Ernest Fraenkel : « Contribution à l'étude de l'analité : Le psychisme intestinal »

Rédigé par Grégory Haleux - 09 avril 2016

 

Martín Ramírez, via Ricco/Maresca Gallery

 

 

 

Dans les trois derniers numéros de Psyché, revue internationale des sciences de l'homme et de psychanalyse, paraît un long et très curieux article d'Ernest Fraenkel : « Contribution à l'étude de l'analité ». De la partie consacrée au « psychisme intestinal » (Psyché nouvelle série, n°3, 1er trimestre 1960, pp.17-23), nous tirons l'extrait suivant, contenant de singulières analogies.

 

 

 

Cette aptitude à la division intrinsèque du travail est un aspect de la tendance schizothymique de l'âme intestinale. Un autre aspect de cette tendance se révèle à nous lorsque nous apercevons ce que nous voudrions appeler le contrepoint du travail intestinal, comparable au canon ou à la fugue en musique. La bouillie stomacale n'est pas — il faut s'en rendre compte — répartie sur toute l'étendue des intestins de façon continue. Elle est plutôt divisée en tronçons, semblables aux rames de wagons d'un chemin de fer souterrain (Métro de Paris) (1), entre lesquels se trouvent des zones vides. Et chaque rame est dans un autre stade du processus de digestion, suivant la progression respective de ce processus, progression qui, pour chacune d'elles, dépend : a) du moment de l'entrée dans les intestins par le pylore, b) de la composition chimique de la masse fournie par l'estomac, c) de la liquidité ou solidité plus ou moins prononcée de  celle-ci, d) de l'abondance de l'apport du foie et du pancréas, apport pas toujours égal ni en quantité ni en qualité, e) de l'intensité des mouvements péristaltiques des parois intestinales, f) du succès de l'activité du caecum et du côlon ascendant en ce qui concerne la digestion de l'amidon et de la cellulose qui pourraient être contenus dans la bouillie stomacale suivant la nature des aliments ingérés, et g) des vicissitudes que les matières subiront dans le caecum au point de vue de leur groupage spatial. Les intestins traitent ainsi chaque rame à part, comme dans une pièce de musique polyphonique chaque voix évolue avec une indépendance considérable. L'âme intestinale fait donc plusieurs travaux à la fois, et doit à cet effet accomplir un partage multiple de son attention. Il n'existe rien d'analogue dans le travail de l'âme gastrique qui, chez l'homme du moins, ne dispose que d'une seule cavité où tous les aliments présents se mélangent sans égard au degré de la progression de la digestion de chacun d'eux, le moment de leur sortie par le pylore étant toutefois subordonné à l'obtention du degré requis pour leur transformation en bouillie. L'estomac est donc comparable à une école de village où tous les élèves sont réunis dans la même classe, alors que les intestins sont pareils à une école urbaine où il y a autant de classes séparées que de termes d'entrée et d'inscription, et autant d'instituteurs que de classes.
La schizothymie de l'âme intestinale comporte-t-elle la formation, dans son sein, de plusieurs centres de conscience au même niveau ? Cela paraît possible, mais pas nécessaire. Sur le plan de la motricité consciente, on peut, peut-être, combiner à volonté des mouvements multiples des quatre extrémités, des dix doigts et d'autres muscles, sans que pour cela l'unité de la conscience soit détruite. Nous concluons par analogie que dans l'âme intestinale plusieurs actions peuvent simultanément être poursuivies sans qu'il en résulte nécessairement un pullulement de sous-âmes. Cependant, on ne saurait exclure cela avec certitude, faute de possibilité d'observation directe. Y aurait-il, peut-être un centre de conscience propre aux intestins grêles, un autre propre au côlon ? Nous ne saurions répondre. (Nous reviendrons encore, dans la suite, sur ce problème.)
En ce qui concerne enfin les possibilités de schismes psychiques pathologiques, elles sont sûrement nombreuses dans le cadre de l'âme intestinale, et peut-être de tels phénomènes pourront-ils engendrer des échos pernicieux dans d'autres provinces de l'âme d'un individu, troubles à l'égard desquels les recherches étiologiques de notre psychiatrie positiviste resteront vaines.

 

 

