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Viennent de paraître :

image de Quelques lettres à Lord Jim - Dominique Meens - editions Cynthia 3000
Quelques lettres à Lord Jim
de Dominique Meens
18 €. 202 pages.
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image d'Au pays du mufle - Laurent Tailhade - editions Cynthia 3000
Au pays du mufle
de Laurent Tailhade
20 €. 146 pages.
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Également disponibles :

Triling - Jean-René Lassalle - editions Cynthia 3000
Triling
de Jean-René Lassalle
9 €. Portefolio, 9 dépliants. [ lire la présentation ]


image du Moulin à parôles nostalgiques - Mickaël-Pierre - editions Cynthia 3000
Le Moulin à parôles nostalgiques
de Mickaël-Pierre
10 €. 80 pages.
[ lire la présentation ]

image d'Omajajari - Collectif - editions Cynthia 3000
Omajajari
Collectif
25 €. 338 pages.
[ lire la présentation ]


image de Carnets d'un basedowien - Jean-Marc Baillieu - editions Cynthia 3000
Carnets d'un basedowien
de Jean-Marc Baillieu
12 €. 92 pages.
[ lire la présentation ]

image de Troublant trou noir - Grégory Haleux - editions Cynthia 3000
Troublant trou noir
de Grégory Haleux
7 €. 65 pages.
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image de IL*** - Léo d'Arkaï - editions Cynthia 3000
IL***
de Léo d'Arkaï - suivi de
Pillard d’Arkaï, bandit des terres
, par Gilles Picq .
6 €. 60 pages.
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Etant donnes - editions Cynthia 3000
Étant Donnés
de Céline Brun-Picard
& Grégory Haleux
9 €. 104 pages.
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Cynthia 3000 déménage 
par Cynthia 3000, le 4th June 2010


la C.A.P.U.T. attendant de nouveaux murs

 

Depuis quelques semaines, nos activités éditoriales et blogesques sont mises entre parenthèses : c’est que Cynthia 3000 déménage. Mais l’été devrait apporter quelques nouveautés…
Voici notre nouvelle adresse :

Cynthia 3000
5, rue du bauchet
51470 Saint-Memmie

Les suites d’un crime 
par Cynthia 3000, le 29th March 2010

 

Voici un nouvel enregistrement d’une séance musicale avec Ben, dit Nako, et Yann.
Une improvisation de près de trente minutes sur un même rythme programmé. Cela commence par le chant d’un poème de Paul Eluard, « Les suites d’un crime », tiré du recueil Cours naturel (1938), avant de dériver vers des ambiances différentes (voir notamment aux alentours de 8′30", 12′30", 17′30", et enfin à 22′ où commence l’hymne pop de l’été).

 

 

Musique : Yann, Ben, Grégory et Céline
Paroles : Paul Eluard
Voix : Grégory, Céline et Ben
Guitare : Yann
Basse, programmation : Ben

 

LES SUITES D’UN CRIME

 

Un revolver une mort d’or
Un coup en pleine tête et je le croyais mort
Il n’était qu’étourdi

All right cria-t-il ouvrez la fenêtre

Je n’ai rien à apprendre
De la germination ni de la fin
Les fruits de mon jardin sont perpétuels
Et immangeables

Les mots la commune mesure
Entre les hommes les mots la vie

A la demande d’une Américaine de Paris

Je vous parlerai du mensonge
Qui interroge

Il est toute douceur et permanent
Il a un museau de singe servile
Des oreilles de renard

Un cadavre sur le trottoir
Montre du doigt le policier
L’ennemi définitif
Derrière la vitre des aveux

Derrière des diamants qui brûlent.

 


Disputatio XXI : comment j’ai perdu mon temps avec les éditions Hapax 
par Gregory Haleux, le 15th March 2010

Le texte ci-dessous rend compte d’une expérience que j’ai vécue, comme auteur, avec les directeurs d’une revue et d’une petite maison d’édition. Nous en témoignons ici car elle nous semble édifiante.

J – 29 (09/02/2010) :
Publication, sur ce blog, de l’article « La poésie, en petits carrés mangée aux mythes – ou les fictions de la modernité ».

J – 28 (10/02/2010) :
Appel téléphonique de Sibor et Bora, responsables des éditions Hapax et amis, qui me disent avoir découvert mon article avec d’autant plus d’intérêt qu’il touche à un sujet auquel est consacrée en partie leur prochaine publication : la polémique qu’a suscité l’article de Jacques Roubaud paru dans le Monde diplomatique. Ils aimeraient intégrer mon article à leur livre, avec, parmi d’autres signatures qui forment l’ensemble aujourd’hui publié, les articles de Christian Prigent, Jacques Roubaud et Sébastien Smirou (qu’ils n’arriveront pas à avoir pour des raisons diverses). Ils me demandent de retravailler mon introduction qui, évoquant des circonstances liées au réseau social Facebook, risque, selon eux, d’être peu compréhensible par tout le monde. J’accepte. Je leur propose d’ajouter quelques développements à l’article, mais leur délai n’étant que de trois jours (et de notre côté, avec Cynthia 3000, nous sommes en pleine préparation d’un nouvel ouvrage), je précise que je n’en aurai peut-être pas le temps mais qu’ils peuvent compter, au moins, sur la version avec introduction modifiée.
Aussitôt cet appel, ils m’envoient par mail les textes déjà rassemblés pour ce projet.

J – 25 (13/02/2010) :
La veille de leur rendre mon article avec les changements demandés, n’ayant pu m’y mettre suffisamment à cause de nos propres éditions, je téléphone pour leur demander si, à tout hasard, le délai ne pourrait pas être prolongé. Mais pas de réponse ni rappel jusqu’à

J – 23 (15/02/2010) :
Sibor me donne jusqu’au 17/02. Tant mieux, je pourrai sans doute développer certains points. Je ne suis pas le dernier : ils attendent encore un autre article.

J – 22 (16/02/2010) :
Manquant de temps, j’envoie la version minimale promise, avec en note finale la liste des points, ébauches de réflexions, qui auraient pu être développés.
Ce même jour, Hapax m’envoie un ajout de François Vaucluse à son propre article. Il comprend une reprise de la plupart des citations que je donnais de Bernard Heidsieck et de Jean-Pierre Bobillot, dont il tire quelques réflexions. Certes ce ne sont que quelques citations, qui ne m’appartiennent pas, mais je les ai choisies en lisant les Notes convergentes d’Heidsieck et l’étude de Bobillot sur Heidsieck. On met beaucoup de soi dans le choix. Je signale aux éditeurs d’Hapax que la moindre des choses, de la part de Vaucluse, serait de mentionner d’où il tire ces extraits : non des livres, mais de mon article. Je propose qu’au pire, si Vaucluse ne peut/veut l’indiquer, il faudrait placer, dans Disputatio XXI, son article après le mien, afin que ce ne soient pas mes citations qui aient l’air redondantes par rapport à celles de Vaucluse. Je ne reçois aucune réponse.

J – 20 (18/02/2010) :
Les éditeurs d’Hapax m’ont relu et proposent ce qu’ils appellent des « réglages » : ils trouvent à présent que mon texte est « assez peu immédiatement compréhensible pour qui débarque » et que « sa tonalité et son genre tiennent davantage du billet d’humeur que de l’article ». Ils invoquent, pour Disputatio XXI, la prise de distance, parlent de « cesser les chamailleries pour aller vers la critique ». M’est alors proposé d’en rester à l’essentiel (?) et suggéré de retirer « les attaques les plus directes contre Prigent », qui nuiraient à la portée de ma réflexion. Car, finalement, mon article, sorti « du contexte « sur le vif » du net reste trop proche du post » (?).
Je leur réponds que « sans les textes de Smirou et Roubaud, évidemment, la compréhension est moins facile (mais on s’aperçoit, de toute façon, que pour beaucoup dont ceux qu’on pourrait croire les plus avertis elle ne l’est pas plus avec les textes) » et que s’ils n’ont pas l’autorisation de les reproduire, c’est à eux de présenter le contexte de cette polémique. J’ajoute :
« Je ne suis pas d’accord avec la différence que vous faites entre billet d’humeur et article. De quel genre relève le texte de Prigent, par exemple ?
Il est vexant que, finalement, malgré l’argumentation, la critique, l’interrogation, la mise en perspective, etc. de mon article – ceci dit sans grande prétention : on peut aller plus loin, évidemment, comme pour chacune des interventions, d’ailleurs –, vous n’y voyiez que
« billet d’humeur » et « chamailleries » […] Si c’est vraiment ça, cela était visible à la première lecture et alors vous auriez dû me proposer autre chose – ou rien – plutôt que de reprendre tel quel mon texte avec simple changement d’introduction…
Bref, faudrait savoir !
Et faudrait savoir aussi ce que voulez faire avec Disputatio… […] Car outre le mien, vous avez aussi demandé le texte de Quintane et de Prigent. Leur auriez-vous finalement aussi demandé, comme pour le mien, de revoir leur copie ?
Votre projet que je ne comprends plus trop m’apparaît maintenant singulièrement paradoxal : rendre compte de polémiques – en y ajoutant, et c’est très bien, des réflexions plus distanciées ou neutres, dans un certain retrait –, permettre qu’elles continuent, mais vouloir en gommer l’une de ces fortes caractéristiques : l’humeur, le rentre-dedans, les « attaques directes », etc.
Suis-je « à côté de la plaque » ?
Malgré votre dédit, j’ai du mal à ne pas y voir un désir d’ « arrondir les angles ». S’agit-il de faire un objet qui ait une « tonalité » d’ensemble ? Dans ce cas, pourquoi m’avoir demandé ? Pourquoi avoir voulu les articles de Prigent et Quintane qui auraient dénoté aussi ? Le problème n’est-il pas plutôt que de cette polémique « smiroubaldigente » il ne resterait plus que mon texte, faisant à votre ensemble courir le risque d’une prise de position  ? Quel objet lissé, loin des polémiques originelles, concevez-vous finalement ?
Quant au contexte « sur le vif », non seulement il y a des chances que dans la perspective d’une publication papier j’eusse écrit un texte sensiblement similaire (façon « post » ?), mais pourquoi « sorti du contexte » quand votre projet relevait aussi de la présentation de documents (de polémiques qui ont eu lieu sur le net) ? »

