La lumière vers la périphérie en ailes de papillons

Rédigé par Grégory Haleux - 10 mars 2005 01:24

 

 

   La lumière vers la périphérie en ailes de papillons, la zone du volet survolée, la fenêtre tout autour métallisée noire et blanche, la ligne séparatrice denticulée très bien limitée, fleurie. À zéro l'exercice horizontal et vice versa. L'écaille amplifiée, l'aiguille grisée entre les sections, de petits murs transparents d'extension dans l'angle de cette gorge. Sans cristaux, les nervures ou les jardins asymétriques, chaque cellule, mosaïque, autour de la branche dégradée dans un même décor végétal. Continuité du cours, que n'apparaisse cependant pas apicale la lame mince en collision, froissée mais résistante à l'inspiration florale, toujours.
   Paragraphe pointillé, voir l'avis technique en joli ton élastique. Il s'agit d'une surface plane de rayures où apparaît tout au tournesol, en-têtes de gueules gazonnées intensément faillées, ornées de cent chaudières d'or au dehors. Bride inférieure définie fine, s'y inscrit pur en dedans l'arrière-plan du texte oblique circiné.
   Blanc tout autour.

 

Classé dans : Textes - Mots clés : intérieurs (série textuelle) - aucun commentaire

Yves Klein

Rédigé par Grégory Haleux - 22 janvier 2001 21:30

 

 

YVES KLEIN

 

