tourreil (auteur de cette affirmation : « Après la mort, les fous deviennent des étoiles ; les gens médiocres des légumes ou des animaux primés dans les concours agricoles »), Ladislav Klima (ce Tchèque se recueillait-il à Prague devant une sépulture faite de bouteilles vides amoncelées comme Michel Ohl visite son cimetière de Mimizan où s'entassent les récipients éclusés et rassemblés par ses soins ? - à chacun ses cadavres), Alfred Jarry, Antonin Artaud, Raymond Queneau, Boby Lapointe, Francis Giraudet, Philippe Billé, Patrick Oustric, Pierre Ziegelmeyer, (j'en passe), appartenant donc à cette famille d'explorateurs de la langue souvent bousculés par la permanente tentation de faire cesser la farce, Michel Ohl a aussi des parrains parmi « les suicidés de la société » tels Arthur Cravan, Jacques Vaché, René Crevel, André Frédérique, Jacques Rigaut (« Il ne s'est jamais rien passé ; c'est une maladie de la mémoire ») et d'autres, plus paisibles, comme Renan, Larbaud, Borges, Arland, Paulhan, Gide, Schwob pour ne pas redire Pia et Sigaux ou encore Albert Thibaudet, Jean Pommier, René Dumesnil, Kléber Haedens, Jean Gaulmier, Hubert Juin... La caste de ceux qui ont tout lu est la sienne.
Je reprends parfois ses lettres signées suivant l'humeur : Le Prince de Saint-Exhuméry, Le Tourmalet de l'Eglogue, Le roseau pesant, L'écrivain de Géhennie, Zérohl, Mikhaïloche honteux et confus, Michel-la-terreur-des-mouches, Michko O se débattant parmi les ombres et les larves du Schéol, Michel Alcoohl... J'en relève des bribes pour un journal intime que je détruirai (peut-être) avant de plier définitivement les paupières. Elles m'émeuvent et m'offrent des sourires. M'est-il permis d'en recopier quelques passages ? « La littérature nous crèvera tous à moins que ce soit autre chose »... « J'espère qu'au milieu de la mitraille (ensemble des évêques) il y aura encore quelques soldats de l'âme un peu plus consistants »... « Marie-Brise-Art : la méchante déesse de l'ivrognerie »... « Pensé à une saga posthume : Les Bougon-Macchab »... « J'aimerais mieux sauter Marguerite Duras qu'une ligne d'un livre que j'aime »... « Je songe à un nouveau (??) genre littéraire : le vélodrame »... « Je fêterai à ma façon solitaire la Nativité de Jarry, ce 8 septembre, (103e année) dans (te l'avouerai-je ?) les bars morfondants d'un Cauterets plus dérisoire que jamais »... « Je ne lis ni n'écris évidemment, mais parcours dévotieusement une ravissante au prénom rappelant à s'y méprendre le subjonctif de lire : Lise »... « Je suis un peu mal en point mais c'est ma faute (libations dans le vide en l'honneur d'aucun dieu) »... « Je bois come on troue l'oubli »... « Je continue d'attendre "la mort" avec plus d'insignifiance, et de peur, que jamais (sic) »... « Suicide-toi si tu l'oses. Moi je reste encore un peu »... « Je crois toutefois que vouloir se tuer, et puis se tuer vraiment, c'est ce qu'il y a de mieux »... « On me demande - fait rarissime - un texte sur le thème de la bibliothèque. Pour l'écrire je dois, oh paradoxe ! délaisser momentanément la lecture »... « J'ai beaucoup aimé Berl. Je le range dans ma bibliotête non loin de Chardonne »... « Le vieux monsieur était si triste, si seul, qu'il décida d'appeler sa villa "A vendre". Il pensait que beaucoup de gens viendraient le voir désireux d'acheter. "Oh non ! (leur expliquerait-il) elle n'est pas à vendre ! A vendre est son nom." »
Aujourd'hui, Michel Ohl a échappé à une opération qui l'oblige à contrôler « si le crabe qui nidifiait » dans sa gorge « n'a pas laissé de traces ». Il m'écrit toujours des lettres depuis Onesse, son village natal, ou de Mimizan et de Bordeaux qu'il nomme « La Mauriacqueuse », « Corbeaux-sur-Garogne », etc. Il les signe « L'homme aux profils ennemis » ou « Mickey La-mâchoire-en-biais », car l'intervention chirurgicale et la cobaltothérapie ont laissé leurs cicatrices. Lise est devenue sa femme. Un enfant est né : Nicolas. Son père l'appelle le tsarévitch. « Il nécessite des soins constants, dit-il Je fais l'âne et le boeuf sans arrêt pour l'amuser en le préparant mine de rien à son destin. »
Depuis l'opération, alcool et tabac ont été proscrits, ce qui n'éconduit pas les angoisses des « jours ohlicides » : « Je vois sans cesse le cimetière ; le cimoche ; l'abîmetière d'Onesse, le village natal, le charnier natal. » Mais, par la rigueur des privations, malgré les dangers de la dérision à tout va (« les calembours les plus mauvais possibles n'illustrent-ils pas la liberté de la chute ? »), Michel Ohl demeure auprès des siens (« la famille Rikiki-Fenouillardoff »), ajoute inlassablement à « sa bibliotête », rêve d'égaler André Darrigade en disputant « le critérium des Souvenirs d'Enfance », organise « la coupe du monde des Larmes », et affine son si énigmatique langage qui le fait qualifier par Pierre Veilletet de « raccommodeur de porcelaine dont les mains trembleraient ».
Devenu « aventurier passif » tel un héros de Mac Orlan, inventeur de « la harpe schéolienne », se demandant si « par une sorte de mémoire à l'envers Nabokov n'a pas influencé Sade », il reste digne du jugement de Jean-Sébastien Lemey : « Dépèce-toi, poète ! », afflige, éblouit ou amuse ses amis par ses trouvailles, qu'elles soient de lui ou débusquées dans des livres.
Les dernières ? « Le poisson pleure en vain », « Il fut mais pour devenir cendre », « La meilleure preuve de réincarnation est le boeuf », « Il m'apparaît parfois que tout ne fut qu'invention diabolique de quelque conteur raté, ce qui explique ce sentiment d'effroi insoutenable et morbide qui peu à peu me submergea » (Leonid Andreïev, mort en 1919, d'une hémorragie cérébrale, en Finlande, où il s'était réfugié), « J'espère recevoir bientôt de tes nouvelles, ainsi que de celles de ta femme, de l'enfant, et de la sexualité par rapport au nez » (Lettre de Freud du 29 novembre 1895), « Les livres sont des animaux que l'oeil du maître engraisse » (Antal Szerb)...