J – 19 (19/02/2010) :
Réponse d’Hapax :
Ils explicitent la différence qu’ils font entre billet d’humeur et article (le premier est « circonstanciel et animé », le second « dépasse l’anecdote pour se situer par rapport à l’histoire de la littérature ») et affirment que mon texte répond à une personne (sachant que j’avais entrepris sa rédaction suite à une discussion que j’avais eue, sur Facebook, avec Charles Pennequin) et que mes « attaques » peuvent « parasiter le propos ». Précisent que « les textes de Prigent […] et Quintane […] étaient à l’origine des polémiques et auraient été intégrés à l’ensemble en tant que documents témoins. Il n’y avait donc pas lieu de les réécrire, au contraire. », que Disputatio « n’est pas un projet polémiste » et que mes « attaques directes » sont « finalement les plus biaisées ». Enfin, à ma grande surprise, ils disent m’avoir, dès le départ, averti « d’un nécessaire remaniement du texte publié sur Cynthia 3000 ».

Ma réponse :
« Vous m’avez proposé de reprendre mon article (ou disiez-vous déjà « post » ? je ne crois pas) avec des modifications sur ce qui concernait, dans son introduction, Facebook et Pennequin. Il n’a été question de rien d’autre, et certainement pas de le réécrire. Je vous aurais alors dit non : pas envie, ce que j’ai fait me suffit, et pas le temps de m’y consacrer (d’autant plus avec vos délais de quelques jours).
Mon texte n’est pas qu’une réponse à Pennequin, qui n’est qu’un prétexte, ou un élément très secondaire. Si j’avais voulu ne répondre qu’à lui, je l’aurais fait en privé ou, à la rigueur, sur son
« mur » facebook. Croyez-vous que la lettre ouverte à Untel ne s’adresse qu’à Untel ? C’est ridicule. Et ça l’est d’autant plus si l’on considère vers quoi va mon texte dans sa seconde partie, loin de la réponse circonstanciée. Et ça l’est encore plus si on lit la version que je vous ai envoyée : il n’y a plus aucune mention de Pennequin ; le « lecteur qui débarque » sent-il que je m’adresse précisément à quelqu’un ? Cela m’étonnerait.
Mon article est circonstanciel (implication dans une polémique plus que réponse à Pennequin), animé (à la trappe les convenances ! surtout avec ce malotrou de Prigent), ET
bigre !, qu’en faire quand on est si systémique ? l’ignorer ? se situe par rapport à l’histoire de la littérature. Votre catégorisation binaire ne tient pas la route.
Vous me dites maintenant que le ton de l’article peut
« parasiter le propos », pourtant cela n’avait pas l’air de vous déranger quand on en parlait au téléphone… Et vous ne m’avez certainement pas demandé de corriger cela. Si vous m’aviez vraiment demandé de développer certains points, et que j’avais accepté, je l’aurais d’ailleurs fait sans rompre avec la tonalité qui vous gêne aujourd’hui.
Mais au fait, ces
« attaques directes », quelles sont-elles ? A part, si l’on veut, deux formulations fortes comme « à côté de la plaque », « se vautrer » toujours justifiées et l’ironie de la dernière phrase, quoi d’autre ? Et quoi de biaisé ?
La teneur du projet telle que je l’entendais au téléphone la semaine dernière était un ensemble critique ouvert à la forme polémique. Ce que montraient autant la volonté d’insérer les autres articles polémiques que votre intérêt pour mon texte.
Décidément je ne comprends pas ce changement entre la demande originelle que mon texte fasse partie de l’aventure et les bémols que vous mettez maintenant, renversement qui fait passer votre demande pour une commande.
»
Mon mail en croise un autre dans lequel Hapax me demande simplement : « Es-tu d’accord pour remanier ton texte en lui donnant une forme plus analytique ? »
Puis nouveau message de Sibor, précisant qu’ils ne remettent pas en cause la qualité de mon article, justifiant leur inconstance par manque de temps et concluant par une petit leçon d’éditeur, que j’ai depuis épinglée au-dessus de mon bureau : « Par ailleurs, j’en ai une petite expérience, il est fréquent et assez sain qu’un éditeur ose demander des corrections, des ajustements, des précisions, des coupes à ses auteurs, surtout dans le cas d’articles critiques. Il faut parfois écouter l’œil de l’éditeur, qui prend le temps de lire et d’apprécier ».
Aussi perplexe qu’agacé, je ne réponds pas.

J – 17 (21/02/2010) :
Retour d’Hapax : les éditeurs ont l’air de tenir à ma participation puisqu’ils renvoient mon article avec des suggestions de modifications, ajoutant « Si tu ne souhaites pas en tenir compte, libre à toi. »

J – 14 (24/02/2010) :
La plupart des suggestions de modifications portant sur des questions stylistiques ou lexicales, je décide de leur envoyer une version remaniée dans ce sens. Aussi, parce que, l’air de rien, je me suis impliqué pendant une dizaine de jours dans leur projet, au détriment d’activités importantes, et que cela m’ennuierait de l’avoir fait en vain. Cependant, je ne prends pas en compte les suggestions visant à adoucir quelques formules.

J – 10 (28/02/2010) :
Les éditions Hapax accusent bonne réception de la nouvelle version de mon article.
Les éditeurs communiquent autour de la publication à venir : le site Libr-critique annonce l’ouvrage, avec le sommaire, où mon nom apparaît.

J – 4 (06/03/2010) :
Les éditions Hapax me demandent, pour une bibliographie de fin d’ouvrage, les références des textes évoqués dans mon article, ainsi que ma bio-bibliographie.
Ils m’envoient aussi le bon à tirer, « pour ultime révision. »

J – 2 (08/03/2010) :
Le bon à tirer étant arrivé alors que nous fabriquions les exemplaires de notre dernier titre, j’ai un peu tardé à répondre.
Et puis les éditeurs d’Hapax n’ont pas pris en compte mon refus d’adoucir certaines formules. Il faudrait à nouveau s’expliquer là-dessus mais, basta !, finissons-en. Je propose tout de même encore quelques améliorations et un nouvel item à ma liste des réflexions qu’il serait intéressant de creuser.

J – 1 (09/03/2010) :
Hapax : « Nous prenons en compte tes corrections, et maintenons tes formules culottées. »

Jour J (10/03/2010) :
Publication, sur le site des éditions Hapax, de la version électronique de Disputatio XXI. Les éditeurs annoncent cette sortie par newsletter.
Je leur signale aussitôt un problème : en prenant en compte l’une de mes modifications, ils ont maintenu, dans le même paragraphe, l’ancienne version, ce qui crée une grosse répétition. Ils m’annoncent, dans les dix minutes, que c’est corrigé.
Je note aussi que, contrairement à ce qu’ils affirmaient la veille, ils n’ont pas maintenu mes « formules culottées »… Je n’en dis rien, tant pis.

J + 1 (11/03/2010) :
Le lendemain de la publication électronique, Fabrice Thumerel, participant au projet, annonce la publication de Disputatio XXI sur son espace Facebook et donne la liste des contributeurs : mon nom y est absent. Pensant à un oubli, je ne me formalise pas.

J + 2 (12/03/2010) :
Retournant sur le site d’Hapax, je remarque que, sur la page présentant le projet, mon nom est également absent. Surpris, je commence à parcourir Disputatio XXI et constate que j’ai disparu du sommaire, et mon texte de l’ensemble.
Je laisse un message sur leur espace Facebook : « Tiens, j’ai soudainement disparu du sommaire ?! » Message rapidement supprimé par les éditeurs, réédité par ma pomme, re-supprimé par les mêmes. Visiblement, ils ne veulent pas que ce problème soit soulevé en public…
Concomitamment, je leur adresse la même question par mail.

