N'oublie rien et sors

Rédigé par Grégory Haleux - 13 mars 2005 11:10

 

 

   N'oublie rien et sors. Dans le trou du papier, un cheveu écrasé. Le livre est vide, t'en as connus qui semblaient venir de très haut. Secret de plaisirs dans un coffre allongé. La salle de bain s'ouvre et laisse paraître la feuille noire. La pièce a l'épaisseur d'une lettre d'amour perdue ou desséchée. As-tu pensé aux plaques photographiques dans l'armoire, au papier peint dans la main du cadavre, à la table pliante bleu pâle, aux tupperwares qui peuvent s'accumuler, à l'image absente près du lit. Souvenir qui grince vers le plancher, une carte postale, du déjà-vu, un temps très long. Si t'es pas trop pressé, étudie le développement des acariens, laisse-toi aller à l'asphyxie, endors-toi dans un trou de mémoire.
   Quand tu as fini, prends des notes sur n'importe quoi et balance-les plus tard.

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Lit, buffet, petit bout d'allumette

Rédigé par Grégory Haleux - 11 mars 2005 01:32

 

 

   Lit, buffet, petit bout d'allumette, faïence, aspirateur, bureau, dessins, bouquets, la langue en contrebas, réduite à feu doux. L'aimant. La pellicule photo. Le couvercle ferme bien, je me suis brûlé. Maison seule, modèle en fonte. Une croûte, des trous dans la pièce et la nuit au ralenti. Pour le midi, un anneau graissé à tâtons.
   Je me suis levé à cinq heures. Flemmardise. Ma peau, la cuisine, le chat, mes pieds. La cafetière manque de place, ça se sentait bien. L'oiseau dans cette chambre-là, de savon, de beurre. Hermétique, le mur. Tout s'est terminé entre huile et eau, ma respiration parfumée à la menthe. Mémoire inquiétude, il n'y a pas d'essuie-glace. Le sens des mots, pêcher le saumon près de la fenêtre, dans une maison chaleureuse. Pas de problème. Du réel, que l'on appelle boîte d'allumette en tant que telle.

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La lumière vers la périphérie en ailes de papillons

Rédigé par Grégory Haleux - 10 mars 2005 01:24

 

 

   La lumière vers la périphérie en ailes de papillons, la zone du volet survolée, la fenêtre tout autour métallisée noire et blanche, la ligne séparatrice denticulée très bien limitée, fleurie. À zéro l'exercice horizontal et vice versa. L'écaille amplifiée, l'aiguille grisée entre les sections, de petits murs transparents d'extension dans l'angle de cette gorge. Sans cristaux, les nervures ou les jardins asymétriques, chaque cellule, mosaïque, autour de la branche dégradée dans un même décor végétal. Continuité du cours, que n'apparaisse cependant pas apicale la lame mince en collision, froissée mais résistante à l'inspiration florale, toujours.
   Paragraphe pointillé, voir l'avis technique en joli ton élastique. Il s'agit d'une surface plane de rayures où apparaît tout au tournesol, en-têtes de gueules gazonnées intensément faillées, ornées de cent chaudières d'or au dehors. Bride inférieure définie fine, s'y inscrit pur en dedans l'arrière-plan du texte oblique circiné.
   Blanc tout autour.

 

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Yves Klein

Rédigé par Grégory Haleux - 22 janvier 2001 21:30

 

 

YVES KLEIN

 