   Vêtu d'une robe blanche et coiffé d'une capuche, il agença de grandes plaques de fer incurvées et planes. Les nuages étaient ses vêtements et sa parure.
   La structure interne. Les draperies agitées du grand souffle qui animaient ses visions portaient de très longs piquants qui se cassaient et provoquaient des blessures douloureuses. Il était protégé par un repli. Des algues microscopiques, comparables à celles des eaux océaniques, se réduisaient à une monotone simplicité.
   Une plaque ronde en cuivre. Klein vers l'hermétisme, voyant avec amertume. Il flottait au centre d'une vaste surface, entre le vide et le plein. Mur, panneau, fer et toile composaient une très fine géométrie. Il présentait des gestes saccadés, dégageait un envoûtement un peu névrotique.
   Entièrement habillée de verre, la nuit n'était plus suggérée, elle l'obsédait. Elle contrastait avec la sobriété du mobilier blanc laqué et devenait le symbole de l'élan vers la liberté. La réalité importait de moins en moins. L'éclat de trois mille bougies placées dans des lampes à miroir faisait scintiller l'homme au sang d'or. Quand l'
œil est adapté à la vision nocturne, la contre-courbe répond à la courbe, les motifs sont presque tous dédoublés. Il ne trouva plus l'espace si vaste.
   Ses premières études du rayonnement, exactement, du ciel montraient une rapide suggestion de l'espace. Il vibrait au soleil. Sur sa peau se voyaient les taches d'angoisse de l'esseulement, du monde clos. Des sueurs de sang. A l'émission de chaque tache, quelqu'un traversait le fil d'or des mondes qui avaient été traversés de sa lumière dorée, dans le même sens que la lumière blanche est une superposition des couleurs de l'arc-en-ciel.
   Bien qu'il ne fût pas opposé à l'idée de transmutation, il réfuta l'expérience qui consistait à
« transmuer » le fer en cuivre, en pain d'épice. Le blanc des nuages et le sol sablonneux correspondant à sa quiétude. Ses croquis légers en brun, en sombre sur clair correspondaient avec une lumière visible de poudres d'or ou d'argent. Il décida d'étudier les « airs ».
   Métal noble, le cuivre. Rayés longitudinalement, les êtres s'y rejoignent, par une radiation faible puis forte, ou bien l'inverse. Le désir d'ouvrir sur soi-même les fenêtres, sur d'épaisses toiles d'araignée. Combien de fenêtres plantées au milieu d'une scène dénudée ? L'horizon crée un effet de scintillement au milieu de l'espace dont le point de perspective tend un mince ruban et c'est la mer. Jusqu'à dérober le fond, jusqu'à se substituer à lui, en apparaître comme le manque, le défaut. Une légèreté vaporeuse, un corps sphérique ou ovoïde très dense, de translucide à transparent avec un éclat vitreux. Des voiles aériens et des fils d'or.
   Une déformation de la zone désignait le ciel, l'or le Ciel supérieur. Klein savait peindre des traits blancs fluorescents. Son vêtement blanc et son voile au milieu de nuages lumineux, le clair et l'obscur à travers un milieu trouble. Des pointes de cristaux s'ancraient progressivement dans le reflet du ciel. L'or des cieux au-dessus d'une étendue d'eau, du sang, du cuivre, le fleuve, les plumes irisées du cou des pigeons, les algues dont les caractères de détail varient suivant les espèces, l'oxygène de l'air, l'or éclatant et son aspect était splendide, un horizon continuellement réduit, l'absence de formes intermédiaires, le ciel presque toujours, le bruit réel de la chose, la plage de sable fin et les eaux fraîches, ondulées et brillantes, vagues géantes de sang et les algues entre le violet et l'orange autour desquelles bouillonnent l'eau et les draperies, de minces filets d'or, les fibres d'une broderie, le sable immaculé des plages blanches et, enfin, l'or. La splendeur viscérale s'élargit aux dimensions cosmiques.
   La nausée de l'espace quotidien, de la
« zone », est le signe d'une opposition inscrite dans son univers intérieur. Klein lit dans le grand ciel, à l'œil nu, les vortex nocturnes, les transformations de cet espace abstrait, les plages scintillantes ourlées par l'immuable océan, la vibration colorée et lumineuse des apparences sensibles. Il contrôle point par point l'écran d'une nature éclatée en multiples facettes et couverte de feuilles d'or. Il voit, à distance assez grande, étincelant comme la lumière, presque transparent, un monde bien réel, où l'espace s'approfondit, où la lumière pénètre franchement. Plongeant dans l'Univers, visible ou respirable, dans les volutes de l'air, dans la couleur-lumière. Enfermé dans des espaces qui ne communiquent pas, il ne cherche pas seulement à transfigurer le réel mais à lui opposer un double. Le ciel et la mer l'initient à un secret qui se dérobe, créant entre réel et imaginaire un paysage virtuel s'ouvrant vers l'infini, une méditation, une interrogation muette et sans fin.
   Le ciel cosmique a été changé en ciel spirituel, mille fois plus lumineux que le ciel nocturne. L'évolution se traduit par une surcharge progressive du fond, l'emploi accru de la dorure et du vieux rose, du rose tendre. La diffusion de la lumière solaire par de très fines particules en suspension dans l'atmosphère ne met pas en cause la plénitude de l'être mais la restaure quand elle se creuse. L'empreinte latente est détectée par cette luminescence. Cette réaction, à l'extrême sensibilité, révèle un monde ensoleillé où le corps respire dans des draperies soulevées par le vent. Se glisse le rose vif d'un ruban.
   Une myriade de plans lumineux, produisant un effet irréel, d'une extraordinaire intensité. Mais la création de Klein se situe à un niveau immatériel, celui de l'intellect. Son espace est unifié par un clair-obscur doré rehaussé de quelques taches (ouverture des fenêtres), de tons roses d'une grande et ferme douceur. Voilà le signe de la vie revenue d'un beau rêve, la réalité d'un rêve à l'éclat vitreux. Aucun effet de trompe-l'
œil n'intervient, tout ce décor reste un pur chatoiement de surface sur lequel le regard glisse avec émerveillement. Quelques silhouettes à contre-jour accentuent l'effet d'irradiation surnaturelle. Le ciel redevient une tache, un trait lumineux, une touche en ressaut. Des surfaces vides ou nuageuses, parce qu'il existe des « fenêtres » dans la couverture que constituent les nuages supérieurs, expriment, d'un seul coup, l'océan et le feu intérieurs, investissent toutes choses et les maintiennent dans l'espace d'une même pensée, d'un même rêve. La lumière est une production céleste qui, en passant à travers la matière, ne perd rien de son caractère originel, mais atteint à un haut degré de splendeur, couleur de l'air, couleur de l'ombre, couleur d' « air », de lumière, du froid, de l'eau, spirituelle, fondamentale. La lumière de « Paix profonde » à cinq pétales d'or visibles et invisibles.