J + 3 (13/03/2010) :
Deux jours après mon éviction de Disputatio XXI, elle-même survenue le lendemain de sa parution électronique, je reçois une réponse, intitulée « Décision du comité de rédaction », qui m’annonce que « le comité de lecture a finalement décidé de ne pas publier ton texte dans Disputatio XXI. Une fois l’ensemble monté, il est apparu clairement que ton article entrait en contradiction avec notre projet : refléter la polémique tout en prenant du recul. Chose qui demande du temps (lequel t’a manqué) et du sang froid.
De toute façon, ton texte reste consultable sur Cynthia 3000 et Disputatio XXI y renvoie.
»

Dans la foulée, je leur expédie :
Quelques questions auxquelles j’aimerais que vous répondiez :
Quelles (nouvelles) personnes composent le comité de lecture pour Disputatio XXI ?
Comment expliquez-vous - éditorialement, éthiquement - que deux jours après publication électronique de Disputatio XXI avec mon texte, et annonce de sa sortie (entre autres par newsletter à diffusion forcément massive), une nouvelle version, privée de ma contribution (qui avait été demandée), remplace la précédente ?
« Une fois l’ensemble monté, il est apparu clairement… » : pourtant, le jour même de la première publication, c’est-à-dire après montage, vous preniez encore en compte des corrections que je vous soumettais. Est-ce à dire que vous avez publié un ensemble, et annoncé sa publication, sans le recul dont, d’autre part, vous vous réclamez ?
Comment expliquez-vous que mon texte, que vous dites en contradiction avec votre projet, ait pu pendant quasi un mois faire partie du projet - avec lecture, relecture, rerelecture, etc. et aménagements divers et concertés, jusqu’au BAT ? Comment se fait-il que la contradiction dont vous parlez n’ait pas été évidente avant publication ?
Comment justifiez-vous que je n’ai pas été prévenu du changement et que je m’en sois rendu compte tout seul ?
Comment se fait-il que votre réponse, que vous appelez « décision du comité de rédaction », à ma demande d’explication ne comporte aucune excuse ?
Pouvez-vous réaliser que le véritable temps manqué, perdu, c’est celui non négligeable alors que vous saviez que j’étais pris par d’autres affaires que vous m’avez pris, finalement pour rien ?
Où, à part dans le texte de Thumerel, est-il fait référence à mon texte, dont je ne vois aucune évocation ni dans le « Contexte » préliminaire ni dans la bibliographie ?
Quelle idée de l’édition, qui soit compatible avec de telles pratiques, vous faites-vous ?
Quelle idée de l’amitié, qui soit compatible avec de telles pratiques, vous faites-vous ?

Je m’aperçois que, dans leur précipitation, les éditeurs ont laissé quelques traces de ma présence dans leur projet :
– la page de Calaméo (site de partage qui leur permet de créer leurs livres électroniques) présentant l’ouvrage me nomme encore dans sa description.
– la bibliographie générale de fin d’ouvrage comprend encore les références de mon article disparu…

J + 4 (14/03/2010) :
Les réponses d’Hapax à mes questions n’ont aucun intérêt si ce n’est, par leur nature expéditive et leurs dérobades, ce qu’elles dénotent de foutage de gueule et d’hypocrisie. En effet, rien n’est expliqué du retrait de mon texte, après la mise en ligne de l’ensemble et l’annonce de sa parution ; rien sur le fait que je n’ai pas été prévenu ; rien sur l’absence d’excuses ; rien non plus d’une défense de l’édition qui intègrerait de telles pratiques ; quant à l’amitié, n’en parlons plus.
Au lieu de cela, m’est répondu :
– que le retrait aurait eu lieu plus tôt (le soir même de la mise en ligne) et que les lecteurs d’Hapax n’en auraient rien su (pourtant, j’imagine que je n’ai pas été le seul à cliquer sur le lien de leur newsletter) ;
– que c’était une décision difficile à prendre (j’ajoute : et à assumer, de toute évidence) ;
– que le fait que je m’en sois rendu compte deux jours plus tard « témoigne du manque d’intérêt que [je] porte à ce projet » (si je ne m’en suis pas rendu compte plus tôt, c’est que le lendemain de la publication, je suis allé lire d’autres contributions, et non la mienne, que je connaissais déjà) ;
– que je n’ai pas dû perdre beaucoup de temps puisque mes modifications à l’article initial sont minimes (est ignoré (intentionnellement ?) que j’avais proposé des développements et que si je n’ai pas eu le temps de les rédiger, j’y ai travaillé ; ne sont pas pris en compte tous les échanges décrits ci-dessus, prenants…).
Seule information intéressante de leurs réponses : le comité de lecture est composé « d’amis, d’écrivains et d’universitaires ». Je serais très curieux de savoir quelles personnes exactement composent ce « comité de lecture » et pourquoi il a surgi soudainement après bon à tirer et première mise en ligne, alors que je pensais n’avoir affaire qu’à Sibor et Bora. On peut tout imaginer des commentaires qui ont conduit les éditeurs à se rétracter…


La poésie, en petits carrés mangée aux mythes 
par Gregory Haleux, le 9th February 2010

… ou les fictions de la modernité

Une nouvelle technologie comme le réseau social, type Facebook, sera peut-être utilisée comme il y a 60 ans le magnétophone par des artistes soucieux d’extirper le poème de la page. On peut remarquer, déjà, que certains sont tentés de détourner le statut Facebook dans le sens de l’oeuvre. A tel point qu’une collection de livres est déjà lancée, proposant des recueils des meilleurs statuts. On en revient cependant encore au livre, ringardise aux yeux des avant-gardes.
Mais là n’est pas vraiment le sujet de l’article qui suit. J’y réagis à un statut posté par Charles Pennequin sur Facebook il y a une semaine. Il y admirait un article de Christian Prigent s’en prenant à deux autres articles, de Sébastien Smirou et de Jacques Roubaud. Comme j’affirmais que Prigent avait lu de traviole les articles incriminés et répondait à côté de la plaque, Pennequin me demanda quelle était cette plaque. C’est finalement ici que je lui réponds, parce qu’il me semble plus intéressant que le débat reste public.
Indiquons d’abord les articles en question :
« Obstination de la poésie », de Jacques Roubaud : paru en janvier dans le Monde diplomatique, il n’est malheureusement pas en ligne ; mais pour se faire une idée, on peut se reporter à ce qui en est dit ici, par exemple.
« Rénovation de la VP », de Sébastien Smirou ;
« Vroum-vroum et flip-flap », de Christian Prigent ;
« Les humeurs de M. Roubaud (et autres vrais poètes) », de Jean-Pierre Bobillot.

Charles, voici la Plaque :

Le premier contresens de Prigent – et il est d’emblée méprisant – est de créer à partir des deux articles de Roubaud et Smirou l’entité « Smiroubaud » ayant une pensée une. Aberration : les deux articles sont très différents. « On s’effraie un peu de la caricature », dit Prigent. Oui, en premier lieu de la sienne.
Ensuite, Prigent juge les discours de Smirou et Roubaud d’une « pauvreté théorique ». Rappelons la définition de Roubaud concluant son article :

« que la poésie a lieu dans une langue, se fait avec des mots ; sans mots pas de poésie ; qu’un poème doit être un objet artistique de langue à quatre dimensions, c’est-à-dire être composé à la fois pour une page, pour une voix, pour une oreille, et pour une vision intérieure. La poésie doit se lire et dire. »

 
Comme le dit justement Claude Vercey, on tend là au « plus petit commun multiple ». Et surtout, on a une théorie dont la richesse supporterait très bien la discussion.
Quant au contexte, il n’est pas ignoré : simplement, il n’est pas seulement celui de 50 ou 100 ans d’expérimentations diverses, mais celui de plusieurs siècles d’écriture, de lecture, aussi de théorie.

A côté de la plaque, Prigent, quand il prend pour « facilités polémiques qui cherchent à faire rire à bon compte » ce qui n’est qu’exemples judicieusement choisis de performances « n’incluant pas un seul mot » et pourtant présentées comme poésie. Ce passage de Roubaud illustre plus qu’il ne veut polémiquer. La réaction de Prigent est alors sidérante de méprise et de violence : « C’est le ton un peu beauf et l’argumentaire démagogique de tous les polémistes réactionnaires ». Et effarant de le voir se vautrer, réellement, lui, dans la moquerie : des poèmes de Roubaud, de certaines manières de dire la poésie, renvoi à la ringardise des Muses…
Prigent voit de la moquerie, or Roubaud dit : « Toutes ces productions sont honorables, parfois impressionnantes, rarement (ce qui n’a rien de surprenant), d’une très grande qualité artistique, mais pourquoi les baptiser « poésie » ? », or Smirou dit : « Personnellement, je ne serais pas gêné si ce détournement n’écrasait pas la « vp » elle-même ».
Le quiproquo a de quoi interroger. Particulièrement sur l’intouchabilité de la performance « poétique ».
Peut-être est-ce justement parce qu’elle est institutionnalisée ?

Car, autre plaque à côté de laquelle Prigent répond : ces deux articles sont d’abord un constat de la situation de la poésie aujourd’hui en France. Cette situation : d’un côté, on se fout de la poésie, car démodée, dépassée, invendable, on l’ignore dans les journaux, dans les librairies, dans les manifestations culturelles institutionnelles, … ; de l’autre, on offre une place importante, sous l’appellation de poésie, à des créations artistiques qui ont peu à voir (faire, dire) avec la poésie, ou qui ne sont pas que poésie, et qui très souvent sont moins poésie qu’autre chose (musique, happening, danse…). N’est pas récusée, comme le croit Prigent, ce qu’on a pu appeler « poésie sonore », sous-branche poétique récente. Mais que celle-ci et le reste de la production spectaculaire dite « poésie », dont « vroum-vroum », représentent seuls la poésie dans le champs culturel a de quoi gêner quand on sait que la poésie n’est pas que cela, n’est-ce pas ?

On a honte de paraphraser ce qui est pourtant si clairement argumenté au départ.