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(1) Les chemins de fer souterrains sont un point d'attraction particulier pour la libido anale ou, comme on voit maintenant, plutôt pour la libido intestinale. Déjà les chemins de fer en général, ainsi qu'un réseau de canaux ou le système des rues d'une ville, attirent la libido intestinale du fait de la contrainte exercée sur les véhicules de se tenir rigoureusement sur une ligne tracée d'avance (a). On trouve ici une des causes psychologiques du succès énorme qu'ont chez beaucoup d'enfants les chemins-de-fer-jouets ; de même la passion pour les chemins de fer en général, pour les tramways, pour les plans de ville, etc., s'explique partiellement par la projection de la libido intestinale. Nous avons connu un garçon qui passait des jours entiers à dessiner par coeur des plans de différents quartiers de Paris, en partie fidèlement d'après la réalité, en partie de façon phantastique, ou des plans avec des lignes réelles ou inventées des autobus parisiens. Le même garçon se plaisait à carrioler toute la journée en tramway ou en autobus (combinaison de libido intestinale et de libido génitale). Au regard des lignes d'autobus, de tramways et de chemins de fer, on peut se demander, en raison des multiples ramifications des réseaux, ramifications qui n'existent pas dans le domaine intestinal, s'il n'entre pas en jeu un apport considérable de libido pulmonale ou artérielle-cardiaque. Nous voulons ici nous borner à poser la question et à noter le doute qui s'élève à propos de la réponse à donner, du fait que la distance entre la région de l'infra-conscient où s'insèrent les âmes pulmonale, cardiaque et artérielle d'une part et la conscience d'autre part est peut-être beaucoup plus grande que celle qui sépare de la conscience l'âme gastrique et l'âme intestinale, de sorte qu'il y a lieu d'examiner plus spécialement si, dans le cas des âmes pulmonale, cardiaque et artérielle, l'énergie de projection suffit pour atteindre l'objectalité du monde extérieur.
Le chemin de fer souterrain (comme tout chemin de fer qui conduit à travers un tunnel) se rapproche davantage que les autres moyens de locomotion, de la psychologie exclusivement intestinale. Le tube n'est pas, ici, rempli d'un liquide comme dans le cas des fleuves et canaux (b), s'apparentant aux voies sanguines (et lymphatiques). Les matières assujetties à la digestion sont mieux symbolisées, dans le cas humain du moins, par les rames d'un métro d'une certaine longueur que par des autobus courts (c) ou des trains de chemin de fer ordinaires ou des tramways où le rôle de la locomotive ou de la motrice comme tête du convoi (glans penis) est trop marquée; les rames du métro ont, quand à leur structure intérieure, un caractère d'uniformité qui correspond à merveille à la structure des matières à digérer et à leur forme finale, fécale (d). Enfin : les métros constituent, il est vrai, aussi des réseaux (à l'encontre des intestins), mais il est important au point de vue psychologique, que le plus souvent le même train fait tout le temps la navette entre deux stations; pour changer de direction, il faut le  plus souvent se rendre dans un autre tunnel en traversant un couloir de correspondance, autrement dit, il faut, par l'intermédiaire d'un deuxième intestin, rejoindre un troisième intestin et s'intégrer là à un nouveau convoi (quasi-fécal). Mentionnons enfin le Grand Huit qui, par la conduite du parcours et l'univocité de celui-ci, rejoint également l'intestinalité à un degré d'approximation remarquable qui, en partie, explique la grande force d'attraction de cette distraction populaire.
Nous parlions de la polyphonie intestinale, point de vue que nous reprenons maintenant, pour indiquer où cesse l'analogie entre le métro et les intestins. Les rames de wagons ne changent pas de constitution durant le parcours. Elles n'évoluent pas, en elles-mêmes (e), dans le temps, comme un thème de contrepoint ou les matières digérées. Pour rester dans l'analogie musicale : chaque rame de métro chante tout le temps le même son. L'ensemble des rames chante donc soit un accord soit une dissonance soit un uni-sono. Dans le canon, dans la fugue et dans les intestins, les choses se passent autrement. Chaque convoi qui part (dans le cas des intestins à partir du pylore) évolue en route, et l'ensemble des voix ou convois, perçu comme un ensemble, forme un tissu contreponctuel. Chaque voix — et chaque convoi — se développe indépendamment des autres. Les portions vides des intestins correspondent aux intervalles entre les voix de la composition musicale. La ligne, étendue à dimension unique, que constituent les intestins, est ainsi partagée en morceaux remplis et vides dont les proportions spatiales recèlent peut-être une haute beauté, restée jusqu'à nos jours inconnue des yeux de notre observation consciente.
Il est impossible d'exclure a priori que cette musique architecturale muette de l'âme intestinale et sa polyphonie se projettent plus haut et participent ainsi à l'élaboration de la musique d'art la plus raffinée.
On pourrait objecter ici que la répartition de la bouillie stomacale dans les intestins dépend de l'estomac qui, de temps à autre, en fait sortir par le pylore, l'estomac dépendant de son côté du rythme des repas. A cela nous répliquons :