 

 

J'en reviens à la disparition de Nabokov. Dans une autre de ses lettres expédiée de « Burdigalère-sur-Garogne », Ohl m'écrivait : « La mort de quelques-uns pose une ombre trop noire sur notre vie. Quand aujourd'hui je regarde la photo d'un mort que j'ai aimé, que j'aime, je me dis : "Poseur, il a vécu ce que durent les poses, l'espace d'un cliché." A mes yeux, Nabokov était la possibilité du génie. Et du bonheur sur cette terre. Même s'il ironisait ("Ma vie à moi, c'est du pain frais avec du beurre de campagne et du miel des Alpes") et malgré la cruauté, la folie, la dérision qui emplissent ses livres. » De Ohl encore : « Selon moi, Nabokov n'a pas éprouvé la peur panique qui a fait fuir Tolstoï à l'approche de la mort même s'il n'avait pas la religion de la Providence comme Mme de Sévigné qui assista à l'agonie de M. de Saint-Aubin et fut ravie par les spectacle (encore qu'aux indices de sa propre fin elle ne pût réprimer les "frissons glacés" qui la parcouraient). Car le rire, ce "petit singe de la vérité errant de par le monde", accompagna longtemps le Grand Nab (pardonne l'irrévérence, dans mon intimité je le nomme ainsi). Quand, dans Intransigeances, on lui pose cette question : "Y a-t-il un fondement quelconque à la rumeur selon laquelle vous vous apprêteriez à quitter Montreux pour toujours ?" tel un Dieu moqueur il réplique : "Et moi, j'ai entendu une rumeur selon laquelle tous ceux qui vivent en ce moment à Montreux quitteront cette ville pour toujours". »
Cette répartie conduisait Michel Ohl à évoquer Witold Gombrowicz, une autre de ses passions primordiales. « Les deux hommes, m'expliquait-il, sont liés par le rire plus que par leur fascination pour l'immaturité ; un rire issu de Gogol : "Gogol nous a mis le nez dans notre propre rire", note Siniavski. Pourtant, poursuivait Ohl, je pense que Witold et Vladimir n'auraient probablement pu se supporter. » Et il me rappelait une visite de Dominique de Roux au Montreux Palace : « Lorsqu'il parle de Gombrowicz, Nabokov fait mine de le confondre avec Kosinski, l'auteur de l'Oiseau bariolé. »
Cette passion conjugué fouette mes regrets de ne pas avoir connu l'écrivain polonais arrivé un jour à Vence (avec quatre livres) quand j'habitais encore Nice. Sans doute aurais-je pu. Angelo Rinaldi l'a bien rencontré, lui qui écrivait dans les colonnes de Nice-Matin. De me dire que j'ai abordé des écrivains, des peintres et autres déchiffreurs d'âmes que beaucoup ont ignorés ne me console pas. Par bonheur, les livres sont là, et l'intelligence déliée de Michel Ohl qui me parle de cet homme à qui Rita Gombrowicz - son épouse - demanda, un jour, pourquoi il ne regardait pas les gens en face. « Parce que j'ai peur : je vois trop de choses », riposta-t-il.