Prigent travestit encore quand il résume ainsi l’appréhension de la performance poétique par Smirou et Roubaud : « Je ne comprends pas (ces performances soi-disant poétiques), dit Smiroubaud, donc elles sont idiotes. Je ne les connais pas (j’ignore leur histoire, leurs variantes, leurs objectifs, leurs soubassements théoriques), donc elles n’existent pas. »
Où a-t-il lu ça ? Ils ne comprennent pas que ces performances soit dites poétiques au point d’incarner, seules, la poésie. Si ces performances sont évoquées, c’est surtout parce qu’elles sont un signe étrange, à interroger, dans un paysage où la poésie, sous ses autres formes plus historiques, écrites, est absente.
« Je ne les connais pas […], donc elles n’existent pas » : le renversement qu’opère là Prigent est singulièrement pervers. Car n’est-il pas évident que le développement de la poésie sonore s’est fait et se fait encore et de plus en plus sur une ignorance de l’écrit ? « La poésie écrite n’a plus lieu d’être » : c’est Bernard Heidsieck qui le dit.
Opinion personnelle : il y a des chances que la poésie sonore de demain soit de plus en plus faite par des absolus non-lecteurs. Nous n’en sommes pas loin.
Quand à l’histoire et aux théories de ces formes, dont Prigent croit qu’elles sont inconnues de Roubaud et Smirou, avouons que si elles peuvent être passionnantes, elles s’accompagnent aussi de toute la bêtise dont savent faire preuve les avant-gardes : théories fumeuses, exaltations naïves, ignorance, rejets débiles, guerres internes et externes bouffies d’orgueil, etc., à côté desquels ce que Prigent perçoit d’indigne dans les articles de Roubaud et Smirou n’est qu’une minuscule goutte (fictive, insistons).

Selon Prigent, crispés, Roubaud et Smirou veulent « assainir le territoire poétique et désinfecter ses frontières ». Plus que l’assainir, il s’agit de lui donner sens. Il est curieux de considérer que c’est justement la volonté d’assainir qui fit, il y a presque soixante ans – tout autour du lit de la poésie considérée endormie et mourante, dans son « drap-de-pages » et ses oripeaux de chagrin –, éclore les réanimatrices poésie sonore, poésie phonétique, poésie action, poésie directe, poésie vroum-vroum, poésie vivante, poésie debout… Et que cette volonté provenait essentiellement d’une vision bien subjective, limitée, méprisante, de la poésie d’alors.
Il suffit de parcourir les Notes convergentes – Interventions 1961-1995 (Al Dante, 2001) de Bernard Heidsieck pour s’en rendre compte :

–  « La poésie doit se hisser hors de la page. Se déraciner de ce terrain mort. »
–  « Si le poème se résout à ne plus se considérer enfin, lui-même, comme son propre but (ou le langage) s’il se résout à ne plus considérer sa texture seule comme sa fin unique, ou son souci exclusif, (optique qui lui permet en s’excluant du monde, toutes les auto-délectations byzantines), s’il consent à ne plus être l’objet seul de ses caresses et délectations, son propre et unique point de mire, indifférent à l’histoire, au monde ambiant, digne, superbe et dédaigneux, et à ne plus donc, dans sa quête d’absolu, déboucher inéluctablement sur les miasmes mordorés d’agonies certaines ou d’asphyxies blanches […] »
–  « Le poème, d’une part, passif jusqu’à présent, roupillait dans la page, c’est sûr, par ailleurs l’inflation des mots en avait limé jusqu’à l’écoeurement, leur sens, leur pouvoir explosif ou d’éveil. »
–  « Le papier – OH ! –, la page – AH ! –, le livre – MIAM –, l’imprimé, l’IM-PRI-MÉ – OH LA LA LA LA… ! – mais oui, mais oui : la poésie en a fait ses délices. Et qu’on se le dise ! Qu’on le reconnaisse ! (ses prouesses aussi… il est vrai !). Ah ! Comme elle se l’est… parfait, fignolé… son miroir, son dodo. Pour s’y mirer, y rêver, s’y nombriliser. OHHHH ! Ce nectar blanc – la page – où plonger, s’étendre, se délasser et faire la planche. OHHH ! Qui ne rêverait de cet édredon, plein de replis et de caches !
Et d’y aller alors, sans risque ni vergogne, de sa larme, de sa forfanterie, de ses plaintes, de ses jeux et de sa malice, de sa suffisance, de son autodélectation – qui à s’auto-piéger – de ses clins d’yeux aux lecteurs, indifférents ou las, agressifs ou provoquants, pour tout compte fait, par ironie ou logique, ne leur offrir, au terme du cycle et de sa trajectoire, que le reflet blanc d’une glace sans tain ou le trou noir d’une poésie cul-de-sac. D’une page blanche, donc, ou noire ! »
–  « Aussi, la ramassant, exsangue, dans ce climat, la peau sur les os, chétive et transparente, à l’agonie, était-il temps, grand temps, de lui faire un peu de bouche à bouche. De tenter de lui refourguer, la pauvre, un peu d’oxygène. Pour que se survive sa flamme, malgré tout. Ou à cause de tout. Sa notion, son idée. Ses rayons , tendres ou décapants. Et qu’active, elle fasse acte de présence. Ni plus ni moins. »
–  « L’imprimerie, en couchant le poème dans la page, quelqu’aient pu y être ses cabrioles, mouvements d’humeur, et manifestations de révolte, l’y avait rendu « passif » dans une position – vis-à-vis du lecteur recherché ou fui – d’attente. Jusqu’à l’y faire roupiller, parfois. Sans risque majeur. Sinon ceux, patents, par-delà soubresauts et fulgurances, soit de l’y dissoudre dans l’inflation jusqu’à y limer, gommer le sens et le son mêmes des mots, jusqu’à la nausée, soit de l’y enchaîner, à l’abri des regards, solitaire, dans un climat plombé de laboratoire. »
–  « La poésie fait peau neuve. Se désasphyxie. Se dévêt de ses moules surranés. A temps. Enfin. »

–  « Se déconnectant de la société, la poésie, si elle se distrayait de ses auto-tours et attrapes, finit par ennuyer. Le poème s’assoupissait dans la page. S’y enfonçait et s’y masturbait chaque jour davantage. Satisfait et ronronnant. Dans une indifférence ambiante quasi généralisée. Passif et dans l’attente d’un lecteur hypothétique qui, las de ce jeu de cache-cache, finit par s’en aller voir ailleurs.
Il fallait donc exhumer le poème de ce bourbier, le rendre actif, le secouer, le réveiller et le catapulter hors du lit. »
–  « Ce fut, par la même occasion, dans la volonté précise de ce face-à-face et de ce plongeon dans l’inconnu, celle d’en finir aussi avec les gérémiades ressassées sur l’inéluctable disparition, faute de lecteurs, de la poésie, sur la fatalité de sa marginalisation, de sa circulation en vase clos, parmi ses seuls officiants. »
–  « Pour une poésie, non plus juchée sur l’étagère, à distance, intouchable et somnolente, vouée à n’être que l’objet d’un culte iconique et nécrophage, et devant laquelle il reste de bon ton de s’incliner cérémonieusement - lorsque l’on vient à se souvenir d’elle… et de sa présence fantomatique par habitude ou sur ordre. »
–  « A se boursoufler, en effet, jusqu’à l’inflation, d’images et de métaphores, ou à s’enfoncer au plus profond de la page jusqu’à la laisser vierge - et les extrêmes se rejoignent - à se bucoliser poétiquement, outrageusement, ou à se nombriliser, elle faillit bien sombrer, disparaître. »  

Au final, cet activisme hygiénique aurait non seulement sorti la poésie de son grabat mais aussi lui aurait redonné un public, voire des lecteurs : « Et tel, qui jamais n’entrerait, pour la connaître et la lire, dans une librairie, se précipite maintenant, pour l’entendre et la voir, là où elle se donne, un peu partout et de plus en plus, à entendre et à voir. Et la redécouvrant alors, présente, en train de se vivre, face à lui, sans doute retrouvera-t-il, par ce biais, par ce passage obligé, le chemin même du livre et de sa lecture. Celui-ci et celle-là, métamorphosés, tant sur le papier que dans sa tête. »
Tant de cuistrerie effare.
Affirmons que si les qualificatifs « vraie » et « fausse », appliqués à la poésie par Smirou et qui énervent tant Prigent et Bobillot, ne sont pas employés par Heidsieck, l’idée y est : on ne peut douter que, pour lui, la « vraie poésie », c’est la poésie vivante, c’est-à-dire hors de la page, tandis que la poésie à l’agonie, c’est-à-dire qui se complait dans la page…
On dira que c’est Bernard Heidsieck qui parle et qu’on ne saurait mettre ses paroles à l’enseigne de toutes ces démarches scéniques des années 50-60.  Mais on trouverait facilement un discours similaire chez Henri Chopin, François Dufrêne, Arnaud Labelle-Rojoux, Jean-François Bory, Jean-Jacques Lebel, etc., et même encore chez Christian Prigent, on le voit. Les avant-gardes sont empreintes de ces rejets ineptes, il le faut pour occuper le terrain. Jean-Pierre Bobillot, en connaisseur de cette histoire, et en spécialiste de Bernard Heidsieck, aurait pu dire cela dans sa réponse chez Sitaudis, d’autant plus qu’il semble faire sien ce point de vue radical, considérant la page comme un « linceul protecteur, cet écrin de silence fasciné, cet écran de narcissisme mystifié, cet autel aux icônes d’un culte poussiéreux, ce repli à l’écart du monde, de sa rumeur, de ses fureurs » (Jean-Pierre Bobillot, Bernard Heidsieck poésie action, Jean-Michel Place, 1996, p.79).
Je précise – au cas où l’on serait tenté par des raccourcis caricaturaux et même si apparemment cela ne sert à rien de prévenir – que, soulignant cela, je ne dédaigne pas ce qu’ont pu produire d’artistique, et même, oui, de poétique, ces performers et qu’au contraire, j’admire un certain nombre des enregistrements qui en ont été faits.