1° La dépendance intestinale des envois de l'estomac n'est qu'un parmi plusieurs facteurs dans le jeu des forces qui se déroule à l'intérieur des intestins. A ce facteur se joignent le chimisme digestif, la succion des vases capillaires (sanguins et lymphatiques) et surtout les mouvement péristaltiques dont dépend (abstraction faite du jeu des vents) la marche progressive des matières le long du couloir intestinal. Ces facteurs peuvent donc  influencer la vitesse des divers convois et, par conséquent, aussi les distances entre eux, et les proportions des parties déterminées par les convois. Notamment les mouvements péristaltiques (f) nous paraissent être un facteur psychologiquement important, puisqu'ils dépendent directement du système nerveux végétatif dont les rapports étroits avec les oscillations coenesthésiques (plan de l'âme vitale) et les courants émotionnels (plan de l'âme affective) sont  connus, et qui (g) est, comme nous croyons, en même temps l'endroit central par lequel beaucoup d'âmes d'organes prennent contact avec le plan physiologique. Il s'ensuit que les rapports spatiaux entre les convois subissent des influences psychologiques ou bien originellement psycho-intestinales ou bien psycho-vitales ou psycho-affectives par le truchement de l'âme intestinale.
2° Le rythme des repas dépend en partie des demandes de l'âme gastrique qui, à son tour, subit peut-être et, dans ce cas,  transmet aussi des influences de l'âme intestinale à la recherche de travail. Peut-être la faim intestinale (h) a-t-elle aussi des accès directs à la coenesthésie, notamment après un jeûne prolongé.
Notre point de départ pour cette note étaient les chemins de fer souterrains. Jusqu'à présent, nous avons démontré leur importance au point de vue de la psychologie intestinale. Ils ont cependant aussi une importance marquée au point de vue de la psychologie anale, au sens précis. Il s'agit, à ce propos, d'une part, de toutes les entrées et sorties de tunnels et de halls de gare en général, et, d'autre part, des endroits où le métro souterrain se transforme en chemin de fer à niveau ou à viaduc en particulier. Les enfants sont souvent fascinés par ces endroits et les regardent avec un intérêt et avec une endurance que l'adulte n'arrive pas à comprendre à partir de sa psychologie orientée uniquement par l'introspection dans la conscience de l'état de veille. L'enfant retrouve ici un anus en pleine fonction et la fumée sortant de la locomotive avec son odeur âcre constitute un élément d'analogie de plus, assez atténué d'ailleurs pour que la conscience qui a subi l'éducation à la propreté puisse en jouir sans tout de suite être contrainte au refoulement par l'intervention du sur-moi sévère.
Il ne faut d'ailleurs pas oublier que d'autres éléments affectifs importants se mélangent ici à la projection de l'analité proprement dite : le tunnel représente en même temps la porte de la naissance, le train qui sort est un enfant en train de naître, soit l'enfant même qui regarde, soit le petit frère, la petite soeur déjà venu(e) ou prochainement attendu(e).
Enfin le train qui entre peut symboliser soit la nostalgie de l'utérus (conf. en ce qui concerne l'existence de cette nostalgie, les rêves rapportés par le Dr. Allendy (i) que nous avons cités dans un travail (j) sur l'âge oral), soit actualiser des souvenirs relatifs à la « scène primitive ».
Tous les complexes affectifs auxquels nous venons de faire allusion dans ce qui précède entrent en action aussi dans le cas où l'enfant se trouve dans le métro souterrain qui, subitement, surgit des ténèbres pour monter à la clarté de la lumière et au-dessus du niveau de la rue avec son fourmillement de piétons et de véhicules visibles alors comme à vol d'oiseau. M. P. E. m'a communiqué qu'à l'âge de 4 ans environ, son père l'a pour la première fois dans sa vie emmené au métro de Berlin, en partance de la station « Jardin Zoologique », passant par la « Place de Wittenberg », en direction de la « Place de Nollendorff ». « Place de Wittenberg » est une station souterraine, celle de la « Place de Nollendorff » est située sur le viaduc. Le père ne lui en avait rien dit. M. P. E. se rappelle encore de l'émotion profonde que lui causa la sortie subite du tunnel et la lumière du jour qui, soudainement, l'entoura. Ce point de la ville devint depuis pour lui un point d'attraction particulier. Souvent il engagea la bonne, chargée de le promener, à l'accompagner à la grille où l'on pouvait — et peut, peut-être, toujours — regarder les trains qui sortent et montent du tunnel, qui descendent et entrent dans le tunnel. Et jusqu'à l'âge adulte, il aima beaucoup prendre le train entre les deux gares mentionnées tout à l'heure, dans une direction ou dans l'autre, pour revivre, dans un degré atténué naturellement, la sensation merveilleuse qu'il y avait connue pour la première fois dans son enfance. Notons en l'occurence que M. P. E. a subi un grand choc émotif lors de sa naissance (conf. le rêve de naissance que nous avons transcrit dans le travail, cité plus haut, sur l'âge oral) et qu'il a été atteint d'un complexe anal bien caractérisé.
Dans ce qui précède, nous avons déjà donné un exemple de faits psychologiques relevant d'un caractère intestinal et non anal. Il en existe d'autres. C'est ainsi que l'endurance et l'énergie du travail que Jones fait faire partie du caractère anal, font en vérité partie du caractère intestinal. Voilà des faits qui démontrent la légitimité de notre point de vue méthodique qui consiste à étendre à tous les organes une investigation qui, jusqu'à présent, n'a visé que les zones érogènes, connues en tant que telles de la conscience de veille.

