La Dame en mauve

Rédigé par Grégory Haleux le 07 avril 2016

 

 

L'Intransigeant, 16 décembre 1928 (sur Gallica)

 

 

 

Théorème : Pour une princesse des Ténèbres, il ne fait pas noir dans les ténèbres.
Voyez « voir » le chat et mieux le hibou, qui sont chez eux dans les ténèbres.
Les peintres commencent à comprendre de quelle couleur est le noir.
L'auteur de la Princesse des Ténèbres et de la Tour d'Amour se plaît à s'entourer de violet.
Pour l'observateur superficiel, l'être humain de l'extérieur, le lecteur, il y aurait, s'il savait lire, une signification symbolique, c'est-à-dire réelle, dans cette couleur.
L'en deçà de l'individu est un au-delà pour la foule.
Cet au-delà, nimbé de violet, est pour la foule l'ultra-violet.
Cela commence où il n'y a plus de prisme.
Cela commence où il n'y a plus de soleil.


Alfred Jarry, « Ce que c'est que les ténèbres »,
in La Plume, 1er mai 1903 ; La Chandelle verte,
Le Livre de Poche, 1969, pp.295-296

 

 

 

 

C'est la fleur des lilas, et, en général, toutes les fleurs violettes ou mauves, qui retiennent les préférences de

 

Mme Rachilde

 

— Ce sont les seules que mes yeux peuvent regarder sans fatigue, explique-t-elle.
L'envoi qui me fut le plus agréable était le premier bouquet de Nice que j'ai reçu : il était blanc et mauve, fait de roses blanches, de violettes de Parme et de lilas doubles. J'avais alors quinze ans. Je n'ai jamais su d'où il venait... mes parents n'ayant pas jugé bon de me le dire.

 

Gaston Tournier, « La Femme et les fleurs »
in Le Gaulois, 16 mai 1914

 

 

 

 

Je l'ai vue généralement vêtue de mauve, qui était sa couleur de prédilection, portant un bonnet mauve, à la mode de son pays, je pense, une écharpe noire autour du cou, des pantoufles mauves, des bas gris.

 

Auriant, Souvenirs sur Madame Rachilde, A l'écart, 1989, p.52

 

 

 

 

Au retour, dans le bureau de Vallette, Rachilde en toilette de mardi : robe mauve clair juste aux genoux, dans les cheveux un peigne à l'espagnole, vraie toilette de parade de baraque foraine.

 

Paul Léautaud, Journal littéraire, 13 mars 1928,
tome 1, Mercure de France, 1986, p.2227

 

 

 

 

Je crois me souvenir que le soir du cirque j'avais une robe mauve... si ça peut vous faire plaisir que je m'en souvienne.

 

Rachilde, Madame de Lydone, assassin, J. Ferenczi, 1929, p.77

 

 

 

 

— Moi... je ne me rappelle plus (Elle faisait un effort très visible pour se souvenir, fronçant les sourcils, son front déjà ridé, ses paupières d'un mauve livide, toute sa petite tête simiesque dont la seule jeunesse faisait la drôlerie mais qui serait, plus tard, un effroyable masque digne des temples japonais qu'elle entrevoyait dans ses divagations.)

 

Rachilde, La Haine amoureuse, Flammarion, 1924, p.100

 

 

 

 

Il y a là... (n'est-ce pas, que tu vas être aussi curieuse que moi ?)... un cabinet de cristal, une tourelle-boudoir, drapée de peluche mauve, (elle est blonde, relevée de bandes de cygne avec crépines de verre filé à Venise...
Boudoir qui donne l'envie folle d'un suicide à la morphine.

 

Rachilde, Le Tiroir de Mimi-Corail, Monnier, 1887, p.14

 

 

 

 

Mme de Givray disparut sous une portière pour aller changer de robe. Elle revint en crêpe de chine mauve, étant sortie en velours bleu, tenant un joli plateau sur lequel tintaient des coupes de cristal autour d'une cruche d'argent contenant une boisson glacée.

 

Rachilde, L'Autre Crime, Mercure de France, 1937, pp.75-76

 

 

 

 

Rachilde n'a pas de goût pour les bien-pensants. C'est heureux. Moins heureux, ce goût étrange pour le mauve, couleur qu'elle inflige à elle-même comme à ses héroïnes et que son mari choisit, en hommage, pour la couverture de la revue du Mercure de France.

 

Sylvie Perez, Un couple infernal - L'écrivain
et son éditeur
, Bartillat, 2006, p.149

 

 

 

 

Mme Rachilde disait que c'était pour elle que M. Vallette avait fondé le Mercure de France et qu'il choisit pour sa couverture le mauve, qui était sa couleur préférée. M. Vallette n'eut, en effet, qu'une pensée, tenir la promesse qu'il avait faite à Mlle Rachilde au bas de sa dernière lettre*.