Les articles de Roubaud et Smirou donnent l’occasion de remarquer que les avant-gardes ne sont pas à l’abri de sombrer dans l’institutionnel et l’hégémonie, au risque de subir à leur tour la parole de ce qui est mis en marge. Il est intéressant, à ce propos, de relire le constat que faisait Jean-Jacques Lebel de la situation de la poésie-action il y a seulement 25 ans :
« Hélas, les dispositifs de contrôle et les blocages administratifs inhérents à l’industrie culturelle, ont tendance à condamner l’innovation, et à pénaliser la différence, en tant que telles. Situation sans issue : d’un côté la dictature hégémonique du même – reproduction des modèles et des langages dominants, à l’infini – et de l’autre, les contre-cultures marginalisées sinon clandestines, hors-normes, mais aussi hors-circuit. […]
Ni les mass-media, ni l’université, ni les maisons de la culture, ni le Centre Pompidou, ni les administrations centrales ou régionales, ni les organismes de gestion ou de production n’ont un tant soit peu évolué, du moins en France. La culture dominante est toujours aussi uniformisante, conservatrice, fermée à tout ce qui diffère d’elle… fermée aux forces vives de la poésie et de l’art contemporain, mais aussi aux formes musicales, théâtrales, sociales, expérimentées en marge des institutions officielles. » (in Françoise Janicot, Poésie en action, édition LOQUES/NèPE, 1984, pp.9-10).
N’a-t-on pas là, à peu de choses près, le même constat que ceux de Roubaud et Smirou, mais inversé : car, 25 ans après, ces contre-cultures sont sur le devant de la scène – relayées, exposées, offertes, étudiées, achetées par l’industrie culturelle – tandis que la poésie écrite, non spectaculaire, est quasi-ignorée.

Je m’arrêterai là bien qu’il y ait encore beaucoup de choses à dire.

Mais me hantent ces phrases de Prigent :
« si le temple de la poésie est celui que décrit Smiroubaud, il n’est pas le mien.
Je ne verrais même que peu d’inconvénients à ce que le mette à bas la horde des infidèles de la "fausse poésie". »
Ce n’est pas un temple, mais une usine. Si Prigent voulait vraiment la démolir, il commencerait d’abord par brûler ses livres.

[edit : en lien avec cette polémique, voir mon article du 15 mars 2010 : Disputatio XXI : comment j’ai perdu mon temps avec les éditions Hapax]


Le livre et la réclame 
par Cynthia 3000, le 14th January 2010

A considérer les stratégies commerciales de certains éditeurs et auteurs, on peut s’interroger sur la pertinence de la célèbre formule, conçue pour être serinée jusqu’à la mort du livre : "le livre n’est pas un produit comme les autres". L’article ci-dessous, signé Albert de Bersaucourt et paru en juin 1923 dans la revue Les Marges, nous montre que le marketing littéraire était déjà bien avancé il y a plus de 80 ans et qu’étrangement il n’a pas beaucoup évolué, si ce n’est qu’il a sans doute réussi l’ultime amélioration que de Bersaucourt propose en conclusion.

 

LE LIVRE ET LA RÉCLAME

 

 

Il le faut constater, avec gaieté ou avec répugnance, avec ironie ou avec dédain, selon son humeur, la réclame littéraire augmente chaque jour et elle emprunte les moyens les plus variés, les ressources les plus inattendues. Vraiment, nos éditeurs sont d’habiles gens. C’est merveille d’observer comme ils sont fertiles en inventions, ingénieux à les renouveler, prompts à s’emparer de toutes les coïncidences opportunes et de toutes les circonstances favorables.
S’il vous plaît, occupons-nous d’abord des manchons, ou, si vous préférez, de ces bandes multicolores qui donnent aux nouveaux livres cet air si pimpant. A coup sûr, le texte du manchon exerce une grande influence sur la vente, selon qu’il éveille l’intérêt ou pique la curiosité du passant. Il s’agit donc de forcer d’abord l’attention de celui-ci et de le séduire. Comment ? Oh ! les moyens sont nombreux et leur multiplicité ne laisse pas d’être assez divertissante. Tel éditeur, brave homme et ennemi des complications, se borne à indiquer loyalement le sujet de l’ouvrage ou à le résumer d’une manière succincte. L’acheteur éventuel sait ce qu’on lui offre ; à lui de prendre ou de laisser. Mais, ai-je besoin de le dire, cette honnête et rigoureuse exactitude est fort rare, et le procédé apparaît à bon nombre par trop simpliste. On s’inspire plus volontiers du héros ou de l’héroïne du livre, d’un épisode ou du décor du roman, pour promettre, en termes vagues et magnifiques, d’ineffables joies au lecteur, joies qui lui sont garanties, au gré de son tempérament et de ses convoitises, libidineuses, honnêtes, dramatiques ou humoristiques. Le roman « audacieux », mais dont l’audace est légitime, nécessaire, parce que l’auteur a fait œuvre de « moraliste » et dénoncé les tares « de certains milieux », assurément indispensables à révéler, la polissonnerie imprimée dont on a soin de révéler, en un texte affriolant, qu’elle est très scabreuse et ne s’adresse pas aux jeunes filles, voisinent avec l’ouvrage qui peut, au contraire, « être mis entre toutes les mains », et qui affiche, lui aussi, des prétentions moralisatrices, mais d’autre sorte, ou avec le bouquin d’aventures, peuplé d’incidents et chargé de pathétique, lequel nous promet de vertigineux voyages, de surprenantes découvertes, d’inconcevables révélations, et, non loin, voici les bandes aux propos hilares où les éditeurs des représentants de la vieille gaieté française s’engagent à nous secouer d’un hygiénique fou rire, ou, au moins, à dissiper notre mélancolie. Les manchons, plus ou moins explicatifs, visent un public déterminé. Certains éditeurs adoptent une tactique différente. Ils préfèrent s’adresser à l’ensemble des lecteurs et négliger toute précision. Les points d’exclamation et d’interrogation, accompagnant de brèves et impératives formules, jouent alors un rôle considérable. Dans ce cas on nous certifie sur fond rouge, vert, orange, jaune ou violet qu’« il faut avoir lu ce livre » ; ou bien : « Ce livre apporte des révélations sensationnelles », ou bien : « Ce livre dévoile l’un des plus troublants mystères de notre époque », ou bien : « Il fallait du génie pour écrire ce livre. » Peste ! Et le moyen de n’être pas persuadé du premier coup ? Quelques francs pour découvrir un génie, voilà qui est donné.

 

 

Dans quelle mesure l’acheteur se laisse-t-il prendre à cette espèce de réclame que je qualifierai volontiers d’autoritaire, je l’ignore. En tout cas on la lui prodigue de même que l’on essaie d’agir sur lui par intimidation, en quelque sorte. Etant donnée, et tant de fois prouvée la docilité moutonnière du public, est-il rien de plus habile, par exemple, que de se borner à reproduire sur un manchon les appréciations flatteuses d’écrivains en renom à propos de l’ouvrage mis en vente. Il n’est pas besoin de commentaires. Les illustres signatures prouvent la valeur du livre, et l’acheteur, sur des garanties de cette autorité, prend, en effet, confiance. Autre formule très habile : « Les douze mille premiers lecteurs de (ici le nom d’un volume à succès précédemment paru dans la même collection) seront les douze mille lecteurs de ce livre ». Une collection qui a douze mille lecteurs déjà est assurément une collection excellente, s’empresse de décider le badaud, et il entre chez le libraire comme il achète tel produit, plutôt que tel autre, parce que d’incessantes annonces en révèlent la consommation fabuleuse. Quelques éditeurs psychologues, et plus psychologues qu’honnêtes, sachant fort bien l’espèce de fascination qu’exercent les gros tirages sur le public, n’hésitent pas à imprimer sur leurs manchons : « Prochainement, centième mille ». Ce chiffre prestigieux ne correspond à aucune réalité, et, parfois, trois mille exemplaires ne sont point encore vendus que le centième mille est annoncé, mais, songez donc, quel bon moyen de décider les tièdes et de forcer les récalcitrants !
Il va sans dire que les prix littéraires jouent également un grand rôle dans la rédaction du manchon. Quand on peut imprimer sur la bande Prix Goncourt, Prix de la Vie heureuse, Prix Balzac, Grand prix de l’Académie française, Grand prix du roman, il n’est besoin de nulle ressource d’imagination. Néanmoins, avec un peu de rouerie, les prix littéraires peuvent être bons à quelque chose, quand même on ne les aurait pas obtenus. Le jury vous a-t-il accordé plusieurs voix on signale les résultats des tours de scrutin et on proclame triomphalement une honorable défaite qui équivaut presque à la victoire. Et puis, mon Dieu, il y a d’autres moyens, pour un éditeur avisé, de tirer un excellent parti des prix littéraires, fussent-ils modestes. Exemple : « Ce livre, avons-nous lu sur un manchon, vient d’obtenir le prix que l’Académie française décerna en 1848 à Alfred de Musset ». Dès qu’il s’agit de réclame il ne faut craindre ni les comparaisons flatteuses ni les glorieux rapprochements. Avoir obtenu le même prix qu’Alfred de Musset n’est-ce pas, à peu de chose près, s’égaler à lui et pouvoir traiter de puissance à puissance ? Cette simple comparaison, c’est un rien ; encore importait-il d’y songer.