 

 

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(a) Ici on aperçoit une modalité de la tendance à la rétention : prescrire rigoureusement la direction du mouvement; cette tendance se retrouve dans les règlementations pédantesques de l'activité de leurs subordonnés par certains chefs.
(b) Sauf dans l'hypothèse d'une inondation telle qu'elle se produit lors d'une dysenterie.
(c) C'est plutôt le cas des fèces chevrotines.
(d) Si dans un « convoi » fécal, on peut distinguer une « tête » du « corps », celle-là, de constitution plus dure que le reste, n'assume pas le rôle d'une locomotive, mais d'une inhibitrice, ne saurait donc pas être symboliquement représentée par une locomotive d'un chemin de fer.
(e) Sauf en ce qui concerne leur vacuité ou leur plénitude, en fonction de l'afflux variable des passagers.
(f) Mais pas exclusivement ceux-ci.
(g) A savoir le système nerveux végétatif.
(h) Le besoin des intestins d'être remplis et de trouver une matière susceptible de résorber les sécrétions de leurs muqueuses, non pas le besoin d'être eux-mêmes nourris.
(i) Cf. « Rêves expliqués », éd. Gallimard, Paris 1938, pp. 207-224.
(j) Ce travail est le fruit d'une collaboration avec Paul Jury qui l'avait déjà mené assez loin avant de nous y associer.

 

 

 

 

Martín Ramírez, via Ricco/Maresca Gallery

 

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La Dame en mauve

Rédigé par Grégory Haleux - 07 avril 2016

 

 

L'Intransigeant, 16 décembre 1928 (sur Gallica)

 

 

 

Théorème : Pour une princesse des Ténèbres, il ne fait pas noir dans les ténèbres.
Voyez « voir » le chat et mieux le hibou, qui sont chez eux dans les ténèbres.
Les peintres commencent à comprendre de quelle couleur est le noir.
L'auteur de la Princesse des Ténèbres et de la Tour d'Amour se plaît à s'entourer de violet.
Pour l'observateur superficiel, l'être humain de l'extérieur, le lecteur, il y aurait, s'il savait lire, une signification symbolique, c'est-à-dire réelle, dans cette couleur.
L'en deçà de l'individu est un au-delà pour la foule.
Cet au-delà, nimbé de violet, est pour la foule l'ultra-violet.
Cela commence où il n'y a plus de prisme.
Cela commence où il n'y a plus de soleil.


Alfred Jarry, « Ce que c'est que les ténèbres »,
in La Plume, 1er mai 1903 ; La Chandelle verte,
Le Livre de Poche, 1969, pp.295-296

 

 

 

 

C'est la fleur des lilas, et, en général, toutes les fleurs violettes ou mauves, qui retiennent les préférences de

 

Mme Rachilde

 

— Ce sont les seules que mes yeux peuvent regarder sans fatigue, explique-t-elle.
L'envoi qui me fut le plus agréable était le premier bouquet de Nice que j'ai reçu : il était blanc et mauve, fait de roses blanches, de violettes de Parme et de lilas doubles. J'avais alors quinze ans. Je n'ai jamais su d'où il venait... mes parents n'ayant pas jugé bon de me le dire.

 

Gaston Tournier, « La Femme et les fleurs »
in Le Gaulois, 16 mai 1914

 

 

 

 

Je l'ai vue généralement vêtue de mauve, qui était sa couleur de prédilection, portant un bonnet mauve, à la mode de son pays, je pense, une écharpe noire autour du cou, des pantoufles mauves, des bas gris.

 

Auriant, Souvenirs sur Madame Rachilde, A l'écart, 1989, p.52

 

 

 

 

Au retour, dans le bureau de Vallette, Rachilde en toilette de mardi : robe mauve clair juste aux genoux, dans les cheveux un peigne à l'espagnole, vraie toilette de parade de baraque foraine.

 

Paul Léautaud, Journal littéraire, 13 mars 1928,
tome 1, Mercure de France, 1986, p.2227

 

 

 

 

Je crois me souvenir que le soir du cirque j'avais une robe mauve... si ça peut vous faire plaisir que je m'en souvienne.

 

Rachilde, Madame de Lydone, assassin, J. Ferenczi, 1929, p.77

 

 

 

 

— Moi... je ne me rappelle plus (Elle faisait un effort très visible pour se souvenir, fronçant les sourcils, son front déjà ridé, ses paupières d'un mauve livide, toute sa petite tête simiesque dont la seule jeunesse faisait la drôlerie mais qui serait, plus tard, un effroyable masque digne des temples japonais qu'elle entrevoyait dans ses divagations.)

 

Rachilde, La Haine amoureuse, Flammarion, 1924, p.100

 

 

 

 

Il y a là... (n'est-ce pas, que tu vas être aussi curieuse que moi ?)... un cabinet de cristal, une tourelle-boudoir, drapée de peluche mauve, (elle est blonde, relevée de bandes de cygne avec crépines de verre filé à Venise...
Boudoir qui donne l'envie folle d'un suicide à la morphine.

 

Rachilde, Le Tiroir de Mimi-Corail, Monnier, 1887, p.14

 

 

 

 

Mme de Givray disparut sous une portière pour aller changer de robe. Elle revint en crêpe de chine mauve, étant sortie en velours bleu, tenant un joli plateau sur lequel tintaient des coupes de cristal autour d'une cruche d'argent contenant une boisson glacée.