Classé dans : Textes - Mots clés : Yves Klein, Cinq portraits - aucun commentaire

Unica Zürn

Rédigé par Grégory Haleux - 21 janvier 2001 20:58

 

 

UNICA ZÜRN

 

   Je n'arrive à me penser que sous deux incarnations opposées : le miroir imaginaire et cette apparence visuelle qui est dans le miroir. On comprend une telle attitude de jumeaux. Non loin de la côte, j'ai horreur de la perte de contact vital avec le rêve. La fixité des peurs de mon enfance s'éteint.
   Je dois me soumettre au monde et accepter de passer par l'épreuve du diable, qui veut m'apporter tout son concours. Dans un aéroport, une grande ville, une autoroute, une rue, un sex-shop, un magasin, un hôpital, et dans l'entrée d'une maison particulière, je m'encourage à utiliser l'espace, à avoir conscience de son importance, à en faire un centre de pèlerinage. Vivante machine qui part n'importe où, n'importe quand, jusqu'à l'épuisement, j'abandonne mes promenades dans ses îlots de société.
   La vie n'existe pas, elle n'est qu'une amnésie. C'est un grand mal natal qui ne concerne que l'infiniment petit. La fêlure de l'être y trouve son origine.
Ça me fait peur et ça me séduit, ça me fait danser. Ce défi irrelevable que je lance, comme pratique sexuelle, à un compositeur de chansons aveugle.
   Je ne peux vivre hors le quotidien. La répétition de geste ou de paroles me conduit à des suicides absolus, toujours impulsive et immature. Je conduis, en public, une danse de possession et ne laisse aucune trace physique. J'exhorte, menace, console, combat, annonce la catastrophe, suscite l'espérance. Le jour même où je suis transportée par le désir, l'opposition du corps aux relations avec l'entourage familial, le milieu, les autres, ma réduction à l'état de produit alimentant la violence de ma logique. J'enlace et embrasse mon mari, sorti blessé de la crise qui nous a séparés. Cet usage est lié à des affrontements tranquillisants.
   Un peu trop sûre d'elle, je ne peux renoncer à des principes conscients et avoués qui se confondent avec une certaine tactique morale. On porte un grand intérêt à ce que je dis de moi-même et principalement à ce que je ressens. Quand une femme dit qu'elle est amoureuse, on sait trouver la place juste, la
« bonne distance ». On impose des loisirs forcés, la solitude. Toutes les activités sont uniformisées, sans excepter les activités sexuelles. Avant d'être écrasée dans la moulinette, je dois répondre par oui ou par non, ou éventuellement par un point d'interrogation. Le Nous est constitué de quartiers disséminés dans de vastes espaces et reliés par des galeries. Je me trouve cantonnée de façon marginale dans un secteur de l'observable. La perception y est extraordinaire : je transforme ce lieu vétuste en un centre d'atonie, de langueur, où je me trouve renvoyée au vide de mon identité. Il en est encore ainsi dans les vastes zones du monde.
   Avec un visage rappelant confusément celui qui transparaissait à travers les roses célestes, je ne recule ni devant l'invraisemblable ni devant l'horreur. Avec un regard énamouré, je suis tout à fait à l'aise parmi les boudoirs et les fanfreluches, la lumière crue, les ombres portées, le vide étrange. Je présente du savon quand l'eau de la fontaine coule et je me livre à un jeu de massacre quand je m'aperçois que tout n'est qu'apparence et faux dans ce palais et que rien n'est bon à manger. J'accepte le fait que les personnalités sont fragmentées, que les vérités sont infiniment ambiguës. J'assume à mon gré toutes sortes de rôles dont je reste le maître mais, à échelle humaine, je suis quelque chose d'étranger, comme un véritable objet. On peut remplacer un objet par un autre.
   Des façades de boutiques, des intérieurs de bars, des appartements dans les beaux quartiers sont des pièges où se prend le désir. Je suis initiée aux jeux, menacée par les atteintes de l'homme, pourvu qu'il recoure à certains artifices. Fixée à un bâti métallique, on m'arrache tête et membres et, à l'aide d'une seule planche, on oriente la force magique, la danse des astres. J'assiste au spectacle.
   Dans une maison mystérieuse et labyrinthique, ne pouvant supporter autour de moi la présence d'aucune personne vivante, je retrouve le problème de la paranoïa. Je veux voir ce qu'il y a dedans, une bestiole très verte et de la taille d'un enfant. L'envol d'une chevelure et d'une boule de chiffons est une manifestation de ma féminité. Par une fente pratiquée dans le dos du vêtement, la main droite provoque un déchirement intérieur, crée une composition ouverte sous la robe blanche froufroutante.
   Désir de mélanges floraux, parfum d'enfleurage,
Éole d'une chaudière à tubes donnant des peintures, parfaite réussite, colorants aériens des images colorées des rêves.
   Je lui taillade sa cravate et sa chemise à grands coups de ciseaux. En haut du pont, la plate-forme se met à craquer, je me penche vers les objets à l'extérieur, l'ouverture sur le vide s'impose comme une fascination de la chute. J'ouvre de quatre coups de rasoir, une ombre a bougé rapidement. Appuyée au créneau ou dansant dans mon lit que baigne le clair de lune, enflammée par la rare beauté, j'ouvre la voie. Regardez l'ange entre les fleurs, sur une traverse horizontale de bois ou de pierre, il observe le combat enfermé entre deux murs. La lumière éclaire l'architecture, radieuse. Une maison ouvre un paysage immense de mer et de ciel confondus. Côte à côte sur une plaque unique, des regards amoureux, dans une ouverture arrondie, ou triangulaire, symbolisent le geste de vie. Perchée sur un objet instable, suspendue dans un espace sans profondeur, nymphe à l'écart, en plein vent sous le plafond de bois plat, je voulus encore révéler les confessions de la reine. Dans le lieu où l'on est, isolés, vus à mi-corps, dans les armoires d'une salle éclairée, des maîtres de soie, derrière la lumière, demeurent en situation semi-suspendue, parlent avec une lenteur condescendante à des peuples réunis dont chacun se dit l'empereur. Ils tournoyaient, ils embaumaient, ils exprimaient la naissance du désir.
Éteindre la lumière une jeune fille. Le collier d'or qui brille sur un manteau de velours. Si j'avais été prévenue, l'objet immobile se serait animé de vie silencieuse pour observer le spectacle du monde s'ouvrant sur le monde spirituel. J'aurais pu bondir réellement dans l'espace. On me fit sortir par la porte pour me rouer de coups. Des ombres très sombres et des lumières très claires formalisent mon langage, avec ses jeux purs et ses contrastes simultanés.
   Cette configuration me permet de voir le reflet de ma propre image en même temps que le dehors. La reproduction épinglée au mur se détache et devient paysage libre qui appelle à l'aventure ou à la conquête.