 

 

Au reste, si nous examinons maintenant les réclames parues dans les journaux et les périodiques de ces dernières années il nous sera facile de constater que les éditeurs ne redoutent pas davantage d’invoquer d’illustres mémoires, dans leurs annonces, à l’occasion des livres qu’ils vantent. Victor Hugo, Balzac, Flaubert, Stendhal, Mérimée, Alphonse Daudet, tous les maîtres sont égalés ou dépassés nous affirme-t-on dans les placards extraordinaires où ils figurent piètrement écrasés par les lourdes capitales du nom de l’auteur et du titre de son ouvrage. Les prix et distinctions littéraires, bien entendu, sont mentionnés dans les journaux non moins que sur les manchons, et un éditeur qui ne songeait pas du tout à nous divertir nous a cependant beaucoup amusés par le candide machiavélisme de ce texte. « Ni prix Goncourt, ni prix Vie heureuse, déclarait-il, mais un chef-d’œuvre », et l’éloge suivait abondant et persuasif. Ah ! qu’il y aurait un amusant chapitre à écrire touchant les réclames dithyrambiques qui nous sont prodiguées, sous forme d’échos, entre la louange d’une essence nouvelle et l’annonce des dîners au jazz-band du restaurant X… ! Poètes, dramaturges, romanciers, essayistes, voisinent, à vingt francs la ligne, ou davantage, avec le gargotier et le parfumeur. Leur gloire embaume l’irrésistible Tu m’auras et le parfum des crêpes succulentes du cuisinier Z…, ou bien elle s’égale, triomphante, soit à quinquina, soit à une crème de toilette. Comparez les annonces, je vous prie. Accompagnant les noms des produits et les titres des bouquins, les chiffres de vente sont seuls indiqués. Les chiffres n’ont-ils pas leur éloquence ? « Consommation : deux millions de bouteilles, trois cent mille pots de crème par an », déclarent les industriels. « Cinquantième mille, centième mille, cent-cinquantième mille, mille exemplaires par jours », affichent les éditeurs, de semaine en semaine, avec un laconisme impressionnant. Impressionne-t-il ? Les échos quotidiennement ou hebdomadairement répétés contribuent-ils à la vente du volume ? Je le crois. Le coup de massue régulièrement asséné des gros tirages augmentant sans cesse, l’éloge insidieux ou direct, maintes fois répété, agissent, d’une part, à force d’obsession, et, d’autre part, comme je le disais plus haut, grâce à l’intimidante énormité des chiffres. Qu’il veuille ou non s’en défendre, le public est pris, et, bon gré mal gré, intrigué à la longue, ayant retenu le nom de l’auteur et le titre de l’ouvrage, il le choisira presque machinalement quand il sera en appétit de lecture. Peu de gens éprouvent l’envie ou s’accordent le temps de parcourir un feuilleton de critique littéraire ou un compte rendu et se soucient d’une opinion autorisée, mais ils sont bien obligés de subir la réclame qui leur saute aux yeux. Du reste la preuve la meilleure de l’excellence de cette sorte de publicité, les collections de journaux nous la donnent. Les éditeurs ont fait appel aux journaux de tout temps, et l’on y voit se succéder de simples annonces, des énumérations de titres d’abord, puis des annonces illustrées, des reproductions de titres et de conditions de publication, des bois gravés donnant un fac-similé réduit de couvertures et de vignettes, des compositions spéciales. La réclame illustrée est rare aujourd’hui, mais on a soin de placer sous nos yeux, afin de solliciter notre attention, et sans doute, de provoquer notre sympathie, les visages expressifs de nos auteurs éternellement jeunes.

 

 

Une autre forme de la réclame littéraire est le prière d’insérer. Ce sera le regret de toute ma vie de n’avoir pas rassemblé une collection de prière d’insérer, de ces textes surprenants et savoureux que je me persuade glissés dans les volumes pour forcer l’hilarité des critiques condamnés à une maussade besogne et se les rendre ainsi favorables. En vérité, de même qu’un éditeur a jadis publié une anthologie des plus belles prières on devrait imprimer un recueil des plus belles prières d’insérer. Quel magnifique sottisier !
Quel monument de la suffisance, de la vanité et de la sottise de la gent écrivassière ! Un livre de ce genre serait tellement extraordinaire par ses excès et ses audaces qu’on lui dénierait, je le crains, son authenticité. Lorsque les auteurs et les éditeurs rédigent une prière d’insérer ils semblent, en effet, perdre toute mesure, toute retenue, toute pudeur, toute raison, tout contrôle sur eux-mêmes et prendre à tâche de se rendre grotesques. La louange s’enfle jusqu’à l’hyperbole, l’œuvre se hausse jusqu’au chef-d’œuvre, le talent devient génie, et chaque ligne de ces petits papiers multicolores décèle la bouffissure d’un effarant orgueil, la paisible certitude d’une insolente présomption. Sans doute la règle n’est pas générale et la prière d’insérer garde parfois le ton qu’il faut, mais, le plus souvent, elle atteint au superlatif. Les romanciers nous annoncent qu’ils ont recréé le monde et renouvelé l’humanité ; les conteurs déclarent, sans barguigner, qu’ils apportent des formules absolument neuves et originales et qu’ils traitent des sujets inédits ; les poètes se flattent d’avoir affranchi le lyrisme et prodigué l’oxygène de leur souffle généreux dans l’atmosphère nauséabonde de notre époque ; les historiens, eux, ont découvert des trésors, puisé à des sources inconnues, utilisé de prodigieux documents, et leurs travaux réduisent à néant toutes les publications antérieures sur le même sujet. Ainsi de suite. Bref, neuf fois sur dix, la prière d’insérer est inconvenante, ridicule, niaise, irritante, et, en outre, elle ne sert à rien, ou, pour mieux dire, elle nuit aux intérêts de l’écrivain et de son éditeur. Pourquoi ? Mais parce que le critique, pressé de travail et succombant sous l’avalanche de volumes que son courrier quotidien lui apporte, s’inspire de ces communiqués, plutôt que de lire l’ouvrage, et rédige son article avec force coupures, ratures, soudures et raccords, à moins qu’il ne se contente simplement, comme on le fait, par exemple, dans bon nombre de journaux de province, de reproduire la prière d’insérer sans nul commentaire. Le jour improbable où ce mode de publicité sera supprimé les auteurs n’auront, à mon sens, qu’à se féliciter, et doublement, s’ils songent à leur dignité vis-à-vis d’eux-mêmes et vis-à-vis de la critique.

 

 

Y songent-ils assez ? Non, ayons le courage d’en convenir. A la rigueur on peut excuser les procédés de réclame commerciale que j’ai signalés ; ils sont fâcheux, ils sont déplaisants, certes, ils sont même vils et déconsidèrent l’une des plus nobles professions, mais quoi, les nécessités de la vie moderne et les mœurs actuelles les expliquent et les excusent jusqu’à un certain point. Par contre, elles ne justifient en aucune manière la roublardise de ce poète dont on apercevait le dernier livre, sur la robe d’un mannequin assis, dans la vitrine d’un grand magasin de la rive droite. Et que penser de cet habile homme offrant ses œuvres à un relieur, – lequel les refusa – pour qu’il en fasse, réclame permanente, des types de bradel ou de maroquin sans cesse exposés à la devanture de la boutique. N’est-ce point encore d’un goût et d’un tact vraiment exquis de coller sur toutes ses lettres et tous ses envois postaux une étiquette reproduisant en miniature la couverture de son roman ? Nous avons vu cela et demeurons surpris de n’avoir pas aperçu la même étiquette dans les vespasiennes. D’autre part, dans tel caboulot dit artistique, l’annonce des ouvrages des habitués de l’endroit voisine avec les prix modestes d’un pseudo-champagne. Préférez-vous l’astuce d’un écrivain qui, désireux d’exciter le public, se hâta de donner une deuxième édition de son livre avant que le premier mille fut épuisé, mais qui, au lieu d’inscrire sur la couverture deuxième mille ou 2e mille, choisit des chiffres romains et fit imprimer IIe mille, en sorte que le public lut onzième mille. Appréciez-vous la superbe de ce trop adroit boniment : « M. X, contrairement à certaines informations, n’est candidat à aucun des prix littéraires de cette fin d’année. Il ajoute que, dans l’esprit des fondateurs, ces prix ont pour but de mettre en lumière un écrivain inconnu et une œuvre de valeur étouffée sous la masse de production livresque. Il estime n’être plus dans les conditions requises puisque le 22e mille de son premier livre (un titre) est sous presse, que le suivant (un titre) franchit le 18e mille, et qu’enfin celui qui vient de paraître (un titre) a un départ de 12.000 exemplaires. » Admirable, n’est-ce pas ? Vous plaît-il mieux d’apercevoir, au cinéma, les titres d’un volume à quoi succède le portrait de l’auteur, visage penché regard profond, soutenant d’une main soignée son front accablé ? Est-ce aussi fort élégant de placarder sur les murs et les palissades le seul titre de son livre, sans autre explication, afin d’attirer davantage la curiosité ? Est-ce bien noble de solliciter auprès des directeurs de certaines maisons la faveur grande d’être offert « en prime » ? Et que dire enfin du cabotinage de quelques écrivains faisant tirer par centaines et expédiant partout des cartes postales reproduisant leurs traits et publiant la liste de leurs œuvres ? Je m’arrête. N’allez pas croire qu’il me serait difficile de poursuivre et de multiplier les exemples, mais ceux-ci suffisent, et l’on éprouve un grand regret, voire quelque honte, d’être obligé de les signaler.