 

Rachilde, L'Autre Crime, Mercure de France, 1937, pp.75-76

 

 

 

 

Rachilde n'a pas de goût pour les bien-pensants. C'est heureux. Moins heureux, ce goût étrange pour le mauve, couleur qu'elle inflige à elle-même comme à ses héroïnes et que son mari choisit, en hommage, pour la couverture de la revue du Mercure de France.

 

Sylvie Perez, Un couple infernal - L'écrivain
et son éditeur
, Bartillat, 2006, p.149

 

 

 

 

Mme Rachilde disait que c'était pour elle que M. Vallette avait fondé le Mercure de France et qu'il choisit pour sa couverture le mauve, qui était sa couleur préférée. M. Vallette n'eut, en effet, qu'une pensée, tenir la promesse qu'il avait faite à Mlle Rachilde au bas de sa dernière lettre*.

 

Auriant, Souvenirs sur Madame Rachilde, A l'écart, 1989, p.38

 

 

 

 

* [Je te ferai avec ma patience d'ouvrier, ma force d'homme heureux, malgré toutes les haines, toutes les jalousies, toutes les injustices, une si belle prison que tu n'auras plus envie d'en sortir.

 

Alfred Vallette, Le Roman d'un homme sérieux - Alfred Vallette à Rachilde (1885-1889), Mercure de France, 1944, p. 122]

 

 

 

 

16 juillet 1888
Devant cette enveloppe mauve où je reconnais votre chère écriture, votre écriture de petite fille qui saute encore à la corde mais qui sait s'appliquer quand elle veut, je suis resté comme paralysé... je n'osais plus l'ouvrir. 'Elle m'écrit !'

 

Alfred Vallette, Le Roman d'un homme sérieux - Alfred Vallette à Rachilde (1885-1889), Mercure de France, 1944, p. 84

 

 

 

 

Alors, Mme de Mauves, qui ne manquait pas d'esprit quand il s'agissait de mettre les pieds dans le plat, eut un éclat de rire:
— C'est un mariage blanc?
Valerne se fâcha [...]

 

Rachilde, Les Voluptés imprévues, J. Ferenczi 1931, p.158

 

 

 

 

Le Père Ubu a fait sa barbe, s'est fait préparer une chemise mauve, par hasard ! Il disparaîtra dans les couleurs du Mercure et il démarrera, pétri toujours d'une insatiable curiosité. [...]
La lettre dictée hier est presque un duplicata, mais j'ai donné ordre pour qu'on vous l'envoie après, ainsi, si vous le voulez bien, que ma bague mauve.

 

Alfred Jarry, lettre à Rachilde du 28 mai 1906
O.C., t. III, p. 617

 

 

 

 

Nous envoyons pour ce mardi, madame Rachilde, le Croco pliant, deux serpents quasi comestibles avec bagues dans le nez et — sans valeur mais fragile, avons-nous déclaré à la poste ! une petite soucoupe lamballaise représentant la sempiternelle place St-Jean et dans le coin gauche la maison aujourd'hui mortuaire. Il y avait aussi un petit rat de cave mauve, on en vend de délicieux le jour de la Chandeleur (verte ou mauve), mais nous avons craint de dépasser le poids postal. Le temps froid mais beau nous fait songer déjà à la réinstallation tripodique.

 

Alfred Jarry, lettre à Rachilde, février 1907,
O.C., t. III, p.651

 

 

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Leiris

Rédigé par Grégory Haleux - 15 mars 2016

 

Je me demandais, indépendamment du fait que cette dernière fois, il avait été question, en discutant — quelques heures avant de tendre, inconsciemment, le bras derrière une porte pour tirer Fourbis d'un rayonnage —, des faux souvenirs, pourquoi, régulièrement, j'en reviens à Leiris.
C'est pourtant simple :


Leiris = c'est lire
et même,
si l'air est lisse
et laisse rire le réel,
c'est relire.

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Denis Roche sur la tombe d'Ezra Pound

Rédigé par Grégory Haleux - 24 septembre 2015

 

 

 

 