Classé dans : Textes - Mots clés : Unica Zürn, Cinq portraits - aucun commentaire

Arthur Cravan

Rédigé par Grégory Haleux - 20 janvier 2001 21:18

 

 

ARTHUR CRAVAN

 

   À une vingtaine de kilomètres, à la mer, Arthur Cravan patrouille sur une vingtaine de kilomètres. Au large ! L'océan s'élargit, le grand océan dans lequel l'ennemi se noiera. A quelle destination, quel travailleur de la mer flottant comme un morceau de bois ? Qu'on l'appelle mer ou océan de lumière et de vagues duquel émerge de temps à autre l'horizon, c'est le lent ralentissement d'un océan d'images vers lesquelles le jeune poète tend les bras pour se jeter dans l'océan, vacancier bienheureux dans l'ouragan des espaces. Dans sa croisière, flottant comme une méduse, ceinturé d'algues brunes, Arthur n'a pas d'influence sur les vagues. Vers quelle île le héros est-il entraîné ? Sur les rives d'une lagune séparée de l'océan par un cordon de sable. Vieux palais délabré aujourd'hui, le World Trade Center, un des immeubles les plus hauts du monde !


   Arthur Cravan publia essais et poèmes dans une revue, fut graffiteur de métro, pratiqua un genre particulier de lettrisme, employa des matériaux de récupération comme éléments de construction, multiplia les stages, les conférences et les démonstrations, inventa le happening, créa un cabinet de lecture, instigua un attentat contre le World Trade Center, fut journaliste dans le plus grand magazine de reportage de l'époque, McClure, entra en anthropologie, fut bousculé dans la cohue, dirigea régulièrement le Metropolitan Opera, enseigna littérature et poésie dans diverses universités, organisa des collectes de solidarité, se consacra au saxophone soprano, prit le nom de Douglass, s'intégra rapidement aux avant-gardes américaines, acquit une réputation internationale en participant à de nombreuses expositions, invita Duchamp alors que la guerre venait d'éclater, fit l'expérience de l'inquiétante étrangeté, fut nommé professeur d'astronomie et de sciences spatiales, grimpa sur de vastes toits plats pour faire voler des cerfs-volants, observa des cerveaux de malades schizophrènes décédés accidentellement, fut bloqué à un carrefour dans un embouteillage, produisit des
œuvres au dessin rapide et vif sur fond rouge, entra dans l'orchestre du Capitol Theater, épousa une Reine Blanche d'échecs, traqua les alligators dans les égouts de la ville, devint girl au sein des Ziegfeld Follies, rédigea neuf livres de mémoires, fut graphiste dans le cabinet d'un architecte, peignit le premier tableau achrome de l'art moderne, rencontra des gangsters et des femmes puissantes, descendit les pentes vertigineuses d'un toboggan, placarda un visage d'assassin dans le métro, abandonna progressivement la figuration pour une composition simplifiée, cessa son activité picturale pour entreprendre des études d'histoire de l'art, vendit ses modèles au grand magasin Best & Co, chanta régulièrement dans un club-restaurant, publia Jardin infrarouge speaker absolu, se consacra entièrement à la photographie, réalisa un film sur la calligraphie japonaise.