   Vêtu d'une robe blanche et coiffé d'une capuche, il agença de grandes plaques de fer incurvées et planes. Les nuages étaient ses vêtements et sa parure.
   La structure interne. Les draperies agitées du grand souffle qui animaient ses visions portaient de très longs piquants qui se cassaient et provoquaient des blessures douloureuses. Il était protégé par un repli. Des algues microscopiques, comparables à celles des eaux océaniques, se réduisaient à une monotone simplicité.
   Une plaque ronde en cuivre. Klein vers l'hermétisme, voyant avec amertume. Il flottait au centre d'une vaste surface, entre le vide et le plein. Mur, panneau, fer et toile composaient une très fine géométrie. Il présentait des gestes saccadés, dégageait un envoûtement un peu névrotique.
   Entièrement habillée de verre, la nuit n'était plus suggérée, elle l'obsédait. Elle contrastait avec la sobriété du mobilier blanc laqué et devenait le symbole de l'élan vers la liberté. La réalité importait de moins en moins. L'éclat de trois mille bougies placées dans des lampes à miroir faisait scintiller l'homme au sang d'or. Quand l'
œil est adapté à la vision nocturne, la contre-courbe répond à la courbe, les motifs sont presque tous dédoublés. Il ne trouva plus l'espace si vaste.
   Ses premières études du rayonnement, exactement, du ciel montraient une rapide suggestion de l'espace. Il vibrait au soleil. Sur sa peau se voyaient les taches d'angoisse de l'esseulement, du monde clos. Des sueurs de sang. A l'émission de chaque tache, quelqu'un traversait le fil d'or des mondes qui avaient été traversés de sa lumière dorée, dans le même sens que la lumière blanche est une superposition des couleurs de l'arc-en-ciel.
   Bien qu'il ne fût pas opposé à l'idée de transmutation, il réfuta l'expérience qui consistait à
« transmuer » le fer en cuivre, en pain d'épice. Le blanc des nuages et le sol sablonneux correspondant à sa quiétude. Ses croquis légers en brun, en sombre sur clair correspondaient avec une lumière visible de poudres d'or ou d'argent. Il décida d'étudier les « airs ».
   Métal noble, le cuivre. Rayés longitudinalement, les êtres s'y rejoignent, par une radiation faible puis forte, ou bien l'inverse. Le désir d'ouvrir sur soi-même les fenêtres, sur d'épaisses toiles d'araignée. Combien de fenêtres plantées au milieu d'une scène dénudée ? L'horizon crée un effet de scintillement au milieu de l'espace dont le point de perspective tend un mince ruban et c'est la mer. Jusqu'à dérober le fond, jusqu'à se substituer à lui, en apparaître comme le manque, le défaut. Une légèreté vaporeuse, un corps sphérique ou ovoïde très dense, de translucide à transparent avec un éclat vitreux. Des voiles aériens et des fils d'or.
   Une déformation de la zone désignait le ciel, l'or le Ciel supérieur. Klein savait peindre des traits blancs fluorescents. Son vêtement blanc et son voile au milieu de nuages lumineux, le clair et l'obscur à travers un milieu trouble. Des pointes de cristaux s'ancraient progressivement dans le reflet du ciel. L'or des cieux au-dessus d'une étendue d'eau, du sang, du cuivre, le fleuve, les plumes irisées du cou des pigeons, les algues dont les caractères de détail varient suivant les espèces, l'oxygène de l'air, l'or éclatant et son aspect était splendide, un horizon continuellement réduit, l'absence de formes intermédiaires, le ciel presque toujours, le bruit réel de la chose, la plage de sable fin et les eaux fraîches, ondulées et brillantes, vagues géantes de sang et les algues entre le violet et l'orange autour desquelles bouillonnent l'eau et les draperies, de minces filets d'or, les fibres d'une broderie, le sable immaculé des plages blanches et, enfin, l'or. La splendeur viscérale s'élargit aux dimensions cosmiques.