Quand sir Pound fut de retour en Italie après sa libération de l'hôpital psychiatrique Sainte-Elizabeth, en 1958, un journaliste lui demanda :
— Where do you live now ?
— Which Hell ? Here, here ! répondit sir Pound.
Hé hé hé ! « Which Hell ? » Dans quel Enfer ? mais voyons « ici !, ici ! » Tu parles ! Il demande à Pound où il habite ! (Crié très fort :) IL DEMANDE À POUND OÙ IL HABITE ! Mais là voyons ! : dans son cercueil marque Match Box cèdre, modèle 127, sac à cadavre matériel militaire irréprochable gratuit, beau geste quoi !, c'est ça l'Amérique ! : Kadavérine à pleins tuyaux à l'entonnoir !, du déboucheur tassé dans les gosiers et, pour plus de sûreté, un produit appelé « Daeth-OK » qui garantit le gonflement des muscles « pendant au moins trois mois après la mort » !, incisions post-mortem épigastrique, cervicale, pubienne et à l'aisselle, selon la règle normative et fructueuse des Embaumeurs Qualifiés Morticars (1) où j'ai pris mes renseignements !
Question : « C'est-y quoi ça Pound mort ? »
Réponse : « Corrrrpsgrrrrras ! »
[...]
Le cimetière de Venise, l'île de San Michele, au nord de la ville, où Pound fut enterré : vase et roc, souillures et déchets (caoutchouc, verre, ferrailles) puis 27 couches de squelettes à peu près disparus (l'ammoniac et les sulfurés anhydreux des sols en décompo), au-dessus 4 couches de cadavres huileux et défoncés, au-dessus 1 couche fraîche blafarde avec visages affaissés et cous souvent tordus (mensurations hasardeuses), au-dessus 1 pellicule de marbre avec inscriptions (« ego scriptor », etc. Merde !), au-dessus les corneilles et les cimes des cyprès et on débouche sur les trouées de cirrus bleutés faiblement. Accroupie sur la vase depuis 200 ans, San Michele déverse lentement par son fondement comme une tortue marine exténuée ses morts irrattrapables : béchamel humaine prenant tout doucement la mesure de son poids, gardant ses dieux pour elle. « Ego scriptor » : pleurs, hurlements. (Plus fort :) PLEURS, HURLEMENTS !
[...]
sir Pound se fait serrer le kiki par l'énergumène râteau, tandis que les poux font cercle et exultent, petites narines d'albinos gonflées par l'odeur de pourri des troènes, la plus aphrodisiaque qui soit. MAIS À QUI DÉCOUDRE ICI LE VENTRE, QUI NE SOIT DÉJÀ PANSE À DIARRHÉE STAGNANTE SUÇOTÉE À PETITS COUPS PAR LA TERRE ?

 

(1) Morticars : par extension, barques vénitiennes à moteur qui transportent les morts.
 

Denis Roche, Louve basse, Seuil, coll. « Fiction & Cie », 1976, pp. 204-207

 

 

Denis Roche sur la tombe d'Ezra Pound. Janvier 1975
Photographie de Françoise Peyrot

 

 

Quant à Catherine [Millet], nous nous connaissions déjà courant 1972, puisque c'est ensemble, elle et lui [Jacques Henric], qu'ils m'avaient demandé de participer au premier numéro de la revue qu'ils comptaient lancer en fin d'année, sous le titre d'Art Press. Curieusement, ce texte, que je devais inclure plus tard, en 1976, dans Louve basse, racontait la visite que j'avais rendue à la tombe d'Ezra Pound, dans le cimetière de Venise, sur l'île de San Michele, où il avait été enterré début novembre 1972.
 

Denis Roche, « Caducée pour Catherine », in L'Infini n°77, hiver 2002, p.77

 

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Aucun autre écrivain n'a eu ce parcours singulier. Les poètes américains de la génération beat qui seront fascinés par lui partiront vers le Japon mais par le Pacifique. Allant vers l'Est, Pound va donc séjourner en Italie, et ça ne pouvait se passer autrement, il va s'y engluer. C'est comme ça qu'il va se trouver pris dans la spirale mussolinienne et fasciste. D'ailleurs, dès qu'il sortira de l'asile psychiatrique où il était enfermé, il quittera à nouveau l'Amérique et reviendra où ? : En Italie. C'est là qu'il sera enterré. Et pas n'importe où : dans une île, le cimetière de San Michele, au large de Venise. Ce lieu me plaît parce que c'est presque une ultime adjonction métaphorique de sa part à l'oeuvre des Cantos. Une île au large de l'Italie, et vers l'Est...
 

Denis Roche, interview par Jacques Henric, in Art Press n°103, mai 1986, p.39

 

 

Denis Roche : 9 janvier 1975. Venise, San Michele.

 

 

Le jour des Morts, à Venise, le 1er novembre 1972, Ezra Pound, il miglior fabbro, s'apprête à passer dans l'île des Morts, le cimetière de San Michele, petite île au large des Fondamenta Nuove, la première sur le trajet des bateaux qui font la tournée des îles de la lagune. Deux jours après son quatre-vingt-septième anniversaire, quelques heures après avoir été transporté à l'hôpital des SS. Giovanni e Paolo, au bord d'un petit canal. Son anniversaire avait été heureux : il avait dit quelques mots brefs encore à propos de Jules Laforgue et de Michaux.
Le 3 eut lieu un court service funèbre à San Gregorio, l'île entièrement vouée au génie de Palladio :

 


Builders had kept the proportions,
did Jacques de Molay
know these proportions ?