   Knock-out au générique final pour clore pompeusement l'épopée sordide. Au centre de l'arène, sur le ring, kangourou néanmoins dandy, individualiste forcené, les mains vides contre un adversaire figuré par une ombre. Sa mort est ambitieuse, l'encourage à devenir acteur. Une esquive, une droite bien placée, lui font comprendre qu'il a parcouru une trajectoire extraordinaire.
Éphémère champion d'exception, minable Américain par amour.


   Arthur Cravan est tellement le personnage principal du XXè siècle qu'il affirma qu'il n'y a pas d'
œuvre d'art qui vaille. La dégradation, d'une pathétique authenticité, de l'homme cultivé, voit sa meilleure illustration dans certains épisodes de sa vie. On serait tenté de lui appliquer le « liquidé sous le masque de la bouffonerie » de Léautaud. Certains jours ordinaires, la « mise en abyme » de sa personne jouissait d'un prestige certain. Y prit part, notamment, André Gide, dans lequel s'épanouissait le tout-Paris. La célèbre invective de Gide fascina l'adolescent : « Une poignée de fins lettrés dominent l'univers de l'écriture ». Cravan rapporta les confidences de Gide s'adressant à un jeune garçon. Gide eut de nombreux admirateurs, parmi lesquels figurait un jeune homme : la nudité de la sensation de rêveries substantielles fit Cravan se connaître à lui-même, non point afin d'agir sur lui, mais au contraire pour laisser faire la vie. Il n'y eut rien de plus voluptueux. Dans cette relation parfois très amicale, la retenue devint évidentes - pleine de redites. La mort du temps lui-même accomplit une refente géographique. La voix juste de Gide, profondément littéraire : « Je sais bien ». Un incessant adieu du plus grand charmeur, qui niait qu'on pût faire de l'art avec des bons sentiments. « Être un homme, c'est pouvoir changer de masque à volonté ». Sans redouter d'être désuet et presque en affectant de l'être, insolent et tendre à la fois : « Il m'est difficile de t'aimer, parce que tu n'as pas connu la souffrance ». Secrètement attiré par les forces de mort, Cravan mit tout son génie dans sa vie. Son silence n'eut qu'un médiocre succès. Son individualisme contredisait celui de Gide. Il plia bagage. Gide se fragmenta et se désarticula. Mais Gide préférait ceux qui se sauvent à ceux qui sont sauvés. Les deux hommes s'admirent, se rencontrent dans leur admiration. Gide fait penser Cravan à un animal qui s'avance : sa peau est d'une texture particulière. Est-ce une espèce disparue, primitive ? Gros oiseau du monde, de la taille d'une autruche... Sa carcasse atteint un poids de quatre tonnes, sa viande sert à un sacrifice rituel. Il présente une silhouette massive, de courtes pattes, un corps glabre en forme de tonneau et une tête énorme.