   La nausée de l'espace quotidien, de la
« zone », est le signe d'une opposition inscrite dans son univers intérieur. Klein lit dans le grand ciel, à l'œil nu, les vortex nocturnes, les transformations de cet espace abstrait, les plages scintillantes ourlées par l'immuable océan, la vibration colorée et lumineuse des apparences sensibles. Il contrôle point par point l'écran d'une nature éclatée en multiples facettes et couverte de feuilles d'or. Il voit, à distance assez grande, étincelant comme la lumière, presque transparent, un monde bien réel, où l'espace s'approfondit, où la lumière pénètre franchement. Plongeant dans l'Univers, visible ou respirable, dans les volutes de l'air, dans la couleur-lumière. Enfermé dans des espaces qui ne communiquent pas, il ne cherche pas seulement à transfigurer le réel mais à lui opposer un double. Le ciel et la mer l'initient à un secret qui se dérobe, créant entre réel et imaginaire un paysage virtuel s'ouvrant vers l'infini, une méditation, une interrogation muette et sans fin.
   Le ciel cosmique a été changé en ciel spirituel, mille fois plus lumineux que le ciel nocturne. L'évolution se traduit par une surcharge progressive du fond, l'emploi accru de la dorure et du vieux rose, du rose tendre. La diffusion de la lumière solaire par de très fines particules en suspension dans l'atmosphère ne met pas en cause la plénitude de l'être mais la restaure quand elle se creuse. L'empreinte latente est détectée par cette luminescence. Cette réaction, à l'extrême sensibilité, révèle un monde ensoleillé où le corps respire dans des draperies soulevées par le vent. Se glisse le rose vif d'un ruban.
   Une myriade de plans lumineux, produisant un effet irréel, d'une extraordinaire intensité. Mais la création de Klein se situe à un niveau immatériel, celui de l'intellect. Son espace est unifié par un clair-obscur doré rehaussé de quelques taches (ouverture des fenêtres), de tons roses d'une grande et ferme douceur. Voilà le signe de la vie revenue d'un beau rêve, la réalité d'un rêve à l'éclat vitreux. Aucun effet de trompe-l'
œil n'intervient, tout ce décor reste un pur chatoiement de surface sur lequel le regard glisse avec émerveillement. Quelques silhouettes à contre-jour accentuent l'effet d'irradiation surnaturelle. Le ciel redevient une tache, un trait lumineux, une touche en ressaut. Des surfaces vides ou nuageuses, parce qu'il existe des « fenêtres » dans la couverture que constituent les nuages supérieurs, expriment, d'un seul coup, l'océan et le feu intérieurs, investissent toutes choses et les maintiennent dans l'espace d'une même pensée, d'un même rêve. La lumière est une production céleste qui, en passant à travers la matière, ne perd rien de son caractère originel, mais atteint à un haut degré de splendeur, couleur de l'air, couleur de l'ombre, couleur d' « air », de lumière, du froid, de l'eau, spirituelle, fondamentale. La lumière de « Paix profonde » à cinq pétales d'or visibles et invisibles.