 


Pas de fleurs, seulement de la musique, du chant grégorien, du Monteverdi. Ni Dorothy Pound ni son fils, Omar, n'étaient là. Seules Olga, Rudge, Mary et Patrizia de Rachewiltz entouraient le cercueil de châtaignier. La gondole des morts fut amenée à quai, on plaça dessus le cercueil et on accrocha tout autour et dessus des guirlandes de chrysanthèmes jaunes et blancs. Quatre gondoliers, voués au service maritime des morts, dégagèrent l'esquif, comme la barque du dieu mort qui remontait chaque année au temple d'Abydos où devaient avoir lieu les mystères de sa résurrection, et entreprirent de boucler l'immense periplum inauguré si longtemps auparavant lorsque Pound quitta définitivement les plaines de l'Idaho natal. On l'enterra sur la campo santo de l'île de San Michele où les exilés du génie européen (Diaghilev et Stravinski) voisinent avec le gentil peuple vénitien. Il est un peu à l'écart, sans plus.
Je me souviens de ma première visite sur sa tombe. Comme je ne savais où me diriger, le portier à l'entrée du cimetière me passa un petit papier carré, simple photocopie délavée du quartier où était sa tombe, et, d'une ample croix tracée au crayon à bille, il me marqua l'endroit. Puis je trouvai la première pancarte de bois au tournant d'une allée avec ces mots : EZRA POUND, et une flèche. C'était un peu plus loin à gauche, au milieu de beaucoup de végétation. Un emplacement se trouvait délimité, à plat dans l'herbe : pas de stèle, pas de croix, pas de dates, juste un grand ovale de pierre avec, gravés dessus, son nom et son prénom, EZRA POUND, simple tracé sur une pente du mont Taishan, rituel votif, on pourrait presque dire sans lieu, puisqu'il était là plus près de l'Asie et de la Chine qu'il ne l'avait jamais été, un peu plus loin du bord de la terre qui l'avait toujours accueilli comme l'un de ses fils, réduit à un reflet de lune au sein de la musique des insectes, à un idéogramme échappé au contexte, à un pur nénuphar de sens sur la mer de l'écriture..

 

Denis Roche, « Dernier poème de la poésie. Les Cantos d'Ezra Pound »
in La Maison du Sphynx : Essais sur la matière littéraire, Seuil, 1992, pp.100-102

 

 

Denis Roche : 1er octobre 1981. Venise, San Michele.

 

 

La deuxième chose que je voulais vous raconter concerne une autre entreprise photographique où j'avais décidé de pousser plus loin, de façon plutôt naïve, ne serait-ce que pour voir ce qu'il en sortirait, le rapport que la photo entretient à la fois avec le temps et avec la mort. C'était comme une sorte de jeu simple : il s'agissait de prendre exactement la même photo — même sujet, même endroit, même cadrage, même objectif, même moment de la journée — mais séparées par un laps de temps de plusieurs années. [...]
Enfin à Venise, où j'avais décidé de refaire la photo de la pancarte indiquant la direction de la tombe d'Ezra Pound, dans le cimetière de San Michele qui est, comme vous le savez, sur une île, en direction de Burano. J'y allais début octobre, il y a bientôt trois mois. J'avais emporté un contact de la première photo prise le 9 janvier 1975, et nous nous retrouvâmes devant la pancarte près de sept années plus tard, le 1er octobre 1981. Je pris la deuxième photo, avec une sorte de trouble plat, sans émoi particulier, tout juste un sentiment d'irrégularité de doubler ainsi le réel, de l'activer sans succès, dans ce champ de repos où rien de ce qu'on croit ne peut être en état d'excitation, simplement préoccupé par des problèmes techniques : lumière, cadrage, angle de prise de vue, et un peu de cette réserve à laquelle on se sent tenu parce qu'on a à faire dans un lieu où la perpétration des images paraît toujours ressentie comme un sacrilège ou, à tout le moins, comme une incongruité.
Plus tard, c'est-à-dire maintenant, tandis que je vous écris, j'observe les deux photos côte à côte : je remarque que la deuxième a gagné en feuillage (en haut de la photo, de grandes retombées de peupliers, et sur le côté, le lierre qui s'est entortillé autour du poteau qui porte la pancarte indicatrice), mais que par contre des arbres ont disparu, dans le fond, en fait une rangée de quatre cyprès qui ont dû mourir eux aussi et qu'on a enlevés. Du coup, on aperçoit le mur blanc de tombes pariétales devant lequel deux femmes sont penchées sur une inscription. Il y a une échelle métallique au centre, derrière l'arbre ; et puis, le poteau métallique qui porte des crochets, à droite de la photo, semble avoir été déplacé. Rien d'autre. Quoi d'autre ? Un jour viendra peut-être où j'exposerai ces « doublés » étranges dans quelque galerie bien éclairée, deux par deux, jumelant les temps, les rendant en somme incestueux, pour un temps,  l'esâce d'une exhibition, peut-être aussi l'espace d'un livre, pour les faire durer plus longtemps, pour qu'on ait conscience de ces interruptions du temps où je ne fais qu'opérer des mariages de substitution.
Je me dis aussi que ces photos sont comme des postillons de la mémoire, un léger bombardement aérien qui précède chacun de nous dans le courant de sa phrase infinie, au-delà de la mort des autres (renvoi de la mort de Pasolini à votre propre mort, de celle de Pound à la mienne, indiquant à retardement la date d'une autre indication de sa tombe), léger bombardement humide repris indéfiniment dans le cadre inabouti de visages aimés, de face, obsédé par leur bouche surimprimée aux autres, à l'humidité qui est en elle, s'abîmant sur elle-même pour toujours dans l'humidité plus générale de la tombe. Dans cet amnios où se retrouvent ces deux photos vénitiennes, dans un lieu entouré d'eau de mer, d'un coup de talon je me propulse à nouveau, fébrilement, pour retrouver la chaleur du monde au-dessus, à la recherche de l'eau de surface des photographies. Depuis, je me dis, parce que je l'ai dit une fois pour toutes au retour de Venise, que chaque photo prise est une épopée de l'humide, où flottent, allant et venant au gré du courant, les légendes que j'inscris sans cesse : telle date, tel endroit... telle date, tel endroit... telle date, tel endroit...