Classé dans : Textes - Mots clés : Arthur Cravan, Cinq portraits - aucun commentaire

Sans titre - 1994

Rédigé par Grégory Haleux - 14 février 1994 17:17

 

 

I

 




Sous le pli balle dénouée l'Enéïde éclos l'égérie pro-doll hait le nœud

Elle emploie mes ratures dada qui vrille la mousse tu rides la la mort queue de l'ambre

Ni poches ça salit corps

Qui me vit et pâle vomit et sue

Cage mon ravin y a ce mal grumeaux

A l'idée faciale de se vider de ne pas raser quand nos pieds démarrent

Ce dos et ce mal otage nu récemment t'en aller déloger la ma vie mode que les ratés ont bâti ample azur

Tes "c'est qui ?" ravissent regard toléré vois ces impairs tes disciples j'ai des aînés un qui se sait faux code un qui sentait ma détresse nos stèles je cède par le revolver tant le ravin s'ouvre

Le sort hélas mine hypothèque extorque dasein apaisé "qu'es-tu ?" nous à l'envers le méditant "u" vert le Mômo d'ascète né décédé le nu d'acide rageant par la douleur la plus nec s'exprimant blessé la sa peau rude rebut non tendon os pet un être du suppôt vie révérolée son air immonde

Vipère traçant ton crachat à part de la lèche brandir vivantes les prosodies délurées publiées cul du ravin

Dis l'artère c'est reçu mauve tu pratèles rat toc irascible

Ravin axe appétit de roue vissée pommade j'erre coquin mais sot

Timide cerceau nada m'arrive

A tes joues or cet abcès s'il n'affecte vos conneries vies

J'écris ravin majuscule je Ravin essor ludique tiède ravage fou rogne mes volutes

Ravin la rêverie l'ovaire ailleurs virage révèle sa silhouette d'éther ravin

Tu sais qu'aimer est caprice blanc

Je crève d'esseulé sans donner génital nu promis bel âge efficace dévore tes jeux

Écœuré n'enfile lucre pisse-cul laisse dix pour cent dans le néant priez vers crasse Harlemorts des fils de nos pervers

La pureté d'art vitupère mon ça tendu blé fertile fou de chlore nos travers tu blaires les tortures c'est dur valide espionne viande née plus la rage en râle en texte rare

Les les vrais jours d'essor dressent les rails alu tu oublies et renoues les mercis perçus la cage s'est aimée j'ai pas d'air quand le gris serre l'asthme qui me sied

Le ravin haine suce et ruine très jeune mot essor l'anus suffit vide dissèque l'âme ce ravin à l'odeur vos lèvres vues dur d'os est le beau modèle espoir tu as la tête niquée d'où lisse proie

Le récurrent de sa blessure loupe l'aspect bloc de mauvais masoch vaine vie passe est se perd prix du repère


 

II




Sept hommes cathodes relevèrent tes brosses parures
Les durs nazis dépitent des satyres prônent plaies SS reluquent l'aine des villes kif-kif armes
Peau nappée tiède valeur

 

 


III



L'émail d'anguille l'air avide de l'amour
Je scelle un passé genèse et de prairie
Mon labeur qui répudie avant Sade l'hilare
Et les idéaux misère vos tromperies de bourreaux

 

 


IV



Une offre épée scintille oxyde soutane
Condom de la peur me soude et pisse autrui
L'évêque terre et seigle t'apprennent l'allergie
Et l'écrivain lacère son roseau tu l'aides et le régale de fous
Son talent irascible s'émouvante les bannis t'effarent douleur en lutte

 

 


V



Je prie drame le branle-corps
Agile ce corps d'entame-ravin
L'infâme récent pourri s'étiole queue raide
L'âme faisandée le yang mêlé au passé
Raniment retard
Je tue rare le fais naître
Le corps à nu de bulles d'agir et de boules de non
Pou j'habiterai l'écho pou n'endossant pas sous l'impur les amours jaunes cri coulant sur le papa-mère îlot
L'issue le sac où dis-je la vie tarit
Si récurrents les abus que je re-cut
Le rêveur qui s'applique
Le vol en bulles échos sur elles

 

 


VI



Bruits sonnent sourds apaisent qui réparent son ta fosse
Lâche mon odeur vice maso
L'ovaire où ton cache-délit pond
L'appétit s'immobilise de pommade
Avec les chauves s'épurent tant de plaies et plis à l'eau
Et la robe étale ses loques robe itou la paire de draps
Les chats mous de force ont des espoirs
Bêtes sans tell
Sans trous

 

 


VII



Je tue l'eau l'hostie voire la stèle stable voilà j'esquisse l’œil pur et vis le "quoi ?"
La peau nue d'arrogants répugne aux romantiques
Affres coule humide ruine éthique
Qui pue l'urine les seuls égaux lapent l'urine

 

 