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Unica Zürn

Rédigé par Grégory Haleux - 21 janvier 2001 20:58

 

 

UNICA ZÜRN

 

   Je n'arrive à me penser que sous deux incarnations opposées : le miroir imaginaire et cette apparence visuelle qui est dans le miroir. On comprend une telle attitude de jumeaux. Non loin de la côte, j'ai horreur de la perte de contact vital avec le rêve. La fixité des peurs de mon enfance s'éteint.
   Je dois me soumettre au monde et accepter de passer par l'épreuve du diable, qui veut m'apporter tout son concours. Dans un aéroport, une grande ville, une autoroute, une rue, un sex-shop, un magasin, un hôpital, et dans l'entrée d'une maison particulière, je m'encourage à utiliser l'espace, à avoir conscience de son importance, à en faire un centre de pèlerinage. Vivante machine qui part n'importe où, n'importe quand, jusqu'à l'épuisement, j'abandonne mes promenades dans ses îlots de société.
   La vie n'existe pas, elle n'est qu'une amnésie. C'est un grand mal natal qui ne concerne que l'infiniment petit. La fêlure de l'être y trouve son origine.
Ça me fait peur et ça me séduit, ça me fait danser. Ce défi irrelevable que je lance, comme pratique sexuelle, à un compositeur de chansons aveugle.
   Je ne peux vivre hors le quotidien. La répétition de geste ou de paroles me conduit à des suicides absolus, toujours impulsive et immature. Je conduis, en public, une danse de possession et ne laisse aucune trace physique. J'exhorte, menace, console, combat, annonce la catastrophe, suscite l'espérance. Le jour même où je suis transportée par le désir, l'opposition du corps aux relations avec l'entourage familial, le milieu, les autres, ma réduction à l'état de produit alimentant la violence de ma logique. J'enlace et embrasse mon mari, sorti blessé de la crise qui nous a séparés. Cet usage est lié à des affrontements tranquillisants.
   Un peu trop sûre d'elle, je ne peux renoncer à des principes conscients et avoués qui se confondent avec une certaine tactique morale. On porte un grand intérêt à ce que je dis de moi-même et principalement à ce que je ressens. Quand une femme dit qu'elle est amoureuse, on sait trouver la place juste, la
« bonne distance ». On impose des loisirs forcés, la solitude. Toutes les activités sont uniformisées, sans excepter les activités sexuelles. Avant d'être écrasée dans la moulinette, je dois répondre par oui ou par non, ou éventuellement par un point d'interrogation. Le Nous est constitué de quartiers disséminés dans de vastes espaces et reliés par des galeries. Je me trouve cantonnée de façon marginale dans un secteur de l'observable. La perception y est extraordinaire : je transforme ce lieu vétuste en un centre d'atonie, de langueur, où je me trouve renvoyée au vide de mon identité. Il en est encore ainsi dans les vastes zones du monde.
   Avec un visage rappelant confusément celui qui transparaissait à travers les roses célestes, je ne recule ni devant l'invraisemblable ni devant l'horreur. Avec un regard énamouré, je suis tout à fait à l'aise parmi les boudoirs et les fanfreluches, la lumière crue, les ombres portées, le vide étrange. Je présente du savon quand l'eau de la fontaine coule et je me livre à un jeu de massacre quand je m'aperçois que tout n'est qu'apparence et faux dans ce palais et que rien n'est bon à manger. J'accepte le fait que les personnalités sont fragmentées, que les vérités sont infiniment ambiguës. J'assume à mon gré toutes sortes de rôles dont je reste le maître mais, à échelle humaine, je suis quelque chose d'étranger, comme un véritable objet. On peut remplacer un objet par un autre.
   Des façades de boutiques, des intérieurs de bars, des appartements dans les beaux quartiers sont des pièges où se prend le désir. Je suis initiée aux jeux, menacée par les atteintes de l'homme, pourvu qu'il recoure à certains artifices. Fixée à un bâti métallique, on m'arrache tête et membres et, à l'aide d'une seule planche, on oriente la force magique, la danse des astres. J'assiste au spectacle.
   Dans une maison mystérieuse et labyrinthique, ne pouvant supporter autour de moi la présence d'aucune personne vivante, je retrouve le problème de la paranoïa. Je veux voir ce qu'il y a dedans, une bestiole très verte et de la taille d'un enfant. L'envol d'une chevelure et d'une boule de chiffons est une manifestation de ma féminité. Par une fente pratiquée dans le dos du vêtement, la main droite provoque un déchirement intérieur, crée une composition ouverte sous la robe blanche froufroutante.
   Désir de mélanges floraux, parfum d'enfleurage,
Éole d'une chaudière à tubes donnant des peintures, parfaite réussite, colorants aériens des images colorées des rêves.
   Je lui taillade sa cravate et sa chemise à grands coups de ciseaux. En haut du pont, la plate-forme se met à craquer, je me penche vers les objets à l'extérieur, l'ouverture sur le vide s'impose comme une fascination de la chute. J'ouvre de quatre coups de rasoir, une ombre a bougé rapidement. Appuyée au créneau ou dansant dans mon lit que baigne le clair de lune, enflammée par la rare beauté, j'ouvre la voie. Regardez l'ange entre les fleurs, sur une traverse horizontale de bois ou de pierre, il observe le combat enfermé entre deux murs. La lumière éclaire l'architecture, radieuse. Une maison ouvre un paysage immense de mer et de ciel confondus. Côte à côte sur une plaque unique, des regards amoureux, dans une ouverture arrondie, ou triangulaire, symbolisent le geste de vie. Perchée sur un objet instable, suspendue dans un espace sans profondeur, nymphe à l'écart, en plein vent sous le plafond de bois plat, je voulus encore révéler les confessions de la reine. Dans le lieu où l'on est, isolés, vus à mi-corps, dans les armoires d'une salle éclairée, des maîtres de soie, derrière la lumière, demeurent en situation semi-suspendue, parlent avec une lenteur condescendante à des peuples réunis dont chacun se dit l'empereur. Ils tournoyaient, ils embaumaient, ils exprimaient la naissance du désir.
Éteindre la lumière une jeune fille. Le collier d'or qui brille sur un manteau de velours. Si j'avais été prévenue, l'objet immobile se serait animé de vie silencieuse pour observer le spectacle du monde s'ouvrant sur le monde spirituel. J'aurais pu bondir réellement dans l'espace. On me fit sortir par la porte pour me rouer de coups. Des ombres très sombres et des lumières très claires formalisent mon langage, avec ses jeux purs et ses contrastes simultanés.
   Cette configuration me permet de voir le reflet de ma propre image en même temps que le dehors. La reproduction épinglée au mur se détache et devient paysage libre qui appelle à l'aventure ou à la conquête.

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