 

 

Ai-je fait entendre que la voix et les lettres de Michel Ohl tiennent du chuchotement ? La vulnérabilité de celui dont la pensée erre en des zones qu'atteignent rarement les autres hommes m'engage à des égards constants. On sent bien que la moindre dissonance dans le vocabulaire et le comportement torture ses nerfs d'écorché. Le refuge de l'étude, de la méditation et des siens risque alors de ne plus suffire pour défaire les froissements du cœur et mettre le holà aux guets-apens de l'alcool toujours prêt à user de perfidie pour gagner la partie. Cette souveraineté du demi-mot et de la retenue donne aussi plus de poids à ses avis. ... Et Michel Ohl de dessiner sur-le-champ une ferme landaise avec son plus beau fleuron : un stylo Bickett.


 

 

 

Pour lire l'essentiel de son oeuvre, c'est chez Plein Chant qu'il faut commander.
Pour l'aborder doucement autant que pour approfondir, les Morceaux Choisis de Michel Ohl sont toujours disponibles (et notons que les Éditions des Contemporains favoris sont redevenues actives) .

 

 

 

 

LES AMIS DE LA CHARCUTERIE SAUVAGE

(Entre Devins, Jean-Claude Lattès, 1982, pp.157-162)

 

 

A la mort d'Ohl je respirai un bon coup, et fondai sur-le-champ, histoire de me faire un peu de blé, la Société des Amis d'Ohl.
Les membres du cortège funèbre ignoraient jusqu'au nom du mort. La plupart croyaient que dans le cercueil reposaient soixante kilos de trop vieux rôti de veau dont voulait se débarrasser à des fins humanitaires le maire de tendance radicale, M. Marc Bouchelas. Un jouvencel peint m'affirma qu'on enterrait Hitler, « une vieille salope toujours vivante : entendez ce martèlement de poings contre la paroi de la bière ! » ; mais c'était le bruit cadencé de nos pas.
Il me fallait d'autres renseignements biographiques. Aussi, une fois le corps enfoui, gagnais-je l'asile Sainte-Anne de Mont-de-Marsan où Lise, l'ex-compagne d'Ohl (ils ne s'étaient point mariés car le lysol est un désinfectant — petit détail révélateur n°1, dit « gouillinfimi »), demeurait depuis son meurtre.
La démentée buvait jouxte l'hôpital, au Bar des Usines. « Je bois l'arme du crime ! » ricassa-t-elle, « les neuroleptiques subliment mes cuites ! le soir je tombe de beaucoup plus haut, mais en vol très très plané, dans le lit pentu, ou l'herbe follement pas verte, ou encore le néant que matelassent les rêves du lendemain midi »...
— Et Ohl ? soufflai-je.
— Pfff ! du vent dans les vieilles branches pourries...
Je ne pus, au bout de six blancs secs, lui tirer du nez que ces vers (elle se piquait de poésie) :
Michel ? Je n'ai de lui qu'un souvenir hideux : Ses pieds sentaient ; au lit, on était mal à deux.
J'hélai un infirmier par-dessus la murette — et déguerpis.
Il me restait la mère spirituelle d'Ohl, sa maîtresse littéraire, la grande Christine de Rivoyre, championne des Landes à cheval magique : deux de ses doigts étaient jambes de sorcière qui enfourchaient la nuit le porte-plume d'ange noire pour rejoindre la forêt du sabbat. La trajectoire décrite, projetée sur vélin fée en peau de chat mort-né, raconte une histoire interminablement enchanteresse qui rend fous les amateurs landais de fantastique. L'Œuvre qui s'achèvera de l'autre côté du miroir tendu à l'Auteur expirante, fera naître par ses retombées la pure source cristalline de la Métempsychose. Au Stade de la mort la Mort coureuse solitaire tente éternellement de battre son propre record du monde — tape du pied sur les touches invisibles de la piste les lettres de nos noms — et les spectateurs meurent à mesure dans les gradins. Votre être, misérables humains, ne tient qu'à deux fils ! Au-dessus de deux Remington monstrueusement accolées, la tête blonde de Christine. Plus haut, le Fils de l'Homme pendu : Christine tire sur sa verge extensible, et le Fils de l'Homme étend ses bras en croix en silence. Christine lâche la verge, et tandis que très lentement s'abaissent les bras du Fils de l'Homme elle me dit :
— Quel nom dites-vous ?
— Ohl.
— Épelez !
— O comme Ovide, H comme Hölderlin, L comme Lalo.
— Épelez !
— Lalo, Allais, Lalo, Ohl.
— Épelez !
... J'épelai deux heures durant. Enfin Christine m'avoua :
— Non ! je ne connais pas ces gens... Moi vous savez je ne sors plus que pour me fondre en notre belle mère Nature. Alors les gens...
Elle me congédia d'un menu geste aristocratique et reprit la rédaction des status de la Société des Amis de Rivoyre (en Littérature, par pudeur, on ne dit jamais les Amis de de).
Dévoré de fureur, je fis paraître dans « l'Organe du Marensin » (escomptant une publicité qui me permettrait de lancer une société d'Amis du Vin - car Ohl, ses chiantes sempiternelles minuties, ses grotesques innombrables calembours, sa poésie nimbeuse niveau 1ère C..., oublions-les !) une chanson vengeresse, la Vieuvre :