 

Auriant, Souvenirs sur Madame Rachilde, A l'écart, 1989, p.38

 

 

 

 

* [Je te ferai avec ma patience d'ouvrier, ma force d'homme heureux, malgré toutes les haines, toutes les jalousies, toutes les injustices, une si belle prison que tu n'auras plus envie d'en sortir.

 

Alfred Vallette, Le Roman d'un homme sérieux - Alfred Vallette à Rachilde (1885-1889), Mercure de France, 1944, p. 122]

 

 

 

 

16 juillet 1888
Devant cette enveloppe mauve où je reconnais votre chère écriture, votre écriture de petite fille qui saute encore à la corde mais qui sait s'appliquer quand elle veut, je suis resté comme paralysé... je n'osais plus l'ouvrir. 'Elle m'écrit !'

 

Alfred Vallette, Le Roman d'un homme sérieux - Alfred Vallette à Rachilde (1885-1889), Mercure de France, 1944, p. 84

 

 

 

 

Alors, Mme de Mauves, qui ne manquait pas d'esprit quand il s'agissait de mettre les pieds dans le plat, eut un éclat de rire:
— C'est un mariage blanc?
Valerne se fâcha [...]

 

Rachilde, Les Voluptés imprévues, J. Ferenczi 1931, p.158

 

 

 

 

Le Père Ubu a fait sa barbe, s'est fait préparer une chemise mauve, par hasard ! Il disparaîtra dans les couleurs du Mercure et il démarrera, pétri toujours d'une insatiable curiosité. [...]
La lettre dictée hier est presque un duplicata, mais j'ai donné ordre pour qu'on vous l'envoie après, ainsi, si vous le voulez bien, que ma bague mauve.

 

Alfred Jarry, lettre à Rachilde du 28 mai 1906
O.C., t. III, p. 617

 

 

 

 

Nous envoyons pour ce mardi, madame Rachilde, le Croco pliant, deux serpents quasi comestibles avec bagues dans le nez et — sans valeur mais fragile, avons-nous déclaré à la poste ! une petite soucoupe lamballaise représentant la sempiternelle place St-Jean et dans le coin gauche la maison aujourd'hui mortuaire. Il y avait aussi un petit rat de cave mauve, on en vend de délicieux le jour de la Chandeleur (verte ou mauve), mais nous avons craint de dépasser le poids postal. Le temps froid mais beau nous fait songer déjà à la réinstallation tripodique.

 

Alfred Jarry, lettre à Rachilde, février 1907,
O.C., t. III, p.651

 

 

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Décervelage

Rédigé par Grégory Haleux le 02 janvier 2015

 

Pataphysicien auto-décervelé par la spirale de son propre entendement (1).

 

 

A ceux qui douteraient qu'il s'agisse bien, ci-dessus, d'un pataphysicien, voyez ces images (2) :

 

 

 

 

Le même personnage à houppe arbore la gidouille à la boutonnière ! Et il fait référence, à la fin de la planche, au Docteur Sandomir (par le phénomène, connu grâce au fameux mot d'Ubu, de l'épenthèse - contraire de la syncope, ici doublement - ou de l'achoppement)  !

Vous aurez également remarqué que le petit reporte-heure était également petit horloger, forcément.

 

 

(1) Hergé, Le Crabe aux pinces d'or, 1943.
(2) René Louys, in Pierrot, journal des jeunes, n°9 (1er mars 1936)

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Les Palotins

Rédigé par Grégory Haleux le 17 août 2012

 

 

Les Palotins
Aquarelle et encre de Chine. 21 x 29 cm.

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Le Poète ne manque pas d'air

Rédigé par Grégory Haleux le 27 octobre 2011

Le Poète se demande si l'on a déjà lu Alfred Jarry à cette haune de l'achopprement :

 

Un petit garçon intercalait des r dans ses mots. Il disait du brois pour du bois, mes droigts pour mes doigts, quroi pour quoi, etc.
L'achoppement peut entreprendre également le langage écrit.
Un monsieur connaissant parfaitement son orthographe débute une lettre par J'hai..., sa plume avait anticipé le h du mot honneur qui devait suivre. Je découvre dans une demi-page de texte écrite par un jeune homme de quatorze ans, instruit, atteint à la fois de bégaiement et d'achoppement syllabique, les mots et expressions suivantes : depuis jours j'ai obsevé... (depuis deux jours j'ai observé...) — bagayer (bégayer) — les monts (les mots) — la mason (maison), etc.
On conçoit facilement que les fautes d'orthographe dites d'inattention grouillent dans les travaux des sujets atteints de ce trouble.
L'achoppement syllabique dénote une faiblesse intellectuelle.
Il est fréquent chez les anormaux (Gutzmann et Janicke). J'ai personnellement observé de l'achoppement syllabique momentané dans la parole et l'écriture, chez des personnes intelligentes surmenées du cerveau. Ce trouble peut donc constituer un signe de fatigue intellectuelle.

 

[in Georges Rouma, La Parole et les troubles de la parole. H.Paulin et Cie, 1907. p.118]

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