 

 

J’indiquerai, à présent, l’une des meilleures idées de nos éditeurs, l’une de leurs idées les plus fécondes et les plus productives puisqu’ils s’adressent à la vanité humaine et l’exploitent à plein rendement. Il s’agit des souscriptions offertes aux pullulants bibliophiles, de ces souscriptions particulièrement engageantes où l’on annonce aux abonnés éventuels qu’ils verront figurer leur nom, dûment imprimé, à l’intérieur du volume. « Exemplaire sur Hollande, sur Japon, sur Chine, tiré spécialement pour M.X. » Allez résister à cela ! Et l’on n’y résiste pas, je vous le certifie. Les demandes affluent. On s’engage sans hésiter à prendre tous les volumes sur grand papier de l’éditeur Y. Il n’est pas question de la notoriété de l’auteur, de la qualité ou de l’intérêt de l’ouvrage ; ce qui importe, ce sont les deux lignes prestigieuses : « Exemplaire numéro tant, réservé à M.Z. » ; ce qui compte, c’est le naïf orgueil de cette marque de possession. Loin de moi la pensée criminelle de dire du mal des bibliophiles. Néanmoins, sans être taxé de malveillance, on peut reconnaître que, depuis ces dernières années, il y a, parmi nos amateurs trop vite enrichis, nombre de sots. Or, l’une des manifestations invariables de la sottise alliée à la récente richesse consiste à prodiguer, à tout propos et hors de propos, noms et initiales sur les objets les plus divers. D’où le succès certain des souscriptions dont je parle. Et l’éditeur se frotte les mains d’avoir si aisément réuni sa phalange rémunératrice. Consultez les listes obtenues dans ces conditions. La literie, l’épicerie, la carrosserie, le beurre et la volaille, les autos et les bicyclettes, les toiles et tissus, y figurent en grand nombre sous des noms variés, et flambants d’or neuf ; les vrais bibliophiles, eux, n’y occupent qu’une place très modeste. Nos éditeurs auraient tort de triompher outre mesure. L’idée prolifique ne leur appartient pas. Elle est de Coquebert qui publiait, vers 1840, nombre d’ouvrages, en livraisons, consacrés aux provinces de France. Lorsqu’il imprima le texte relatif à la Touraine il annonça à grand vacarme que les noms de messieurs les souscripteurs, – il en avait réuni deux mille – « seraient imprimés dès la quatrième livraison sur les deuxième et troisième pages de la couverture provisoire ». Sans perdre une minute deux autres mille souscripteurs demandèrent de figurer, eux aussi, sur les deuxième et troisième pages de la couverture de la cinquième livraison. Malin Coquebert !

 

 

Quelle conclusion tirer de l’examen rapide, et d’ailleurs incomplet, auquel je viens de me livrer ? Celle-ci : auteurs et éditeurs, d’un commun accord, se servent de procédés de réclame que j’estime regrettables, que je crois nuisibles au bon renom des lettres et qui assimilent le métier d’écrivain à celui de n’importe quel marchand de n’importe quoi, mais ils s’en servent. Et bien ! puisqu’ils s’en servent, puisque le livre est article commercial, qu’ils soient logiques avec eux-mêmes et qu’ils aillent jusqu’au bout. Le passé est riche d’enseignement, de suggestions de toutes sortes, et nous propose maintes améliorations. Veuillent donc les éditeurs ne pas reculer devant un nouvel effort et s’en inspirer. Les livres sont, paraît-il, à leur place, entre le rayon X et les pneumatiques Z. Que l’annonce, le prospectus, l’affiche les célèbrent donc à l’égal des rayons X et des pneumatiques Z, et d’une façon identique. C’est commencé ; il suffit de continuer. Et l’ombre de Vigny sourira.

A. de Bersaucourt.

 

 


Le Symboliste exaspéré 
par Cynthia 3000, le 12th January 2010

Peu importe, lecteur, que tu ne comprennes point Éloi devenu tout à coup symboliste. Il n’a aucune sorte d’estime pour toi. Si tu lui dis : "Je ne comprends pas ! " ses mains se frottent d’elles-mêmes, et s’il lui arrive de se comprendre, il n’est plus fier.
C’est pourquoi il veut, infatigable, toujours aller à l’obscur, vers du plus obscur encore. Aveugle, il jetterait, la nuit, sur un tableau noir, les lettres retournées de mots sans suite.
Or, il surprend sa gentille amie en larmes.
- Oui, dit-elle, il faut que je t’ouvre mon cœur. J’ai trop de chagrin. Je lis tout ce que tu fais. Je le relis en cachette, mon petit Larousse sur mes genoux. Va, je travaille ; souvent ma tête éclate. Et je peine vainement. Impossible de traduire une ligne. Je suis donc bien bête ! J’en crierais ; je serais si heureuse de deviner quelquefois. Je t’aime tant !
Elle pleure comme une source pure.
Éloi lui baise les mains, et, presque vaincu, appuie son front sur l’épaule de son amie, mais pour le relever soudain, avec orgueil et défi.
Il mourra avant d’oublier cette minute où il faillit, à cause de sa gentille amie, perdre, d’un coup, tout le talent qu’il a de ne pas écrire en français.

Jules Renard, Le Mauvais livre, éd. L’Arbre vengeur, 2004.

Les textes rassemblés dans Le Mauvais livre ont été initialement publiés par Jules Renard dans L’Echo de Paris, La Nouvelle revue, La Revue blanche et Le Mercure de France, entre 1892 et 1896, puis intégrés à deux recueils, La Lanterne sourde, Coquecigrues (P. Ollendorff, 1906) et Le Vigneron et sa vigne (Mercure de France, 1901). On y suit avec beaucoup de plaisir le personnage d’Éloi, homme de plume, homme du monde, homme des champs.

LA JOLIE FEMME : Ce n’est pas un homme.
ÉLOI : C’est un homme de lettres.
TOUS : Homme de lettres ! homme de lettres ! homme de lettres !


Jean-Pierre Brisset, “à M. Victor Meunier, le 22 mai” 
par Gregory Haleux, le 10th January 2010

 [article publié initialement le 24 mars 2006 sur le blog Bartlebooth]


 

[…] que la bibliothèque de la ville où j’habitais […] la Grammaire logique (1883) de Jean-Pierre Brisset. En le consultant, […] dédicace de l’auteur ! […] notamment à l’Anthologie de l’humour noir d’André Breton, l’encyclopédie des fous littéraires d’André Blavier ([…] "Brisset, bien sûr, les domine tous, de très haut", […] les myth(étym)ologistes), la revue Analytica (cahiers de recherche du champ freudien) qui avait republié Le mystère de Dieu est accompli, quelques textes de Michel Foucault et le Jean-Pierre Brisset, prince des penseurs, de Marc Décimo, réédité depuis et considérablement augmenté.
[…] revoir ce livre et en photographier la dédicace.
[…] Jean-Pierre Brisset, Prince des Penseurs, inventeur, grammairien et prophète (Les Presses du Réel, 2001).
En 1883, Jean-Pierre Brisset n’a pour l’instant écrit qu’un précis d’art natatoire (1870), une méthode destinée aux Allemands voulant apprendre le français (1874) et la Grammaire logique (1878), une variante de son précédent travail, adapté aux locuteurs français. Alors qu’il achève la réécriture de la Grammaire logique, qu’il essaie de perfectionner depuis 1880, il a, en janvier 1883, la révélation que le latin n’a jamais vraiment existé et qu’il est plutôt « un langage artificiel », « une oeuvre d’hommes, un argot » qui « n’a eu absolument aucune influence sur la langue française ». Cette révélation est suivie, en février, d’une autre, plus insolite : les hommes et toutes les langues sont issus de la grenouille ! Brisset insère en toute hâte ces réflexions à la fin de son ouvrage, sous les titres « De la formation des langues latines et de la langue française en particulier », « Le latin est un langage artificiel », « Il n’y a pas eu de langues romanes » et « Révélations ».

[…] Offert respectueusement par l’auteur à M. Victor Meunier le 22 mai. […] Brisset, plutôt que d’attendre un an ou plus, n’a pas tardé à en envoyer un exemplaire à ce Victor Meunier, […] Dans le Nouveau Larousse illustré de 1900, […] :

MEUNIER (Amédée-Victor), publiciste français, né à Paris en 1817. Il débuta comme journaliste scientifique, dirigea le « Dictionnaire élémentaire d’histoire naturelle » (1842), puis la « Revue synthétique ». Il collabora à divers journaux politiques ; mais, à partir du coup d’Etat (1851), il se livra exclusivement à la vulgarisation scientifique ; il fonda l’Ami des sciences, puis la Presse des enfants, à la rédaction de laquelle Mme Victor Meunier prit une part active. On peut citer de lui : Jésus-Christ devant les conseils de guerre (1847), ouvrage mis à l’index et traduit en plusieurs langues ; l’Avenir des espèces (1886) ; Scènes et types du monde savant (1889) ; Sélection et perfectionnement animal (1895) – Mme Victor MEUNIER, née à Brighton (Angleterre), a traduit les premiers contes d’Edgar Poë et publié les Ruines d’un vieux manoir (1895), ainsi que divers romans et nouvelles.

Le titre Jésus-Christ devant les conseils de guerre […] airs d’écrits d’illuminés, […] période qui produisit nombre d’écrits d’individus exaltés par les théories de Charles Fourier, dans le genre de Jean Journet ([…] Philantropes, Sociologues & Casse-pieds). […] cercle fouriériste, la librairie phalanstérienne, mais il n’a rien, ou trop peu, de celui d’un fou littéraire. […] livres de vulgarisation zoologique, à caractère apparemment évolutionniste. […] Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF, […] bonne piste. En effet, ce Victor Meunier a également écrit Les Animaux à métamorphoses (1867) et Les Animaux d’autrefois (1874).