 

Denis Roche, « Lettre à Roland Barthes sur la disparition des lucioles »
in La Disparition des lucioles (réflexions sur l'acte photographique), Editions de l'Etoile, 1982, pp. 160-164

 

 

Denis Roche : A l'entrée du cimetière de Charleville.

 

 

Et voilà que Rimbaud arrive en plein dans la machine à écrire, et donc Roche, le village où tout commence. Parfait. C'est drôle, tu ne pouvais pas savoir : à l'entrée de l'hiver l'an dernier, j'ai fait un saut, tout à trac, au musée Rimbaud de Charleville. Je voulais voir la valise de Rimbaud. Celle qu'il avait traînée au retour de Harrar, jusqu'à Marseille, puis jusqu'à Charleville pour voir sa mère, essayer d'obtenir qu'elle le soigne, puis, désespéré, de nouveau jusqu'à Marseille. La grande valise moche de Rimbaud. Pas là. Rien au musée, sauf les photos, les manuscrits, etc..., aucun original ou presque, tout était faux. J'ai demandé à un gardien en bas. Ils s'y sont mis à trois pour m'expliquer : le musée va être ré-aménagé, la valise est dans un coffre-fort, à la bibliothèque ou à la mairie, je ne sais plus. Oui, ils m'ont dit ça : « Elle est au coffre-fort, la valise de Rimbaud ! ». Rigolo, non ? On a passé le reste de la journée au cimetière, à regarder la tombe d'Arthur collée contre celle d'Isabelle. Là au moins, pas de risque qu'on l'ait mis au coffre. Personne n'aurait l'idée de le voler. Et puis à Roche, pas la peine d'y aller, il n'y a plus rien. Dupin avait photographié un pan de mur qui était encore debout il y a quinze-vingt ans. Allez, exit Rimbaud, reste plus qu'un panneau au bord d'une route crasseuse, sous la bruine.
[...]
Au moment de donner ces feuillets à art press, et pensant à une illustration possible, je crois judicieux de centrer sur Rimbaud, comme tu me le proposais d'ailleurs dans ta première lettre à laquelle tu avais joint une carte postale du monument Rimbaud à Charleville (le buste dans le jardin public, devant la gare). J'ai retrouvé dans mes photos un cliché pris dans le cimetière à l'entrée : une plaque en contreplaqué simplement clouée sur le mur du bureau des gardiens et qui était un plan, gauchement dessiné à la main, pour indiquer comment trouver la tombe de Rimbaud. Les gardiens en avaient sans doute marre qu'on leur pose la question. En littérature, rien n'est plus chiant que les visiteurs.

 

Denis Roche à Pierre Mertens, « Pierre Mertens - Denis Roche
/ Paris-Bruxelles et Cie »,
in Art Press n°86, novembre 1984, pp.51-52

 

 

Ezra Pound sur la tombe de James Joyce à Zurich (photo de Horst Tappe)

 

 

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Le Bon Plaisir de Denis Roche

Rédigé par Grégory Haleux - 15 septembre 2015

 

 

 

 

J'ai retrouvé une cassette audio sur laquelle j'avais enregistré, en 1996, une émission consacrée, sur France Culture, à Denis Roche (je n'ai malheureusement pas remis la main sur la deuxième cassette : l'émission devait durer près de trois heures). En voici une version numérique.

 

 

01

 

Denis Roche parle de sa collection d'appareils photographiques, des fenêtres, de la Fabrique, de ses premiers poèmes, des chambres d'hôtels, de la machine à écrire.

 

 

 

 

02

 

Denis Roche parle de l'écriture à la machine à écrire, des poèmes chronométrés, des machines à traitement de texte, du magnétophone, de Louve basse, de l'attente.

 

 

 

 

03

 

Séance de photo d'Evgen Bavcar photographiant Élise Caron ; Denis Roche est le "regard extérieur" du photographe aveugle.

 

 

 

 

04

 

Denis Roche parle de la blancheur, de la photographie comme journal intime.
Alain Bergala parle des photographies de Denis Roche.

 

 

 

 

05

 

Denis Roche parle du cinéma, de ses photographies en rapport avec le cinéma, de Dépôts de savoir & de technique, du déclencheur à retardement.

 

 

 

 

06

 

Denis Roche parle de lieux.

 

 

 

 

07

 

Denis Roche parle de l'acte photographique, de l'heure de la sieste, des lieux vides, des lieux d'écriture.

 

 

 

 

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