VIII



S'imite être né camisolé l’œil caché
Il parle de séquelles en ta belle écume moi dedans

 

 


IX



La lippe d'une sotte rat de mon cachot
Vos hôtes avisent attisent ou bâclent des sons
De l'hôte l'acide recette assassin re-né saccades longues vapeurs
Et l'azote différent que mon digéré phallus de veines d'homme
Évoque l'effroi du con la peau dure y vont les couilles

 

 


X


Au vice
L'humus supplie
Qu'un mot Danube radar Tantale amour
Comme fou chat l'égare

 

 


XI



Au gris nos bris de guerre de pure sève
Nues nos fesses sauf papa y a chapeau de l'isolé
Le devin c'est maman pétale d'atoll
Attaché ridicule
A mi-ravin que je vois courrouce

 

 


XII



Au loin des bêtes attachées li ligotées
D'enfer-mitard et bègues
L'é l'Hermès à l'aide d'amoral ukase de nos sangsues
Morts à part les rois serrées nouées cordes usées
Je vois qu'on tue
Je veux guetter le seul assassin ton bel élu guindé armant l'oracle

 

 


XIII



Si tu me souris non quitte-moi de nous cet élan
S'attaque à l'enchaîné friand de décibels moi qui te dois tout qui affole tout le l'accule le suranné
Essor pour allier le dissolu au délicieux

 

 


XIV


Sous ton veau d'or mourant ton dieu moiré démembré
Nous t'adulons mais ton dieu-Christ élude des rois mayas
Chaos tombeau chaman voguant ossuaire l'envol

 

 


XV



Moi j'épie le ça
Que dire m'évite un méli
Mélo où vit un ravin-démiurge
Assagi mort chute refus
J'amourache et j'erre en vie
Prônant le repère illusion Aleu debout
Un appel lancé par le ravin
Mille rêves asilaires et puis l'os

 

 


XVI


Etre installé vomir rire d'être j'efface
L'hésitant bris de l'os que dis-je
Le vorace pourri neutre
Aspire où l'odeur meurt

 

 


XVII



Libre si pur
Ce mélange patati à l'os
Pet ta-ta-ta du corollaire
La merde prostate je t'enterre
Salir d'immaculé errer d'avanie
Cul rendant la rance colère
Près de ce trou d'épaves
Où l'on chie l'odeur nos roses
Du sang nourris-le d'or
Des chocs puissants le serre-poings
En ton ravin de vrais râles pyrites de lumière

 

 


XVIII



Totem pan-Thot aux âmes est-ce ibis
Ou les hommes alors meurent
Tes mots ennemis sons ta boule guttur
Ale où des puits d'immobiles
Démons font naître

 

 


XIX



Ma prison est-ce un appât déçu
Je sais oublier des moments
Où l'inepte aplanit ton cutané
La colère tes excès t'assomment

 

 


XX



La fuite je renie qui j'adore
Nous apaisons mon génie rien
Qu'interne rival en tête l'être pourrisse
Le nasal vaut mieux qu'un jeu de lèvres
Nuit gémir être avilir patience

 

 


XXI



Que le beau inspecte acclame que l'Ubu ce pic t'encule
Et prends ce cri ira ce vit sibyllin en ta pure fente
Amour d'un rut vocal

 

 


XXII



L'anal asile palais confiné
Je sens que l'apaisement
L'anus usine pillée
La rigueur fond quand son désigné seul te dit de créer

 

 


XXIII



L'insoumis en pire hâte prétend
A la colère douteuse

 

 


XXIV



Hôpital sans repas et sans longue diarrhée
Où l'on ne vit pas l'ennui ni vos poings levés habiles
Les dieux grands ducs avorteurs
De cuisses des suceurs de cuisses d'en bas
Se tâtent s'alitent se massent infirmes
S'enroulent de la fête aiguë
Où le dard Priape vociféroce
Lutte de trouver glandes ingrat salace

 

 


XXV



Des pertes s'avèrent diaphanes atroces de viols
Fossiles cesse l'âme et m'oublie
Tu cèdes cèdes j'éructe être
D'écritures jeunes épaves Aleu

 

 

Classé dans : Textes - Mots clés : aucun - aucun commentaire

«précédente page 69 sur 69

A propos

Blog de Grégory Haleux
contact :
ellipse_et_laps[at]yahoo.com

[lire la fuite]


Catégories

Derniers commentaires

Archives

Mots clés

RSS