Dans Les Animaux à métamorphoses, l’auteur consacre une longue partie aux amphibiens. Le chapitre réservé aux crapauds et grenouilles s’attarde longuement sur les mythiques pluies où l’on verrait ces animaux tomber du ciel, sur des expériences consistant à enfermer crapauds et grenouilles dans du plâtre ou du grès ou a les faire geler, pour tester leur résistance, avant d’en venir aux phénomènes de la métamorphose.
Le chapitre suivant, consacré à la salamandre, se termine sur une anecdote […] une monstrueuse salamandre d’un mètre de long :

On peut, en raison de sa taille, la regarder comme un témoin attardé de ces antiques époques où les êtres vivants atteignaient si communément des dimensions gigantesques. C’est une proche parente de cette grande salamandre fossile d’Oeningen devenue si fameuse par suite de la méprise à laquelle donna lieu son squelette trouvé dans les schistes de la localité susdite, et des discussions qui s’ensuivirent. Scheuchzer prit les os pétrifiés de l’amphibien pour des os humains, et le décrivit sous le nom d’homme témoin du déluge (homo diluvii testis)
(Victor Meunier, Les Animaux à métamorphoses, A.Mame, 1867, p.105)

La partie « Amphibiens » des Animaux à métamorphoses se termine par un chapitre intitulé « Un animal douteux » : il y est question d’un animal monstrueux aperçu en mer en 1861 et décrit comme ayant « des bras d’hommes », qu’on a appelé manta et qui « ne serait autre chose qu’un batracien de taille gigantesque, une espèce de grenouille longue de trois mètres » (Ibid, p.106)

Dans Les Animaux d’autrefois (1874), Victor Meunier consacre une nouvelle fois un chapitre à cette salamandre géante,

 « L’andrias n’est qu’une salamandre ; mais tandis que nos salamandres ont environ un décimètre de long, l’andrias avait un mètre cinquante.
On l’a pris pour un homme. « Est-il possible disait Pierre Camper, de prendre un lézard pétrifié pour un homme ? » Cela était possible, car cela fut fait.
Un médecin suisse, un naturaliste, Jean Jacob Scheuchzer, est l’auteur de cette mémorable méprise.

[…] dans le calcaire schisteux d’Oeningen, non loin de Constance, un squelette incrusté dans la pierre et merveilleusement conservé ayant été trouvé, Scheuchzer vit dans ce squelette les restes de l’homme témoin du déluge. Homo diluvii testis : c’est le titre de la dissertation publiée par lui sur ce sujet en 1731. Une figure représentant cet inappréciable fossible accompagnait la brochure.
 « Il est certain, dit l’auteur, que ce schiste contient une moitié, ou peu s’en faut, du squelette d’un homme ; que la substance même des os, et, qui plus est, des chairs, y sont incorporées dans la pierre : en un mot, que c’est une des reliques les plus rares que nous ayons de cette race maudite qui fut ensevelie sous les eaux.
[…] »
Tous les contemporains du médecin suisse partagèrent son opinion ; tous, Pierre Camper excepté. Il alla à Oeningen, vit le fossile, et c’est alors qu’il s’écria : « Est-il possible de prendre pour un homme un lézard pétrifié? »
Camper se trompait ; ce n’était pas un lézard, mais une salamandre qu’il avait devant lui. C’est ce dont Cuvier se convainquit sur la seule inspection du dessin.
[…] »
(Victor Meunier, Les Animaux d’autrefois, A. Mame et fils, 1874, pp. 263-265)

Cette anecdote, Brisset l’évoqua brièvement à trois reprises dans des ouvrages ultérieurs, Le mystère de Dieu est accompli (1890), La Science de Dieu ou la Création de l’Homme (1900) et Les Origines humaines (1913 ; « Cette dernière pétrification fut immédiatement regardée par le médecin Scheuchzer comme le squelette d’un homme et il écrivit un ouvrage là-dessus. Naturellement il eut des contradicteurs, mais c’est certainement tout au moins les restes d’un dieu marin, les restes d’un ancêtre de l’homme », p.1254 des Oeuvres complètes)

[…] sources, Brisset […] Dupinay de Vorepierre et le dictionnaire Larousse, […] sa dédicace et ce que je trouve dans les ouvrages de Meunier me prouvent que la fréquentation de ses derniers par Brisset a du appuyer ou favoriser ses idées.
Marc Décimo, dans son étude de l’oeuvre brissetienne, en illustration de son affirmation selon laquelle Brisset a emprunté l’essentiel de ses informations à Dupinay de Vorepierre, reproduit un dessin tiré de l’encyclopédie de ce dernier et figurant le cheirotherium ou labyrinthodon. Or il se trouve que Meunier lui consacre un chapitre dans Les Animaux d’autrefois, juste avant celui concernant l’andrias. Voici ce qu’il en dit :

Dans le grès bigarré, en Allemagne, près de Hildburghausen, un naturaliste, M. Kaup, trouva en 1835 les traces des pas d’un quadrupède, et à cause de la disposition en forme de mains de ces empreintes, il donna à l’animal inconnu de qui elles proviennent le nom de cheirotherium. […]
M. Kaup pensa que ces empreintes avaient été formées par un mammifère ; mais depuis, un certain nombre d’os ayant été découvers (la tête, le bassin, et une partie de l’omoplate), M. Owen a émis l’opinion que le cheirotherium était, non point un mammifère, mais un batracien gigantesque.
Des dents coniques très-fortes, d’une structure compliquée, armaient ses mâchoires ; c’est la structure de ses dents qui lui a valu le nom de labyrinthodon. On suppose que sa tête était prolongée par un écusson osseux.
(Victor Meunier, Les Animaux d’autrefois, A. Mame et fils, 1874, pp. 258-263)

 

[…] coacidences ? […] Ernest Renan, Louis Havet et René Cagnat. […] Raymond Roussel n’a-t-il pas eu Jules Verne pour grand modèle ?

«Si on ne trouve pas de rapport entre deux idées,
elles ont un point commun avec une troisième
»
(Jean-Pierre Brisset)

[…] ou synchronicités.
[…] un autre écrivain et inventeur singulier a dédicacé non pas une mais deux de ses oeuvres à Victor Meunier. Il s’agit du poète Charles Cros. Son poème « Heures sereines », […] Le Coffret de santal (1873) […] « A Victor Meunier ». […]

J’ai pénétré bien des mystères
Dont les humains son ébahis :
Grimoires de tous les pays,
Êtres et lois élémentaires.

quatrain qu’on pourrait d’ailleurs mettre en exergue aux oeuvres complètes de Brisset. […] grimoire est une altération de gramaire […] « désignait au moyen âge la grammaire en latin, inintelligible pour le commun des mortels », « Grimoire désigne un livre de magie puis, par extension, un discours incompréhensible et un ouvrage inintelligible » : en ces sens, la Grammaire logique et les ouvrages que Brisset écrit ensuite sont aussi des grimoires.
En 1876, Charles Cros réalise ses premiers essais de photographie en couleur : il dédicace le « 1er tirage de mon procédé de photochromie, à Victor Meunier, mon parrain scientifique ».
Notons que Charles Cros fut l’auteur d’au moins quatre vers holorimes et que les analyses linguistiques de Brisset reposent sur le même principe de l’homophonie.
Un autre grand holorimeur, Alphonse Allais, entendit pour la première fois parler de Charles Cros grâce à… Victor Meunier. Extrait de « La Mort de Charles Cros », d’Allais, paru dans Le Chat Noir le 18 août 1888 :

Pauvre Cros ! Je le vois encore le jour où je le rencontrai pour la première fois. C’était, si je ne me trompe, en 76. Comme ça va, le temps !
J’avais lu le matin dans Le Rappel une chronique scientifique de Victor Meunier, qui semblait un conte de fées.
Un jeune homme venait d’inventer un instrument bizarre qui enregistrait la voix humaine et même tous les autres sons, et qui non seulement en marquait les vibrations, mais reproduisait ces bruits autant de fois que l’on voulait.
L’instrument s’appelait le paléographe. La théorie en était d’une simplicité patriarcale.
Le lendemain, grâce à mon ami Lorin, je connaissais Charles Cros, l’inventeur du merveilleux appareil dont M. Edison devait prendre le brevet, l’année suivante.

[…] l’article de Victor Meunier, « Le son mis en bouteille », est de fin 1877. Quant à paléographe, […] erreur de l’hydropathe […] : l’invention de Charles Cros avait pour nom paléophone. […] paléographie puisqu’à peine âgé de seize ans il étudiait le sanscrit et l’hébreu.
Quelques années auparavant, l’année du Coffret de santal, Cros avait proposé une autre invention, un Projet de communication avec les habitants de Vénus, dont il y eut, en 1873, un compte-rendu écrit par… Stanislas Meunier, fils de Victor et géologue dont on peut lire un article sur les traces fossiles de pas d’animaux, où il est question du… labyrinthodon.

 […] juste en ajoutant que l’aliéniste, Marcel Réja, qui s’intéressa dès 1904 à Brisset (on ne sait comment il le découvrit), soit un an après la mort de Victor Meunier, avait pour vrai nom… Paul Meunier et je serais prêt à parier qu’il avait un lien de parenté avec.

[les gravures proviennent des livres de Victor Meunier […] Gallica]


Imprimal Scream (Song for an Old Guillotine) 
par Cynthia 3000, le 6th January 2010


Sur radio cynthia 3000 :
Imprimal Scream (Song for an Old Guillotine)

L’An redix 
par Cynthia 3000, le 31st December 2009

Cynthia 3000, malgré la crise et quoi qu’il arrive, ne se démonte pas.
Le personnel ici réuni, résistant, entre autres au froid, trinque,
comme l’année dernière et éternellement, au mélange
des genres, à la cartophilie caputienne, à la mort
du livre
, à l’eurythmie hypnopompiste, au
nudisme tremblant, à l’édition belle
comme un stratège littéraire
noyé dans le web 2…
Bonne année
à tous !


Registres de l’hypnopompe I 
par Cynthia 3000, le 30th December 2009

Voici une galerie d’images présentant notre dernière publication : les Registres de l’hypnopompe I.
 







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