 

 

CHRISTINE de Rivoyre avint le 15 aoûtsic
1943 au Coeur du Bourg d'Onesse.
(Il est bon qu'au Début le Liseur sache où naissent
Les gigantins Génies de la Plume et du Bic.)
SON PERE était Pell'teur : il maniait la pelle
(Christine, dans son Œuvre, un jour, s'en souviendra).
Sa Mère avait suivi un chanteur d'Opéra
Au Pays où Tchékhov écrira ses Nouvelles.
A CINQ ANS notre Auteur lisait Homère ou Dante,
Et parlait couramment l'Hébreu, l'Oc, l'Allemand ;
Elle écrivit un vers au sujet de Maman :
"Pourquoi t'es-tu barrée en la nuit conftondante ?"
ET PUIS ce fut la Guerre atroce et tell'ment vaine
Que dépeint si crûment "l'Alouette au Miroir" ;
Le Pell'teur y périt d'un retour au terroir ;
Christine en réchappa : son Coeur couvait l'Oeuf d'haine.

MIL NEUF cent soixant' dix : Jehan aime Christine.
Il lui donne son nom, Mesplède, le 6 mars.
Elle, pour compenser, lui donne un petit gars
Qui deviendra Plutarque, ou, plutôt, Louis Céline.
ENFIN, c'est le fatal voyage à Perpignanne :
Laissant Louis gigotter aux mains de sa Nounou,
Christinette et Jehan, genoux contre genoux,
Ont pris le train bondé qui, dans les cols, ahane.
AU SOMMET du Ventoux les freins, mal huilés, lâchent :
Le train va s'écraser contre un Roc, en un tas
De fer au sang... Et de "la Glace à l'Ananas",
L'on ne saura jamais ce que le titre cache.

 

 

Vers midi des nuées d'onessois inhumains, mi-leus mi-lions, hurlant rugissant sur l'air d' « O Vierge de Buglose » : « Christine de Rivoyre / Si chère aux cœurs landais », assiégeaient l'hôtel où je cuvais ma dernière cuite paralittéraire.
Empruntant la porte de derrière je réussis à m'enfuir, déguisé en ivrogne fin-de-siècle. Je me pendis au milieu des pins. Un muletier analphabèté, Blié, me décrocha, et voulut bien véhiculer.
...  ...  ...  ...  ...  ...
21 mars 1981. — Je reprends du service aux Amis de la Charcuterie sauvage.
Je rédige cotre un litre de gnôle et un pâté de potamochère (ou un pied de laie, ou un saucisson pur babiroussa, ou une pointe de phacochère), je rédige de ma belle main moite, en ronde et en tremblée, la liste des spécialités du jour.
Pourquoi avais-je quitté M. Barfleuri, le charcutier sauvage.
Je me souviens vaguement du mariage d'un cimetière et d'une bibliothèque municipale, dans une petite ville lointaine et quasi hors d'elle.
Au retour de ma fugue, j'ai offert à M. Barfleuri un toutou que j'ai appelé Blié — comme ce poète dont l'un des personnages rencontrés dans la petite ville lointaine et hors d'elle (un nommé Bouchelas je crois) voulait associer... oh ! et puis qu'importe...
A deux ou trois litres de chez mon moi, se dresse une librairie en tête de rat : On y entre par le museau porte, mais il n'est pas certain qu'on en ressorte.

 

 

 

Étrange coïncidence : un livre de souvenirs de Christine de Rivoyre est annoncé à paraître en novembre 2014...

 

 

Signalons enfin que Guy Ferdinande partage sur Youtube quelques belles vidéos de Michel Ohl lisant :

 

 

 

 

Classé dans : Lectures - Mots clés : Michel Ohl

Écrire un commentaire

Quelle est la première lettre du mot vlalpe ? : 

A propos

Blog de Grégory Haleux
contact :
ellipse_et_laps[at]yahoo.com

[lire la fuite]


Catégories

Derniers commentaires

Archives

Mots clés

RSS